Hommage au Père Etcharren, missionnaire

Le Père Etcharren est décèdé à Hué ce 21 Septembre 2021.


Le Père Etcharren (au centre) lors de son sacerdoce (voir article en avril 2018)

Apres avoir été ordonné prêtre aux Missions Étrangères de Paris (MEP) à l’age de 25 ans, il arrive comme missionnaire la même année au Sud-Vietnam, 3 ans après le départ des français. Quel accueil les vietnamiens allaient-ils lui faire ? C’était sa grande préoccupation. Finalement, tout se passa bien.. Il apprend le vietnamien puis devient vicaire à Notre Dame de Lavang en 1959. Puis il passe quelques années comme professeur à Hué, d’abord au Collège de la Providence, puis au petit séminaire du diocèse. Il est ensuite nommé curé de Dong-Ha et responsable du district du 17ème parallèle. En 1972, il accompagne les réfugiés de son secteur au camp de Hoa-khanh, près de Da-nang, puis, en 1973, s’occupe de la réimplantation de ces réfugiés dans la province de Binh-tuy.

En 1975, il doit quitter le Vietnam. De retour en France, il s’occupe de l’accueil des réfugiés vietnamiens. Il occupe ensuite différentes fonctions au sein des MEP jusqu’à en devenir le Supérieur Général de 1998 jusqu’en 2010. Il passe ensuite sa retraite à Hué, ou il célèbre 60 années de sacerdoce en 2018 (photo ci dessous, prise à la cathédrale Phu Cam).

Il est enterré au cimetière du Grand Séminaire de Hué. Il repose avec de nombreux missionnaires Français, au milieu de prêtres vietnamiens.

La mosquée indienne de Hué

Pour les quelques Huéens que nous avons interrogés, il s’agit d’un temple hindou.. Mais ce n’est pas un temple, c’est une mosquée construite par et pour des indiens musulmans. Elle est tellement discrète et bien cachée qu’il m’a fallu plusieurs années à Hué pour apprendre son existence. Etonnamment, même Tim Doling n’en parle pas dans son guide pourtant très exhaustif (1) et c’est un petit plan sommaire de la ville, distribué dans quelques hôtels de la ville, qui indique son emplacement !

Elle se situe dans une étroite ruelle au niveau du 120 de la rue Chi Lang, située dans le quartier Gia Hoi, autrefois la partie commerciale de la ville occupée principalement par les chinois.

Grace aux informations collectées aux archives des colonies à Aix en Provence (2), on sait que cette mosquée a été construite en 1921 à la demande des musulmans locaux, une communauté de 35 personnes. La demande de permis de construire a été formulée par des sujets britanniques. Ces musulmans étaient probablement originaires de la région de Madras, au sud de l’inde. On sait en effet que la plupart des musulmans indiens présents en Indochine provenaient de cette région. Ils ont érigé des mosquées non seulement à Saigon, Hanoï et donc hué, mais aussi à Mytho et Tra Vinh. Ils parlaient le Tamoul.

Dans un livre sur Hué, on estime la communauté indienne en 1905 à 10 individus seulement. Les chinois sont estimés la meme année à 450 personnes. La ville à l’époque avait 60.000 habitants.

Dans l’annuaire de l’Indochine de 1925, deux commerces indiens sont signalés à Hué :
KASSIMSSAH, mercerie et divers, rue Paul-Bert.
MOUGAMADOU ISSOUMESAH, marchand d’étoffes, rue Paul-Bert.
La rue Paul Bert est la rue actuelle Trang Hung Dao, et c’était la « nouvelle » rue commerçante de la ville, face au marché Dong Ba.

12 ans plus tard, toujours dans l’annuaire de l’Indochine, on note trace de 2 commerçants indiens:
AVE-MOHAMED ISSOUP, Tissus en gros et demi-gros, au 143 rue Paul Bert et toujours Issoumessah. Ces 2 commerçants font partis de la centaine de personnes ayant le téléphone à cette époque à Hué. On peut donc en déduire que ces indiens étaient des commerçants importants de la ville. Dans un autre ouvrage, on indique que les indiens de Hué faisaient toujours venir leur marchandise de Tourane. Le tissus provenait de Singapour ou de Bombay.

Et quand on interroge les « anciens » de Hué, on nous parle toujours tissus. Ces indiens vendaient des tissus aux motifs uniques, des soieries introuvables ailleurs et toujours à des prix très raisonnables. Près de la mosquée, on nous a parlé aussi d’un vendeur d’épices et de curry. Les indiens de Hué ont-ils fait souche ? on n’a trouvé aucune famille d’origine indienne à Hué. La plupart des indiens sont partis sous la période Diem (1955—1963) et en 1975 pour les derniers. Les restaurants indiens actuels sont des implantations récentes.


La porte du lieu de culte

Sur l’unique carte postale trouvée sur les indiens de Hué, sans doute prise dans les années 20, on voit plutôt un commerce d’objets en argent.

Mais revenons à notre mosquée. A l’époque, le terrain allait jusqu’à la rivière. Apres 1975, les terrains ont été cédés à de nouveaux habitants. Quant à la mosquée elle-même, elle a été vendue à une famille de fonctionnaire qui la possède toujours, mais ne l’habite plus.


On distingue le mihrab, niche creusée dans le mur pour indiquer la Mecque.

Il faut dire que la surface n’est pas très grande, à peine 100 m2 tout compris et pas plus de 50m2 pour les parties habitables. On note de nombreuses colonnes et arches. A l’intérieur, on retrouve toujours le mihrab qui indique la direction de la Mecque. En revanche, pas de trace du bassin pour les ablutions. Pas vraiment non plus de minaret. Le carrelage est superbe, on le retrouve dans de nombreuses constructions de ces années là.

Les photos ont été prises en 2020 ou nous avons eu la chance de pénétrer à l’intérieur sans pour autant rencontrer le propriétaire. La propriété s’est assez dégradée depuis.

(1) Exploring Hue, Tim Doling, disponible au Vietnam
(2) Merci au groupe de recherches mené par Caroline Herbelin pour ses précieuses informations

Les Indiens en Indochine

La présence d’une mosquée indienne à Hué autrefois me donne l’occasion d’évoquer la présence des indiens en Indochine.

Les premiers indiens sont arrivés à la demande des français peu après la conquête de la Cochinchine. Ces indiens, des tamouls, sont venus des territoires français en Inde, principalement de Pondichéry et de Karikal, au sud de l’inde. Ils avaient l’habitude de travailler avec les français, ils parlaient leur langue, ils étaient loyaux. Ils occupaient ainsi des postes subalternes dans l’administration. Leur statut spécifique leur permettait d’obtenir, tout comme les français fonctionnaires, des congés réguliers pour retourner dans leur pays. Certains travailleront aussi comme comptable dans les maisons de commerce de Saigon. Beaucoup plus tard, en 1909, des soldats indiens des territoires français viendront rejoindre les troupes françaises en Indochine.

On croise aussi d’autres indiens à Saigon, et notamment les cochers des « boites d’allumettes » ou « malabars », ces petites carrioles tirées par des chevaux locaux, et qui servent de moyens de transport collectifs.

Mais les plus connus sont les Chettys. Ils sont aussi tamouls, mais hindous. Ils forment la corporation des changeurs d’argent, des préteurs. Ils rendent d’innombrables services à la population locale, y compris les petits fonctionnaires français, car les banques ne prêtent qu’aux riches ! Bien sur, les taux sont proches de l’usure et les chettys, comme les chinois, sont souvent montrés du doigt. On ne les aime pas car leur profits sont renvoyés en Inde et ne profitent pas à la colonie. Certains sont devenus de gros propriétaires fonciers. La face visible de leur richesse est la beauté des processions qu’ils organisent lors des fêtes religieuses.

D’autres tamouls, des musulmans cette fois ci, sont venus aussi en Indochine pour faire du commerce. On les retrouve dans le commerce de l’or, de la bijouterie et surtout du textile. Les vietnamiens produisaient de l’étoffe grossière. Les français fabriquaient localement du tissus en grande quantité, mais ne se souciaient pas du gout des locaux. En revanche, le tissus des indiens avait une excellente réputation : prix, qualité et colories. Certains commerçants ont fait fortune, comme Adbul Aziz à Saigon et Mohamed Said à Hanoi. En 1928, Gilbert Tranh Chanh Chieu appelle au boycott de ces marchands de tissus indien, tout en incitant les vietnamiens à faire mieux. En vain.

Combien sont-ils en Indochine ? en 1910, on estime leur nombre à 1000. En 1937, on parle de 6000 indiens dont 1000 ou 2000 issus des territoires français. 1000 seraient musulmans. Comme on le voit, leur présence n’est pas considérable. Ils ont un avantage non négligeable par rapport aux locaux, c’est le droit de pouvoir circuler et de commercer librement partout.

Les indiens sont considérés comme de très bons commerçants, courtois, discrets, honnêtes. Mais on leur reproche de n’être « que de passage ». Ils sont solidaires entre eux, au sein de leur communauté. Ils se marient surtout entre eux. Les plus riches peuvent avoir une famille en Inde et une autre en Indochine. Les enfants sont éduqués en Inde et viennent en Indochine pour développer les affaires familiales.

Au départ des français, la situation des indiens est moins favorable avec le gouvernement Diem. Malgré une stricte neutralité, les indiens sont perçus par la population locale comme les « collaborateurs » des français puis des américains. Apres 1975, ils devront quitter le pays, comme tous les étrangers. Ceux qui viennent des anciens comptoirs français pourront partir librement en France, comme Français ou comme refugiés suivant leur statut.


Mosquee indienne à Saigon

Sources : gallica et des articles trouvés sur internet. Il ne semble pas exister d’ouvrages complets sur ce sujet. Cela pourrait faire l’objet d’une thèse intéressante.

Covid 19 vietnam: l’impasse du « zéro covid »

Le Vietnam a été acclamé par le monde entier en 2020 pour son efficacité en matière de lutte contre le Covid, en limitant à la fois les confinements globaux tout en maintenant une croissance économique de plus de 2,9% ! Des résultats qui ont été obtenus directement grâce à la stratégie « zéro Covid » basée sur une traçabilité des cas contacts et leurs isolements strictes. Et aussi sur la fermeture des frontières.


Véhicule de prévention à Hué le 11 juillet 2021

Sauf que les variants se jouent de cette politique ! Certains pays limitrophes ont donné des signes avant coureurs, comme Taiwan, le Laos, le Cambodge et surtout la Thaïlande.
Les premiers cas de la 4eme vague au Vietnam sont arrivés fin avril, dans des zones industrielles de la région de Saigon. La difficulté tient à la taille des usines, dont on découvre que certaines d’entre elles ont plus de 50.000 ouvriers (dans la chaussure) ! Comment faire pour isoler les ouvriers tout en maintenant les objectifs de production ? Le manque de structures d’hébergement rend la mission quasi impossible. D’où la forte hausse des contaminations. Pendant le mois de mai et juin, les chiffres tournaient autour de 200 cas de covid par jour. A ce rythme, on peut encore croire à l’éradication de l’épidémie.

Et puis d’un seul coup, début juillet, les chiffres se sont emballés en dépassant 1000 cas par jour… la courbe est exponentielle et atteint à la date d’aujourd hui, 24 juillet, 7000 nouveaux cas par jour.


Certaines usines logent leurs ouvriers confinés sur place.. (photo vnexpress)

Le Vietnam a-t-il été trop confiant dans sa stratégie du « zéro Covid » ? La vaccination n’est vraiment à l’ordre du jour que depuis quelques semaines. Alors que les pays occidentaux ont tout misé sur la vaccination, le Vietnam a pris du retard. 0,3% des habitants ont reçus les 2 doses à ce jour contre plus de 44% en France.

Du coup, les confinements stricts de villes ou provinces sont la seule solution actuelle. Saigon, ville de plus de 10 millions d’habitants est confinée depuis le 8 juillet. Interdiction de sortir de chez soi. Ceux qui connaissent Saigon savent qu’un confinement là bas n’a rien à voir avec un confinement en France. Les logements sont exiguës et sans confort, la surpopulation est forte, la chaleur débilitante. Les gens ont l’habitude de vivre dehors. Au pays de l’ultra frais, la nourriture devient un problème. Comment se nourrir alors que les marchés sont fermés ? Ici, on ne connait ni les surgelés ni les boites de conserves ni meme le stock de denrées alimentaires! L’essentiel de la population ne peut plus exercer son gagne-pain quotidien, des vendeurs de billets de loterie aux xe om. Le ville est à l’arrêt, une chose inimaginable, jamais vu jusqu’ici, même au 1er jour du Têt !

D’autres provinces sont aussi confinées strictement, dans le sud principalement, comme la ville de CanTho. Mais l’épidémie se répand, et les mauvaises nouvelles aussi : Hanoi est elle aussi confinée strictement depuis ce matin, 24 juillet.


Confinement à Saigon (photo vnexpress)

A Hué, on retient son souffle. La nouvelle vague du Covid n’a apporté que quelques cas. Mais, à titre de prévention, toutes les activités sociales ont été interdites ou limitées pendant 1 mois en juin. Tous les rassemblements sont interdits et continuent de l’être à la date d’aujourd hui. La semaine dernière, les activités sur la rivière des parfums, comme le paddle, le pédalo, la baignade, ont été suspendues.

Toutes les provinces se ferment sur elle même, et il est très difficile de se déplacer. Des contrôlés sanitaires sont partout, on vous suit à la trace. Si vous revenez d’un endroit infecté, vous devez vous soumettre à une quarantaine de 2 voire 3 semaines.. En partie en zone fermée.

Ces nouvelles mesures sont aussi une souffrance pour les enfants car nous sommes en pleine vacances scolaires. Aucune activité de groupe n’est autorisée.

Bon exemple en 2020, le Vietnam se trouve aujourd hui dans une impasse. Comment juguler 7000 cas de covid par jour ? Impossible. Comment confiner des villes entières pendant plusieurs mois ? Impossible. Reste l’accélération de la vaccination. Plus facile à dire qu’a faire, cela prend aussi du temps. Et je ne parle même pas de la réouverture des frontières aux touristes..


Confinement dans l’ancienne rue Catinat (photo vnexpress)

Le Vietnam a toujours prouvé sa formidable capacité d’adaptation aux événements les plus durs. Alors attendons la suite avec optimisme!

Hué : une maison unique des années 50

Une maison unique par son style se trouve au 43 de la rue Nguyen Thai Hoc, en face du stade. J’ai toujours cru que cette maison avait été convertie en pagode, du fait de la présence d’un grand bouddha dans le jardin, mais en fait non. Il s’agit d’une maison conservée pour honorer la mémoire de la famille Tran Ky. En dehors du gardien, membre de la famille, personne ne vit dans les pièces principales.

Cette maison a été construite au début des années 50 par une famille « possédant plusieurs fermes dans les environs de Hué » (1). Le mari, un docteur vietnamien, était parti au nord Vietnam rejoindre les troupes nationalistes, laissant sa femme et ses enfants en plan. Pour faciliter l’éducation de ses enfants, leur mère a décidé d’acheter un terrain en ville puis de mandater un architecte moderne pour construire la maison. Rappelons que le stade a été construit en 1936 et ce quartier, constitué de rizières uniquement, va se développer tout doucement à partir de cette époque. Il faut dire que ce quartier était fréquemment inondé, ce qui n’attirait pas les foules. Les enfants serviront par la suite le régime sud vietnamien en s’engageant dans l’armée. En 1975, la maison est saisie par les autorités, puis restituée après plusieurs années de demarches quotidiennes de la part de leur mère.

La famille vit à présent aux Etats-Unis.


Les grilles de fer forgé sont particulièrement modernes pour l’époque

La maison est assez simple, de plein pied. Elle est composée de 3 pièces, le tout ne dépassant pas 90m2. A l’arrière, séparée de la maison principale comme c’était le cas autrefois, on y trouve la cuisine. En 1975, une partie du terrain a été accaparé par deux familles. Aujoud’hui, la propriété fait encore 1000m2, ce qui est tout à fait notable dans ce quartier, ou les prix flambent (la valeur du terrain dépasse les 5 millions de dollars…).


Sur Facebook, on m’a indiqué que cette decoration était un « atomic boomerang » en vogue à l’époque


Le carrelage est un mix entre tradition et modernité

(1) source familiale via fb

Spéculation foncière au Vietnam

Quand je suis arrivé au Vietnam il y a 10 ans maintenant, le premier conseil qu’on m’ait donné était soit d’acheter un terrain, soit de mettre mon argent à la banque et d’attendre les intérêts ou les plus values! J’ai aussitôt répondu que je n’étais pas venu au Vietnam pour spéculer…

Ma réponse ne serait pas aussi catégorique aujourd’hui ! Car c’est certain, les prix du foncier ne font que croitre…

Plusieurs raisons à cela.

D’abord l’une des plus fortes populations, soutenue par une natalité toujours dynamique. On est presque 100 millions d’habitants au Vietnam..
Ensuite parce que la richesse de la population augmente vite. On estime à 9000 dollars la moyenne des revenus par habitant, en croissance régulière depuis de nombreuses années. Cette moyenne cache des disparités importantes, mais il est clair que « les riches » sont de plus en plus riches et ont des moyens financiers importants.
Autre raison, liée sans doute à l’origine paysanne des vietnamiens : investir dans la terre a toujours été leur premier reflexe.
La fiscalité est aussi bien sur une autre raison : entre membre d’une même famille, les biens fonciers peuvent se transmettre sans droit de succession.
Et aussi la conviction, rarement prise en défaut, que les prix du foncier vont toujours monter.


Un terrain à vendre dans notre ruelle, à 3km de l’hyper centre: 700 euros le m2, pour 119m2 (19 mvnd/m2), soit 83.000 euros

Cette hausse des prix est difficile à quantifier. A la différence de la France, il n’y a aucune statistique. Les prix au m2 par quartier sont inconnus et il faut aller sur internet pour observer les prix demandés par les vendeurs. Sinon, il faut interroger les habitants pour connaitre les prix du marché. Et encore ! Chacun a son opinion sur la valeur de son bien avec des arguments qui défient parfois la raison. Les terrains en bordure de routes ou à fort passage sont bien sur ici privilegiés..

De fait, les prix sont souvent irrationnels. Un acheteur d’Hanoi qui vient à Hué va trouver les prix très bon marché et va se précipiter pour acheter un bien s’il est bien « conseillé ». C’est aussi cela le caractère vietnamien : toujours dans la précipitation, toujours prêt à croire les rumeurs sans jamais vérifier objectivement la situation.

Voila un terrain propice à toutes les spéculations ! Le covid a supprimé pas mal d’emplois un peu partout dans le pays et certains se sont sentis pousser des ailes d’agents immobiliers. Il n’y a pas ou peu d’agences immobilières au Vietnam, les vietnamiens n’étant pas prêts à dépenser 7 à 10% du prix dans des commissions. Sans capital, la vente d’un bien rapporte 2% à un agent immobilier. Mais les profits sont bien plus considérables lorsque vous spéculez vous-même. Un article de VnExpress du 28 mars 2021 (1) parlait récemment de la formidable hausse des prix dans certaines zones périphériques de Hanoi ou d’Ha long. On parle de prix multipliés par 5 en l’espace d’un an. L’explication est toute vietnamienne. Les courtiers achètent des terrains avec de l’argent emprunté aux banques, créent de fausses rumeurs de construction d’infrastructures, poussent les acheteurs potentiels à acheter très vite.. et puis, quand le filon est épuisé, tous ces spéculateurs s’en vont sur une autre zone, comme une volée de moineaux.. L’un d’entre eux dit même au journaliste qui l’interroge « il n’y a rien de plus rentable, sauf peut être le trafic de drogue ! »…

Et à Hué ? Avec ma femme, nous avons acheté un terrain il y a 2 ans en vue de construire notre maison. Un terrain situé en périphérie, dans un village, proche de la rivière des parfums et face à une superbe rizière. Nous nous sommes dit que nous aurions sans doute 10 ans de tranquillité avant que la ville vienne jusqu’à nous. Peine perdue, la zone a été intégrée à la ville de Hué quelques mois après et la belle rizière s’est transformée en un lotissement. Plus question pour nous d’habiter là bas. Seule consolation, on nous dit que la valeur de notre terrain a été multipliée au moins 3 fois…

Cette spéculation est entretenue par une fiscalité pour le moins clémente. Alors que les plus values foncières sont taxées à 36% en France, ici, il n’y a qu’une taxe de 2% sur le prix de vente, payable par le vendeur, auquel s’ajoute 0,5% de droits d’enregistrements… pas de quoi refroidir les spéculateurs ni enrichir l’Etat.

Comment développer un pays avec de telles règles ? C’est un grand mystère pour moi. De plus, les dépôts bancaires n’étant pas fiscalisés non plus, il est clair qu’il vaut mieux être rentier que salarié.

N’allez pas croire non plus que cette hausse est liée à la faiblesse des prix ! les prix du foncier sont plus chers qu’en France !

Ne rêvez pas trop non plus ! L’achat de terrains est réservé aux vietnamiens. Les étrangers, même mariés à des locaux, ne peuvent jamais devenir propriétaires à titre privé (sauf cas particulier des condominiums).

(1) https://e.vnexpress.net/news/business/industries/people-enter-realty-business-en-masse-as-property-market-bubbles-along-4254580.html