Panneau en bois laqué

Le travail du bois reste une spécialité des artisans de Hué. Cette activité fait vivre beaucoup de monde ici, grâce aux nombreuses commandes provenant des congrégations bouddhistes. Les motifs sont toujours à peu près les mêmes, des bouddhas et des objets pour le culte.

C’est l’occasion d’apporter notre valeur ajoutée en introduisant des motifs différents. Ici, il s’agit d’un panneau conçu pour décorer notre intérieur.


Le résultat final

Dans le monde sinisé, les panneaux de bois laqué étaient omniprésents. A l’extérieur, ils faisaient office d’enseignes. A l’intérieur, il s’agissait de panneaux verticaux pour les sentences parallèles. Il suffit de feuilleter les pages du Lotus Bleu d’Hergé pour s’en rendre compte. Des villes comme Hoi An ou Pénang (Malaisie) en comptent encore beaucoup. Les motifs sont en général toujours des caractères chinois.

L’idée était donc de trouver un motif original, de facture plus moderne et d’en confier l’exécution à un artiste local.

Le support est une planche de bois suffisamment dense et sèche pour éviter la déformation. Présentement, le bois a une épaisseur de 5cm. Il a fallu un peu de temps pour trouver un bois aux bonnes dimensions (80 sur 40 cm) et d’un prix raisonnable.

Apres la préparation du bois (ponçage, traitement de protection..), vient ensuite la partie sculpture.

La partie laquage est la plus longue. On applique plusieurs couches de laque noire, sur toutes les faces. Apres le séchage d’une couche, qui prend une journée, on la polit avec du papier abrasif. Il y a plusieurs types de laque. La laque naturelle du Vietnam est très toxique. Ici, la laque vient du japon. Elle est beaucoup plus simple à mettre en oeuvre. Au final, ce panneau aura 8 couches de laque.

On dépose ensuite les feuilles d’or au pinceau. C’est la partie la plus attendue!

Si vous êtes intéressé par la réalisation d’un tel panneau, n’hésitez pas à me contacter. Pour un prix très raisonnable, cela constitue un bel objet qui gardera pour toujours son éclat.

Journée du Vietnam

Le 13 juillet, c’est un jour spécial au Vietnam. C’est le jour du « Tôi yêu tổ quốc Việt Nam », qu’on peut traduire par « J’aime mon pays ». Ainsi, à Hué, à 7 heures du matin, était organisée une cérémonie festive avec de nombreux jeunes réquisitionnés pour l’occasion. Pour faire des photos, c’est un régal. Pour ceux qui sont sous un soleil de plomb, c’est sans doute moins agréable…

Sur la photo, on voit deux policiers sur la tribune (ancien monument aux morts de la première guerre mondiale). Discours ? Surveillance ? pas du tout ! ces policiers sont en train de chanter! heureux pays…

Sâm, résistant et francophile

Nos chemins se sont croisés par hasard il y a quelques années à Hué. Depuis, une amitié profonde s’est forgée entre nous. Il faut dire que Sâm parle un français parfait, a une mémoire exceptionnelle et que sa vie, loin d’être achevée, est particulièrement riche. L’écouter parler, c’est se replonger dans l’histoire, petite et grande, du Vietnam. C’est aussi découvrir que ceux qui ont combattu les français pouvaient être des francophiles passionnés !


Sâm devant la maison familiale de Phuoc Tich

Sâm est né en 1927 dans le village de Phuoc Tich (1), à 40 km au nord de Hué. Le village, fondé en 1470, est réputé pour sa poterie. Treize immenses fours fonctionnent nuit et jour pour produire des bols, des marmites, des jarres, des pots à chaux, des poêles… Sur les 1200 habitants, deux tiers des habitants travaillent à cette activité. Les rois Nguyen apprécient la saveur et le parfum du riz cuit dans ces marmites et en demande 300 par an pour la cour. Le transport se fait en sampan sur la lagune. A cette époque, il faut une quinzaine d’heures pour rallier Hué, le principal lieu d’écoulement.

Le père de Sâm est donc potier. Un dur travail qui inclut aussi la préparation de la glaise qu’il faut aller chercher la nuit à 10km du village. Sâm est le 9eme enfant d’une famille de 10. Sa mère et ses 2 sœurs sont vendeuses ambulantes. Au village, la vie est dure. Heureusement, les nombreux enfants mettent de l’ambiance à la maison. Le soir, on s’éclaire à la lampe à pétrole mais de toute façon on se couche tôt, vers 18h. Les enfants dorment par terre. Il y a beaucoup de moustiques et les moustiquaires, qui apparaissent dans les années 30, sont inabordables. Lorsqu’il y a des inondations, on doit monter sur les toits. Régulièrement les racines et les patates douces remplacent le riz. Les incendies ne sont pas si rares, en raison des nombreux fours. Les distractions au village ne sont pas nombreuses et sont réglées par les cérémonies cultuelles comme la fête du fondateur du village une fois par an.
Les jeunes garçons apprennent de bonne heure une centaine de caractères chinois pour comprendre les inscriptions qui figurent un peu partout dans le village. C’est important pour s’imprégner des traditions et pour connaitre les vertus : le culte des ancêtres, la piété filiale, l’amour du pays, la solidarité. A l’âge de 7 ans, Sâm rejoint l’école du canton. L’instruction se fait cette fois en français. A l’âge de 11 ans, parce qu’il est doué, on l’envoie au collège Quoc Hoc à Hué, la meilleure école de tout le centre vietnam ! Ce sera son premier contact avec des professeurs français, et il les apprécie. Une partie des cours est en français, une autre en vietnamien. On apprend aussi une demi-journée par semaine les caractères chinois. Il faudra attendre 1944 pour apprendre la géographie et l’histoire vietnamienne ! Il loge chez son frère aîné, moniteur à l’école pratique d’industrie. Il retourne 2 à 3 fois par an chez ses parents, parfois à pied (7-8 heures), parfois en train.


Visite de Phuoc Tich, ici devant un ancien temple Cham devenu vietnamien

Apres la prise du pouvoir par les japonais en 1945, Sâm quitte Hué et rentre temporairement au village. Là, il enseigne et fait œuvre de propagande contre les français. En 1946, il repart à l’école Quoc Hoc pour préparer son bac. Mais lorsque les français reviennent, il prend le maquis dans les forêts environnantes pour éviter d’être enrôlé par eux. Il a alors 18-19 ans. Ses parents soutiennent son action. Par nationalisme bien sur, mais aussi parce que les impôts sont lourds. Tous les ans, dès l’âge de 18 ans, il faut s’acquitter d’un impôt fixe par tête. Insupportable pour une grosse partie de la population. Tricher sur les dates de naissance permet de gagner un court répit (Sam est « officiellement » né en 1930, soit 3 ans après sa vraie date de naissance..). On n’aime pas non plus la royauté.

Il peut assister aux funérailles de son père en 1947, mais pas à celles de sa mère en 1951, de peur de se faire attraper par les français qui surveillent le village. Il restera caché à distance. Immense douleur.

La propagande se porte tant vers les vietnamiens qu’il faut convaincre que vers les troupes françaises. Il y a en effet parmi eux de nombreux soldats des colonies africaines que le Viet Minh espère « retourner ».

Dans le maquis, il continue aussi à étudier. Il connait déjà par cœur les fables de La Fontaine. A présent, il lit Rabelais, Anatole France et d’autres auteurs classiques français dont les ouvrages arrivent jusqu’au maquis. En 1953, avec son professeur, Sâm va préparer un mémoire sur l’ouvrage Notre Dame de Paris de Victor Hugo. 24 pages qui lui permettront d’être bachelier.

En 1954, Sâm se marie. Les deux familles se sont entendues sur ce mariage. Les jeunes ne se connaissent pas bien, d’autant plus que tous les deux sont dans le maquis. Le mariage se fait à la lueur de torches et on leur servira des cacahouètes comme repas de noce !

Les accords de Genève en 1955 libèrent un immense espoir dans le peuple vietnamien. Sâm sort du maquis et va à Hanoi à pied. Les femmes ne sont pas autorisées à suivre leur mari. De toute façon, les accords de Genève prévoient des élections 2 ans après et tout le monde compte sur la réunification. Sâm rejoint l’université où il poursuit ses études littéraires à travers des textes d’auteurs vietnamiens, français, chinois, grecs et latins… En parallèle, il travaille pour le comité de propagande du ministère de la culture. Il devient directeur du théâtre de Hanoi en 1967. Il monte des pièces d’auteurs locaux bien sur, mais aussi quelques pièces d’auteurs français comme Le Bourgeois Gentilhomme ou l’Avare.. Les billets ne sont pas chers et le public, malgré la guerre, est encore nombreux. L’ambassade de France soutient ses activités. Il aura aussi l’occasion de rencontrer Ho Chi Minh à plusieurs reprises.


Sâm devant l’autel de ses ancêtres

Pendant ce temps là, autour du village, sa femme travaille comme partisane, agent de liaison et cheftaine de la société des femmes. Elle est emprisonnée 2 fois. En 1968, elle parvient à rallier Hanoi par la piste Ho Chi Minh avec l’aide de l’armée nord vietnamienne. Elle mettra plus de 3 mois pour y arriver, éprouvant la faim et la fièvre. Mais après 13 ans de séparation et de fidélité, le couple se retrouve enfin.

En 1975, dès la réunification, Sâm quitte toute ses fonctions et revient à Hué! Il emmène avec lui un précieux vélo d’origine chinoise qui lui permettra d’aller régulièrement jusqu’à son village natal. Il n’y a en effet plus de train, les rails ayant été démontés pendant la guerre. Il est nommé directeur du service culturel de la province de Hué. Parmi ces attributions, il est aussi vice président du club francophone de la ville.

En retraite, il devient guide touristique. Il accompagnera plus de 120 groupes de touristes étrangers en 18 ans.

Membre de l’Association des Ecrivains de Saigon, il publie des recueils de poèmes. Mais il se met aussi à traduire des livres français en vietnamien, 9 ouvrages pour le moment. Cela permet de joindre l’utile à l’agréable. Car sa retraite est faible et il faut bien gagner sa vie. Aujourd’hui encore, à l’âge de 92 ans, il continue de travailler sans relâche, passant d’un prix littéraire à un autre, avec l’espoir de les voir publier au vietnam.

Il fut aussi vice président du club francophone de Saigon. A 3 reprises, il est allé en France à l’invitation de ses amis français, heureux de l’entendre s’exprimer notamment lors de conférences sur Victor Hugo.

De la guerre, il ne conserve aucune rancune. Cette guerre qui pourtant lui a enlevé 2 de ses frères, tués par les troupes françaises.

Aujourd’hui, Sâm vit avec sa femme dans la banlieue de Saigon. Sa vie est toujours aussi active et son énergie impressionne. Il revient de temps en temps à Hué pour les anniversaires de décès de ses parents et de ceux de sa femme. L’occasion pour moi de revoir régulièrement un cher ami !

(1) Ce village est resté traditionnel avec de nombreuses maisons ou édifices cultuelles anciens. Des aménagements touristiques ont été faits (location de vélo, visite guidée, panneaux d’explication..) et cela vaut la peine d’y faire une excursion à la journée. On peut aussi y passer la nuit chez l’habitant, notamment dans sa maison familiale.

Expulsé par « Le Monde » !

Le blog « parissaigon.blog.lemonde.fr » n’existe plus depuis le 5 juin 2019, le journal Le Monde ayant en effet décidé de faire table rase sur tous les blogs hébergés sur le site du journal.

Tous les articles ont donc été transférés, non sans mal, sur le présent site. Le suivi des articles trouves sur les moteurs de recherche ne fonctionne pas, et il faut donc utiliser la fonction « recherche » pour obtenir les articles souhaites… une belle galère en perspective pour les internautes.

Le site n’est pas encore au point, alors soyez indulgent ! merci à tous pour votre compréhension..

François-Denis Fievez

Attention au tourisme de masse au vietnam

15,5 millions de touristes étrangers ont visité le Vietnam en 2018. D’accord, c’est encore loin des 90 millions de touristes venus en France, mais c’est quand même 20% de plus que l’année précédente.

Les premiers visiteurs du Vietnam sont les chinois, avec 5,5 millions de visiteurs, suivis par les coréens, avec 3,5 millions. Et ce sont eux qui font exploser les statistiques : + 44% d’augmentation pour les coréens en une seule année, +24% pour les chinois.. Les touristes asiatiques adorent les plages, alors les villes de Danang et de Nha Trang bénéficient à plein de cet essor. Pas moins de 27 vols par jour arrivent à Danang depuis la Corée !


Nhon Hai, à quelques kilomètres de Quy Nhon, au centre Vietnam (1)


Le problème, c’est que tout ça alimente le tourisme de masse. Les chinois ne voyagent qu’en groupe, adorent la baie d’Along, le bord de mer et manger. Ils n’enrichissent que leurs compatriotes au grand dam des vietnamiens. Les coréens sont plus ouverts et curieux, mais ils n’aiment pas l’aventure.

A Hué aussi, on ressent fortement la hausse du nombre de touristes. Les coréens font surtout des « excursions » à la journée et rentrent à Danang le soir (2*3 heures de route…). Les chinois, eux, ne viennent pas, car la citadelle de Hué les laisse de marbre à coté de celle de Pékin, sa grande sœur. Les français sont 280.000 a visiter le Vietnam, et presque autant à visiter Hué.

Clairement, au Vietnam, ça bouchonne partout sur les sites connus. Le danger serait de suivre bêtement ce flux et d’être déçu du voyage. Alors un conseil : sortez des sentiers battus !

Voici quelques conseils pour laisser place à la découverte:
– N’explorez qu’une partie du Vietnam, sinon vous passerez votre temps dans les transports,
– Tenez compte de la météo, car le pays est grand et le climat n’est pas le même du nord au sud,
– Eviter les « open bus » qui ne vous emmènent que sur des sites ultra visités,
– Ne réservez pas tous vos hôtels à l’avance (il y en a de toute façon partout), laissez vous de la marge pour donner libre cours à vos envies,
– Privilégiez les trajets à moto (avec ou sans chauffeurs),
– Sortez des villes qui reflètent de moins en moins le « vrai Vietnam »,
– Manger local, parler local, c’est tellement mieux !

Bien sur, ça demande plus de préparations… Mais avec les outils comme le gps, les traducteurs en ligne, les sites de contacts, les blogs, il est tellement plus facile d’y arriver.


Eo Gio, près de Quy Nhon (1)


Resort impressionnant dans la baie de Nhon Ly, près de Quy Nhon (1). 96000 touristes étrangers seulement se sont arrêtés dans cette partie du pays en 2018

Ceux qui rêvent de luxe accessible seront comblés. Ces dernières années, à coup de milliards d’investissements, de superbes hôtels et resorts se sont construits un peu partout. C’est un luxe brut, sans âme, mais qui impressionne.

(1) source: photos de Trung Pham visibles sur https://e.vnexpress.net/projects/a-bird-s-eye-view-of-quy-nhon-to-entice-landings-3899767/index.html

En mémoire du Frère Dao


Frère Dao à coté du buste de Frère Aglibert, fondateur de l’école Pèllerin de Hué en 1904 (photo prise en mai 2018)

C’est avec beaucoup de tristesse que nous venons d’apprendre le décès du Frère Dao (ou Rodriguez) ce 25 février 2019 à Saigon, à l’âge de 97 ans. Frère Dao faisait parti de la communauté des Frères des Ecoles Chrétiennes fondée par Saint Jean Baptiste de la Salle (La San au Vietnam). Il était devenu Frère en 1940 et a toujours enseigné au lycée Pellerin de Hué jusqu’en 1975. Frère Dao avait la passion de l’enseignement du Français puis de l’Anglais. Jusqu’à une période très récente, il continuait d’enseigner dans la petite maison des Frères à coté de l’académie de musique (nouvelle affectation de l’école Pellerin), rue Le Loi à Hué. Il était notamment reconnu pour ses qualités à enseigner la prononciation. Tous les ans, il recevait des visites de ses anciens élèves reconnaissants, ceux ci venant de tout le Vietnam et du monde entier. C’est sa passion d’enseigner dans l’amour du Christ qui le faisait vivre.
Qu’on se souvienne de lui !