Ballade aux alentours de Hué

En ce premier dimanche du mois de juin, la chaleur est tellement forte que je décide de partir de bon matin, avant 6h. C’est le seul moment de la journée ou l’on peut avoir un peu de fraicheur..


Vers le canal Dong Ba

Il y a déjà beaucoup de monde dans les rues de la ville : des retraités qui font un peu d’exercice, des joggers plus jeunes, d’autres qui prennent leur petit déjeuner ou un café.
Je passe devant le lycée Quoc Hoc ou se pressent beaucoup de jeunes et leurs parents. Nous sommes pourtant dimanche, il est très tôt mais rien ne s’arrête vraiment ici.. Les jeunes passent le concours d’entrée pour ce lycée d’exception.


Fitness le long de la rivière des parfums, il est 5h30

En cette saison, la recherche des flamboyants rouge est mon activité favorite ! La chaleur et les pluies de ces dernières semaines favorisent la fleuraison de ces arbres qui m’émerveillent toujours.

Je remonte la rivière des parfums dont les berges sont des lieux propices à débusquer de beaux arbres rouges vifs. Le long de la route, on traverse des petits marchés locaux. Les vietnamiens aiment l’ultra frais et vont au marché tous les jours ou presque.


Vente de poissons venus directement de la rivière..

C’est dimanche, et j’arrive à la fin d’une messe. Les femmes en ao dai colorés sont belles et sont surprises de me voir dans cet endroit reculé. Le curé me parle de ses 150 paroissiens dont il est si fier. Pour arriver jusque là, j’ai pris un sampan qui fait la navette, une traversée de quelques minutes si agréable. Sur la rivière, les jacinthes d’eau ajoutent quelques touches de vert au paysage qui rappelle le film L’Amant.

Au peu plus loin, je croise des femmes qui lavent leur linge dans la rivière, à coté de nénuphars si beaux. Elles sont encore nombreuses, ces femmes courageuses, à frotter, laver, rincer le linge familiale comme autrefois.

Un peu plus loin, mon regard est attiré par un marchand d’objets votifs qui a fabriqué des vélos en papier ! C’est la 1ere fois que je vois ca et le marchand est fier de me les présenter. Le prix de vente est de 400kvnd (16 euros) et tout partira en fumée à la première fête des ancêtres. Grace à ces vélos, les ancêtres retrouveront un peu de leur confort terrestre.

Le long des chemins, je tombe sur un mariage.. C’est beau et surtout très coloré, comme toujours ici.. Les voitures louées sont de plus en plus présentes pour les mariages, on aime montrer qu’on est riche!

Il est 9h, il fait déjà très chaud, il est temps de rentrer ! La suite au prochain numéro !

PS : Si vous souhaitez faire cette ballade avec moi en moto, envoyer moi un message. Seule contrainte, partir de bonne heure. Comptez environ 3 heures, prix tout inclus 1 million de vnd.

Etre vietnamien et travailler dans une grande entreprise, c’est comment ?

Pour mieux comprendre comment fonctionne la société vietnamienne, je m’intéresse cette fois-ci aux conditions de travail des vietnamiens dans les grandes entreprises locales. J’ai interrogé Ngoc Anh, 33 ans, qui va nous éclairer.

Ngoc Anh (NA pour plus de facilités) a travaillé 4 ans et demi pour un parc d’attraction, filiale du plus gros groupe privé vietnamien. Ce parc emploie 550 personnes. Elle a travaillé pour le département « ventes et marketing ».

Le recrutement fut très rapide, une semaine, période pendant laquelle se sont succédés entretiens et tests.

NA a un statut un peu particulier. Elle n’est pas employée de base, avec un travail posté et des horaires bien définis. Elle n’est pas non plus manager, avec un travail au forfait. Elle est entre les deux, ce qui est bien pratique pour l’employeur : elle doit accomplir son travail dans les délais impartis, quitte à travailler la nuit et le weekend.


Un « team building » auquel Ngoc Anh a participé comme organisatrice

De fait, son temps de travail effectif tournait autour de 60 heures par semaine, avec de nombreuses soirées et dimanches travaillés, sans contrepartie. Son salaire était certes confortable sur le papier (18 millions de dong de salaire brut , soit 500 euros après impôts environ) mais pour ce salaire, elle a été corvéable à souhait. Selon la loi, la durée maximum du travail est de 48 heures par semaine. Elle a droit à 1,5 jours de congés par semaine.

En fait, dans un pays confucéen, il est quasiment impossible de dire « non » à son supérieur. Si on vous appelle à 22heures pour un travail à finir avant le lendemain matin, les gens vont s’exécuter sans sourciller.
Cette culture aboutit à tous les excès et surtout n’encourage pas les gens à planifier leur travail. Tout se fait toujours dans l’urgence, d’autant plus que les vietnamiens sont des gens impatients. NA estime à 70% son travail fait dans l’urgence..
La pression est donc permanente sur les employés. Certains font avec, d’autres démissionnent, ce qui contribue à un turnover important.

Dire “non » à son supérieur est bien aussi un rapport de force entre l’employeur et son employé. Cela implique, pour ce dernier, une personnalité supérieure à la normale, et être convaincu de la valeur de son travail. D’une manière générale au Vietnam, les gens ont une personnalité de soumission, ce qui facilite les choses coté employeur. NA me dit avoir toujours dire « oui » les 2 premières années, un peu moins après, consciente de sa valeur dans l’entreprise. Comment peut-on dire « non » ? Si la demande arrive par texto, il suffit de faire en sorte de ne pas le voir. En revanche, au téléphone, c’est plus difficile car il serait extrêmement impoli de ne pas répondre. Les appels se font à toute heure du jour ou de la nuit, dimanche compris.

Les salariés cotisent pour les syndicats, c’est obligatoire et cela passe directement sur le bulletin de paye. NA ne les a jamais vus ni rencontrés durant toute sa présence dans l’entreprise et elle ne sait pas à quoi ils servent.


Une soirée de team building, sans doute pas l’épreuve la plus difficile!

Son salaire comporte une partie fixe de 70% et une partie variable. Celle-ci est minorée en cas de « fautes », c’est-à-dire de non respect du règlement intérieur. Il parait que les fautes sont aussi identifié par les caméras de l’entreprise. Porter des chaussures de couleurs non autorisées sur une journée « coute » 200 Kvnd (8 euros). Les règles peuvent être propres à chaque service bien sur, mais l’une des règles est communes à tous, c’est le pointage. Pour NA, arriver à 8h32 au lieu de 8h30, c’est une demi-heure de décompté. Si vous oubliez de dépointer en fin de journée, cela vous coute une journée de travail ! NG s’est souvent faite « avoir » : travaillant jusqu’à 10 heures du soir, elle quitte l’entreprise épuisée sans dépointer. La sanction est immédiate, elle aura travaillé une journée pour rien… les vietnamiens étant très “tête en l’air », j’imagine que ce type de sanctions est peut-être le seul moyen efficace pour l’employeur! Au niveau du poste de NA, il n’y a pas de télétravail possible « officiellement ». Si elle le fait, c’est parce qu’elle n’a pas fini sa tache.

NA a officiellement 12 jours de congés par an, plus les congés pour le Têt. Mais c’est quasi impossible de planifier quoique ce soit, car votre supérieur peut toujours annuler vos congés à la dernière minute. Dans ce cas, la méthode la plus courante est de ne pas aller travailler..

Dans les grosses entreprises vietnamiennes, la mode est au team building, ce qui était le cas aussi pour NA. Elle me précise pourtant que « sous une apparente décontraction » peu de gens aiment ca, car les jeux sont éreintants et que, là encore, personne ne peut se plaindre.

Parmi les services offerts aux employés, notons une cantine, une mutuelle santé, une salle de fitness et des dortoirs pour ceux qui souhaitent rester là le soir. 4 lits par chambre. Toutes disposent de machine à laver pour les affaires personnelles. Il n’est permis de quitter l’’entreprise avec les uniformes.

Il n’y a pas vraiment d’entretien d’évaluation mais simplement un formulaire de satisfaction à remplir. Si vous vous permettez d’indiquer que vous n’êtes pas pleinement satisfait, on vous rappelle aussitôt pour en discuter et surtout pour vous faire changer votre réponse. Si vous persistez, vous êtes considéré comme une forte tète..

Vous pouvez postuler dans une autre branche du groupe, mais le transfert effectif est soumis à l’accord de votre responsable..


Team building au bord de la plage

NA a eu des formations en interne. Ces formations se terminent toujours par un examen. Si vous échouez, on vous retient tout ou partie du cout de la formation sur la partie variable de votre salaire. De même, la diffusion des nouveaux règlements intérieurs, 2 fois par an en moyenne, font l’objet d’un test d’assimilation. Si vous échouez, vous êtes impacté financièrement.

Travailler dur, souvent gratuitement, est il le gage d’avoir un important bonus en fin d’année ? Il y a un 13eme mois, presque en vigueur partout au Vietnam, et des bonus collectifs basés, par exemple, sur le résultat de l’entreprise. On retrouve aussi un bonus pour « les meilleurs employés de l’année ». NA n’a jamais perçu de bonus. En revanche, les salaires sont revus chaque année.

Comment une entreprise peut faire pour se séparer d’un salarié ? Soit pour faute grave, soit en mettant une pression encore plus forte, poussant le salarié à démissionner.


La cantine de l’entreprise

Na a finalement choisi de démissionner car elle ne se voyait plus évoluer dans son travail.
A la question « et si c’était à refaire ? », elle répond « oui » sans hésiter.

Les différences culturelles dans le monde de l’entreprise ne sont finalement pas très éloignées de la culture vietnamienne : ne pas se plaindre, être toujours satisfait de son sort, absence de cloisonnement entre vie privée et vie professionnelle…

Pour un occidental qui voudrait travailler au Vietnam, ca risque d’être plus difficile ! Il vaut mieux être le patron qu’un employé !

Les rédemptionnistes à Hué

Quand on voit ces photos prises du ciel, on ne peut qu’être fier d’avoir un tel chef d’œuvre à Hué ! C’est une église de style asiatique et occidentale sans équivalent au Vietnam..

On doit cette église à l’architecte Nguyen My Loc, diplômé de l’école des Beaux Arts d’Indochine qui est ensuite allé en France pour obtenir son diplôme dplg. De retour au Vietnam, il travaille à priori dans le sud Vietnam mais on ne connait pas bien ses oeuvres. Il enseignera ensuite à Saigon puis, après 1975, quittera le Viêtnam pour la France.

Nguyen My Loc a le mérite d’avoir créer un projet imprégné d’identité nationale. A ma connaissance, seules l’église de Phat Diem (Père Six comme architecte) et l’église Cua Bac à Hanoi (architecte Ernest Hebrard) sont comparables dans leur originalité.

La construction a démarré en mars 1959 et l’église a été consacrée en avril 1962. La maitrise d’œuvre a été assurée par les rédemptionnistes eux même, grâce au frère Bui Van Khac, autodidacte, aidé de 150 ouvriers.
La hauteur de l’ouvrage est de 53 mètres avec un triple clocher octogonal dont la structure métallique a été fourni par la société Eiffel.
La nef est longue de 70 mètres, large de 37 mètres et haute de 32m à l’intérieur. L’édifice fait de béton et de granit offre une nef élancée sans colonne, qui offre une luminosité exceptionnelle. L’ouverture sur l’extérieur de la nef renforce l’impression d’une église ouverte à tous.
4 cloches sont activées par un système « electro magnétique », avec un angelus, le tout ayant été réalisé par la célèbre fonderie Paccard à Annecy. A l’origine, il existait aussi un carillon qui sonnait tous les jours à midi. L’horloge extérieure est Suisse mais hélas ne fonctionne plus.

Si la décoration intérieure est sobre, on remarquera quand même un autel long de 3.6m fait d’un seul tenant avec du marbre de Danang. La sacristie est vaste et ferait rêver plus d’un prêtre en France ! A l’intérieur, on y retrouve un reliquaire contenant les restes de Saint Joseph Le Dang Thi, un soldat au service du roi Tu Duc et qui fut victime de la persécution en 1860. Il a été canonisé en 1988 par Jean Paul II.

La période de 1955 à 1963 correspond à l’âge d’or du catholicisme au Vietnam car c’est l’époque de la présidence de Ngo Dinh Diem, catholique convaincu et originaire de Hué. Son frère, Ngo Dinh Thuc est d’ailleurs archevêque à Hué et lancera la construction de la cathédrale Phu Cam en 1963. Elle est située à quelques centaines de mètres de l’église des rédemptionnistes.

En 1968, lors de l’offensive du Têt, l’église n’a pas souffert sauf les vitraux. Depuis, l’église n’a pas subi de réparations majeures. Les tuiles qui brillent sur la photo ont été changées en 2013.

Bref historique de la congrégation à Hué

Il est intéressant de se replonger dans l’histoire même des rédemptionnistes, dont l’implantation au Vietnam a démarré à Hué en 1925. Les rédemptionnistes sont un ordre d’origine italienne. La branche vietnamienne provient de la province canadienne mais francophone de Sainte Anne de Beaupré, établie la bas en 1911.

L’objectif de Rome était d’accélérer l’édification d’un clergé vietnamien autonome et indépendant du colonisateur français. Hué, capitale royale, a donc été préférée à Hanoi, comme le sera plus tard la résidence du délégué apostolique du Vatican.

Ce sont donc 3 missionnaires canadiens qui débarquent en 1925. Ils sont bien accueillis par Mgr Allys, l’évêque français, mais ils doivent partir de zéro et sans soutien financier local car l’Annam est pauvre. Le choix d’implantation se porte sur un terrain à Hué même, non loin du palais-hors-citadelle que s’est fait construite l’empereur Khai Dinh (palais An dinh). A cette époque, ce coté ci de la ville n’est que rizières, dont le riz parfumé est réservé à la cour royale.

Quelques temps après, c’est un noviciat puis un juvénat qui sont construits pour accueillir les futurs recrus.

L’important pour les rédemptionnistes est de se mêler à la population locale. Ainsi, en 1929, est créé l’Accueil, bâtiment qui existe toujours sur le coté de l’église. Ce lieu servira de salle polyvalente, propre à organiser des pièces de théâtres, des conférences, des rencontres avec les habitants mais aussi avec l’élite locale, famille royale et haut mandarins. Attenante à la grande salle se trouvait une bibliothèque ouverte à tous et disposant d’ouvrages variés en différentes langues. L’Accueil était autrefois le seul centre culturel de l’ancienne capitale de Hué.

Les Pères enseignent aussi l’anglais, pas si courant à cette époque. Un foyer est créé pour servir de pensionnat pour les lycéens habitants en dehors de la ville. Ce sont aussi les rédemptionnistes qui vont introduire le scoutisme au Vietnam avec la création en 1931 des premières troupes multiconfessionnelles à Hué.

(AP Photo/Horst Faas)

Survol de l’église en 1962, photo internet (AP Photo/Horst Faas)

Les rédemptionnistes sont aussi très proches du centre marial de Lavang, à 50km au nord de Hué. C’est un peu le Lourdes du centre Viêtnam. Les pèlerins peuvent loger chez les Pères, ce qui est toujours le cas aujourd’hui.

Toutes ces actions créent des mouvements de sympathies en leur faveur et augmentent les conversions et ordinations. Il est clair que l’indépendance des rédemptionnistes par rapport au pouvoir colonial plait à un grand nombre.


On distingue bien sur cette photo les bâtiments de l’Acceuil à gauche. En haut à droite de la photo, la maison coloniale existe toujours, c’est devenu un commissariat de police (photo internet)

Cette indépendance leur servira de plus en plus au fur et à mesure des événements qui vont émailler le Vietnam dans les années qui suivirent. Le coup de force des japonais le 9 mars 1945 épargnera les Pères rédemptionnistes même s’ils sont consignés à demeure. Un peu plus tard, le Vietminh les laissera aussi à peu prêt tranquille. Les Pères en profitent pour accueillir dans leur église des centaines de refugiés. Les plus connus seront la reine Nam Phuong et ses enfants qui resteront la quelques jours avant d’être exfiltrés par les français. Ce sera peut être le dernier symbole de séduction des élites vietnamiennes locales car l’abdication de l’empereur Bao Dai quelques mois plus tôt a mis à mal toutes les démarches en leurs faveurs.


Le reliquaire de Saint Joseph Le Dang Thi

Le changement d’époque et d’environnement ne figent pas les Pères de Hué qui regardent sur le long terme. Et chose étonnante, ils vont se lancer dans une exploitation forestière en défrichant une grande étendue vers le col des nuages. Le bois servira à réparer la ligne de chemin de fer endommagée durant la guerre. Ensuite, sur les parcelles défrichées, ils planteront des arbres fruitiers. L’âge d’or de cette plantation sera en 1951/1952.

Apres 1945, les rédemptoristes vietnamiens prennent progressivement la relève et les pères canadiens doivent les préparer à l’autonomie.

Dans les faits, la guerre d’Indochine se durcit de plus en plus.. le juvénat de Hanoi fusionne avec celui de Hué puis se déportera vers le cap saint jacques / Vung Tau en 1956.

La nouvelle église de Hué se construit ensuite. En 1964, la province rédemptionnistes du Vietnam est inaugurée, signifiant une indépendance par rapport à la maison du canada. D’autres missions sont créés à cette époque, notamment sur les haut plateaux.

Jusqu’en 1965, les rédemptionnistes pratiquaient la flagellation, y compris à Hué! Vatican 2 a eu raison de cette pratique..

Lors de l’offensive du Têt en 1967, les réceptionnistes accueillent à nouveaux des refugiés dans l’église. Ils seront plus de 7000 pendant 1 mois.

En 1975, les missionnaires canadiens sont expulsés. Les installations non liées directement à la congrégation sont saisies. L’ancien juvénat est devenu un orphelinat puis un jardin d’enfants, suivant ainsi les possibilités offertes par l’état aux congrégations. L’Accueil été réquisitionnée pour devenir la Maison culturelle de la jeunesse de la ville de Hue (87 Nguyen Hue).


la sacristie (photo prise en 2012 avec l’autorisation du Père Phuc)

En 2020, on peut lire sur le site des rédemptionnistes que le Vietnam compte 26 communautés avec 360 confrères, 239 prêtres, 7 diacres de transition, 94 étudiants profès, 20 frères, 12 novices, 35 postulants et 80 aspirants.

Principale source sur l’histoire de la congrégation au Vietnam:
Thèse de ÉRIC VINCENT, LA MISSION DES RÉDEMPTORISTES CANADIENS-FRANÇAIS AU VIETNAM ENTRE 1925 ET 1975, 143 pages
https://archipel.uqam.ca/4501/1/M12348.pdf

Sur l’architecture (en vietnamien):
‘https://www.tapchikientruc.com.vn/chuyen-muc/kien-truc-nha-tho-dong-chua-cuu-the-thanh-pho-hue.html

Vues aériennes extraites de la video PK Media sur youtube:
‘https://www.youtube.com/watch?v=4Go4xxKsBdY

12 ans déjà à Hué ! Transformation d’une ville, entre modernité et tradition

C’est incontestablement une ville transformée, beaucoup plus belle et plus riche qu’autrefois ! Le résultat est impressionnant et se voit partout : des voitures modernes, des gens mieux habillés, de belles boutiques, des restaurants qui ne désemplissent pas, un centre urbain transformé, des infrastructures renouvelées, des constructions plus modernes..


Ah les filles de Hué!

Il y a 12 ans, Hué ne faisait rêver aucun vietnamien. Les gens considéraient Hué comme une ville léthargique, plutôt pauvre sans potentiel commercial.. Une belle endormie en fait. Depuis, l’équipe municipal s’est renouvelé et la ville a changé de braquet. Le nombre d’habitants lui-même a dépassé 450.000 (sans compter l’élargissement de la ville), à la faveur d’une croissance de 8000 habitants par an ! La ville se rêve en ville verte et culturelle du Vietnam…

Mais commençons déjà par ce qui se voit ! Il y a 12 ans, la plupart des lycéens et des étudiants circulaient à vélo. Aujourd’hui, les motos sont belles et puissantes, les vélos ordinaires ont disparu et les voitures sont partout. Les lycéens roulent en vélos électriques, les taxis électriques (made in Vietnam !) occupent le terrain. Les VTT sont arrivés pendant le Covid, avec des modèles hors de prix.

L’embellissement du centre ville est indiscutable. Les rues, les canalisations ont été refaites, une promenade a été construite le long de la rivière des parfums (merci les coréens), des voies piétonnes et cyclables sont disponibles à présent de chaque coté de la rivière sur quelques kilomètres. Des cinémas plus beaux qu’en France ont émergé (mais sans public), des cafés et des boutiques de thé au lait ont poussé comme des champignons jusqu’à plus soif ! On commence même à voir des rues devenir piétonnes certains jours, une révolution pour le vietnam !

Les rues sont plus propres et les vendeurs de rues ont du « prendre boutique », comme partout au vietnam. La boutique traditionnelle, sombre et désordonnée, a fait place à de belles boutiques bien éclairées. Le luxe n’est pas loin! Cela dit, le turnover des boutiques est toujours aussi fort.


12 ans à hué, meme épouse mais nouvelle moto!

Le foncier profite de ce dynamisme. Les prix flambent, malgré la baisse observée l’année dernière due à la hausse des taux d’intérêt.

Les monuments historiques de Hué attirent des milliers de touristes tous les jours, principalement des touristes vietnamiens, ce qu’on voyait peu autrefois. La dynastie Nguyen est mise en valeur et beaucoup de monuments anciens ont été rénovés ou reconstruits.

Chose incroyable aussi, l’animation le weekend sur la rivière : autrefois limité à des pédalos en forme de canard, les gens vont à présent se baigner (avec des gilets) ou pratiquent le paddle.

Les smartphones sont partout, bien utiles aux vietnamiens qui passent leur temps à se prendre en photo. On imagine la probable jalousie des locaux devant les touristes étrangers qui étaient les seuls autrefois à disposer d’appareils photos..

Les gens eux même sont mieux habillés. Il y a 12 ans, toutes les jeunes filles étaient habillées pareil, la plupart du temps en pantalon court. Aujourd’hui, il y a de vraies différences, et les jupes sont de plus en plus courtes, beaucoup plus qu’en France. Une chose n’a vraiment pas changé, c’est la beauté des jeunes filles de Hué!

Les gens sont plus riches et dépensent des fortunes dans les restaurants. Manger reste la passion première des vietnamiens et, personnellement, j’ai parfois la nausée de voir autant d’argent englouti dans tant de plaisirs si éphémères. La bière coule à flot, même si dorénavant la tolérance zéro s’applique en matière d’alcool pour tous les conducteurs. Dans les supermarchés, les produits laitiers vietnamiens sont de plus en plus présents. Les surgelés arrivent aussi, mais restent marginaux. Les habitudes de paiement sont en cours de révolutions aussi : le paiement par transfert immédiat ou par QR code se développe à une vitesse incroyable.

Les petits commerçants restent le modèle dominant, mais pour combien de temps encore ? Le covid a changé profondément les habitudes de consommation. Les commandes sur internet sont légions. Les livraisons à domicile sont omniprésentes. Le midi, qu’il pleuve ou qu’il fasse canicule, les gens préfèrent se faire livrer plutôt que de sortir.

Et les mentalités dans tout ca ?

Difficile bien sur de pénétrer l’esprit vietnamien ! Comme toujours, il y a ceux qui travaillent durs et ceux qui profitent de la vie, ces derniers me paraissant bien plus nombreux qu’il y a 12 ans ! La société est de plus en plus gouvernée par l’argent, en plus du pilier traditionnel occupée par la famille.

Commençons déjà par tout ce qui se voit.
En matière de circulation urbaine, rien n’a changé. Les gens brulent les feux, klaxonnent toujours autant. En voiture, le téléphone est légion. Il n’y a toujours aucune notion de sécurité routière. La dernière mode est de ne pas attacher son casque.. Un accident est le signe de « malchance », pas d’imprudence. De fait, les hôpitaux sont toujours pleins. Et je suis toujours le seul à porter un gilet fluo le soir en sortant en moto..

L’usage du plastique n’a pas changé. C’est même pire qu’il y a 12 ans, car les livraisons à domicile démultiplient son usage. Les slogans sont toujours affichés dans la rue « bao ve moi truong» (protéger l’environnement), tout le monde s’en fout. Depuis toujours, j’utilise un sac en toile pour aller chercher mon pain et je suis bien le seul !

Et pourtant, on ne peut pas dire que le Vietnam soit épargné par le changement climatique ! Au départ, nous mangions tous les soirs sur notre terrasse. Les hausses de températures le rendent impossible. Depuis 3 ans, nous restons à couvert sous la clim. Le littoral souffre aussi de la montée des eaux.

On pouvait penser que l’augmentation du niveau de vie entraine une diminution des pratiques superstitieuses. C’est tout le contraire en fait. Les gens achètent davantage d’objets votifs, même si tout finit en flamme comme avant.. Les bouddhistes ont des pagodes de plus en plus belles et de plus en plus nombreuses.

Autre changement, les cours privés. Autrefois, les écoliers rentraient chez eux à vélo et jouaient dans la rue. Maintenant, les parents viennent les chercher à la sortie des écoles et filent droit vers les cours privés. Les programmes sont de plus en plus chargés et sans ces cours, on dit qu’il est impossible de réussir les examens..

Après 12 ans, je ne vois pas beaucoup de changement ni dans l’éducation donné par les parents ni dans l’instruction reçue à l’école ! Apprentissage par cœur, manque d’esprit critique, absence de culture générale, la plupart des jeunes sortent sans avoir le gout d’apprendre et ne comprenne rien au monde qui les entoure. Le confucianisme n aide pas non plus à se démarquer. D’une manière générale, les gens ne s’intéressent à rien, c’est un peu triste.
Les jeunes ne semblent pas très différents de leurs ainés. Le conformisme social règne en maitre. J’ai peur que les nouvelles générations ne changent rien au qualificatif qui colle à la peau des Huéens depuis toujours: des gens passifs. Mais quelle importance ? Ils sont HEUREUX, et c’est l’essentiel !

Un grand changement à noter quand même, c’est le rapport des vietnamiens aux animaux. En 10 ans les chiens et chats sont devenus, pour certains, de vrais animaux de compagnie. On a même aussi à Hué un café à chat !

L’administration s’est fortement modernisée et la plupart des déclarations sont faites en ligne. Dans certains domaines, c’est plus efficace qu’en France. Mais je ne vois rien qui encourage les gens à payer à l aide de factures. Sans facture, sans ticket de caisse, pas de confiance ni de fiscalité moderne. De fait, l’économie du Vietnam reste opaque. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres un peu moins pauvres seulement.

Même si il est difficile de sonder les esprits, je n’ai pas le sentiment que les mentalités changent. L’afflux d’argent rend les gens moins solidaires et très égocentrés. Les enfants sont surprotégés par leurs parents et ne se mélangent plus. D’un point de vue social, les divorces sont enfin acceptés par les gens de Hué et leur nombre n’en finit plus de grimper. Le nombre d’enfants se limite à 2 alors qu’autrefois la passion pour les grandes familles était l’une des caractéristiques de la ville. De même, les gens sont moins obnubilés d’avoir à tout prix un garçon.

Il y a 12 ans, on voyait peu de filles sortir le soir. Seuls les garçons avaient cette liberté. A présent, les filles sont partout. Il faut dire que Hué reste une ville très tranquille, il y a très peu de délinquance.

Avec ma femme, nous avons quand même un sujet de satisfaction. Depuis 10 ans, nous allons marcher presque tous les soirs le long de la rivière, en nous tenant la main. Les vietnamiens sont timides, nous regardent toujours avec étonnement et sans doute envie, mais rien. Mais depuis quelques mois, la révolution est en marche ! on commence à voir des couples se tenir la main.. et, comme toujours ici, si un vietnamien est conquis, alors tout le monde va suivre.. Quelle fierté pour nous si nous avons servi d’exemple !

Le culte des étoiles

Rendre le culte, c’est le fondement même de la culture locale. Comme dirait le Père Cadiére, le grand historien de Hué : « A Hué, tout n’est que croyances et superstitions ». Un siècle après, et malgré 50 ans de communisme, rien n’a changé. J’ai calculé qu’en moyenne les gens de hué rendent le culte plus de 3 fois par mois : les célébrations pour la lune, pour les génies de la terre, du ciel, de la cuisine (ong tao), et bien sur, toutes les cérémonies en l’honneur des ancêtres de la famille. A chaque fois, on prépare des mets, on achete des objets votifs, on s’équipe en batons d’encens, de fleurs etc.. Tout doit suivre un protocole strict. Les cérémonies ont lieu à bonne date et à l’heure propice. Pourquoi rendre le culte ? Tout simplement pour s’attirer les bons auspices du ciel et de ceux qui y résident ! Bonheur, Chance et Argent sont le trio gagnant de ces cérémonies. Seuls les catholiques ne les pratiquent pas.


Nombreux sont les aliments et objets utiles pour le culte. Dans les seaux, des poissons chats (ca tre) et des coquillages (hen)

Parmi ces cérémonies, il en est une que j’ai découverte récemment, par hasard : le culte des étoiles. Il se célèbre une fois par an, quelques jours après le Têt. La configuration des étoiles change chaque année et un livre donne toutes les indications à ce sujet. Suivant votre année de naissance, la configuration des planètes et des étoiles pourra ne pas vous être favorable. Il faudra donc redoubler de vigilance et rendre le culte avec plus de convictions – ou d’offrandes. On peut en sourire, mais c’est évidemment un sujet très sérieux pour ceux qui le pratique.

Dans le cas present, le culte a démarré vers 23 heures. Il est probable qu’il ait duré une bonne heure avec l’incinération des objets votifs (le feu permet de transférer vers l’au-delà les objets).

La plupart des gens délègue ce culte à ceux qui ont l’habitude de le pratiquer. Dans ce cas, on achete des longues feuilles de papier sur lesquelles sont dessinés des personnages représentants la famille bénéficiaire du culte : la mere, le père et les éventuels enfants. Le nom de chacun est repris sur les feuilles, pour ne pas que les esprits se trompent.

Sur la table d’offrandes, les bougies symbolisent les planètes. Les objets votifs disposés derriere les bougies représentent chacune une planète. A l’arriére, d’autres objets votifs représentent le trône et les objets associés (coiffe de mandarin, bottes, parasols..), pour marquer le caractère sacré du culte.


L’officiant. avec des bagues impressionnantes

L’officiant revêt ses plus beaux habits du culte qui ressemblent à ceux vus pour le culte de la déesse mere. On remarquera d’ailleurs les impressionnantes bagues en ambre. C’est un professionnel du culte et il est entouré d’un assistant qui ressemble à un moine bouddhiste (mais qui n’en n’est pas un).

Le tout est accompagné d’une musique assez forte, des psalmodies de l’officiant à l’aide d’un micro, le tout rythmé par une petite clochette bien sympathique.