Violente tempête à Hué

Le 18 septembre 2020 restera une journée noire dans les annales de la ville ! Le typhon Noul a parcouru la ville en occasionnant de nombreux dégâts.


Devant la sortie de la citadelle intérieure…

Les jours précédents, on a vu les gens de Hué grimper sur leur toit et effectuer des consolidations de fortune.. Les toits en tôle sont encore légions et seuls de gros parpaings peuvent les maintenir en place. Ce n’est pas très esthétique, mais c’est efficace.

Le matin du 18 septembre, la journée a presque démarré normalement. Aucune pluie, aucun vent, seul le ciel gris annonçait une journée morne. Et puis d’un seul coup la pluie s’est mise à tomber, de plus en plus fort, accompagnée d’orages et d’éclairs. Le vent s’est mis à souffler. On parle de 100km/h. Et puis ce fut de plus en plus violent, avec des rafales dévastatrices. 90 minutes plus tard, tout était fini. Le temps s’est dégagé avec une rapidité déconcertante, la pluie a cessé, le vent a disparu. C’en était fini de la tempête !
Seule l’électricité manquait au programme. Elle sera coupée pour nous toute la journée, bien plus longtemps pour d’autres quartiers. Des pylônes ont été tordus en deux.


Autour de la citadelle…

Mais c’est en sortant qu’on a constaté les dégâts. On pouvait s’attendre à quelques toits envolés et de la tôle un peu partout. Ce fut au rendez vous. Mais la plus grande surprise fut le nombre incroyable d’arbres à terre. On en dénombre partout, des centaines, dans toute la ville, et notamment le long de la rivière des parfums et dans la citadelle. Des milliers de branches cassées.

Je fus surpris de voir que les arbres tropicaux, notamment les flamboyants, ont si peu de racines. Ces arbres poussent à une vitesse incroyable, mais tombent à la moindre tempête.
Mais ce fut le cas aussi de quelques banians séculaires.

Le nouvel hôtel Silk Path avait mis des « béquilles » à tous ses arbres, certains d’entre eux ayant été achetés à vil prix. Aucun n’est tombé. Pourtant le manager est un étranger. On peut se demander pourquoi les gens de Hué ne font pas pareil avec leurs arbres. Quelle tristesse !

Car les typhons ou tempêtes tropicales ne sont pas si rares dans le centre Vietnam. L’histoire est ponctuée de ces cataclysmes. Le plus célèbre d’entre eux a eu lieu en Septembre 1904. Tous les bâtiments de Hué ont été détruits, à l’exception de 3 maisons à terrasse. Cette année la, le pont Truong Tien (Thanh Thai à cette époque), construit 4 ans auparavant, a été retourné comme une crêpe. Seules les maisons traditionnelles annamites, basses et au toit de tuiles très lourdes, ont résisté.


Dans la rue Ngo Quyen

C’est aussi pour cette raison que les vietnamiens détestent s’installer en bord de mer. La cote annamite, qu’on appelait « la cote de fer », porte bien son nom. Elle subissait, et subit toujours, des tempêtes et des typhons dévastateurs venus des Philippines.


Le panneau renversé, le long du canal Phu Cam, témoigne de la force du vent..

Heureusement, on n’a constaté qu’un seul décès dans la province et les dégâts matériels ont été limités. Les pots de fleurs et les cages d’oiseaux sont revenus sur les balcons.


Pauvre ville de Hué !

Le succès des yaourts glacés

On connaissait les yaourts glacés vendus dans de petits sachets en plastique le long des rues au Vietnam. C’est délicieux !.

Un investisseur vietnamien s’est accaparé l’idée et a lancé un concept qui fait fureur aux 4 coins du pays. Du yaourt glacé servi avec un coulis et des fruits. Le tout présenté dans un verre. La recette du yaourt est le secret de l’affaire. Déjà plus d’une centaine de boutiques se sont ouvertes en franchise au vietnam. Et la dernière en date vient d’ouvrir à Hué. Nous y sommes allés tous les jours pendant les 4 jours d’ouvertures et de promotion ! C’est vraiment excellent et bien adapté au pays et à son climat chaud.

Les prix sont quand même un peu élevés pour les locaux : entre 15 et 35 kvnd le verre, suivant la garniture choisie, soit de 0.50 euros à 1.30 euros. Les parfums sont variés : pèches (le meilleur !), fraises, alovera, mangue, durian, jacquier, jeune riz, etc..


La nouvelle boutique de Hué

La marque Thiriet vient de lancer en France le yaourt glacé avec coulis en boite de 500ml. Preuve qu’un nouveau dessert est peut être en train de naitre..

Nouvelle vente aux enchères consacrée à l’Indochine

Cette vente aura lieu le 22 Septembre 2020 à Drouot. Elle est organisée par la maison Lynda Trouvé.

On notera un nombre important d’objets émaillés sur cuivre datant des règnes de Minh Mang et Thieu Tri. Ces objets, vases, assiettes, plats, ne sont pas si courants et représentent l’apogée de l’art de l’émail à Hué.


Magnifique coupe datant du règne de Thieu Tri (1840-1847), en decor émaillé polychrome sur fond bleu turquoise, hauteur 19cm, estimé 8/10.000 euros

Ces enchères mettent en vente aussi des objets du fond Albert Sallet, médecin présent à Hué de 1903 à 1931 et co-fondateur de l’association des Amis du Vieux Hué. On s’étonne de la présence de tels objets dans une vente aux enchères, sachant que le fond a été offert par son petit fils, jean Cousso, aux archives nationales d’outre mer en 2014…


Bulletins des Amis du Vieux Hué en vente, fonds Albert Sallet, collection complète de 116 numéros, vendus 19.000 euros

De nombreux objets proviennent aussi de la famille de l’Amiral de la Grandiere qui s’empara en juin 1867 des trois provinces vietnamiennes de Vinh Long, Chau Dôc et Ha Tiên, constituant ainsi la Cochinchine Française.


L’annonce de la prise des 3 provinces vietnamiennes signée par l’amiral de la Grandière

Le catalogue de la vente est en ligne sur le site www.lyndatrouve.com ou en suivant le lien :
https://catalogue.gazette-drouot.com//pdf/1605/106173/CATALOG9_INDO_8_22x28_SEPT_2020(1).pdf?id=106173&cp=1605

Vietnam : et le Covid revient ..

Ce 25 juillet, le Vietnam s’apprêtait à fêter 100 jours sans nouveaux cas de Covid ! Un succès mondialement reconnu, une grande fierté pour les autorités et un grand soulagement pour la population. Cette réussite s’était faite au prix d’une fermeture très rapide des frontières et une mise en quarantaine extrêmement rigoureuse des contacts avec les cas avérés.

Hélas, le compteur s’est arrêté à 99 jours. Un cas s’est déclaré à Danang, ville de 1,1 millions d’habitants, puis plusieurs autres dans la même ville, principalement dans les hôpitaux de la ville. Immédiatement, 80.000 touristes locaux furent évacués de la ville, et des quartiers entiers mis en quarantaine. Tous les moyens de transports avec la ville ont été stoppés net.


Les grands moyens pour chasser le virus ! (photo vn express)

La patient zéro a fait l’objet de toutes les attentions, mais impossible de comprendre comment il a été infecté. Une filière illégale de franchissement de la frontière avec la Chine a depuis été identifiée, mais il semble que le cas zéro ne provienne pas de cette source de risque potentiel.

Depuis, une vingtaine de nouveaux cas est déclarée quotidiennement, tous liés à l’infection de Danang. La situation est moins favorable que la 1ere vague d’infection : l’actuel virus est plus contagieux.

La ville de Danang s’est soudainement « éteinte ». Tous les commerces inutiles ont du fermer. Le port du masque est bien sur obligatoire. Et cette semaine, d’autres mesures drastiques se sont mises en place. Des coupons ont été fournis aux habitants. Ils n’ont le droit d’aller au marché qu’une fois tous les 3 jours (une réelle épreuve pour les vietnamiens !).

La traçabilité est maximum. Parmi les 80.000 touristes évacués le premier jour, 3000 personnes ont été identifiées comme n’ayant pas remplies leurs obligations déclaratives. Ils s’exposent à des sanctions pénales.


Une affiche de prévention (« en cas de toux, de fièvre.. rendez vous immédiatement dans un centre de soins »)

Et à Hué ? Aucun cas pour le moment, et c’est tant mieux ! la ville est redevenue très calme, les gens âgés restant chez eux et les transports avec les autres villes étant interrompus..

A ce jour et depuis le 25 juillet, on déplore 477 cas de covid, 24 morts, 172.000 personnes en quarantaine dont 30.000 dans des centres fermés.

Silk Path Hotel, le dernier venu des 5 étoiles de Hué

La ville de Hué s’embellit de jours en jours, notamment les bords de la rivière des parfums, et le secteur du tourisme compte bien en tirer profit !

Quand je suis arrivé il y a 10 ans à hué, il y avait 4 hôtels 5 étoiles. Ils sont à présent plus d’une dizaine. Dans une ville de 350.000 habitants, c’est pas mal! L’objectif de la province de Hué est clair : développer le tourisme des pays d’Asie grâce à des liaisons aériennes directes. L’agrandissement de l’aéroport de Hué est en cours et dans quelques mois, dès la fin de l’épidémie du Covid, on espère voir des vols directs entre Hué et le Japon, la Corée et la Chine.. Autant d’opportunités en plus pour le tourisme de luxe. Le tourisme local n’est pas en reste non plus, avec les riches familles de Hanoi qui viennent passer quelques jours à Hué.


La piscine de l’hotel, au centre d’un vaste jardin

L’hôtel la Résidence, géré il y a quelques temps encore par le groupe Accor, a été repris par son propriétaire japonais et a subi d’importantes rénovations. Le style Art Déco le rend particulièrement attrayant pour les amateurs d’art. Mais les prix ont progressé aussi, ce qui le rend moins accessible.

Ancient Hué, à quelques kilomètres de la ville, s’est lui aussi transformé, passant d’un restaurant de charme à un hôtel de luxe, dans le style des maisons traditionnelles de Hué.


L’hotel Silk Path

Les hôtels Imperial, Indochine et surtout Vinpearl permettent d’apprécier la ville vue d’en haut.

Senna Hotel s’est ouvert il y a quelques mois, également en centre ville, mais avec un jardin hélas dominé par un affreux bâtiment..

Le dernier né vient d’ouvrir, c’est l’hotel Silk Path. Le groupe vietnamien possède déjà des hôtels à Hanoi et à Sapa. Il a acquis aussi la maison-jardin que les touristes aiment bien visiter en allant vers la pagode Tien Mu.

L’hôtel bénéficie d’un bel emplacement, dans la rue Le Loi, non loin de la gare, et à quelques mètres seulement du départ de la nouvelle promenade de long de la rivière. Certaines chambres ont aussi la vue sur le charmant canal An Cuu, autrefois voie d’accés pour rejoinder la lagune.


Le Lobby de l’hotel

Il remplace le « Green Hôtel » dont il a gardé une partie de la structure. Mais les travaux de rénovation et d’embellissement furent considérables. Tout a été refait pendant plus de 2 ans. Le groupe est la propriété d’une famille de Hanoi. L’ancien hotel appartenait, quant à lui, à un ancien ministre de la culture.. Quand on connait les prix de l’immobilier en centre ville, ca laisse rêveur..


Les nuages, motif traditionnel local, sont particulièrement bien réussis dans cette décoration

Dans cet hotel, on appréciera l’emplacement, le jardin, la piscine de 30 metres de longueur, une vraie piscine dans laquelle on peut nager et pas seulement barboter.. En revanche, on ne peut que regretter le manque d’imagination de l’architecte pour les bâtiments. On retrouve ici le style contemporain de Hanoi, c’est à dire très « tape à l’œil » et sans rien d’original, ni de local. Venir à Hué pour voir des chapiteaux corinthiens, c’est un peu décevant, surtout dans une ville ou la légèreté a toujours fait la splendeur de l’architecture.

Cerise sur le gateau, la couleur blanche omniprésente ajoute un coté fade et désuet. Pas sure que ca fasse plaisir à la nouvelle génération de voyageurs cosmopolites.

Mais bon, pour la grande majorité de touristes, cet hotel les ravira, en leur offrant un luxe à un tarif inaccessible dans leur pays d’origine.

Rénovation des arènes de Hué !

Les arènes de Hué forment un monument atypique propice à l’imagination ! Leur récente rénovation et leur ouverture au public sont l’occasion de se pencher sur l’histoire des combats d’éléphants et de tigre à hué.


Vieille carte postale colorisée des arènes de Hué (copyrighted fd fievez)

Précisons d’emblée que les combats sont inégaux : tout est fait pour que les éléphants l’emportent sur les tigres. Pour une raison bien compréhensible : les éléphants sont rares et chers, alors que les tigres pullulent. Sous le roi Ming Mang, Jean Baptiste Chaigneaux parle de 800 éléphants pour le royaume d’Annam. A défaut d’artillerie, la puissance d’un état se mesure au nombre de ses éléphants. D’ailleurs, non loin des arènes, se trouve la pagode Vo Re, « l’éléphant qui barrit », construite en hommage à ces précieux auxiliaires. Les éléphants de guerre honorés ici sont considérés comme des génies protecteurs de la nation.

Les arènes proprement dites ont été construites sous Minh Mang en 1830. Le diamètre est de 44 mètres pour un périmètre de 140 mètres, des dimensions modestes donc. On n’est pas à Rome ! Il ne s’agissait pas de combats populaires non plus. Le roi et la famille royale s’installaient en haut des arènes, face aux cages des tigres, avec un escalier réservé à leur usage. A leur droite, se trouvaient quelques hauts mandarins et les invités civils à partir de la présence française. Les combats se déroulaient de temps en temps, rarement plus d’une fois par an, lors d’occasions spéciales. Le dernier combat eu lieu en 1904 sous l’empereur Thanh Thai.


Carte postale datée de 1904

La première description occidentale des combats entre éléphants et tigres date de Pierre Poivre,present à Hué vers 1750. A l’époque, les combats ont lieu sur l’ile Da Vien. 40 éléphants y sont transportés pour l’occasion. En face, à l’autre extrémité de l’ile, des tigres, préparés pour le combat, c’est-à-dire bien amoindris. Le Roi et sa suite sont sur des galères. Au signal, on libère un tigre (mais qui reste attaché à un piquet..) et un des éléphants vient à sa rencontre. Poivre décrit la scène : « Il replie sa trompe de crainte d’être saisi par cet endroit sensible, et avec ses deux dents soulève le tigre qui est sans défense, et le fait pirouetter assez haut, puis recommence ce jeu jusqu’à ce que le tigre soit entièrement mort. Alors des soldats avec des fagots de paille viennent lui brûler les barbes afin que personne ne puisse s’en servir pour composer des poisons, car les gens du pays prétendent que ces poils sont extrêmement dangereux. » Ce jour là, 18 tigres auront été tués de cette manière.

Un peu plus tard, c’est Jean Baptiste Chaigneau qui nous raconte les combats que ne semblent pas avoir changé depuis 1750. Dans ses souvenirs, il évoque un incident dramatique. « Sous le règne de Gia-Long[1802-1820], j’ai assisté, étant dans le bateau de mon père, à l’un de ces spectacles, dont le résultat a été funeste à un cornac et à plusieurs des soldats qui entouraient le lieu du combat. Le tigre qu’on mettait en présence des éléphants avait déjà fait plusieurs victimes lorsqu’il fut pris dans un piège; Aussi voulut-on que son exécution eût lieu avec le plus de pompe possible, et il y avait, ce jour-là, un public fort nombreux. Ce tigre était d’une taille peu ordinaire. Il semblait ne rien redouter, et, lorsqu’on le fit sortir de sa cage, il bondissait, cherchant à rompre son câble. Mais, ne pouvant y réussir, il se cacha et se résigna momentanément. Cependant un éléphant, poussé avec vigueur par son cornac et son piqueur, avançait à grands pas, et déjà il était près du petit bois où le tigre se tenait blotti, lorsque celui-ci, comme un trait, s’élança sur la tète de son agresseur, et, avec sa patte de fer, appliqua sur la tempe du cornac un coup tellement violent, qu’il l’étourdit et le fit tomber à terre. Pour comble de malheur, l’éléphant, ne se sentant plus dirigé, rebroussa chemin, et, dans sa fuite, passa sur le corps du pauvre cornac. Un cri d’horreur se fit entendre de toutes parts. Les soldats emportèrent le corps de ce malheureux, et l’on se prépara à un nouveau combat. Un autre éléphant fut désigné pour entrer en lutte; »


Autre carte postale des arènes

Mais, malgré toutes les précautions, le tigre ne se calma point. Chaigneau précise : « Retenu par son câble, sa fureur devint extrême: il bondissait de colère, il se débattait avec rage, et, par un suprême effort, il rompit le lien qui le retenait captif. Ce fut un moment affreux pour ceux qui étaient présents à ce combat; il y eut un désordre général parmi les soldats comme parmi les curieux. Ceux-ci surtout, effrayés, voulant éviter la rencontre de l’animal furieux, prirent la fuite, renversant, culbutant tout ce qu’ils rencontraient, bravant ainsi un danger réel pour éviter un danger inconnu. Le tigre, se voyant libre, abandonna son adversaire. Sans doute, sa préoccupation du moment était de regagner les montagnes : aussi chercha-t-il avec persistance à se frayer un passage, malgré la gêne que lui faisaient éprouver ses entraves; il fit, en courant, le tour du champ de combat ; partout il voyait des lignes épaisses de soldats qui le menaçaient avec leurs piques et leurs sabres. Mais, payant d’audace et bravant tous les obstacles, il avait déjà réussi à se faire une trouée dans la première ligne de soldats, après avoir blessé quelques- uns d’entre eux, lorsque le mandarin chargé du commandement de la troupe fit entendre un gros Jurement : «Si vous ne me reprenez à l’instant cet animal, dit-il à ses soldats, je vous fais trancher la tête à tous. A ces paroles menaçantes, les soldats se précipitent sur le tigre; celui-ci s’échappe de leurs mains, non sans avoir causé quelques accidents; ils le reprennent une seconde fois, l’animal s’échappe encore. Enfin, pour éviter de plus grands malheurs, le mandarin donna l’ordre de le tuer. Alors une forêt de piques tombèrent sur lui et il fut percé de part en part. On le traîna sans vie près du buisson, où l’on fit venir plusieurs éléphants qui le jetèrent en l’air chacun à son tour, et le dernier finit par le fouler avec ses pieds. »


Article paru dans Le Petit Journal en 1904

A l’époque de Minh Mang, les combats sont organisés le long de la rivière des parfums, à proximité de la citadelle. Le roi suit les combats depuis son bateau. Mais en 1829, un tigre s’échappa, se jeta à l’eau, et commença à nager vers le bateau du roi. La légende dit que le roi lui-même maintena le tigre au large à l’aide d’une gaffe, avant que ses troupes puissent le tuer. C’est à l’issue de cet incident que la décision de construire des arènes fut prise.

En 1884, on prévoit d’offrir aux représentants de la France un combat lors de la ratification du Traité de Protectorat entre la France et l’Annam (traite Patenôtre). Le journal « Le Monde Illustré » publie un article complet sur les fêtes qui ont eu lieu à ce moment là, en commençant par la préparation du combat.
« La difficulté du combat est de se procurer un tigre[vivant]. Quant aux éléphants, ils abondent dans la citadelle. Le tigre, nous l’avons eu. Ce n’a pas été sans peine. Il a fallu aller jusqu’aux portes de fer, dans le voisinage de Tourane, pour le découvrir. Au moyen d’appâts savamment combinés, en flattant les goûts du tigre pour la chèvre et le chevreau, les chasseurs ont réussi à l’amener jusqu’à une immense clairière où ils s’étaient proposé de le faire prisonnier. Les chasseurs doivent ramener le tigre vivant. Armés de murailles de bambous, ils se développent en tirailleurs et forment autour de leur proie un immense cercle qui, comme la tour fantastique d’Edgar Poe, se rétrécit peu à peu et se resserre sur l’animal. Quand le cercle est suffisamment rétréci, on apporte une cage en bois solidement construite et l’on prie poliment le tigre de s’introduire dans l’appartement qui lui est destiné. Souvent le tigre fait des difficultés. Il ne se laisse pas facilement persuader, on insiste, et, moyennant un bras ou deux, moyennant une jambe ou une tête d’Annamite, on finit par l’enfermer dans sa prison. Sur les épaules des chasseurs, on le ramène à la capitale.

Notre tigre n’a rien coûté en bras, en jambe, ou en tête. Arrivé à Hué, on l’a déposé sous une des cales de la rivière où reposent les jonques du roi et le public a été admis à l’injurier. Le tigre est le grand ennemi de l’Annamite. Chacun a quelque parent à lui reprocher. Aussi les épithètes violentes ne chôment elles pas. Le tigre, dans sa cage, semble ne rien comprendre à ce débordement de colère. On ne le voit pas, le tigre. La cage est bien fermée; mais on le sent. Quelle odeur!


Cage du tigre, dans l’article du Monde Illustré paru en 1884

La nuit, on l’entend. Il pleure sa captivité. Et quand « Ong Cop », monseigneur le tigre, pleure, tous les animaux, dans le voisinage, tremblent et frémissent de leurs deux ou de leurs quatre pattes, chacun suivant ses moyens. Notre tigre a passé la nuit près de la Résidence [Supérieure de l’Annam]. Avec le soleil, il se lève, ou plutôt on l’enlève dans sa cage et on le transporte de l’autre côté de la rivière. Il s’agit de le préparer pour le combat. Quelle préparation ! La cage est mise sous un énorme filet. Un plancher mobile écrase la pauvre bête, qui est obligée de laisser passer les pattes par les fentes de la cage. Trois Annamites sont là de chaque bord — en costume rouge, bordé de jaune, comme les soldats. L’un est armé d’une pince en forme de lunette. Un autre est armé d’une pince plate. Le troisième d’une pince coupante. Les pattes à peine sorties de la cage sont vigoureusement amarrées par des cordes de bambous. La patte est manœuvrée par la pince à lunettes qui lui donne la position la plus favorable à la préparation que l’on a en vue. La pince plate saisit une griffe. La pince coupante coupe la griffe. Le tigre n’est pas content et témoigne son mécontentement comme il peut. Mais l’Annamite qui, juché sur la cage, dirige l’opération, modère l’ardeur de l’animal en appuyant plus ou moins fortement sur le plancher. Sous le filet une gantière fabrique quatre gants de cuir dans lesquels on fera entrer bon gré mal gré les pattes du tigre. Ainsi préparé, le tigre combattra l’éléphant. C’est au supplice et non au combat qu’on envoie ce pauvre tigre! Possible, il ne faut pas abîmer les éléphants de Sa Majesté. De si bonnes bêtes! Et si douces, quand elles ne sont pas au temps des amours! On les voit se promener dans les rues de la citadelle avec le sentiment de leur dignité — majestueusement — sur leur dos, on aperçoit deux insectes: ce sont leurs cornacs. De père en fils, on est cornac dans certaines familles privilégiées de Hué. Au temps des amours, il n’est pas rare que l’éléphant joue au bilboquet avec son cornac.

[..]. Le combat doit avoir lieu à 2 heures ½ [..] Hélas! Arrive une lettre de faire part! Le tigre est mort. — On nous l’apporte, comme Marlborough, sur les épaules de quatre vaillants guerriers- A force de le préparer, on l’a tué. »


Dessin des arènes paru dans le bulletin des Amis du Vieux Hué (BAVH)

Le dernier combat eu lieu en 1904 sous l’empereur Thanh Thai. Le récit est relaté dans « Le Petit Journal Illustré » :

«Il [Le Roi Thanh Thai] entendit que tous profitent de ses distractions. Il résolut donc d’offrir à la population européenne de Hué un spectacle peu commun, le combat d’un tigre et d’un éléphant.

Le tigre, récemment capturé par sa Majesté, avait sur la conscience quelques existences indigènes. Quant a l’éléphant, c’était une femelle venant du Quang Ngai ou elle avait tué son cornac et mise à mal 3 autres annamites. Les deux adversaires promettaient. Malheureusement, avant le jour choisi pour le combat public, sa majesté avait voulu essayer, en sa présence, dans l’arène impériale, les 2 ennemies. Ils sortirent de cette 1ere épreuve, le tigre bien affaibli, et l’éléphant sérieusement griffé. Aussi firent-ils preuve d’une molle ardeur lorsqu’ils parurent devant le tout Hué, quelque peu désappointé.

Excité par les cris des cornacs et poussés à coup de perche l’éléphant pris l’offensive après bien des hésitations. Le tigre sauta sur l’éléphant, qui lui pris le corps en travers avec la trompe et le serra à lui briser les cotes. Se dégageant, le tigre essaya de grimper sur la jambe gauche de derrière de son adversaire. Celui-ci, que la colère à la fin gagnait, lui envoya un formidable coup de pied puis attendit. Le tigre se coucha au pied du mur et n’en bougea plus. Il était mort. Le combat n’avait dure que quelques minutes. »


Dessin paru dans l’article du Monde Illustré en 1884

Ainsi se termina les combats dans les arènes de Hué. Le nombre d’éléphants diminua progressivement, car leur coût d’entretien était très élevé. Récemment, deux éléphants étaient encore de parade dans la citadelle. Mais ils sont morts en 2018. Les tigres, quant à eux, ont continué à infester l’Indochine jusqu’à la fin de la guerre. D’après les habitants, il n’était pas rare d’en voir les traces jusqu’en 1975.
La restoration des arènes a été bien faite… il ne manque qu’à imaginer les combats qui ont pris fin il y a un peu plus d’un siècle…

Sources principales: Gallica et BAVH
Extrait du livre « Souvenirs de Hue » de Chaigneau : Souvenirs_de_Hué_(Cochinchine)___[…]Chaigneau_Michel_tigre