Ils ont coupé notre bougainvillier !

Notre bougainvillier faisait notre fierté ! C’était le plus bel arbre de la ruelle et nos visiteurs ne manquaient de le remarquer.. Pour beaucoup, c’était un point de repère pour trouver notre maison…


Notre bougainvillier avant la coupe sauvage..

Mais c’était sans compter sur la culture locale…au Vietnam, on balaye beaucoup devant sa porte, au sens propre.. Tous les matins et tous les soirs, vous voyez toute la population passer son temps à pousser la poussière, parfois à la collecter… cette douce habitude m’a toujours fait sourire … j’avoue que ni femme ni moi n’avons pris la peine de collecter régulièrement les pétales de notre arbre. Il faut dire que c’est si beau.. c’est comme un tapis qui inonde de couleurs l’asphalte ordinaire de notre rue..

Mais nos voisins ne sont pas aussi poétiques que nous.
Insensibles à la beauté de la nature, fatigués de devoir collecter à notre place ces pétales, ils ont fini par nous « dénoncer » à la mairie. Celle-ci a ordonné à notre propriétaire de couper l’arbre pour en finir avec ces « troubles à l’ordre public ». Sans nous consulter, notre propriétaire a mandaté nos voisins pour couper la partie de l’arbre surplombant la ruelle. Trop content de l’aubaine, ceux-ci – ceux la même qui nous avaient peut être dénoncés- ont pénétré dans notre cour sans nous le dire et ont coupé tout l’arbre… après, ce n’était pour nous que colère et tristesse… mais c’était trop tard.

Ainsi donc, si vous vivez au Vietnam, vous devez vous rappeler que :
– L’ordre est plus important que la beauté des choses,
– Il y a peu de règles, mais que le balayage fait partie des fondamentaux,
– Les locataires sont peu de choses et n’ont pas leur mot à dire…

Depuis, on a acheté un nouvel arbuste et on espère qu’il grandira très vite.. pour faire la nique à nos voisins !

Chi Lang, une rue fascinante

La rue Chi lang de Hué est longue d’environ 2,5 km. Elle démarre du pont à proximité du marché Dong Ba et se termine dans le quartier Phu Hau après le pont Cho Dinh (« marché du palais »). Depuis plus de 130 ans, cette rue est l’artère commerçante de la ville, du fait de la présence de la rivière (transport des marchandises) et de la citadelle non loin. Une rue essentiellement chinoise à l’origine. Mais pas seulement. Car des membres de la famille royale s’y sont aussi installés ainsi que quelques riches familles vietnamiennes.


Transport de glace en cyclo devant le temple du souvenir chinois Chieu Ung

C’est rue est donc un concentré de vestiges d’autrefois. On y trouve des congrégations chinoises (« assembly hall”), une congrégation catholique, des pagodes bouddhistes, des « shops houses », des édifices coloniaux, des maisons traditionnelles en bois, une mosquée indienne, un cinéma… Les chinois, les indiens et les français sont partis, mais de nombreux bâtiments sont restés. C’est donc un décor magnifique qui vibre encore au quotidien grâce à l’existence de nombreux vendeurs de rues, d’écoles, de marchés pittoresques et d’une kyrielle d’artisans qui officient là au quotidien. La rue ne s’est pas trop modernisée par rapport à d’autres quartiers. Bref, un vrai musée vivant !

Cette rue s’appelait autrefois la rue Gia Hoi. Apres 1975, la rue a été renommée Chi Lang. Humour destiné aux chinois qui habitaient là autrefois ? Chi Lang est en effet le nom d’une province du nord Vietnam par laquelle ont été refoulés les chinois à nombreuses reprises. Et notamment lors de la célèbre bataille menée par Le Loi en 1427.

Il faut arpenter cette rue de long en large à pied pour en apprécier toute la diversité. Les nombreux cafés permettent de se reposer et d’apprécier l’ambiance « familiale ».

Vous trouverez quelques photos prises en Septembre 2019 lors de mes pérégrinations. Des instantanés qui sont révélateurs, je l’espère, de cette rue si particulière. Sans hésiter, c’est ma rue préférée à Hué.


Maison ancienne devant laquelle on prépare de bonnes soupes locales..


Enseigne d’autrefois qui rappelle le succès de la Honda Super Cub..


Les vendeurs ambulants sont nombreux dont cette vendeuse de « dau hu », dessert de tofu et gingembre


Écoliers passant devant une maison traditionnelle


Maternelle installée dans un ancien bâtiment datant de l’époque coloniale


L’une des boutiques d’objets votifs. Il s’agit ici de chapeaux « tonkinois » en papier


Une couturière et sa vieille machine à coudre…


Une boutique ou l’on vend du Cha, galettes de poissons réduits en purée et teintée avec de la crevette


Vendeuse de rue vendant du porc cuit à la broche. Délicieux!


Marchande de soupe qui fait le bonheur de ses clients!


Vendeuses de rue à proximité du marche Dinh. Sur le panneau, il est indiqué qu’il est interdit de vendre quoique ce soit là, suite à la volonté des officiels d’assainir les trottoirs… un combat que ne fait que commencer, les vendeurs n’ayant pas d’autres endroits pour aller..


Travail du bambou sous le pont Cho Dinh. Dans la rue Chi Lang, des artisans font du mobilier en bambou avec un remarquable savoir-faire. Le bambou se plie ou se redresse à la chaleur.


Vendeuse au marché Cho Dinh, presque au bout de la rue. Ce marché « du palais », très ancien, a changé de place plusieurs fois mais a gardé le même nom.


Marché Dinh


Gros plan sur un porche des années 70-80


Porche traditionnel qui vient d’être restauré dans le style local. Il accède a un temple ou l’on rend le culte au 37eme fils du roi Ming Manh


Tous les matins, des cyclos arpentent la rue pour conduire des vendeuses de rues sur leurs lieux de prédilections. Derrière, on distingue l’une des portes d’accès à la congrégation chinoise Fujian

Après le pont Cho Dinh, la rue Chi Lang arrive au quartier Phu Hau et on retrouve l’esprit village. Peu de circulation, une population pas toujours riche, mais une ambiance très sympathique. Tous les habitants se connaissent.


La maison communale (dinh) du quartier Phu Hau


Maison traditionnelle avec jardin


Menuisier fier de ses dernières productions. Les fenêtres, pièces de rambarde, meubles sont encore fabriqués traditionnellement


Un cirque s’est installé en ville et tous les matins, durant une semaine, un clown vient en faire la promotion auprès des enfants … et de leurs parents


Messe du matin (5h30) à la congrégation des Sœurs de la Visitation. Cette congrégation, d’origine française, accueille ici plus de 200 religieuses et postulantes. Certaines religieuses parlent un très bon français…

Bonne visite !

Nouvelle vente aux enchères consacrée à l’Indochine

Une nouvelle vente aux enchères consacrée à l’Indochine aura lieu le 18 octobre 2019 à Drouot.

J’ai noté un très beau dessin réalisé à la mine de plomb et pastel intitulé « jeune fille de Hué ». On doit ce dessin au célèbre artiste Mai Thu, qui fut professeur au lycée Khai Dinh à Hué. Cette oeuvre, de dimension 55cm * 43,5 cm, fut exécutée peu avant son départ définitif pour la France, en 1937. Valeur estimée: 30.000 / 40.000 euros

On trouve aussi une toile peinte par Henri Mége (1904-1984), intitulée « Matinée à Hué », de format 38 * 55 cm. Henri Mége a peint de nombreux paysages autour de Hué lorsqu’il était officier militaire.

Autre toile peinte à Hué, cette « Mère et enfant devant la rivière des Parfums » du peintre voyageur Henri Emile Vollet (1861-1945). Cette peinture à l’huile mesure 54 * 33,5 cm.

Henri Vollet a aussi produit cette toile très lumineuse « Fête de Nuit sur le petit lac à Hanoi ». Peinture à l’huile de format 73 *86 cm, estimée à 18000 euros.

Ci joint le catalogue de la vente aux enchères:
catalogue_INDOCHINE7_22x28_octobre_2019_WEB

Henri Mège, peintre et caricaturiste

Voici un dessin humoristique très réussi que l’on doit à Henri Mège (1904-1984).

Ce dessin est en vente chez Sotheby’s à Hong Kong ce 6 octobre 2019 (1). Il mesure 45 sur 63.5 cm. Le thème reste toujours d’actualité car les transports routiers au Vietnam sont encore assez aléatoires et les pannes nombreuses…

Henri Mege est nè en Isère en 1904. Il est très vite initié à la peinture et au dessin par sa mère. Comme son père, il se destine à une carrière militaire et rejoint les chasseurs à cheval. Il part en Indochine dès 1931 pour un engagement de 25 ans. Il rencontre le nouvel empereur Bao Dai et devient écuyer de Sa majesté et commandant de la garde impériale à Hué. Il consacre son temps libre à la peinture et réalise de nombreux paysages, notamment des environs de Hué. Il épouse la petite nièce du dernier vice-roi du Tonkin. Il devient ensuite professeur à Saïgon de 1950 à 1956. A la suite de quoi, il revient à Chambéry afin d’y passer sa retraite. Il peindra aussi beaucoup de toiles dans cette région.

(d’apres http://henri.mege.free.fr/biographie.html)

(1) https://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2019/modern-contemporary-southeast-asian-art-hk0887/lot.312.html?locale=en

Voici un autre dessin en vente le 16 octobre 2019 à Drouot, maison Asium Millon. Format 22,5 cm * 32 cm.

Chaud, il fait chaud !

Le Vietnam est un pays chaud. D’accord, mais il y a chaleur et chaleur ! Cette année est la plus chaude depuis mon arrivée à Hué, il y a 8 ans. Apres une saison des pluies sans pluie, un hiver sans hiver, nous avons vécu, depuis avril, 5 mois de canicule. 40 degrés en moyenne contre 36 degrés d’habitude. Ces quelques degrés en plus font une sacrée différence.

Résultat direct : 5 mois à dormir sur la terrasse, un plaisir que ne connaissent pas les vietnamiens. Mais un lit en bambou ne remplace pas un vrai lit ! Et des journées à passer à l’intérieur avec une clim qui fonctionne non stop…

Mais peu importe mes états d’âmes à coté du monde paysan et de la nature qui, eux, souffrent vraiment. Des incendies en pagaille, des arbres qui meurent, des cultures qui agonisent faute d’eau. L’eau du robinet coule encore, tant mieux. A Danang, ces dernières semaines, l’eau du robinet était salée..

Quelques photos de la situation valent mieux qu’un long discours !


Le lac creusé il y a presque un siècle par les moines bénédictins de Thien An, à quelques kilomètres de la ville. Il reste à présent les vestiges d’un parc d’attraction qui a fait faillite. Le lac est à sec depuis peu. Photo internet


Le lac de retenue du barrage électrique sur la rivière des parfums, à 30km de la ville. Il est presque vide et bien sur, les turbines sont à l’arrêt(photo prise après 8 jours de pluie fin août)


Voici le nouveau golf de Hué, ouvert en catimini il y a moins de 2 ans ! ou plutôt ce qu’il en reste. Faute d’eau, il est complètement sec et a du fermer.

Hué: une ville en mouvement…

Ceux qui se passionnent pour l’histoire du Vietnam passent leur temps à regarder les photos et autres cartes postales d’il y a un siècle. Mais c’est sans se rendre compte que les photos prises il y a quelques années seulement font déjà partie de « l’histoire ».

En regardant par hasard mes photos prises à Hué en 2007, soit 12 ans en arrière, je suis resté ébahi par les changements réalisés en si peu de temps.

C’est le cas pour ces photos prises le long du canal Dong Ba. A l’époque, il reste encore des « boat people », ces gens qui vivent dans leur bateau amarré le long du canal. Ils collectent le sable ou sont cyclos, sont peu instruits et vivent dans la promiscuité. Depuis, grâce à l’action de la ville et de pays étrangers comme la France, ils ont été sédentarisés. On leur a offert des terrains aux limites de la ville, qui valent aujourd’hui pas mal d’argent car situés à présent dans la ville.

La maison de l’angle, elle, est restée en l’état. Il s’agit en fait d’un temple construit vers 1896 par la communauté chinoise du quartier commerçant de Gia Hoi (rue Chi Lang). C’était le lieu de culte du très connu General Quan Vũ Vân Trường, modèle de loyauté, de persévérance et de réussite pour la population chinoise. Les chinois ayant quitté le Vietnam, plus personne ne s’occupe de ce temple. Il est à présent interdit d’accès, menaçant de s’écrouler.

La maison d’à coté a été, quand à elle, reconstruite.

La passerelle a été démontée il y a 3 ans et remplacée par un beau pont.
Les berges du canal Dong Ba ont été désensablées et rénovées. Le trafic commercial sur le canal est presque inexistant à ce jour, seuls quelques bateaux dragons stationnent là dans l’attente d’une activité touristique.

Ces photos sont représentatives d’une ville qui se transforme vite, à l’image du Vietnam. Le patrimoine historique secondaire souffre d’un manque de moyens financiers mais aussi d’un manque d’intérêts de la part de la population.
Pour les mentalités, là, les changements sont plus lents…