Le commerce au Vietnam

Quand on revient plusieurs fois au même endroit au Vietnam, l’une des choses qui étonne le plus, c’est la rotation des commerces.. les enseignes disparaissent aussi vite qu’elles sont arrivées, comme en témoignent les photos prises à Saigon à quelques mois d’intervalles. Salon de coiffure, restaurant, à nouveau salon de coiffure puis boutique de sandwich.. le tout en seulement une année..


4 enseignes différentes au coin de mon hôtel a Saigon en moins de 1 an…

Nouveau changement, photo prise en nov 2014

Combien d’argent englouti dans ces expériences hasardeuses ?

Autrefois, tout le commerce était tenu par les chinois qui réussissaient particulièrement bien.. Après 1975, les vietnamiens se sont réappropriés ce domaine, avec beaucoup moins d’efficacité semble-t- il.
J’y vois plusieurs raisons. D’abord, le vietnamien est toujours convaincu qu’il sera meilleur que les autres… pas besoin donc d’études de marché.. on voit donc des boutiques identiques fleurir les unes à coté des autres, submergeant les possibilités d’achat locales et ruinant toutes chance de réussite de l’ensemble.
Ensuite les produits sont souvent les mêmes d’une boutique à l’autre. Il y a n’a pas de fidélisation ni de stratégie commerciale (à l’exception de la téléphonie mobile)..On n’occupe pas un créneau, une niche, on ne se spécialise pas sur un domaine particulier. Bien souvent, la démarche commerciale se réduit à attendre ses clients assis sur une chaise toute la journée..
Le personnel de vente (hors famille), payé au lance pierre, n’est ni formé ni motivé par la vente.. le personnel fait office de présence, passe son temps à manger ou à s‘occuper des enfants … Les horaires sont longs, les 35 heures à la française serait plutôt un mi temps.
Le problème au Vietnam, c’est que le commerce est souvent un « business » comme un autre, un investissement réalisé par des gens aisés qui n’ont aucune connaissance du domaine dans lequel ils investissement. On ne les verra d’ailleurs rarement sur place, car ils ne s’impliquent pas personnellement dans leur affaires.. Ils courent plusieurs lièvres à la fois dans une logique financière sans s’intéresser au métier…le patron propriétaire à la française, au fourneau ou passionné par son métier, n’a pas cours ici.
La vente elle-même est faite au petit bonheur la chance avec des méthodes qui nous font frémir. Ainsi à Hue, s’est ouverte dernièrement une boutique plutôt luxueuse où cohabitent des bouteilles de vins de grand prix à coté de savonnettes…


Rien de tel que le commerce ambulant !

La mode en ce moment, ceux sont les cafés, les épiceries type 7/7, les salons de beauté…

Deux enseignes de grande distribution (hors Metro) sont bien implantées au vietnam : Coopmart et Big C, une enseigne développée à l’origine par un franchisé de casino. Ici, les supermarchés sont réservés aux « riches » car tout y est plus cher que dans le petit commerce, à l’exception des « promotions ». Implantés la plupart du temps en centre ville (encore peu de voitures..) ces enseignes payent des loyers proportionnellement très élevés, des impôts et ont une logistique plus compliquée que le petit commerce.. De plus, les exigences des actionnaires sont plus élevés que le commerce ordinaire qui lui raisonne en terme de revenus..

Le petit commerce fonctionne encore avec des prix à la tète du client et ne fournit pas de tickets de caisse.. si besoin, on établira une fausse facture dont l’écart sera partagé entre le patron du commerce et l’acheteur.. (difficile d’imaginer que le Vietnam devienne un pays moderne avec de telles pratiques !).
Cote impôt, le petit commerce ne paye rien ou quasiment rien… pas de tickets de caisse, donc rien n’est vérifiable.. tout au plus, cela vous coûtera quelques cafés par an avec l’agent des impôts et quelques billets…
Les salaires du personnel de vente est ridiculement faible.. A Hue, une serveuse dans un café va gagner 30 a 60 euros par mois, un euro par jour de travail ! autant dire que le personnel est nombreux..


Depuis un an, la grande mode à Hué est d’ouvrir des cafés.. pas moins de 50 ont ouvert en ville.. Les administrations mettent à disposition des endroits de prestige, comme cette maison coloniale. Les revenus tirés des loyers sont partagés à 80% pour les fonctionnaires concernés et 20% pour l’Etat.. Un modèle originale destiné à compenser la faiblesse des salaires !

En revanche les propriétaires sont les grands gagnants… les loyers sont chers (facilement 500 usd par mois pour 50 m2 de surface commerciale à Hué; une ville ou tout est moins cher..). Les hausses des loyers sont là aussi à la tète du client ou fonction de la réussite supposé de l’affaire. Le propriétaire n’hésitera pas à « virer » son locataire pour faire la même chose que lui si c’est profitable ou le relouer plus cher s’il le souhaite..

Les étrangers eux n’ont pas accès au commerce.. c’est un domaine réservé aux vietnamiens… dommage, car ce serait certainement un bon stimulant pour moderniser le pays..


L’arrivée de Mac Do est annoncée en fanfare … vu le prix de la viande ici, peu de chance que cette « vitrine » dépasse les quelques zones touristiques…

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