Catégorie «Vivre au Vietnam»

Saison des flamboyants à Hué!

Mai et Juin sont les mois ou les flamboyants sont en fleur, tout comme les lotus.. Les bougainvilliers sont aussi magnifiques, mais la fleuraison dure plus longtemps… Voici quelques photos prises à Hué et ses environs..


Dans la rue Bui Thi Xuan…


Dans le quartier Phu Cam, dans la cour d’une ancienne école..


Le long du canal Phu Cam / An Cuu


Sur les berges de la rivière des parfums..


Un jeune flamboyant en plein vitalité..


Gros plan sur les fleurs..


Un bougainvilliers, le long de la cathédrale Phu Cam


Les lotus sont aussi un peu partout, le long de la citadelle ou au bord de la lagune, au nord de Hué


Collecte de lotus. On mange les graines, les tiges peuvent servir aussi comme fibre textile…

Immigration, qu’en est-il au Vietnam ?

Puisqu’on parle beaucoup d’immigration en France, voyons à quoi ressemble le Vietnam de ce coté là… Eh bien, si on devait résumer les droits des étrangers, on pourrait dire que les étrangers ont pour seul droit celui de… travailler ! Je ne parle pas des conjoints de vietnamiens ou des viet-kieu (vietnamiens partis a l’étranger) dont les droits sont différents. Je parle du cas général d’un étranger qui aimerait vivre ici. Le seul document qui puisse vous faire séjourner ici dans la durée est un permis de travail (ou investir plus de 120 keuros).


Le sésame pour vivre au vietnam: la carte de residence..

Le permis de travail s’obtient depuis l’étranger et c’est l’entreprise qui vous embauche qui va s’occuper des formalités. Et notamment prouver à l’administration que seul un étranger a les compétences pour occuper le poste. Le permis de travail est valable 2 ans maximum, renouvelable normalement une seule fois.
Il donne lieu à une carte de résidence d’une durée équivalente. Si vous quittez votre emploi, l’entreprise est tenue d’informer l’administration.
Tous les travaux ne sont pas ouverts aux étrangers. Le petit commerce, le marketing font partis des métiers non ouverts aux étrangers. Etre guide touristique sans un diplôme local en vietnamien est impossible. La barrière de la langue vous ferme aussi de nombreuses portes.

N’imaginer pas passer votre retraite ici ! Il n’existe pas de visa longue durée pour les retraités… Même les volontaires doivent obtenir un visa de travail spécifique pour œuvrer ici. Tout cela est bien contraignant et se résume d’une phrase : « le Vietnam aux Vietnamiens ».

Peut on tricher ? avant le covid peut etre, notamment dans les grandes villes comme Saigon. Mais le covid a été l’occasion pour le vietnam de mettre tous les étrangers en situation irrégulière dehors.

Les étrangers qui vivent au Vietnam subissent des règles non applicables pour les locaux. Par exemple, le fonctionnement bancaire est très contraignant pour les étrangers, sans doute pour lutter contre le travail au noir et le blanchiment, alors que les vietnamiens font ce qu’ils veulent. Concrètement, vous pourrez ouvrir un compte bancaire, mais il vous sera impossible de faire des dépôts depuis le Vietnam. Vos crédits proviennent soit des transferts depuis l’étranger, soit du règlement de votre salaire local. Impossible pour un vietnamien de vous faire un virement, dont l’usage ici est très répandu. Emprunter à sa banque est impossible. La liste est longue de ce qu’on pourrait assimiler à de la “discrimination”.

La terre appartenant aux vietnamiens, vous ne pouvez acheter du foncier. Seuls quelques condominiums sont accessibles aux étrangers, mais toujours dans des résidences onéreuses.

Peut-on alors acquérir la nationalité vietnamienne ? En théorie, c’est possible, même si on ne se bouscule pas au portillon pour l’acquérir.. il faut de toute façon parler vietnamien, ce qui n’est pas simple. Et le document officiel est signé en main propre par le premier ministre, signe que ce n’est pas très courant.

Il vaut mieux se tenir à carreau et respecter toutes les règles en vigueur ici, quelles soient formelles ou pas… dans le meilleur des cas, si votre attitude « déplait », votre visa ne sera pas renouvelé sans qu’on vous fournisse la moindre explication..

Si vous avez des enfants, vous pouvez bien sur les mettre à l’école vietnamienne. Mais si vous choisissez de les mettre dans une école internationale, il vaut mieux gagner beaucoup d’argent car les couts sont exorbitants (>10000 euros par an). De même, les couts de santé peuvent être astronomiques car on est parfois forcer d’aller dans un hôpital international.

Quoiqu’il en soit, un étranger au Vietnam restera toujours un étranger. Que vous habitiez ici depuis 6 mois ou 10 ans, les prix seront toujours plus élevés pour vous, et pas seulement au marché.

Le résultat de tout ca, c’est le faible nombre d’étrangers résidants au vietnam. 140.000 étrangers avaient un permis de travail en 2023 au vietnam, pour une population de 100 millions. Soit 0.1% comparé au 8% d’étrangers en France ! La plupart des étrangers sont profs ou experts dans leur domaine d’activités. Le niveau de qualification ou d’expérience requis est plutôt haut. 90% sont des hommes. La tendance est a la hausse ces dernières années, en parallèle des nombreux investissements étrangers au vietnam.

Conséquences

De fait, la population est tres homogène ici, du nord au sud. Le manque de diversité est l’un des aspects qui me pèse le plus ici depuis que j’y habite. Le brassage de population, c’est un facteur d’enrichissement énorme d’un pays, comme le fameux melting pot aux USA. Etre en présence de diversités culturelles, c’est voir des choses différentes, c’est apprendre d’autres savoir-faires et donc, au final, s’enrichir mutuellement.

Je pense notamment au petit commerce qui, faute de remise en question, reste très traditionnel. L’absence de marketing ou de techniques de vente, que les vietnamiens ne maitrisent pas, sont un frein au progrès et conduisent à des erreurs de casting.. le turnover énorme des commerces peut venir de la..

Il n’y a pas non plus que dans les affaires que la monoculture rend les choses plus pauvres. Les influences culturelles étrangères permettraient aux vietnamiens de voir autre chose, de penser autrement.

A l’opposé, ce « vivre entre soi » permet de préserver une culture forte et très spécifique. C’est plus facile aussi de diriger un pays dans ces conditions là…

Un mariage avec un local peut il ouvrir davantage de droits ? Depuis quelques années, oui, car le conjoint est autorisé à travailler. Le visa de conjoint est de 5 ans, mais ce n’est pas si simple. Tous les 6 mois, vous devez aller au bureau de l’immigration pour obtenir le tampon-qui-va-bien. Mais ce n’est pas immédiat et vous devez amener les papiers d’identité de votre conjoint.. autant dire qu’il ne faut pas se fâcher avec lui, sous peine de devoir partir.. Pour ma part, je préfère avoir un permis de travail, ce qui permet de vivre normalement pendant 2 ans et entrer/ sortir du pays comme on veut.

Y a t’il du racisme au Vietnam?

Le nationalisme est très puissant au Vietnam, mais je n’ai jamais rencontré de racisme. Les gens considèrent les étrangers comme « riches », ce qui les aide surement à en avoir une opinion positive.. Pour les gens plus âgés, il y a souvent beaucoup de vrais sympathies pour les occidentaux, notamment Français, parfois avec une pointe d’admiration.

Ballade aux alentours de Hué

En ce premier dimanche du mois de juin, la chaleur est tellement forte que je décide de partir de bon matin, avant 6h. C’est le seul moment de la journée ou l’on peut avoir un peu de fraicheur..


Vers le canal Dong Ba

Il y a déjà beaucoup de monde dans les rues de la ville : des retraités qui font un peu d’exercice, des joggers plus jeunes, d’autres qui prennent leur petit déjeuner ou un café.
Je passe devant le lycée Quoc Hoc ou se pressent beaucoup de jeunes et leurs parents. Nous sommes pourtant dimanche, il est très tôt mais rien ne s’arrête vraiment ici.. Les jeunes passent le concours d’entrée pour ce lycée d’exception.


Fitness le long de la rivière des parfums, il est 5h30

En cette saison, la recherche des flamboyants rouge est mon activité favorite ! La chaleur et les pluies de ces dernières semaines favorisent la fleuraison de ces arbres qui m’émerveillent toujours.

Je remonte la rivière des parfums dont les berges sont des lieux propices à débusquer de beaux arbres rouges vifs. Le long de la route, on traverse des petits marchés locaux. Les vietnamiens aiment l’ultra frais et vont au marché tous les jours ou presque.


Vente de poissons venus directement de la rivière..

C’est dimanche, et j’arrive à la fin d’une messe. Les femmes en ao dai colorés sont belles et sont surprises de me voir dans cet endroit reculé. Le curé me parle de ses 150 paroissiens dont il est si fier. Pour arriver jusque là, j’ai pris un sampan qui fait la navette, une traversée de quelques minutes si agréable. Sur la rivière, les jacinthes d’eau ajoutent quelques touches de vert au paysage qui rappelle le film L’Amant.

Au peu plus loin, je croise des femmes qui lavent leur linge dans la rivière, à coté de nénuphars si beaux. Elles sont encore nombreuses, ces femmes courageuses, à frotter, laver, rincer le linge familiale comme autrefois.

Un peu plus loin, mon regard est attiré par un marchand d’objets votifs qui a fabriqué des vélos en papier ! C’est la 1ere fois que je vois ca et le marchand est fier de me les présenter. Le prix de vente est de 400kvnd (16 euros) et tout partira en fumée à la première fête des ancêtres. Grace à ces vélos, les ancêtres retrouveront un peu de leur confort terrestre.

Le long des chemins, je tombe sur un mariage.. C’est beau et surtout très coloré, comme toujours ici.. Les voitures louées sont de plus en plus présentes pour les mariages, on aime montrer qu’on est riche!

Il est 9h, il fait déjà très chaud, il est temps de rentrer ! La suite au prochain numéro !

PS : Si vous souhaitez faire cette ballade avec moi en moto, envoyer moi un message. Seule contrainte, partir de bonne heure. Comptez environ 3 heures, prix tout inclus 1 million de vnd.

Etre vietnamien et travailler dans une grande entreprise, c’est comment ?

Pour mieux comprendre comment fonctionne la société vietnamienne, je m’intéresse cette fois-ci aux conditions de travail des vietnamiens dans les grandes entreprises locales. J’ai interrogé Ngoc Anh, 33 ans, qui va nous éclairer.

Ngoc Anh (NA pour plus de facilités) a travaillé 4 ans et demi pour un parc d’attraction, filiale du plus gros groupe privé vietnamien. Ce parc emploie 550 personnes. Elle a travaillé pour le département « ventes et marketing ».

Le recrutement fut très rapide, une semaine, période pendant laquelle se sont succédés entretiens et tests.

NA a un statut un peu particulier. Elle n’est pas employée de base, avec un travail posté et des horaires bien définis. Elle n’est pas non plus manager, avec un travail au forfait. Elle est entre les deux, ce qui est bien pratique pour l’employeur : elle doit accomplir son travail dans les délais impartis, quitte à travailler la nuit et le weekend.


Un « team building » auquel Ngoc Anh a participé comme organisatrice

De fait, son temps de travail effectif tournait autour de 60 heures par semaine, avec de nombreuses soirées et dimanches travaillés, sans contrepartie. Son salaire était certes confortable sur le papier (18 millions de dong de salaire brut , soit 500 euros après impôts environ) mais pour ce salaire, elle a été corvéable à souhait. Selon la loi, la durée maximum du travail est de 48 heures par semaine. Elle a droit à 1,5 jours de congés par semaine.

En fait, dans un pays confucéen, il est quasiment impossible de dire « non » à son supérieur. Si on vous appelle à 22heures pour un travail à finir avant le lendemain matin, les gens vont s’exécuter sans sourciller.
Cette culture aboutit à tous les excès et surtout n’encourage pas les gens à planifier leur travail. Tout se fait toujours dans l’urgence, d’autant plus que les vietnamiens sont des gens impatients. NA estime à 70% son travail fait dans l’urgence..
La pression est donc permanente sur les employés. Certains font avec, d’autres démissionnent, ce qui contribue à un turnover important.

Dire “non » à son supérieur est bien aussi un rapport de force entre l’employeur et son employé. Cela implique, pour ce dernier, une personnalité supérieure à la normale, et être convaincu de la valeur de son travail. D’une manière générale au Vietnam, les gens ont une personnalité de soumission, ce qui facilite les choses coté employeur. NA me dit avoir toujours dire « oui » les 2 premières années, un peu moins après, consciente de sa valeur dans l’entreprise. Comment peut-on dire « non » ? Si la demande arrive par texto, il suffit de faire en sorte de ne pas le voir. En revanche, au téléphone, c’est plus difficile car il serait extrêmement impoli de ne pas répondre. Les appels se font à toute heure du jour ou de la nuit, dimanche compris.

Les salariés cotisent pour les syndicats, c’est obligatoire et cela passe directement sur le bulletin de paye. NA ne les a jamais vus ni rencontrés durant toute sa présence dans l’entreprise et elle ne sait pas à quoi ils servent.


Une soirée de team building, sans doute pas l’épreuve la plus difficile!

Son salaire comporte une partie fixe de 70% et une partie variable. Celle-ci est minorée en cas de « fautes », c’est-à-dire de non respect du règlement intérieur. Il parait que les fautes sont aussi identifié par les caméras de l’entreprise. Porter des chaussures de couleurs non autorisées sur une journée « coute » 200 Kvnd (8 euros). Les règles peuvent être propres à chaque service bien sur, mais l’une des règles est communes à tous, c’est le pointage. Pour NA, arriver à 8h32 au lieu de 8h30, c’est une demi-heure de décompté. Si vous oubliez de dépointer en fin de journée, cela vous coute une journée de travail ! NG s’est souvent faite « avoir » : travaillant jusqu’à 10 heures du soir, elle quitte l’entreprise épuisée sans dépointer. La sanction est immédiate, elle aura travaillé une journée pour rien… les vietnamiens étant très “tête en l’air », j’imagine que ce type de sanctions est peut-être le seul moyen efficace pour l’employeur! Au niveau du poste de NA, il n’y a pas de télétravail possible « officiellement ». Si elle le fait, c’est parce qu’elle n’a pas fini sa tache.

NA a officiellement 12 jours de congés par an, plus les congés pour le Têt. Mais c’est quasi impossible de planifier quoique ce soit, car votre supérieur peut toujours annuler vos congés à la dernière minute. Dans ce cas, la méthode la plus courante est de ne pas aller travailler..

Dans les grosses entreprises vietnamiennes, la mode est au team building, ce qui était le cas aussi pour NA. Elle me précise pourtant que « sous une apparente décontraction » peu de gens aiment ca, car les jeux sont éreintants et que, là encore, personne ne peut se plaindre.

Parmi les services offerts aux employés, notons une cantine, une mutuelle santé, une salle de fitness et des dortoirs pour ceux qui souhaitent rester là le soir. 4 lits par chambre. Toutes disposent de machine à laver pour les affaires personnelles. Il n’est permis de quitter l’’entreprise avec les uniformes.

Il n’y a pas vraiment d’entretien d’évaluation mais simplement un formulaire de satisfaction à remplir. Si vous vous permettez d’indiquer que vous n’êtes pas pleinement satisfait, on vous rappelle aussitôt pour en discuter et surtout pour vous faire changer votre réponse. Si vous persistez, vous êtes considéré comme une forte tète..

Vous pouvez postuler dans une autre branche du groupe, mais le transfert effectif est soumis à l’accord de votre responsable..


Team building au bord de la plage

NA a eu des formations en interne. Ces formations se terminent toujours par un examen. Si vous échouez, on vous retient tout ou partie du cout de la formation sur la partie variable de votre salaire. De même, la diffusion des nouveaux règlements intérieurs, 2 fois par an en moyenne, font l’objet d’un test d’assimilation. Si vous échouez, vous êtes impacté financièrement.

Travailler dur, souvent gratuitement, est il le gage d’avoir un important bonus en fin d’année ? Il y a un 13eme mois, presque en vigueur partout au Vietnam, et des bonus collectifs basés, par exemple, sur le résultat de l’entreprise. On retrouve aussi un bonus pour « les meilleurs employés de l’année ». NA n’a jamais perçu de bonus. En revanche, les salaires sont revus chaque année.

Comment une entreprise peut faire pour se séparer d’un salarié ? Soit pour faute grave, soit en mettant une pression encore plus forte, poussant le salarié à démissionner.


La cantine de l’entreprise

Na a finalement choisi de démissionner car elle ne se voyait plus évoluer dans son travail.
A la question « et si c’était à refaire ? », elle répond « oui » sans hésiter.

Les différences culturelles dans le monde de l’entreprise ne sont finalement pas très éloignées de la culture vietnamienne : ne pas se plaindre, être toujours satisfait de son sort, absence de cloisonnement entre vie privée et vie professionnelle…

Pour un occidental qui voudrait travailler au Vietnam, ca risque d’être plus difficile ! Il vaut mieux être le patron qu’un employé !

12 ans déjà à Hué ! Transformation d’une ville, entre modernité et tradition

C’est incontestablement une ville transformée, beaucoup plus belle et plus riche qu’autrefois ! Le résultat est impressionnant et se voit partout : des voitures modernes, des gens mieux habillés, de belles boutiques, des restaurants qui ne désemplissent pas, un centre urbain transformé, des infrastructures renouvelées, des constructions plus modernes..


Ah les filles de Hué!

Il y a 12 ans, Hué ne faisait rêver aucun vietnamien. Les gens considéraient Hué comme une ville léthargique, plutôt pauvre sans potentiel commercial.. Une belle endormie en fait. Depuis, l’équipe municipal s’est renouvelé et la ville a changé de braquet. Le nombre d’habitants lui-même a dépassé 450.000 (sans compter l’élargissement de la ville), à la faveur d’une croissance de 8000 habitants par an ! La ville se rêve en ville verte et culturelle du Vietnam…

Mais commençons déjà par ce qui se voit ! Il y a 12 ans, la plupart des lycéens et des étudiants circulaient à vélo. Aujourd’hui, les motos sont belles et puissantes, les vélos ordinaires ont disparu et les voitures sont partout. Les lycéens roulent en vélos électriques, les taxis électriques (made in Vietnam !) occupent le terrain. Les VTT sont arrivés pendant le Covid, avec des modèles hors de prix.

L’embellissement du centre ville est indiscutable. Les rues, les canalisations ont été refaites, une promenade a été construite le long de la rivière des parfums (merci les coréens), des voies piétonnes et cyclables sont disponibles à présent de chaque coté de la rivière sur quelques kilomètres. Des cinémas plus beaux qu’en France ont émergé (mais sans public), des cafés et des boutiques de thé au lait ont poussé comme des champignons jusqu’à plus soif ! On commence même à voir des rues devenir piétonnes certains jours, une révolution pour le vietnam !

Les rues sont plus propres et les vendeurs de rues ont du « prendre boutique », comme partout au vietnam. La boutique traditionnelle, sombre et désordonnée, a fait place à de belles boutiques bien éclairées. Le luxe n’est pas loin! Cela dit, le turnover des boutiques est toujours aussi fort.


12 ans à hué, meme épouse mais nouvelle moto!

Le foncier profite de ce dynamisme. Les prix flambent, malgré la baisse observée l’année dernière due à la hausse des taux d’intérêt.

Les monuments historiques de Hué attirent des milliers de touristes tous les jours, principalement des touristes vietnamiens, ce qu’on voyait peu autrefois. La dynastie Nguyen est mise en valeur et beaucoup de monuments anciens ont été rénovés ou reconstruits.

Chose incroyable aussi, l’animation le weekend sur la rivière : autrefois limité à des pédalos en forme de canard, les gens vont à présent se baigner (avec des gilets) ou pratiquent le paddle.

Les smartphones sont partout, bien utiles aux vietnamiens qui passent leur temps à se prendre en photo. On imagine la probable jalousie des locaux devant les touristes étrangers qui étaient les seuls autrefois à disposer d’appareils photos..

Les gens eux même sont mieux habillés. Il y a 12 ans, toutes les jeunes filles étaient habillées pareil, la plupart du temps en pantalon court. Aujourd’hui, il y a de vraies différences, et les jupes sont de plus en plus courtes, beaucoup plus qu’en France. Voir les femmes en tenue de fitness est un changement que je n’aurais pas imaginé il y a encore 10 ans. Une chose n’a vraiment pas changé, c’est la beauté des jeunes filles de Hué!

Les gens sont plus riches et dépensent des fortunes dans les restaurants. Manger reste la passion première des vietnamiens et, personnellement, j’ai parfois la nausée de voir autant d’argent englouti dans tant de plaisirs si éphémères. La bière coule à flot, même si dorénavant la tolérance zéro s’applique en matière d’alcool pour tous les conducteurs. Dans les supermarchés, les produits laitiers vietnamiens sont de plus en plus présents. Les surgelés arrivent aussi, mais restent marginaux. Les habitudes de paiement sont en cours de révolutions aussi : le paiement par transfert immédiat ou par QR code se développe à une vitesse incroyable.

Les petits commerçants restent le modèle dominant, mais pour combien de temps encore ? Le covid a changé profondément les habitudes de consommation. Les commandes sur internet sont légions. Les livraisons à domicile sont omniprésentes. Le midi, qu’il pleuve ou qu’il fasse canicule, les gens préfèrent se faire livrer plutôt que de sortir.

Et les mentalités dans tout ca ?

Difficile bien sur de pénétrer l’esprit vietnamien ! Comme toujours, il y a ceux qui travaillent durs et ceux qui profitent de la vie, ces derniers me paraissant bien plus nombreux qu’il y a 12 ans ! La société est de plus en plus gouvernée par l’argent, en plus du pilier traditionnel occupée par la famille.

Commençons déjà par tout ce qui se voit.
En matière de circulation urbaine, rien n’a changé. Les gens brulent les feux, klaxonnent toujours autant. En voiture, le téléphone est légion. Il n’y a toujours aucune notion de sécurité routière. La dernière mode est de ne pas attacher son casque.. Un accident est le signe de « malchance », pas d’imprudence. De fait, les hôpitaux sont toujours pleins. Et je suis toujours le seul à porter un gilet fluo le soir en sortant en moto..

L’usage du plastique n’a pas changé. C’est même pire qu’il y a 12 ans, car les livraisons à domicile démultiplient son usage. Les slogans sont toujours affichés dans la rue « bao ve moi truong» (protéger l’environnement), tout le monde s’en fout. Depuis toujours, j’utilise un sac en toile pour aller chercher mon pain et je suis bien le seul !

Et pourtant, on ne peut pas dire que le Vietnam soit épargné par le changement climatique ! Au départ, nous mangions tous les soirs sur notre terrasse. Les hausses de températures le rendent impossible. Depuis 3 ans, nous restons à couvert sous la clim. Le littoral souffre aussi de la montée des eaux.

On pouvait penser que l’augmentation du niveau de vie entraine une diminution des pratiques superstitieuses. C’est tout le contraire en fait. Les gens achètent davantage d’objets votifs, même si tout finit en flamme comme avant.. Les bouddhistes ont des pagodes de plus en plus belles et de plus en plus nombreuses.

Autre changement, les cours privés. Autrefois, les écoliers rentraient chez eux à vélo et jouaient dans la rue. Maintenant, les parents viennent les chercher à la sortie des écoles et filent droit vers les cours privés. Les programmes sont de plus en plus chargés et sans ces cours, on dit qu’il est impossible de réussir les examens..

Après 12 ans, je ne vois pas beaucoup de changement ni dans l’éducation donné par les parents ni dans l’instruction reçue à l’école ! Apprentissage par cœur, manque d’esprit critique, absence de culture générale, la plupart des jeunes sortent sans avoir le gout d’apprendre et ne comprenne rien au monde qui les entoure. Le confucianisme n aide pas non plus à se démarquer. D’une manière générale, les gens ne s’intéressent à peu de choses, c’est un peu triste.
Les jeunes ne semblent pas très différents de leurs ainés. Le conformisme social règne en maitre. J’ai peur que les nouvelles générations ne changent rien au qualificatif qui colle à la peau des Huéens depuis toujours: des gens passifs. Mais quelle importance ? Ils sont HEUREUX, et c’est l’essentiel !

Un grand changement à noter quand même, c’est le rapport des vietnamiens aux animaux. En 10 ans les chiens et chats sont devenus, pour certains, de vrais animaux de compagnie. On a même aussi à Hué un café à chat !

L’administration s’est fortement modernisée et la plupart des déclarations sont faites en ligne. Dans certains domaines, c’est plus efficace qu’en France. Mais je ne vois rien qui encourage les gens à payer à l aide de factures. Sans facture, sans ticket de caisse, pas de confiance ni de fiscalité moderne. De fait, l’économie du Vietnam reste opaque. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres un peu moins pauvres seulement.

Même si il est difficile de sonder les esprits, je n’ai pas le sentiment que les mentalités changent. L’afflux d’argent rend les gens moins solidaires et très égocentrés. Les enfants sont surprotégés par leurs parents et ne se mélangent plus. D’un point de vue social, les divorces sont enfin acceptés par les gens de Hué et leur nombre n’en finit plus de grimper. Le nombre d’enfants se limite à 2 alors qu’autrefois la passion pour les grandes familles était l’une des caractéristiques de la ville. De même, les gens sont moins obnubilés d’avoir à tout prix un garçon.

Il y a 12 ans, on voyait peu de filles sortir le soir. Seuls les garçons avaient cette liberté. A présent, les filles sont partout. Il faut dire que Hué reste une ville très tranquille, il y a très peu de délinquance.

Avec ma femme, nous avons quand même un sujet de satisfaction. Depuis 10 ans, nous allons marcher presque tous les soirs le long de la rivière, en nous tenant la main. Les vietnamiens sont timides, nous regardent toujours avec étonnement et sans doute envie, mais rien. Mais depuis quelques mois, la révolution est en marche ! on commence à voir des couples se tenir la main.. et, comme toujours ici, si un vietnamien est conquis, alors tout le monde va suivre.. Quelle fierté pour nous si nous avons servi d’exemple !

Un article de Géo sur les maisons jardins de Hué

Les maisons jardins de Hué font l’objet d’un article dans le magazine Géo du mois de février 2024.


Kim Lan avec ma femme, lors de l’une de nos visites..

Ces maisons sont emblématiques de Hué depuis toujours. Autrefois, elles appartenaient surtout aux membres de la famille royale et aux mandarins travaillant à la citadelle pour les rois de la dynastie Nguyen (1802-1945).


L’interieur de la maison principale

Aujourd’hui, il en reste tres peu, car la pression foncière et l’inadaptation de ces maisons aux contraintes modernes en ont fait disparaitre beaucoup.


Un peu plus loin, dans le jardin de Kim Lan, une maison traditionnelle dédiée à ses ancêtres

L’article de Géo met à l’honneur notre amie Kim Lan qui dépense beaucoup d’énergie à préserver ce patrimoine local. Pas seulement à magnifier sa maison jardin mais aussi à remettre à l’honneur l’art de vivre rattaché à ces maisons.

L’article de Géo en pdf :
Géo-Fevr-2024-Hue.pdf

Lire aussi l’article publié sur ce blog en 2023 :