Catégorie «Vivre au Vietnam»

C’est le moment de revenir au Vietnam !

Le pays est complètement recouvert aux touristes depuis le mois de mars 2022. Après plus de 2 ans de fermeture! Plus aucun test n’est demandé, plus de quarantaine, la circulation est complètement libre dans tout le pays. Voila une bonne nouvelle que nous avons pu nous même tester il y a quelques jours. Mais les occidentaux se font attendre. Que ce soit à Hanoi, Saigon ou Hué, très peu de touristes étrangers. Il est même rare d’en voir. Les vietnamiens en profitent pour voyager en famille à travers le pays, les vacances scolaires ayant démarré.


Vue du sud de la lagune de Hué..

Les prix des hôtels sont revenus à leur niveau pré-covid et notre piscine préférée est passée de 3 euros à 11 euros… La circulation a retrouvé aussi de la couleur, de la folie pourrait on dire ! On en viendrait presque à regretter le covid.. Le pire viendra bientôt, quand tous les autocars et autres taxis feront leur retour avec les étrangers..

Coté covid justement, on est dans le flou car il n’y a désormais plus de communication du nombre de cas. Le port du masque est optionnel même si de nombreux vietnamiens continuent de le porter. Mais les cinémas, les karaokés, établissements fermés pendant près de 2 ans, sont tous ouverts.

Comme partout dans le monde, l’inflation est forte, sur les produits agricoles, mais aussi bien sur l’essence. Un litre de super coute au minimum 31000 vnd, ce qui fait 1,35 euros (l’euro a baissé aussi…). Mais au moins ici l’essence est disponible sans restriction, ce qui n’est pas le cas au Laos…


Visite de nuit de la citadelle de Hué lors du festival qui s’est tenu fin juin

Le peintre Mai Thu

Faut-il encore présenter Mai Thu ? Pour les gens de ma génération, il s’est fait connaitre en occident à travers les illustrations des cartes de vœux de l’Unicef, très en vogue avant l’arrivée d’internet. Les enfants aux traits simplifiés mais aux couleurs vives ont eu un immense succès.


Portrait d’une princesse royale présenté lors de l’expo de Macon

Mais Mai Thu, ce ne sont pas que des décors de cartes de vœux ou autres puzzles ! C’est un artiste aux talents multiples auquel l’exposition organisée en 2021 à Chalon sur Saône a rendu un immense honneur.
A défaut d’avoir pu voir l’exposition, je me suis rabattu sur le très beau livre édité à cette occasion. Un bel hommage pour cet artiste vietnamien mort en 1986.


L’un des tableaux exposés à Macon (source: livre de l’expo)

Rappelons que Mai Thu est né en 1906 près de Haiphong. Il est le fils du vice-roi de Bach Ninh, dans un milieu aisé donc. Il fait parti de la 1ere promotion de l’Ecole des Beaux Arts de l’Indochine à Hanoi, 6 élèves seulement. Cette école, voulue par Nan Son, va révolutionner l’art au Vietnam. Sous l’impulsion de Victor Tardieu, son fondateur et directeur, et d’artistes venus de France, l’enseignement vise à susciter un art aux techniques certes modernes mais puisant toute son inspiration dans le pays même. La peinture sur soie, le laquage sont ainsi revisités, les sujets ne sont plus uniquement religieux ou cultuelles. Mai Thu sort diplômé de l’école en 1930, au coté d’artistes devenus depuis célèbres comment Le Pho ou Nguyen Phan Chanh.

Les débouchés artistiques sont inexistants dans l’Indochine de cette époque. Les maisons traditionnelles des notables ne se prêtent guère aux peintures « modernes ». Mai Thu est donc nommé comme professeur de dessin au lycée Khai Dinh à Hué (futur lycée Quoc Hoc) ou il restera 6 ans.


Mai Thu à Hué, devant le pont Kho, peu avant son départ pour la France

Sur place, il en profite aussi pour approfondir ses dons de musicien notamment dans la pratique d’un instrument monocorde traditionnel. Il dessine aussi pour des revues de mode et participe à des concours de timbres postaux. Si son poste de professeur lui permet de vivre, il continue de peindre et d’exposer lors d’expositions organisées par son ancienne école, au Vietnam, au Japon et en Europe. En 1932, il expose notamment à la Résidence Supérieure de Hué au coté de peintres français comme Louis Rollet. Au cours de cette exposition, il vendra une toile à l’empereur Bao Dai. A la différence des peintres voyageurs français, qui privilégient les paysages, les artistes vietnamiens font de nombreux portraits, en sublimant notamment la beauté des femmes locales.


Mai Thu en train de peindre au tombeau de Tu Duc, à Hué (source: livre de l’expo)

En 1937, Mai Thu part pour la France, officiellement pour participer à l’exposition des arts décoratifs de Paris. Sans doute aussi pour rejoindre ce pays dont on lui dresse un portrait idyllique..C’est aussi pour fuir un mariage arrangé par ses parents ! Il part avec Le Pho et Vu Cao Dam qui, eux, connaissent déjà la France. Tous les 3 savent que la France leur offrira des débouchés que l’Indochine traditionnelle est incapable de leur fournir.

Les 3 artistes s’installent à Paris et participent aux salons des indépendants. Mai Thu s’engage dans l’armée française au début de la guerre. Il sera démobilisé en 1941 à Macon ou la bourgeoisie locale ne tarde pas à le remarquer et à lui commander des portraits.

De retour à Paris, il rompt avec la peinture à l’huile pour se consacrer entièrement à la peinture sur soie, afin d’affirmer ses origines et se distinguer des peintres français. La technique de la peinture sur soie nécessite une grande maitrise, car aucun repentir n’est possible. Il s’adapte aux contraintes occidentales en encadrant ses œuvres au lieu de les rouler comme en Asie.

Il expose fréquemment dans des galeries et il en vit confortablement. Dans les années 60, il multiplie les toiles dont des petits formats, accessibles à toutes les bourses. Les femmes vietnamiennes en « ao dai » lui assurent un grand succès tout comme les scènes de jeux, les enfants, la tendresse maternelle.
Il va progressivement simplifie les silhouettes, quittant ainsi le réalisme, en introduisant des couleurs plus vives. Son art est subtil, ses compositions sont totalement maitrisées.. « Ses enfants » repris par l’Unicef le feront connaitre mondialement. Perfectionniste, il attache aussi beaucoup d’importance aux cadres qu’il réalise lui-même.

Il évoque aussi fréquemment la souffrance du peuple vietnamien dans ses œuvres, en écho à une guerre sans fin.

Il meurt en 1980 à Clichy et il est enterré au cimetière de Vanves. Tombé dans l’oubli après sa mort, Mai-Thu, à l’instar d’autres artistes formés à l’Ecole des beaux-arts d’Hanoï, a retrouvé un succès grandissant dans les salles de ventes, en Europe ou à Hong Kong. Ses toiles sont aussi abonnement copiées. Mai Thu revient aussi en grâce auprès des autorités vietnamiennes, à juste titre car il a toujours défendu la paix dans son pays natal. Une rue porte son nom à Haiphong.

A voir:
– site internet http://www.mai-thu.fr/, par la fille de Mai Thu,
– les principales toiles présentées lors de l’expo de Macon en 2021, https://www.parisladouce.com/2021/07/expo-mai-thu-1906-1980-echo-dun-vietnam.html
– livre « Mai Thu, echo d’un Vietnam rêvé », lié a l’exposition de Macon
– article paru en 1932 sur l’exposition de Hué
1932_10_01_ExpopeintureHueRolletMaiThu.pdf

Quoi de neuf à Hué en 2021 ?

L’année 2021, comme la précédente, a été particulière en raison du covid. Comme en France, on a vu exploser les livraisons à domicile. Les conducteurs de motos conduisent n’importe comment, remplaçant pour un temps la conduite hystérique des chauffeurs de taxi. Quand la normalité reviendra, avec à la fois des motos, des bus et des taxis, sortir sera une épreuve de survie !


Pas un visiteur dans la citadelle pendant de nombreux mois. On se sentait « chez nous » !

Le centre ville de Hué continue de s’embellir. Les promenades le long de la rivière sont terminées et les habitants s’y pressent, à pied ou avec de luxueux vtt. Une partie de l’ile du Tigre, sous le pont de chemin de fer, a été aménagé en parc.

Dans la citadelle, le palais Kien Trung est toujours en construction. On prévoit une reconstruction du palais Can Chanh, riche de nombreuses colonnes en bois de fer. Le porte Ngo Nom a été ré-ouverte, elle est superbe.


La magnifique porte Ngo Mon de la citadelle de Hué

Les murailles de la citadelle extérieure ont été dégagées des constructions, occasionnant de nombreuses destructions de maisons.
La rénovation du tombeau du roi Dong Khanh, proche du tombeau de Tu Duc, a été finalisée, après plus d’une décennie de travaux. Cela inclut aussi la rénovation de tombes tout autour, donc celui du Prince Canh, fils de Gia Long, venu à Versailles peu avant la révolution française. Le pont couvert a été reconstruit, il est à present terminé.

En ville, on continue d’assister à une explosion du nombre de cafés. Pour contrer la concurrence et attirer les « selfies », certains construisent des bâtiments originaux dont on se demande à quoi ils pourront servir en cas de cessation d’activités.. La mode est aussi au « thé au lait » qui attire la gente féminine.


Un café « culturel », L’art à Hué, dont le nom provient d’un ouvrage des Amis du Vieux Hué

Le bâtiment du « café La Gare », dont j’ai parlé à plusieurs reprises, a subit d’importants travaux de rénovation. Cela devrait être un nouveau.. café !


L’ancien café de la gare, en cours de rénovation

Du coté culturel, on a été bien en peine cette année, en raison de la fermeture des cinémas et de la récente salle de l’academie de musique en raison du covid. Le festival a été a nouveau annulée en 2021, rien n’est encore prévu pour 2022.

Les pharmacies continuent de pousser comme des champignons. L’offre va-t-elle augmenter la demande ??? Les superettes Vinmarts, grandes gagnantes des confinements dans les grandes villes, semblent faire partir à présent du paysage. Elles ont remplacé toutes les autres.

L’année 2021 a surtout vu une explosion des prix des légumes et des fruits. Est-ce lié au covid, aux conditions climatiques ? je n’en sais rien. A la différence de la France ou l’on ne parle que de ca, ici, c’est silence radio. Le prix de l’essence, est autour de 0,9 euros le litre (février 2022).

C’est toujours la guerre contre les vendeurs de rues. La municipalité ; comme partout dans les villes du Vietnam, n’en veut plus. Ils doivent louer des commerces pour continuer à exercer. Les marches débordent aussi moins à l’extérieur. C’est une partie de l’âme du Vietnam qui disparait.

Malgré cela, l’argent semble continuer à couler a flot. Les riches sont toujours plus riches. Quant aux pauvres, ils sont invisibles. Ils doivent pourtant bien souffrir… Les restaurants et la plupart des cafés sont pleins.
A noter que l’on voit de plus en plus de voitures Peugeot ! des SUV bien polluants, les voitures électriques n’étant pas encore arrivées au Viêtnam.


Construction extravagante le long de la rivière des parfums. Aucune fenêtre ne donne sur la rivière.. C’est sur, les vietnamiens n’ont pas les meme gouts que nous..

Les hôtels sont vides depuis 2 ans, et seul un nouveau resort japonais s’est ouvert en 2021 le long de la route vers la plage. Ce vaste établissement, onsen resort, tire profit d’une source d’eau chaude pour offrir des soins traditionnels de bien-être japonais. Plus loin, au niveau de l’aéroport mais entre la plage et la lagune, un immense projet est annoncé, sur 170 hectares: golf, resort, centre de loisirs.. Il était prévu au meme endroit un autre projet de loisirs mené par un groupe espagnol. Est il abandonné, je ne le sais pas. L’aeroport lui meme est en cours d’agrandissement, pour répondre à l’objectif d’avoir des vols directs depuis l’étranger, et notamment du japon.


Vue du plan d’eau du resort Onsen

Les étrangers sont quasiment tous partis. Il en reste quelques uns, au statut d’investisseurs ou de conjoint. Trouver un plat étranger à Hue, à part les pizzas, est difficile. La culture vietnamienne reste bien ancrée sur ses traditions.


Les objets votifs, une valeur sure à Hué !

Vietnam : réouverture des frontières dès janvier 2022?

Le Vietnam a annoncé la réouverture de ses frontières à partir du 16 janvier 2022 avec la France, comme avec quelques autres destinations : Allemagne, Hong Kong, Malaisie, Singapour, Russie et Australie. Ces pays font suite à ceux listés au 1er janvier : les Etats Unis, le Japon et 6 autres pays asiatiques. Pour en bénéficier, il faut respecter quelques conditions (1) et se soumettre à un auto-confinement de 3 jours à l’arrivée, dans le lieu de son choix. C’est donc une très bonne nouvelle pour tous ceux qui rêvent de venir au Vietnam depuis presque 2 ans…


Marché du quartier Vi Da à Hué, fermé pour cause de covid en novembre dernier

Pour autant, cette décision ne manque pas d’étonner à l’heure de l’omicron dans le monde et d’une situation encore précaire au Vietnam. On attendra donc sagement les dates annoncées pour vérifier la réalité des engagements !

Car le Covid au Vietnam ne s’est pas réduit, au contraire. Mon précédent article sur le sujet paru le 24 octobre dernier parlait de la levée des confinements stricts. Les travailleurs précaires ont amenés dans leurs provinces natales le Covid avec eux, malgré un luxe de précautions. Les chiffres sont repartis à la hausse. Nous sommes à présent à 16000 cas par jour, répartis dans presque toutes les provinces du pays. Au total, le pays compte 1,5 millions d’infections et 30.000 décès officiels.

Mais la donne a changé pour la vaccination. Parti de presque zéro en juillet, les campagnes de vaccination ont été menées tambour battant dans tout le pays. A ce jour, 80% des vietnamiens ont été vaccinés, dont 64% avec 2 doses. La 3eme injection a commencé à être administrée. Une campagne de vaccination pour les enfants a démarré aussi en octobre, pour ceux de 12 à 17 ans. L’adhésion au vaccin est totale, différence notable avec les pays occidentaux.


Désinfection à la sortie de l’ile Con Hen à Hué, en novembre dernier

Le pays reste néanmoins fortement marqué par le Covid et les restrictions. La croissance est en berne, -6% au 3eme trimestre 2021, ce qui devrait porter la croissance annuelle a un résultat faible, loin de la prévision de 7.5%. De nombreuses usines du sud manquent de travailleurs ou reprennent très progressivement. Des secteurs entiers sont en sommeil, comme l’industrie des loisirs et du tourisme.

Quelques touristes ont eu le privilège de venir au Vietnam, mais dans des conditions très particulières : voyage en groupes uniquement, visites limitées à certains sites ou villes (Hué n’en faisait pas parti), liste limitée des hôtels..

La province de Hué, gros pourvoyeur d’ouvriers dans les zones industriels du sud Vietnam, a vue ses cas de covid fortement augmenter depuis le retour des migrants. On est à 300-400 cas par jour. La vie en ville s’est donc de nouveau assouplie, les gens ayant peur de sortir. L’enseignement est en ligne, des écoles primaires aux universités. Les déplacements entre les provinces restent compliqués. Les ressortissants français ont reçu leur 2eme dose le 8 décembre dernier. Le QR code, qui permet la traçabilité des cas contacts, est utilisé partout. Des campagnes de tests sont organisées dans de nombreux quartiers pour traquer les nouveaux cas. Les quarantaines sont à domicile, nouveauté bien appréciable. La ville est calme, mais on ne voit pas d’appauvrissement généralisé. Même si pas mal d’endroits, restaurants notamment, sont fermés en raison de la nécessaire distanciation sociale, les cafés sont toujours plus nombreux et plutôt remplis. Le chômage est plus élevé, mais l’argent semble toujours là.

Ce qui est le plus visible pour le moment, c’est la formidable hausse des prix des denrées alimentaires. Les tomates sont à presque 2 euros le kilo, tout comme les pommes de terre, les salades etc.. Avec des salaires à 150 euros par mois, je ne sais pas comment font les vietnamiens pour se nourrir…


Tests covid organisés dans notre rue, le 22 décembre dernier

Omicron n’a pas encore fait son apparition au Vietnam, c’est appréciable. Mais on se demande comment les vietnamiens vont accueillir les premiers visiteurs étrangers en janvier..
A suivre donc !

(1) https://e.vnexpress.net/infographics/travel/vietnam-offers-a-nine-destination-new-year-gift-4404755.html

Une star est née !

Elle est haute comme 3 pommes mais a déjà une voix exceptionnelle.. Je suis tombée sous le charme à la première écoute. Nous l’avons rencontré par hasard dans le restaurant que tiennent ses parents à Hué. Son père a vécu de nombreuses années en Allemagne avant de revenir à Hué pour s’occuper d’affaires familiales. Sa mère est originaire de Dalat. Ce couple, encore jeune, a 2 enfants dont la fameuse Ngoc, perle en vietnamien. Dans le restaurant, les parents s’activent aux fourneaux, et parlent facilement avec leurs clients, chose rare ici. Quant aux enfants, ils contribuent à la joyeuse ambiance en mettant la main à la pate. Et lorsqu’on tend l’oreille, on entend à fréquence régulière les tubes chantés par Ngoc. Les parents, bien sur, en sont très fiers et font la promotion de leur fille.


Ngoc et votre serviteur dans le restaurant familial…

Le covid contrarie les plans de Ngoc car elle aimerait bien participer à des concours. Pour le moment, elle anime sa chaine sur Youtube. Mais difficile de se faire connaitre. Espérons que la situation se débloque rapidement pour que son talent soit reconnu au delà des frontières !

Bonne écoute et n’oubliez pas de « liker » !
https://www.youtube.com/watch?v=N4Bq3Ae54w4

Vingroup, le plus gros conglomérat privé vietnamien

En cette fin d’année 2021, on parle beaucoup des risques de faillite d’Evergrande en Chine. En lisant un article sur cette société, quel fut mon étonnement de voir les similitudes de ce groupe avec le groupe vietnamien Vingroup. Rassurez vous, similitudes concernant les domaines d’activités, pas sur les risques de faillite !


La magnifique berline Vinfast Lux A2, sortie en 2021 (photo internet)

Evergrande est actif principalement dans l’immobilier mais aussi dans les parcs de loisirs, les véhicules électriques, les médias, l’eau…, un CA de 68 milliards d’euros réalisés uniquement en Chine avec 200.000 employés. Le tout avec une dette de 260 milliards d’euros, 2% du PIB chinois et actuellement un parc de logements vides qui pourrait loger 340 millions de personnes !

Comme son grand frère chinois, Vingroup est aussi largement présent dans l’immobilier, cela représente 70% de ses ventes. Mais aussi dans l’industrie automobile, les parcs à thèmes, les hôtels et, pour des montants plus symboliques, dans la santé et l’éducation. Il y encore peu, c’était aussi des milliers de superettes à l’enseigne Vinmart, des fermes de produits bio et des téléphones portables..

Son CA était de 4,1 milliard d’euros en 2020, soit 1,8% du PIB vietnamien. Comme Evergrande, ses ventes sont entièrement réalisées localement. ,. Un profit de 91 millions d’euros pour une année 2020 marquée par le Covid, c’est honorable. Mais là ou s’arrêtent les comparaisons avec Evergrande, c’est pour la dette. Elle ne dépasse pas 5 milliards d’euros. Rien à voir donc avec son grand frère chinois. Le ratio anglo-saxon « passif sur fond propres » est de 2,1, ce qui n’est pas affolant pour une telle société.

Ce groupe entièrement privé a été créé en 1993 par Pham Nhat Vuong, un vietnamien parti suivre ses études en Ukraine. Le capitalisme vietnamien est assez riche de parcours similaires. Il faut croire que l’enseignement du capitalisme après la chute de l’URSS était de qualité ! Les actionnaires étrangers représentent 6% du capital, pour 28% pour les vietnamiens. Le reste du capital est aux mains des investisseurs du départ, tous vietnamiens.


Landmark, la tour la plus haute d’Asie, 81 étages, située à Saigon, inaugurée en 2018 par le groupe Vingroup (photo internet)

Par rapport aux groupes occidentaux, la taille du groupe semble bien modeste. Pourtant Vingroup est partout ! Surtout dans des activités destinées aux classes aisées. Les 35 hôtels et résorts Vinpearl sont magnifiques. Celui de Hué est une tour impressionnante de 34 étages ouvert en 2018 (voir article dédié).

On croise aussi partout les superettes Vinmart, vendues au groupe Massan en 2020, mais qui conservent leur enseigne pour le moment. En 2 ou 3 années seulement, le groupe avait ouvert plusieurs milliers de magasins partout au Vietnam, tentant de bouleverser les habitudes des vietnamiens. Il reste aujourd hui au groupe 80 centres commerciaux.

Mais l’étonnement fut encore plus grand quand on a découvert que Vingroup se mettait a produire des voitures ! En un temps record (21 mois), à grand renfort de compétences occidentales et de 4 milliards d’investissement, 3 modèles de voitures sont sortis de l’usine ultra moderne de Haiphong en 2019. Le design de ces modèles, issu de Pininfarina, a été choisi par un panel de 66000 vietnamiens. 31500 voitures ont été vendues en 2020. Et ce n’est pas fini.. Car Vinfast arrive en Europe et aux Usa. A partir de 2022, vous pourrez acquérir les versions électriques de ces modèles, avec des batteries à chargement ultrarapide.. Ce parcours est tout simplement incroyable !

Qu’en est-il des profits ? il est toujours difficile d’obtenir des réponses claires dans des comptes consolidés, mais on peut dire que c’est l’immobilier qui génère l’essentiel des profits du groupe. Comme en Chine, la hausse des prix du foncier est forte, ce qui facilite bien les choses… Tant que les prix montent, les spéculateurs, aussi nombreux au Vietnam qu’en Chine, continuent d’acheter rapidement dans l’espoir de revendre avec profit..

Les autres branches sont presque toutes en perte, mais l’année 2020 est un peu spéciale…

Les informations sur les salaires ne manquent d’étonner. Les revenus moyens des 40100 employés du groupe serait de 21,5 millions de VND, soit 800 euros par mois. En hausse de 28% sur l’année précédente ! Bizarre.. Les salaires ne dépassent pas en général 5 millions en province et 10-15 millions dans les grandes villes.. 55% des employés ont moins de 30 ans, et 40% ont un diplôme d’études supérieures. Est ce la présence d’experts étrangers employés à grand frais qui fait flamber les couts ? Quoi qu’il en soit, Vingroup a la réputation de bien payer ses employés mais aussi de tout exiger d’eux. La pression est très forte et on ne compte pas ses heures. On est corvéable 7 jours/ 7. Les employés sont tenus aussi de s’équiper avec les marques du groupe : téléphones portables, scooter voire voiture pour les cadres..

Que pensez de ce groupe ? Pour un esprit occidental comme le mien, je suis un peu perplexe. Car les prix dans les superettes sont très élevés, les parcs à thèmes sont vides, les scooters électriques ne se sont jamais vendus, les centres commerciaux sont peu fréquentés et les projets immobiliers démesurés. Difficile de faire une opinion dans un pays ou les analystes financiers n’existent pas. Mais je reste admiratif sur la vitesse à laquelle le groupe se développe. J’ai hâte de voir si le groupe réussira son ambition de vendre ses voitures en occident. Ce serait la preuve qu’avec de l’argent et du talent, tout est possible.