Catégorie «Fete du Tet»

Cérémonie du Cay Nêu à Hué!

Cette année encore, nous avons pu assister au levée du bambou à quelques jours du Têt.
Cette tradition a été remise à jour non seulement dans la citadelle de hué, pour le plus grand bonheur des touristes matinaux, mais aussi chez notre amie Kim Lan, fervente protectrice des traditions locales.


Prosternations préparatoires

Vers le 23eme jour du 12e mois lunaire (mois de 30 jours), on dresse donc un long bambou devant sa maison. Dans un petit panier accroch2 au sommet, on y glisse quelques objets rituels, des clochettes voire quelques pièces de monnaies (cela dépend d’un endroit à l’autre). L’idée est de protéger la maison en détournant l’attention des mauvais génies. Cela permet donc de laisser en paix les humains qui vont festoyer pendant le Têt.

Un long ruban rouge est accroché au faite du bambou. Sur le ruban, on a pris soin de calligraphier en caractères chinois des motifs de bonheur, de protection et de chance.
Le ruban qui vole ainsi au vent vient de la tradition taoïste et répond à l’harmonie, en mouvement, de l’ordre cosmique.

Chez notre amie, la partie religieuse de la cérémonie est célébrée par des bouddhistes.
Comme toujours au Vietnam, pas de fête sans une collation. Il s’agissait de desserts sucrés traditionnels, merveilleusement préparés. Tout est 100% naturel, essentiellement faits avec de la pate de haricots, du riz collant, des gélifiants d’agar agar…

Le bambou est descendu quelques jours après le Têt, et fait l’objet d’une cérémonie similaire.

(voir aussi l’article écrit sur ce blog au début de février 2025)

Splendeurs du Têt à Hué

La fête du Têt s’est déroulée sous les meilleures auspices cette année! Le soleil et la douceur des températures étaient de la partie, ce qui n’est pas systématique en cette période de l’année.

Au delà des marchés aux fleurs, les décorations florales dans les espaces publics de la ville sont magnifiques. Les touristes vietnamiens sont de plus en plus nombreux à découvrir l’ancienne capitale à cette époque et ils n’ont que l’embarras du choix pour faire de belles photos.

Voyager au Vietnam au moment du Têt était pouvait être un peu difficile autrefois en raison de la fermeture prolongée de nombreux lieux. De nos jours, beaucoup de commerces réouvrent au bout de 2 ou 3 jours, ce qui rend aisée la visite du pays. Cette année en tout cas, c’était le meilleur moment pour visiter Hué.

Quelques photos valent mieux qu’un long discours !


L’année du cheval !


Les fleurs dans la banlieue de Hué, à quelques jours du Têt


Nombreuses variétés, toutes plus colorées les unes que les autres!


Des noix d’arec mures qui seront replantées..


Les jardins publics sont magnifiques


Dans la citadelle de Hué


Marché aux fleurs aux alentours de Hué


Le transport des fleurs par cyclo..


Multicolore!


Notre carte de voeux!

Bonne année à tous!

L’arbre du Tet, le « cay neu »

Cay neu signifie « sommet de l’arbre ». C’est une tradition qui s’etendait autrefois dans tout le Viêtnam, comme en témoignent les témoins du temps passé, comme Jean Koffler. Ce missionnaire a eu la chance de vivre quelques années à Hué a une époque ou aucun occidental ne résidait. Ce privilège lui était accordé car il était médecin du Seigneur Vo Vuong, qui a régné au centre Viêtnam de 1736 à 1763.


Dressage du cay neu dans la citadelle (photo journal Lao Dong)

Dans ses mémoires, il écrit, à propos du Tet à Hué : « de grandes perches sont élevées devant les portes du palais royal et de toutes les habitations. Tout en haut sont placés des rameaux verts réunis en faisceau []. Les païens ajoutent certains ornements comme par exemple des papiers légèrement teintés d’or ou d’argent [pour mettre en fuite les démons], une poignée de paille et une petite corbeille dans laquelle ils déposent quelque menue monnaie pour acheter au ciel le bonheur qu’ils désirent. Cette démonstration solennelle ne manque pas d’actes superstitieux. Ils doivent en effet lever et abaisser les perches à certaines heures déterminées, ainsi ils présagent de la bonne ou de la mauvaise fortune que leur portera l’année nouvelle. Si, par hasard, l’une des perches est abattue par le vent ou par toute autre cause, ils sont persuadés, sans qu’il soit possible de les détromper, que cette année sera fatale à quelqu’un de la maison ou de la famille. »


Le transport du bambou n’est pas la chose la plus simple à faire.. (photo television TRT)

Depuis quelques années, la cérémonie du « cay neu » est remis à l’honneur par les responsables de la citadelle. Dix jours environ avant le Tet, un immense bambou est coupé puis amené à la citadelle, pour être dressé devant l’un des bâtiments symboliques de l’ancienne capitale. Pour être valable, le bambou doit être plus élevé que le plus haut bâtiment de la propriété, ici la citadelle.

C’est une très belle cérémonie haute en couleur.

Notre amie Kim Lan organise aussi chez elle cette cérémonie et y convie ses amis.
Le protocole est strictement respecté, avec l’aide de moines bouddhistes pour les invocations et les offrandes.


Preparation de la cérémonie


Lors de l’abaissement du mat, les nombreux invités veulent à tout prix toucher l’étendart pour s’attirer à soi richesses et bonnes fortunes pour la nouvelle année..

Les superstitions sont encore très présentes à Hué et ce n’est pas juste du folklore..

Bonne fête du Têt à Hué!

Et nous voici dans l’année du Serpent!


Décorations du Têt le long de la rivière des parfums, sur l’esplanade de l’ancien monument aux morts (photo internet)


Affluence des grands jours pour se promener dans les jardins de la ville!

Et avant le jour du Tet, nous avons eu de magnifiques marchés aux fleurs..


les bougainvilliers..

A Hué, le Tet n’est pas la période la plus favorable pour la végétation.. il pleut beaucoup à cette période, les journées peuvent être fraiches. Les arbres, comme les frangipaniers, les flamboyants ou les bougainvilliers ne sont pas encore en fleur.


Seances de photos pour les vietnamiens.. ils adorent se prendre en photo!

Alors l’arrivée des fleurs du Tet un peu partout en ville met du baume au cœur et illumine nos déplacements. Elles arrivent une dizaine de jours avant le Tet.

Il y a quelques années, on retrouvait surtout des chrysanthèmes jaunes, qui sont cultivés tout autour de la ville. Ils sont vendus par paire, environ 500kvnd, soit 10 euros pièce. Le plus difficile pour les fermiers est d’arriver sur les marchés avec des fleurs peu ouvertes. Dans les campagnes, on surveille au quotidien le temps qu’il fait, et on allume des lampes la nuit si besoin pour accélérer le développement. C’est tout un art !

Depuis quelques années, on voit aussi d’autres fleurs orner les marchés. Les mandariniers viennent en général du nord Viêtnam. On ne mange pas les fruits, qui sont aspergés de produits chimiques. Mais c’est beau à voir !

On retrouve aussi des bougainvilliers multi couleurs. A force de boutures et de croisements, on arrive à obtenir des arbustes incroyables..

On peut aussi voir des orchidées, de véritables œuvres d’art.

D’un point de vue touristique, le Tet constitue une période atypique. Les vietnamiens sont surexcités à l’approche de l’évenement, achetant quantités de produits alimentaires. On nettoie la maison de fonds en comble. On repeint le mur d’enceinte. On paye ses dettes. Bien évidemment aussi, comme il s’agit d’une fete familiale, on prépare et execute de nombreuses cérémonies dédiées aux ancêtres. Avant le Tet pour les accueillir, puis après le Tet pour leur dire au revoir. Tous les enfants reviennent au domicile de leurs parents pour se réunir. C’est la seule fois de l’année ou cela se produit.


Nettoyage des objets servant au culte des ancêtres..


Les pagodes sont aussi richement décorées..

De nos jours, meme si la plupart des commerces s’arréte au moment du Tet, les touristes peuvent toujours compter sur quelques restaurants ou boutiques toujours ouvertes. Les prix sont un peu plus cher, mais cela reste raisonnable. Les vietnamiens sont très accueillants aussi à ce moment là, et seront heureux de trinquer avec vous.


Decoration d’une maison particulière.. les habitants prennent beaucoup de temps a embellir leur maison.

La vie se ralentit donc quelques jours puis reprend à grande vitesse ensuite, chacun devant repartir chez soi. C’est donc la grande transhumance, à moto et de plus en plus en voiture. Il vaut mieux éviter d’etre sur les routes à ce moment là, car les accidents sont nombreux.

Pour les amateurs de photos, les décorations du Tet sont un formidable terrain de jeux.


Les fleurs en papier, qui viennent décorer l’autel des ancêtres, et les gateaux de riz pour le Tet…

Les biscuits LU, star des épiceries pour le TET

Quand on fait ses courses dans les supermarchés vietnamiens, n’est ce pas formidable de voir des pyramides (ou plutôt des tours Eiffel..) de boites de gateaux LU, l’un de nos symboles nationaux ?

Les boites de gateaux sont un énorme marché au moment du Tet, car les vietnamiens ont pris l’habitude d’offrir des gateaux aux gens à qui ils rendent visite mais aussi, et surtout, de disposer les boites au pied des autels des ancêtres..

Les gateaux Danisa (censés être des gateaux danois) ont longtemps régné en maitre sur ce marché, mais depuis peu, de nombreux challengers tentent leurs chances, dont Lu..

Hélas, à y regarder de plus près, notre fierté nationale en prend un coup !

D’abord, Lu n’est plus une marque française. Elle appartient à une multinationale américaine, le groupe Mondelez, coté au Nasdaq… Lu côtoie ainsi, au sein de ce groupe, d’autres marques très connues, comme Oreo, Toblerone, Milka ou meme Cote d’Or..

Ensuite les gateaux ne sont pas fabriqués par des usines françaises, mais par un fabricant local 100% vietnamien.

Le pire, c’est que les biscuits sont simplement faits sur la base de « recettes françaises ». A la dégustation, je retrouve bien le style des gateaux… vietnamiens ! Et on y découvre qu’il y a 25% de sucre!

Sur certaines publicités, on parle de « beurre Français », mais sur la boite elle-même, on parle simplement de « beurre », au coté de nombreux additifs, colorants, d’huile de palme, et de « compoud », c’est-à-dire de produits recomposés, comme le chocolat.. Cette confusion serait interdite sur de nombreux marchés, notamment aux Usa. J‘imagine que nos gateaux Lu ne sont que pour le marché vietnamien..

Bref, et on l’aura compris, c’est l’image de la France qu’on cherche à véhiculer à travers ces gateaux, pas les gateaux eux meme… A 4 euros la boite de 310 grammes, ce qui est très cher pour le Viêtnam, on se dit que les dividendes des actionnaires de Mondelez doivent être assez généreux…

Mais bon, si l’image de la France peut encore faire vendre, c’est un moindre mal…

Voir aussi cette video commerciale pour les biscuits Lu:
‘https://www.youtube.com/watch?v=u9h48L_9n9g

Le culte des étoiles

Rendre le culte, c’est le fondement même de la culture locale. Comme dirait le Père Cadiére, le grand historien de Hué : « A Hué, tout n’est que croyances et superstitions ». Un siècle après, et malgré 50 ans de communisme, rien n’a changé. J’ai calculé qu’en moyenne les gens de hué rendent le culte plus de 3 fois par mois : les célébrations pour la lune, pour les génies de la terre, du ciel, de la cuisine (ong tao), et bien sur, toutes les cérémonies en l’honneur des ancêtres de la famille. A chaque fois, on prépare des mets, on achete des objets votifs, on s’équipe en batons d’encens, de fleurs etc.. Tout doit suivre un protocole strict. Les cérémonies ont lieu à bonne date et à l’heure propice. Pourquoi rendre le culte ? Tout simplement pour s’attirer les bons auspices du ciel et de ceux qui y résident ! Bonheur, Chance et Argent sont le trio gagnant de ces cérémonies. Seuls les catholiques ne les pratiquent pas.


Nombreux sont les aliments et objets utiles pour le culte. Dans les seaux, des poissons chats (ca tre) et des coquillages (hen)

Parmi ces cérémonies, il en est une que j’ai découverte récemment, par hasard : le culte des étoiles. Il se célèbre une fois par an, quelques jours après le Têt. La configuration des étoiles change chaque année et un livre donne toutes les indications à ce sujet. Suivant votre année de naissance, la configuration des planètes et des étoiles pourra ne pas vous être favorable. Il faudra donc redoubler de vigilance et rendre le culte avec plus de convictions – ou d’offrandes. On peut en sourire, mais c’est évidemment un sujet très sérieux pour ceux qui le pratique.

Dans le cas present, le culte a démarré vers 23 heures. Il est probable qu’il ait duré une bonne heure avec l’incinération des objets votifs (le feu permet de transférer vers l’au-delà les objets).

La plupart des gens délègue ce culte à ceux qui ont l’habitude de le pratiquer. Dans ce cas, on achete des longues feuilles de papier sur lesquelles sont dessinés des personnages représentants la famille bénéficiaire du culte : la mere, le père et les éventuels enfants. Le nom de chacun est repris sur les feuilles, pour ne pas que les esprits se trompent.

Sur la table d’offrandes, les bougies symbolisent les planètes. Les objets votifs disposés derriere les bougies représentent chacune une planète. A l’arriére, d’autres objets votifs représentent le trône et les objets associés (coiffe de mandarin, bottes, parasols..), pour marquer le caractère sacré du culte.


L’officiant. avec des bagues impressionnantes

L’officiant revêt ses plus beaux habits du culte qui ressemblent à ceux vus pour le culte de la déesse mere. On remarquera d’ailleurs les impressionnantes bagues en ambre. C’est un professionnel du culte et il est entouré d’un assistant qui ressemble à un moine bouddhiste (mais qui n’en n’est pas un).

Le tout est accompagné d’une musique assez forte, des psalmodies de l’officiant à l’aide d’un micro, le tout rythmé par une petite clochette bien sympathique.