Saison des flamboyants à Hué!

Mai et Juin sont les mois ou les flamboyants sont en fleur, tout comme les lotus.. Les bougainvilliers sont aussi magnifiques, mais la fleuraison dure plus longtemps… Voici quelques photos prises à Hué et ses environs..


Dans la rue Bui Thi Xuan…


Dans le quartier Phu Cam, dans la cour d’une ancienne école..


Le long du canal Phu Cam / An Cuu


Sur les berges de la rivière des parfums..


Un jeune flamboyant en plein vitalité..


Gros plan sur les fleurs..


Un bougainvilliers, le long de la cathédrale Phu Cam


Les lotus sont aussi un peu partout, le long de la citadelle ou au bord de la lagune, au nord de Hué


Collecte de lotus. On mange les graines, les tiges peuvent servir aussi comme fibre textile…

Redécouverte d’un cimetière français à Hué-Thuan An

Alors que nous allions en moto à la plage, ma femme s’est soudainement exclamée « chéri, il y a une tombe française ! ». Ma passion pour l’histoire n’a pas échappée à ma femme mais il a fallu quand même un gros coup de chance pour distinguer ce qui reste d’un cimetière français!

Après recherche, il s’agit bien d’un ossuaire ou reposent depuis près d’un siècle les restes de presque 400 de nos compatriotes, essentiellement des militaires ayant participé à la conquête de l’Annam et du Tonkin.


La stele à la mémoire des Français, de nos jours

Mais pour en comprendre l’origine, il est nécessaire de se replonger dans l’histoire.

Aujourd’hui Thuan An est un gros bourg bordé de plages magnifiques ou vont se presser chaque été les gens de Hué et quelques touristes.

On imagine mal que cet endroit fut le centre névralgique des troupes françaises en 1883 et 1900.

Avant 1883, Thuan An n’était qu’un simple village de pécheurs, planté de nombreux cocotiers. On y trouvait quelques forts de défense et le « bain du roi », lieu de villégiature royale. C’était surtout une position stratégique car le seul accès de la ville impériale par la mer, l’endroit par lequel tout devait passer. L’impossibilité pour les bateaux de mer d’accéder à la rivière, en raison d’une barre, en faisait un verrou naturel, situé à une quinzaine de km de la capitale.

L’origine de la présence française à Thuan An date de la prise des forts le 23 aout 1883 par l’escadre de l’amiral Courbet, après un copieux bombardement (raconté en son temps par P. Loti). L’Annam et le Tonkin sont alors en plein trouble suite au décès sans héritier du roi Tu Duc. L’attaque de Courbet a pour but de ramener la Cour à la raison et d’obtenir un accord de protectorat avec la France. La prise de Thuan An a conduit aussitôt à l’installation des français sur place, une présence amplifiée par l’arrivée de troupes du Tonkin en 1885 avec le Général de Courcy. Point déterminant pour la sécurité des français, un télégraphe y fut installé, grâce au câble anglais qui allait jusqu’à Singapour.


Les infrastructures à Thuan An en 1885 (bavh 1920)

Le “coup de force » contre les français en juillet 1885, la fuite du roi et la période de troubles qui suivit aboutirent à l’arrivée à Thuan An de nombreuses troupes en renfort venues de la métropole. Ce fut alors une véritable gare maritime, ou transitaient des milliers d’hommes. On y construisit des dépôts, des casernements et autres bureaux en tout genre. Mais c’est surtout les bâtiments du service de santé qui prirent une importance considérable. Thuan An était le seul endroit ou se trouvait un hôpital ainsi que de vastes pavillons de repos. L’épuisement des hommes partis combattre les pirates au Tonkin, le paludisme, les maladies endémiques et surtout le cholera amena à Thuan An un grand nombre de malades. On créa aussi sur place le premier cimetière français de Hué. Il se remplit très vite, au moins jusque fin 1889, date à laquelle les troubles cessèrent suite à la capture de l’ex-empereur Ham Nghi. Celui-ci fut d’ailleurs maintenu prisonnier à Thuan An en attendant son embarquement sur un bateau à destination de l’Algérie, son lieu d’exil décidé par les français.

La présence militaire de Thuan An déclina ensuite progressivement. Malgré tout, pendant la belle saison, tous les bateaux des Messageries Maritimes et les bateaux de transport locaux faisaient escale au large, débarquant passagers, courrier et marchandises. Mais en 1897, survint un violent typhon qui ferma la passe et en ouvrit une autre un peu plus loin. Les paysages en furent passablement modifiés. L’hôpital de Thuan An fut définitivement évacué en 1900 et le cimetière un peu oublié.


L’emplacement des passes, avant et après les typhons, Bavh 1920

Les tombes étaient au nombre de plusieurs centaines. On y trouvait de nombreux soldats, des officiers, des fonctionnaires de diverses administrations et même plusieurs femmes, épouses d’officiers ou de fonctionnaires. En 1900, devant l’avancé de la mer sur les dunes, on s’inquiéta de la possible désintégration du cimetière. Il est décidé alors d’exhumer les corps de ces pionniers de la présence française en Annam vers une fosse commune prés du « fort du sud », une ancienne fortification annamite.

Apres l’étude du Docteur Duvigneau, c’est le docteur Marque qui aura la responsabilité de ce transfert. La tache n’est pas si simple, car la présence parmi les défunts de nombreux cholériques imposent des règles de prudence draconienne pour éviter une nouvelle épidémie. Le transfert aura lieu entre le 18 au 29 avril 1901.

Le transport des ossements a lieu par bateau, le long de la lagune. On peut lire « Au fur et à mesure que les ossements étaient découverts, on les plaçait dans des caisses, avec addition de chaux, et on les transportait au nouveau cimetière, situé au Fort-du-Sud, où une fosse commune de 10 mètres de long, 3 mètres de large et 3 mètres de profondeur, avait été creusée ; les ossements étaient jetés dans la fosse, et, tous les soirs, couverts de sable et arrosés d’une solution de sulfate de fer. »


Carte du transfert des ossements, bavh 1920

A l’issue du transfert, tous les objets en contact potentiel des ossements sont brulés, y compris le sampan utilisé.

392 cadavres ont été exhumés, ou plutôt les ossements, et tous ont été déposés dans la fosse commune. Trois autres fosses spéciales ont été creusées, l’une pour une femme (Mme Meunier), et les autres pour le vice résident de la province (M.Michel) et un inspecteur de la Garde Indigene (M. de Soulages).

Que reste t il aujourd’hui de ce lieu de mémoire ?

Les accès à la plage de Thuan An se sont construits et ce lieu de mémoire se trouve aujourd’hui au milieu de maisons diverses. Mais l’emplacement de la fosse principale est toujours visible et plus ou moins dégagé. La stèle cubique est toujours en place et on peut y lire « A la mémoire des Français décédés à Thuan-An, 1883-1899 ».


L’ossuaire, de nos jours

Deux autres stèles y sont présentes. L’une est celle d’un militaire, « E.S. Contesse, Chef de Bataillon décédé le 2 novembre 1889 ». L’autre est celle d’A. Gelas-Sauvaire. Je n’ai pas retrouvé d’information sur ces français.


Stéle de E.S Contesse

Maintenant que ce cimetière a été retrouvé, reste à savoir comment on peut honorer à nouveau la mémoire de ces français. La question mérite réflexion !

Avec celui de Thuan An, d’autres cimetières ont été ouverts à Hué. Deux autour de la citadelle, pour les militaires, dont celui du Mang Ca. Et celui de Phu Cam, ouvert en 1904, pour les civils. Les tombes des militaires ont été rapatriées en métropole au départ des français, même si des éléments du cimetière du Mang Ca sont encore visibles de nos jours. Quant à celui de Phu Cam, près de la cathédrale du même nom, les tombes ont été transférées à la périphérie de la ville en 2006.


Vue du ciel du fort du Nord, en bas à gauche de l’image (partie ronde), occupé par les militaires vietnamiens. Porte traditionnelle coté ville. Source google earth.

Sources :
Les bulletins des Amis du Vieux Hue restent une formidable source pour qui s’intéresse à l’histoire de Hué. Notons les numéros utilisés pour cet article :
Sur les cimetières de Hue, 1929/3, 1914/3 et 1916/4
Sur Thuan An, 1920/3, écrit par H Bogaert, colon célèbre à Hué et qui vécut à Thuan An à cette époque là.

Immigration, qu’en est-il au Vietnam ?

Puisqu’on parle beaucoup d’immigration en France, voyons à quoi ressemble le Vietnam de ce coté là… Eh bien, si on devait résumer les droits des étrangers, on pourrait dire que les étrangers ont pour seul droit celui de… travailler ! Je ne parle pas des conjoints de vietnamiens ou des viet-kieu (vietnamiens partis a l’étranger) dont les droits sont différents. Je parle du cas général d’un étranger qui aimerait vivre ici. Le seul document qui puisse vous faire séjourner ici dans la durée est un permis de travail (ou investir plus de 120 keuros).


Le sésame pour vivre au vietnam: la carte de residence..

Le permis de travail s’obtient depuis l’étranger et c’est l’entreprise qui vous embauche qui va s’occuper des formalités. Et notamment prouver à l’administration que seul un étranger a les compétences pour occuper le poste. Le permis de travail est valable 2 ans maximum, renouvelable normalement une seule fois.
Il donne lieu à une carte de résidence d’une durée équivalente. Si vous quittez votre emploi, l’entreprise est tenue d’informer l’administration.
Tous les travaux ne sont pas ouverts aux étrangers. Le petit commerce, le marketing font partis des métiers non ouverts aux étrangers. Etre guide touristique sans un diplôme local en vietnamien est impossible. La barrière de la langue vous ferme aussi de nombreuses portes.

N’imaginer pas passer votre retraite ici ! Il n’existe pas de visa longue durée pour les retraités… Même les volontaires doivent obtenir un visa de travail spécifique pour œuvrer ici. Tout cela est bien contraignant et se résume d’une phrase : « le Vietnam aux Vietnamiens ».

Peut on tricher ? avant le covid peut etre, notamment dans les grandes villes comme Saigon. Mais le covid a été l’occasion pour le vietnam de mettre tous les étrangers en situation irrégulière dehors.

Les étrangers qui vivent au Vietnam subissent des règles non applicables pour les locaux. Par exemple, le fonctionnement bancaire est très contraignant pour les étrangers, sans doute pour lutter contre le travail au noir et le blanchiment, alors que les vietnamiens font ce qu’ils veulent. Concrètement, vous pourrez ouvrir un compte bancaire, mais il vous sera impossible de faire des dépôts depuis le Vietnam. Vos crédits proviennent soit des transferts depuis l’étranger, soit du règlement de votre salaire local. Impossible pour un vietnamien de vous faire un virement, dont l’usage ici est très répandu. Emprunter à sa banque est impossible. La liste est longue de ce qu’on pourrait assimiler à de la “discrimination”.

La terre appartenant aux vietnamiens, vous ne pouvez acheter du foncier. Seuls quelques condominiums sont accessibles aux étrangers, mais toujours dans des résidences onéreuses.

Peut-on alors acquérir la nationalité vietnamienne ? En théorie, c’est possible, même si on ne se bouscule pas au portillon pour l’acquérir.. il faut de toute façon parler vietnamien, ce qui n’est pas simple. Et le document officiel est signé en main propre par le premier ministre, signe que ce n’est pas très courant.

Il vaut mieux se tenir à carreau et respecter toutes les règles en vigueur ici, quelles soient formelles ou pas… dans le meilleur des cas, si votre attitude « déplait », votre visa ne sera pas renouvelé sans qu’on vous fournisse la moindre explication..

Si vous avez des enfants, vous pouvez bien sur les mettre à l’école vietnamienne. Mais si vous choisissez de les mettre dans une école internationale, il vaut mieux gagner beaucoup d’argent car les couts sont exorbitants (>10000 euros par an). De même, les couts de santé peuvent être astronomiques car on est parfois forcer d’aller dans un hôpital international.

Quoiqu’il en soit, un étranger au Vietnam restera toujours un étranger. Que vous habitiez ici depuis 6 mois ou 10 ans, les prix seront toujours plus élevés pour vous, et pas seulement au marché.

Le résultat de tout ca, c’est le faible nombre d’étrangers résidants au vietnam. 140.000 étrangers avaient un permis de travail en 2023 au vietnam, pour une population de 100 millions. Soit 0.1% comparé au 8% d’étrangers en France ! La plupart des étrangers sont profs ou experts dans leur domaine d’activités. Le niveau de qualification ou d’expérience requis est plutôt haut. 90% sont des hommes. La tendance est a la hausse ces dernières années, en parallèle des nombreux investissements étrangers au vietnam.

Conséquences

De fait, la population est tres homogène ici, du nord au sud. Le manque de diversité est l’un des aspects qui me pèse le plus ici depuis que j’y habite. Le brassage de population, c’est un facteur d’enrichissement énorme d’un pays, comme le fameux melting pot aux USA. Etre en présence de diversités culturelles, c’est voir des choses différentes, c’est apprendre d’autres savoir-faires et donc, au final, s’enrichir mutuellement.

Je pense notamment au petit commerce qui, faute de remise en question, reste très traditionnel. L’absence de marketing ou de techniques de vente, que les vietnamiens ne maitrisent pas, sont un frein au progrès et conduisent à des erreurs de casting.. le turnover énorme des commerces peut venir de la..

Il n’y a pas non plus que dans les affaires que la monoculture rend les choses plus pauvres. Les influences culturelles étrangères permettraient aux vietnamiens de voir autre chose, de penser autrement.

A l’opposé, ce « vivre entre soi » permet de préserver une culture forte et très spécifique. C’est plus facile aussi de diriger un pays dans ces conditions là…

Un mariage avec un local peut il ouvrir davantage de droits ? Depuis quelques années, oui, car le conjoint est autorisé à travailler. Le visa de conjoint est de 5 ans, mais ce n’est pas si simple. Tous les 6 mois, vous devez aller au bureau de l’immigration pour obtenir le tampon-qui-va-bien. Mais ce n’est pas immédiat et vous devez amener les papiers d’identité de votre conjoint.. autant dire qu’il ne faut pas se fâcher avec lui, sous peine de devoir partir.. Pour ma part, je préfère avoir un permis de travail, ce qui permet de vivre normalement pendant 2 ans et entrer/ sortir du pays comme on veut.

Y a t’il du racisme au Vietnam?

Le nationalisme est très puissant au Vietnam, mais je n’ai jamais rencontré de racisme. Les gens considèrent les étrangers comme « riches », ce qui les aide surement à en avoir une opinion positive.. Pour les gens plus âgés, il y a souvent beaucoup de vrais sympathies pour les occidentaux, notamment Français, parfois avec une pointe d’admiration.

Ballade aux alentours de Hué

En ce premier dimanche du mois de juin, la chaleur est tellement forte que je décide de partir de bon matin, avant 6h. C’est le seul moment de la journée ou l’on peut avoir un peu de fraicheur..


Vers le canal Dong Ba

Il y a déjà beaucoup de monde dans les rues de la ville : des retraités qui font un peu d’exercice, des joggers plus jeunes, d’autres qui prennent leur petit déjeuner ou un café.
Je passe devant le lycée Quoc Hoc ou se pressent beaucoup de jeunes et leurs parents. Nous sommes pourtant dimanche, il est très tôt mais rien ne s’arrête vraiment ici.. Les jeunes passent le concours d’entrée pour ce lycée d’exception.


Fitness le long de la rivière des parfums, il est 5h30

En cette saison, la recherche des flamboyants rouge est mon activité favorite ! La chaleur et les pluies de ces dernières semaines favorisent la fleuraison de ces arbres qui m’émerveillent toujours.

Je remonte la rivière des parfums dont les berges sont des lieux propices à débusquer de beaux arbres rouges vifs. Le long de la route, on traverse des petits marchés locaux. Les vietnamiens aiment l’ultra frais et vont au marché tous les jours ou presque.


Vente de poissons venus directement de la rivière..

C’est dimanche, et j’arrive à la fin d’une messe. Les femmes en ao dai colorés sont belles et sont surprises de me voir dans cet endroit reculé. Le curé me parle de ses 150 paroissiens dont il est si fier. Pour arriver jusque là, j’ai pris un sampan qui fait la navette, une traversée de quelques minutes si agréable. Sur la rivière, les jacinthes d’eau ajoutent quelques touches de vert au paysage qui rappelle le film L’Amant.

Au peu plus loin, je croise des femmes qui lavent leur linge dans la rivière, à coté de nénuphars si beaux. Elles sont encore nombreuses, ces femmes courageuses, à frotter, laver, rincer le linge familiale comme autrefois.

Un peu plus loin, mon regard est attiré par un marchand d’objets votifs qui a fabriqué des vélos en papier ! C’est la 1ere fois que je vois ca et le marchand est fier de me les présenter. Le prix de vente est de 400kvnd (16 euros) et tout partira en fumée à la première fête des ancêtres. Grace à ces vélos, les ancêtres retrouveront un peu de leur confort terrestre.

Le long des chemins, je tombe sur un mariage.. C’est beau et surtout très coloré, comme toujours ici.. Les voitures louées sont de plus en plus présentes pour les mariages, on aime montrer qu’on est riche!

Il est 9h, il fait déjà très chaud, il est temps de rentrer ! La suite au prochain numéro !

PS : Si vous souhaitez faire cette ballade avec moi en moto, envoyer moi un message. Seule contrainte, partir de bonne heure. Comptez environ 3 heures, prix tout inclus 1 million de vnd.

Etre vietnamien et travailler dans une grande entreprise, c’est comment ?

Pour mieux comprendre comment fonctionne la société vietnamienne, je m’intéresse cette fois-ci aux conditions de travail des vietnamiens dans les grandes entreprises locales. J’ai interrogé Ngoc Anh, 33 ans, qui va nous éclairer.

Ngoc Anh (NA pour plus de facilités) a travaillé 4 ans et demi pour un parc d’attraction, filiale du plus gros groupe privé vietnamien. Ce parc emploie 550 personnes. Elle a travaillé pour le département « ventes et marketing ».

Le recrutement fut très rapide, une semaine, période pendant laquelle se sont succédés entretiens et tests.

NA a un statut un peu particulier. Elle n’est pas employée de base, avec un travail posté et des horaires bien définis. Elle n’est pas non plus manager, avec un travail au forfait. Elle est entre les deux, ce qui est bien pratique pour l’employeur : elle doit accomplir son travail dans les délais impartis, quitte à travailler la nuit et le weekend.


Un « team building » auquel Ngoc Anh a participé comme organisatrice

De fait, son temps de travail effectif tournait autour de 60 heures par semaine, avec de nombreuses soirées et dimanches travaillés, sans contrepartie. Son salaire était certes confortable sur le papier (18 millions de dong de salaire brut , soit 500 euros après impôts environ) mais pour ce salaire, elle a été corvéable à souhait. Selon la loi, la durée maximum du travail est de 48 heures par semaine. Elle a droit à 1,5 jours de congés par semaine.

En fait, dans un pays confucéen, il est quasiment impossible de dire « non » à son supérieur. Si on vous appelle à 22heures pour un travail à finir avant le lendemain matin, les gens vont s’exécuter sans sourciller.
Cette culture aboutit à tous les excès et surtout n’encourage pas les gens à planifier leur travail. Tout se fait toujours dans l’urgence, d’autant plus que les vietnamiens sont des gens impatients. NA estime à 70% son travail fait dans l’urgence..
La pression est donc permanente sur les employés. Certains font avec, d’autres démissionnent, ce qui contribue à un turnover important.

Dire “non » à son supérieur est bien aussi un rapport de force entre l’employeur et son employé. Cela implique, pour ce dernier, une personnalité supérieure à la normale, et être convaincu de la valeur de son travail. D’une manière générale au Vietnam, les gens ont une personnalité de soumission, ce qui facilite les choses coté employeur. NA me dit avoir toujours dire « oui » les 2 premières années, un peu moins après, consciente de sa valeur dans l’entreprise. Comment peut-on dire « non » ? Si la demande arrive par texto, il suffit de faire en sorte de ne pas le voir. En revanche, au téléphone, c’est plus difficile car il serait extrêmement impoli de ne pas répondre. Les appels se font à toute heure du jour ou de la nuit, dimanche compris.

Les salariés cotisent pour les syndicats, c’est obligatoire et cela passe directement sur le bulletin de paye. NA ne les a jamais vus ni rencontrés durant toute sa présence dans l’entreprise et elle ne sait pas à quoi ils servent.


Une soirée de team building, sans doute pas l’épreuve la plus difficile!

Son salaire comporte une partie fixe de 70% et une partie variable. Celle-ci est minorée en cas de « fautes », c’est-à-dire de non respect du règlement intérieur. Il parait que les fautes sont aussi identifié par les caméras de l’entreprise. Porter des chaussures de couleurs non autorisées sur une journée « coute » 200 Kvnd (8 euros). Les règles peuvent être propres à chaque service bien sur, mais l’une des règles est communes à tous, c’est le pointage. Pour NA, arriver à 8h32 au lieu de 8h30, c’est une demi-heure de décompté. Si vous oubliez de dépointer en fin de journée, cela vous coute une journée de travail ! NG s’est souvent faite « avoir » : travaillant jusqu’à 10 heures du soir, elle quitte l’entreprise épuisée sans dépointer. La sanction est immédiate, elle aura travaillé une journée pour rien… les vietnamiens étant très “tête en l’air », j’imagine que ce type de sanctions est peut-être le seul moyen efficace pour l’employeur! Au niveau du poste de NA, il n’y a pas de télétravail possible « officiellement ». Si elle le fait, c’est parce qu’elle n’a pas fini sa tache.

NA a officiellement 12 jours de congés par an, plus les congés pour le Têt. Mais c’est quasi impossible de planifier quoique ce soit, car votre supérieur peut toujours annuler vos congés à la dernière minute. Dans ce cas, la méthode la plus courante est de ne pas aller travailler..

Dans les grosses entreprises vietnamiennes, la mode est au team building, ce qui était le cas aussi pour NA. Elle me précise pourtant que « sous une apparente décontraction » peu de gens aiment ca, car les jeux sont éreintants et que, là encore, personne ne peut se plaindre.

Parmi les services offerts aux employés, notons une cantine, une mutuelle santé, une salle de fitness et des dortoirs pour ceux qui souhaitent rester là le soir. 4 lits par chambre. Toutes disposent de machine à laver pour les affaires personnelles. Il n’est permis de quitter l’’entreprise avec les uniformes.

Il n’y a pas vraiment d’entretien d’évaluation mais simplement un formulaire de satisfaction à remplir. Si vous vous permettez d’indiquer que vous n’êtes pas pleinement satisfait, on vous rappelle aussitôt pour en discuter et surtout pour vous faire changer votre réponse. Si vous persistez, vous êtes considéré comme une forte tète..

Vous pouvez postuler dans une autre branche du groupe, mais le transfert effectif est soumis à l’accord de votre responsable..


Team building au bord de la plage

NA a eu des formations en interne. Ces formations se terminent toujours par un examen. Si vous échouez, on vous retient tout ou partie du cout de la formation sur la partie variable de votre salaire. De même, la diffusion des nouveaux règlements intérieurs, 2 fois par an en moyenne, font l’objet d’un test d’assimilation. Si vous échouez, vous êtes impacté financièrement.

Travailler dur, souvent gratuitement, est il le gage d’avoir un important bonus en fin d’année ? Il y a un 13eme mois, presque en vigueur partout au Vietnam, et des bonus collectifs basés, par exemple, sur le résultat de l’entreprise. On retrouve aussi un bonus pour « les meilleurs employés de l’année ». NA n’a jamais perçu de bonus. En revanche, les salaires sont revus chaque année.

Comment une entreprise peut faire pour se séparer d’un salarié ? Soit pour faute grave, soit en mettant une pression encore plus forte, poussant le salarié à démissionner.


La cantine de l’entreprise

Na a finalement choisi de démissionner car elle ne se voyait plus évoluer dans son travail.
A la question « et si c’était à refaire ? », elle répond « oui » sans hésiter.

Les différences culturelles dans le monde de l’entreprise ne sont finalement pas très éloignées de la culture vietnamienne : ne pas se plaindre, être toujours satisfait de son sort, absence de cloisonnement entre vie privée et vie professionnelle…

Pour un occidental qui voudrait travailler au Vietnam, ca risque d’être plus difficile ! Il vaut mieux être le patron qu’un employé !

Les rédemptionnistes à Hué

Quand on voit ces photos prises du ciel, on ne peut qu’être fier d’avoir un tel chef d’œuvre à Hué ! C’est une église de style asiatique et occidentale sans équivalent au Vietnam..

On doit cette église à l’architecte Nguyen My Loc, diplômé de l’école des Beaux Arts d’Indochine qui est ensuite allé en France pour obtenir son diplôme dplg. De retour au Vietnam, il travaille à priori dans le sud Vietnam mais on ne connait pas bien ses oeuvres. Il enseignera ensuite à Saigon puis, après 1975, quittera le Viêtnam pour la France.

Nguyen My Loc a le mérite d’avoir créer un projet imprégné d’identité nationale. A ma connaissance, seules l’église de Phat Diem (Père Six comme architecte) et l’église Cua Bac à Hanoi (architecte Ernest Hebrard) sont comparables dans leur originalité.

La construction a démarré en mars 1959 et l’église a été consacrée en avril 1962. La maitrise d’œuvre a été assurée par les rédemptionnistes eux même, grâce au frère Bui Van Khac, autodidacte, aidé de 150 ouvriers.
La hauteur de l’ouvrage est de 53 mètres avec un triple clocher octogonal dont la structure métallique a été fourni par la société Eiffel.
La nef est longue de 70 mètres, large de 37 mètres et haute de 32m à l’intérieur. L’édifice fait de béton et de granit offre une nef élancée sans colonne, qui offre une luminosité exceptionnelle. L’ouverture sur l’extérieur de la nef renforce l’impression d’une église ouverte à tous.
4 cloches sont activées par un système « electro magnétique », avec un angelus, le tout ayant été réalisé par la célèbre fonderie Paccard à Annecy. A l’origine, il existait aussi un carillon qui sonnait tous les jours à midi. L’horloge extérieure est Suisse mais hélas ne fonctionne plus.

Si la décoration intérieure est sobre, on remarquera quand même un autel long de 3.6m fait d’un seul tenant avec du marbre de Danang. La sacristie est vaste et ferait rêver plus d’un prêtre en France ! A l’intérieur, on y retrouve un reliquaire contenant les restes de Saint Joseph Le Dang Thi, un soldat au service du roi Tu Duc et qui fut victime de la persécution en 1860. Il a été canonisé en 1988 par Jean Paul II.

La période de 1955 à 1963 correspond à l’âge d’or du catholicisme au Vietnam car c’est l’époque de la présidence de Ngo Dinh Diem, catholique convaincu et originaire de Hué. Son frère, Ngo Dinh Thuc est d’ailleurs archevêque à Hué et lancera la construction de la cathédrale Phu Cam en 1963. Elle est située à quelques centaines de mètres de l’église des rédemptionnistes.

En 1968, lors de l’offensive du Têt, l’église n’a pas souffert sauf les vitraux. Depuis, l’église n’a pas subi de réparations majeures. Les tuiles qui brillent sur la photo ont été changées en 2013.

Bref historique de la congrégation à Hué

Il est intéressant de se replonger dans l’histoire même des rédemptionnistes, dont l’implantation au Vietnam a démarré à Hué en 1925. Les rédemptionnistes sont un ordre d’origine italienne. La branche vietnamienne provient de la province canadienne mais francophone de Sainte Anne de Beaupré, établie la bas en 1911.

L’objectif de Rome était d’accélérer l’édification d’un clergé vietnamien autonome et indépendant du colonisateur français. Hué, capitale royale, a donc été préférée à Hanoi, comme le sera plus tard la résidence du délégué apostolique du Vatican.

Ce sont donc 3 missionnaires canadiens qui débarquent en 1925. Ils sont bien accueillis par Mgr Allys, l’évêque français, mais ils doivent partir de zéro et sans soutien financier local car l’Annam est pauvre. Le choix d’implantation se porte sur un terrain à Hué même, non loin du palais-hors-citadelle que s’est fait construite l’empereur Khai Dinh (palais An dinh). A cette époque, ce coté ci de la ville n’est que rizières, dont le riz parfumé est réservé à la cour royale.

Quelques temps après, c’est un noviciat puis un juvénat qui sont construits pour accueillir les futurs recrus.

L’important pour les rédemptionnistes est de se mêler à la population locale. Ainsi, en 1929, est créé l’Accueil, bâtiment qui existe toujours sur le coté de l’église. Ce lieu servira de salle polyvalente, propre à organiser des pièces de théâtres, des conférences, des rencontres avec les habitants mais aussi avec l’élite locale, famille royale et haut mandarins. Attenante à la grande salle se trouvait une bibliothèque ouverte à tous et disposant d’ouvrages variés en différentes langues. L’Accueil était autrefois le seul centre culturel de l’ancienne capitale de Hué.

Les Pères enseignent aussi l’anglais, pas si courant à cette époque. Un foyer est créé pour servir de pensionnat pour les lycéens habitants en dehors de la ville. Ce sont aussi les rédemptionnistes qui vont introduire le scoutisme au Vietnam avec la création en 1931 des premières troupes multiconfessionnelles à Hué.

(AP Photo/Horst Faas)

Survol de l’église en 1962, photo internet (AP Photo/Horst Faas)

Les rédemptionnistes sont aussi très proches du centre marial de Lavang, à 50km au nord de Hué. C’est un peu le Lourdes du centre Viêtnam. Les pèlerins peuvent loger chez les Pères, ce qui est toujours le cas aujourd’hui.

Toutes ces actions créent des mouvements de sympathies en leur faveur et augmentent les conversions et ordinations. Il est clair que l’indépendance des rédemptionnistes par rapport au pouvoir colonial plait à un grand nombre.


On distingue bien sur cette photo les bâtiments de l’Acceuil à gauche. En haut à droite de la photo, la maison coloniale existe toujours, c’est devenu un commissariat de police (photo internet)

Cette indépendance leur servira de plus en plus au fur et à mesure des événements qui vont émailler le Vietnam dans les années qui suivirent. Le coup de force des japonais le 9 mars 1945 épargnera les Pères rédemptionnistes même s’ils sont consignés à demeure. Un peu plus tard, le Vietminh les laissera aussi à peu prêt tranquille. Les Pères en profitent pour accueillir dans leur église des centaines de refugiés. Les plus connus seront la reine Nam Phuong et ses enfants qui resteront la quelques jours avant d’être exfiltrés par les français. Ce sera peut être le dernier symbole de séduction des élites vietnamiennes locales car l’abdication de l’empereur Bao Dai quelques mois plus tôt a mis à mal toutes les démarches en leurs faveurs.


Le reliquaire de Saint Joseph Le Dang Thi

Le changement d’époque et d’environnement ne figent pas les Pères de Hué qui regardent sur le long terme. Et chose étonnante, ils vont se lancer dans une exploitation forestière en défrichant une grande étendue vers le col des nuages. Le bois servira à réparer la ligne de chemin de fer endommagée durant la guerre. Ensuite, sur les parcelles défrichées, ils planteront des arbres fruitiers. L’âge d’or de cette plantation sera en 1951/1952.

Apres 1945, les rédemptoristes vietnamiens prennent progressivement la relève et les pères canadiens doivent les préparer à l’autonomie.

Dans les faits, la guerre d’Indochine se durcit de plus en plus.. le juvénat de Hanoi fusionne avec celui de Hué puis se déportera vers le cap saint jacques / Vung Tau en 1956.

La nouvelle église de Hué se construit ensuite. En 1964, la province rédemptionnistes du Vietnam est inaugurée, signifiant une indépendance par rapport à la maison du canada. D’autres missions sont créés à cette époque, notamment sur les haut plateaux.

Jusqu’en 1965, les rédemptionnistes pratiquaient la flagellation, y compris à Hué! Vatican 2 a eu raison de cette pratique..

Lors de l’offensive du Têt en 1967, les réceptionnistes accueillent à nouveaux des refugiés dans l’église. Ils seront plus de 7000 pendant 1 mois.

En 1975, les missionnaires canadiens sont expulsés. Les installations non liées directement à la congrégation sont saisies. L’ancien juvénat est devenu un orphelinat puis un jardin d’enfants, suivant ainsi les possibilités offertes par l’état aux congrégations. L’Accueil été réquisitionnée pour devenir la Maison culturelle de la jeunesse de la ville de Hue (87 Nguyen Hue).


la sacristie (photo prise en 2012 avec l’autorisation du Père Phuc)

En 2020, on peut lire sur le site des rédemptionnistes que le Vietnam compte 26 communautés avec 360 confrères, 239 prêtres, 7 diacres de transition, 94 étudiants profès, 20 frères, 12 novices, 35 postulants et 80 aspirants.

Principale source sur l’histoire de la congrégation au Vietnam:
Thèse de ÉRIC VINCENT, LA MISSION DES RÉDEMPTORISTES CANADIENS-FRANÇAIS AU VIETNAM ENTRE 1925 ET 1975, 143 pages
https://archipel.uqam.ca/4501/1/M12348.pdf

Sur l’architecture (en vietnamien):
‘https://www.tapchikientruc.com.vn/chuyen-muc/kien-truc-nha-tho-dong-chua-cuu-the-thanh-pho-hue.html

Vues aériennes extraites de la video PK Media sur youtube:
‘https://www.youtube.com/watch?v=4Go4xxKsBdY