Catégorie «Indochine»

Tour du monde en 1930, en passant par l’Indochine..

« À pied autour du monde (trois ans de camping) » est le récit d’un tour du monde effectué avec les moyens du bord par un jeune couple à la fin des années 20. À cette époque, on est loin du tourisme de masse et l’Aventure se lit avec un grand A dans chacune des pages du récit. Lui, Roger, est un architecte tout juste diplômé, elle, Jo, est une jeune femme qui n’a peur de rien. Ils quittent la France en mai 1929. Observer le monde à leur rythme semble être leur seul objectif.


Jo et Roger en camping (photo tiré du livre)…

Ils voyagent en culottes courtes avec des sacs à dos assez grands pour y loger une tente. À cette époque, tout est lourd et peu pratique. Au bout de quelques semaines, ils ont le teint hâlé et sont méconnaissables. Les populations locales n’ont jamais vu des Occidentaux autrement qu’en tenue impeccable, entourés de nombreux serviteurs et chargés de lourdes malles. Ils passent au mieux pour des illuminés, au pire pour des pauvres.

Les difficultés sont évidemment nombreuses. Les conditions climatiques, bien sûr, les maladies (fièvre, dysenterie, paludisme..), la communication avec les locaux (ils ne connaissent que quelques mots d’anglais..), les bêtes sauvages… Les passages de frontières, le contrôle incessant de la police et des autorités seront une contrariété permanente pour eux. Mais on découvre aussi beaucoup de choses dont on n’a pas idée aujourd’hui. Trouver de la nourriture et surtout de l’eau potable sur la route reste un défi quotidien en raison du peu d’habitants dans les régions traversées.

Au départ, Roger prévoit de travailler comme architecte de temps en temps pour subvenir à leurs besoins. Mais il n’arrivera à le faire que dans de rares endroits. Heureusement, ses talents de dessinateur lui permettent de vendre de nombreuses aquarelles et gouaches sur le parcours.

En route, ils comprennent rapidement que les conseils et mises en garde sont empreints de préjugés, d’ignorance et de méfiance envers tout ce qui est différent. Alors ils font fi des conseils et suivent leurs instincts. Pour le meilleur et parfois au risque de leur vie. Une nuit, ils échappent miraculeusement à l’attaque d’une panthère en Inde, alors qu’ils dorment sous la tente en pleine forêt. Il y a beaucoup d’inconscience dans leur récit, mais ils sont jeunes, intrépides et.. chanceux!

Les moyens de transport sont des plus éclectiques. Ils marchent avec un âne en Asie centrale, ils roulent à vélo un peu partout (avec parfois une dizaine de crevaisons par jour..), prennent des moyens plus « modernes » (bateau, train,..) quand ils n’ont pas d’autres choix. En Chine, Jo étant malade, ils prennent un pousse-pousse : « 40 kilomètres en cinq heures au pas de course. Cela nous a semblé extraordinaire et inhumain, aussi, à mi-chemin, avons-nous voulu changer nos « coolies »; mais ils ont tenu à faire la course complète et couraient encore d’un alerte pas en arrivant à Pékin. C’était pour eux une véritable aubaine. »


La carte de l’itinéraire (photo tiré du livre)

Ils dorment en pleine nature ou parfois dans des endroits insolites comme en haut du Colisée à Rome. En Inde, ils sont invités à dormir chez un maharaja. Non, ils préfèrent dormir à la belle étoile..

Ils sont presque toujours à court d’argent. Heureusement, parfois on les aide, on les accueille localement. Ils rencontrent des compatriotes un peu partout, mais l’accueil n’est pas toujours chaleureux. Un jour, au Japon, un Français les invite à déjeuner mais prend soin de ne pas leur montrer ses enfants. Interrogé, il répond : « Votre tenue… votre apparence, vos paroles… Je préfère que mes enfants ne vous voient pas. Ils ont de l’imagination… beaucoup. Les enfants ne doivent pas voir les aventuriers… Ce sont mes enfants, je les protège des désirs impossibles que peuvent avoir leurs jeunes imaginations dont j’ai la charge. »

Les pays préférés sont la Grèce, l’ancienne Perse (Iran), l’Inde (notamment Chandernagor) et la Chine, surtout Pékin, ville où la jeune femme « aurait aimé vivre éternellement ». Ils sont aussi subjugués par le Japon, dont la tradition et la modernité occidentale cohabitent d’une manière fascinante.

Et le pays le moins aimé, c’est l’Indochine !

Leur voyage en Indochine avait pourtant bien commencé avec la découverte des ruines d’Angkor. C’est « le plus bel ensemble architectural » du périple, écrit l’auteur. Ils sont arrivés du Siam (Thaïlande) à vélo mais la chaleur est extrême et ils sont toujours en manque d’eau. Ils sont accueillis par un sympathique garde forestier français qui les met en garde contre les tigres, les éléphants et les… fourmis rouges. Ils auront effectivement des sueurs froides en voyant passer furtivement des tigres devant eux..

Mais le contact avec les populations leur déplaît car on les harcèle de questions. « Nous ne répondons pas, car ici, nous ne nous sentons pas en sympathie et nous ne pouvons exprimer librement nos impressions. ». L’arrivée à Saïgon n’est pas meilleure : « Saïgon, la ville tant vantée, m’est déjà odieuse avec ses curieux, sa foule prétentieuse et inhospitalière. La ville ne nous tente pas. Nous partons, après quelques réparations légères à nos bicyclettes ».

Jo s’explique : « Aux Indes, nous avions l’immense avantage d’être français, et nous étions reçus à bras ouverts par les Hindous qui n’aiment pas les Anglais. Ici, les Français subissent la crise, beaucoup sont sans travail et nous voient arriver d’un mauvais œil. Nous les excusons. Le climat est si malsain et si propice aux maladies de foie qui influent sur le caractère ! Les indigènes, qui ont souvent à se plaindre de l’Administration, sont méfiants et c’est avec peine que nous arrivons à les mettre en confiance. Cela nous est très pénible »

Pour bien comprendre les choses, il faut préciser l’ambiance qui règne en Indochine à cette époque, en 1931. Depuis plusieurs mois, des soulèvements paysans et nationalistes ont eu lieu, dans le nord de l’Annam et à Yên Bái. La crise de 29 a amplifié la misère des habitants. Face à cela, l’administration coloniale multiplie la répression, les grands procès et les exécutions publiques. Le pays est dans un régime de terreur, la peur des communistes est omniprésente chez les autorités. « Nulle part, sauf en Turquie, nous n’avons été plus tourmentés par la police qu’en Indochine ».


En famille, bien après le retour en France..(photo tiré du livre)

Ils continuent leur route vers Djiring, Dalat, Nha Trang, longent la côte et suivent « la route mandarine ». Ils souffrent terriblement de la chaleur. Ils admirent le charme des ruelles de Faifo (Hoi An) « curieuse petite ville presque morte ». À Tourane (Danang), ils visitent le musée Cham à l’invitation d’un riche Annamite. « Le soir nous dînons chez lui, à l’annamite, avec des baguettes d’ivoire. Les hommes sont vêtus de costumes de toile blanche et la seule femme, sa tante, a revêtu une tunique de soie en notre honneur. On nous sert quatre poissons différents, des légumes, du poulet, du porc, avec l’indispensable sauce au « nuoc man ». Nous buvons du « Pernod ». C’est très curieux ce mélange de plats du pays et de boissons européennes. Nous allons au théâtre annamite. Foule dense. Les spectateurs sont presque tous debout et font un bruit infernal. Notre ami paraît très jeune. Priés par lui de deviner son age, nous disons entre vingt-cinq et trente ans. Il en a près de quarante. Il nous prévient alors aimablement qu’un Annamite est beaucoup plus flatté de paraître plus âgé, car la vieillesse confère une certaine autorité et inspire le respect. Il travaille dans une grande banque française avec des appointements dérisoires, mais il est très fier d’être bureaucrate. C’est une profession plus distinguée que le commerce, abandonné aux Chinois. Nous montrant une décoration, collier d’or semé de pierres précieuses, il nous dit être apparenté à la famille royale et fonder de grands espoirs sur la jeune dynastie. ». L’empereur Bao Dai est encore en France à cette époque et ne reviendra qu’en 1932.

Ils passent ensuite le col des Nuages et découvrent des panoramas merveilleux. Mais ils n’en peuvent plus de la chaleur et prennent le train vers Huê, la ville « des fonctionnaires royaux ». « Tout demeure plongé dans une grande torpeur; et cette transpiration continuelle et énervante nous fatigue beaucoup. Nos cheveux sont toujours mouillés et les miens deviennent plats; notre teint est terreux, nos yeux très cernés ».

Amis lecteurs, vous voyez combien la vie est dure à Huê !

Ils continuent leur route à vélo vers le nord. La chaleur, le manque d’ombrage et une panne matérielle les forcent à prendre à nouveau le train. Le règlement interdit aux Français de voyager en 4e classe, réservée au peuple. Ils trouvent un stratagème pour se faire passer pour des Anglais et accéder à la plate-forme. Ils voyagent avec les femmes qui vont vendre leurs produits au marché. Soudain, une odeur de brûlé ! C’est un morceau de charbon ardent qui vient d’atterrir sur la toile de tente.. « Qu’aurions-nous fait, si notre tente eût été complètement détruite ? C’est notre maison, notre seul abri ».

Ils réparent leurs vélos, la tente et continuent ensuite vers le nord. « Montagnes nues, rivière plate aux bords sans végétation. Misérables habitations où il n’y a même pas de quoi manger. Les gens paraissent pauvres et sales. Sur une cinquantaine de kilomètres, c’est un défilé ininterrompu d’indigènes; Hommes et femmes, l’épaule chargée d’un bambou, à chaque extrémité duquel pend un panier rond en osier tressé, rempli de patates. Ils sont pieds nus, pauvrement vêtus, presque en haillons, certains portent de comiques manteaux de pluie en feuilles sèches. La réputation des Européens, ici, doit être terrible, si nous en jugeons par tous ces gens qui détalent à toutes jambes, du plus loin qu’ils nous aperçoivent, lâchant leurs paniers sur la route pour courir plus vite à travers champs. Cela nous est très pénible de leur causer tant de frayeur. Nous ne sommes pourtant pas armés, et nous nous efforçons toujours de nous montrer bienveillants et de gagner leur confiance, mais ce n’est pas facile.

Petit tour à Hanoï mais la ville semble les laisser indifférents. Ils gagnent Haïphong, vendent leurs vélos et rejoignent Hong Kong en bateau. « Je suis très heureuse de quitter l’Indochine. Nous avons trop souffert de la chaleur et je pense que je n’y retournerais pas avec plaisir. Le paysage était parfois très pittoresque, mais nous ne pouvions en jouir pleinement, attristés que nous étions par la mentalité de la plupart des colons et des indigènes. »

Voilà donc la Chine ! Ils sont enchantés de trouver un monde totalement différent, où tout n’est que surprises. Ils s’y font de bons amis, passent en bateau de port en port jusqu’à leur ville préférée, Pékin. À défaut d’exercer comme architecte, Roger peint beaucoup et vend bien. Après quelques mois, ils passent en Corée, colonie japonaise à cette époque.

Ils passent ensuite au japon ou le même étonnement est de mise : des villes modernes, le charme des femmes vêtues de kimonos, une politesse raffinée… mais c’est dur de pédaler dans un tel pays, rien n’est plat ! Ils dorment dans des temples.

Il s’agit maintenant de traverser le pacifique pour se rendre aux USA. Mais en pleine crise de 29, la pays s’est ferme aux étrangers. Cela semble plus facile d’y aller par le canada. Ce qu’ils font. Le passage vers les USA est leur plus mauvais souvenirs. Interrogatoires serres, attestation de ressources (ils tricheront vu qu’ils n’ont aucun argent), rien n’est épargné aux candidats.

« Ce drame de la civilisation a duré une demi-journée. Il nous faut signer des feuilles dont nous ne comprenons pas bien le contenu; mais nous savons que nous nous engageons à ne pas travailler aux U S., à ne pas y faire de politique, à ne pas boire d’alcool, etc. Qu’importe! Nous signerions tout ce qu’on voudrait »

Apres Seattle, ils passent par Los Angeles, vont jusqu’à la frontière mexicaine. Mais on les refoule. Ils continuent alors vers le Texas, la Louisiane, la Floride.. 6000km à vélo ! Ils apprennent a dire « OK » avec l’accent.. Pour vivre, Roger sera parfois figurant pour le cinéma et continuera a vendre ses dessins. Les journaux locaux parlent de temps en temps d’eux. Ils découvrent les boites de conserves, les villes sans trottoirs, les incendies de forets.. Ils arrivent à New York à vélo ! Mais la ville et ses gratte-ciels ne les émeut guère.


Une aquarelle de Roger Tourte, vue de la cité interdite de Pékin (source internet)

L’ambiance n’est pas a la joie avec la crise qui sévit durement : « Nous avons vu les boutiques non louées; les marchandises soldées à bas prix; les gens qui possèdent des tableaux, des œuvres d’art, vendent aux antiquaires, pour quelques dollars, ce qu’ils ont acheté à prix d’or. Des gens font la queue toute la matinée, afin d’obtenir un quignon de pain; des femmes de l’Armée du Salut se tiennent à chaque coin de rue, agitent une clochette et réclament aux passants une obole pour les soupes populaires »

Le voyage est fini, ils rentrent en France en bateau. Jo conclut son récit : « Il y a trois ans que nous avons quitté la France; trois ans que nous sommes partis pour tenter cette grande aventure, et, malgré les embûches, les fatigues, la chaleur, les maladies, les tigres et les requins, nous rentrons avec autant d’espoir, avec le même enthousiasme que lorsque nous quittions Paris. »

À la lecture du récit, on aimerait bien avoir plus de détails. Résumer un tour du monde de trois ans en 254 pages, c’est court ! Jo parle peu de son mari, des villes qu’ils traversent et, sauf exception, des rencontres qu’ils ont. Le livre a été édité en 1934.

Après leur retour, ils ont décidé de continuer leurs aventures avec des voyages en Europe, et la traversée de l’Afrique jusqu’au cap de Bonne-Espérance, avec un petit garçon né pendant leur séjour en Égypte. Leurs aventures successives ont alimenté bien des rêves, et pas seulement chez les scouts.

Documents:
– le livre, « À_pied_autour_du_monde, 3 ans de camping », Jo Tourte, édition 1947, sur Gallica

Vente du « 13 avenue Lamballe à Paris », l’hôtel particulier de Bao Dai

C’est l’hôtel particulier où a séjourné le jeune Bao Dai quand il est venu en France.


Une belle adresse à Paris, avec vue partielle sur la Tour Eiffel

Un peu d’histoire est nécessaire pour se rafraichir la mémoire..

L’empereur Khai Dinh souhaite que son fils unique, l’héritier naturel de la couronne, reçoive une éducation moderne dans le pays du colonisateur, la France. L’exposition coloniale de Marseille en 1922 sera l’occasion pour l’empereur d’aller en France et d’accompagner son fils sur les lieux de sa future villégiature. Le jeune prince héritier a alors 9 ans. Il est confié aux soins de l’ancien résident supérieur de Hué et sa femme, les Charles, qui habitent à Paris. Ce sont eux qui veilleront sur le jeune prince et lui donneront une éducation familiale bien française, faite de sports, de réceptions amicales et de distractions culturelles. Le jeune Vinh Thuy suit les cours de la très mondaine école Hattemer. L’après midi, à domicile, on lui apprend aussi les caractères chinois et l’histoire de son pays.

En 1925, l’empereur Khai Dinh décède, probablement de la tuberculose. Il venait juste de célébrer en grande pompe ses 40 ans ! Avec les Charles, le Prince héritier regagne Hué en bateau. Il est alors intronisé Empereur d’Annam, sous le nom de Bao Dai (« protection de la grandeur ») le 8 janvier 1926. Il a 13 ans. Suivant les vœux de son défunt père, il regagne la France pour poursuivre ses études. Un régent est nommé pour gérer l’Annam avec les français.


Photo tirée de l’article du 19 juillet 1939 paru dans le magazine Vu (source gallica)


Dans le même article, une photo attachante de Bao Dai et de ses 2 premiers enfants

A son retour en France, il est convenu que le jeune empereur réside assez rapidement dans ses propres appartements. Un hôtel particulier est construit en 1928 pour lui. C’est la fameuse adresse du 13 avenue Lamballe qui nous intéresse dans cet article. A ce moment là, il est étudiant et fréquente l’école des Sciences Politiques.

Dans cette grande demeure Il loge avec son fidèle cousin, Vinh Can. On peut imaginer une importante domesticité.

Il y restera 3 ans. C’est une adolescence heureuse. Il est devenu un vrai parisien. Il pratique le golf, le ski, l’équitation. Quelques photos de lui le montre en vrai dandy. Mais sa grande passion, ce sont les voitures ! Il a à peine 16 ans qu’on lui offre une torpedo Delayahe avec chauffeur. Il découvrira la France avec d’autres bolides et il ne résiste pas longtemps à les conduire lui-même. Cannes et Deauville sont ses destinations préférées.

Peinture de « l’arrivée de Pierre Poivre en Annam »

Mais ce qui m’intéresse le plus dans cet hôtel particulier, c’est la peinture murale qui trône le long du magnifique escalier. Il s’agit d’une œuvre du peintre Charles de Fouqueray. Peintre de la marine, il obtient aussi le prix de l’Indochine en 1914. Apres la guerre, il part donc la bas et exécutera de nombreuses toiles et aquarelles. Et en 1929, il reçoit une commande pour ce fameux hôtel particulier de Bao Dai.


Photo prise par Christie’s, avec vue partielle sur le tableau

Le thème retenu est l’arrivée de Pierre Poivre à Tourane en 1749. Le célèbre naturaliste est envoyé là bas par la Compagnie des Indes pour y créer un comptoir commercial. Il rencontrera à plusieurs reprises le Seigneur Nguyen qui règne sur le sud Vietnam et obtiendra de lui de vagues promesses. Mais la cupidité des mandarins et la déliquescence du royaume oblige Pierre Poivre a revenir presque bredouille (et furieux d’avoir été aussi mal reçu). Il vendra quand meme à bon prix les marchandises récupérées là bas. Cette histoire est très bien documentée par Pierre Poivre lui-même.


Vitrail art-déco da la cage d’escalier (photo Christie’s)

Jusqu’ ici, sur internet ou dans les ventes aux enchères, on n’avait que les projets préparatoires du tableau. Les photos de Sotheby’s permettent enfin d’avoir sous les yeux le vrai tableau, riche en couleurs et joliment mis en scène. C’est, à ma connaissance, la seule toile de grand format représentant une scène historique se déroulant en Annam.

Retour de Bao Dai à Hué

L’empereur, 10 ans déjà en France, doit revenir assumer son règne ! Les français et la cour
d’Annam s’impatientent. Pas facile de s’extraire d’une vie de rêve pour revenir dans les palais humides et sans confort de Hué ! Les français mettent tout en œuvre pour l’inciter à revenir : embellissement de son palais, préparation des populations locales pour un accueil chaleureux, moyens de transports fastueux .. Il finit par accepter son départ mais négocie déjà son retour périodique en métropole. Il fêtera ses 20 ans à son arrivée à Hué.

L’hôtel particulier à partir des années 30

En 1939, c’est en famille que Bao Dai revient à Paris. Car entre temps, il s’est marié avec la très belle Nam Phuong. A cette date, ils ont 3 enfants, dont Bao Long, le prince héritier, âgé de seulement 3 ans. Un article de presse dans la prestigieuse revue VU, sorte de Paris Match de l’époque, relate ce passage à Paris. Mais lors de cette venue en France, le couple rejoint aussi leur nouvelle acquisition, le fameux Château Thorenc à Cannes. Cette immense domaine sera privilégié par les photographes.


Projet de la peinture par Fouqueray, en aquarelle (source internet)

L’hôtel de l’avenue de Lamballe sera utilisé par le couple au moins jusqu’en 1955, date à laquelle Bao Dai n’aura plus de rôle politique au Vietnam. A priori, c’était l’Annam qui était propriétaire du bâtiment. Bao Dai l’a t il reçu en cadeau de la France? A t il vécu ici jusqu’à son décès en 1997, comme semble l’indiquer la plaque apposée sur la maison? je n’en sais rien.

Ce qui est certain, c’est que cet hôtel a été vendu plusieurs fois. Et la présente vente est faite par Sotheby’s pour le compte de l’Etat Français et plus précisément par l’Agrasc,
l’Agence de Gestion et Recouvrement des Avoirs Saisis et Confisqués. Le dernier occupant fut un « vice-président étranger, définitivement condamné du chef de blanchiment de détournement de fonds publics de son pays. ». Le bien, mis a prix 8,9 millions d’euros, ne semble pas trouver preneur facilement puisqu’il est en vente depuis de nombreux mois.


Plaque apposée sur l’immeuble (source wikipedia)

En dehors de la fresque historique, il semble que l’intérieur n’ait plus grande chose à voir avec l’état d’origine, décoré à l’époque de l’art-déco, avec Jules Leleu notamment comme décorateur.

J’ai cherché à obtenir de Sotheby’s des photos plus précises du tableau, mais ils n’ont pas daigné répondre. Dommage.

Renaissance de la «maison aux 10.000 piastres»!

Le quartier de la cathédrale Phu Cam réserve encore quelques belles surprises pour ceux qui aiment les maisons d’autrefois. Si l’ancienne église existait depuis 1902, les maisons qui existent encore sont plus récentes. Elles sont notamment liées à la famille Ngo, grande famille de Hué dont quelques noms ont emmaillé l’histoire du Vietnam (Ngo Dinh Kha, Ngo Dinh Diem..).


Inauguration de l’ouverture de la maison-musée en aout 2025

La rue Ham Nghi, autrefois simple chemin sans nom, s’est enrichie à partir des années 20 de jolies maisons en brique et à étages. De nos jours, il reste encore la très belle maison de Mgr Van Thuan (ruelle 53), celle d’une école (numéro 61), la petite maison au centre du domaine de Cocodo (53). De l’autre coté de la cathédrale, sur le même axe, on trouve l’ancienne maison du Vatican (1). A ma connaissance, toutes les maisons étaient occupées par des vietnamiens (sauf le représentant du Vatican !).

La maison qui nous occupe aujourd’hui est celle du 49 rue Ham Nghi. D’après des sources locales, on l’appelait autrefois la « maison aux 10.000 piastres », car elle avait été construite grâce à un gain issu de la loterie indochinoise ! Les heureuses gagnantes, deux sœurs, l’ont occupée, semble t il, pendant longtemps.


Etat de la maison avant sa restauration

La loterie indochinoise a été lancée pour la première fois en 1935. A l’époque, à la suite de la crise de 29, les caisses de la colonie étaient au plus bas, et certains trouvaient l’idée d’une loterie comme le moyen le plus indolore pour la population de récolter des fonds. Bien sur, cela n’a pas été simple, certains redoutant que la population se détourne « du travail, de l’effort, de l’épargne » pour s’adonner à ce nouveau jeu.. Finalement, la 1ere loterie a vu le jour en février 1935 et concerna les 5 pays de l’Indochine. Pour éviter les critiques, le gouvernement décida d’affecter les recettes « aux dépenses d’assistance sociale ».. Le ticket valait une piastre (10 euros d’aujourd’hui) et le premier prix 100.000 piastres. La loterie fut rapidement mensuelle et eu un immense succès, notamment parce que les vietnamiens sont très joueurs. Elle fut interrompue en 1945 suite à l’occupation japonaise.


Publicité pour la loterie indochinoise à Haiphong (?) (source internet)


Billet de loterie (source internet)

La maison du 49 Ham Nghi fut donc construite probablement à la fin des années 30. Je ne connais pas la suite directe de l’histoire de cette maison, mais au final c’est la ville de Hué qui s’en est retrouvée propriétaire. A mon arrivée en 2011, elle était occupée par une entreprise privée et la demeure n’a pas cessé de se dégrader. Finalement la ville a récupéré le lieu et l’a mise aux enchères pour une location de longue durée.
Cécile Le Pham, franco vietnamienne, propriétaire de la résidence hôtelière située juste à coté, est donc la nouvelle occupante des lieux. Elle a magnifiquement restauré cette maison qui va servir à accueillir sa collection d’art (musée Cecile Le Pham).

A l’interieur, les plafonds sont hauts, les pieces ont toute une petite cheminée (eh oui, il fait frais en hiver ici aussi..). L’escalier en bois noir est très beau. Il a fallu refaire certains planchers qui menaçaient ruines.


Carreaux de ciment


L’escalier


L’une des cheminées

Tout autour, il est prévu d’aménager les espaces et d’ouvrir un café voire des boutiques, en liaison avec Cocodo.

Accessoirement, le lieu a servi et servira surement dans le futur de lieu de tournage de films..

On ne peut que se réjouir d’une telle renaissance !

(1) Voir mon article paru en 2018, https://blogparishue.fr/maisons-historiques-dans-le-quartier-phu-cam-a-hue/

Renaissance de la stèle du Transindochinois de 1936 !

Ce n’est pas tous les jours qu’une stèle mise en place par les français retrouve sa place ! Il fallait avoir les yeux bien ouverts pour découvrir cette information parue fin juillet 2025 dans la presse vietnamienne.


La nouvelle stèle (source internet)

La stèle d’origine a été érigée fin 1936 pour célébrer la jonction entre la voie ferrée de Hanoi, au Nord, et celle de Saigon, au Sud. Entre les 2 villes, un ruban d’acier de 1728 km. Si on ajoute la ligne pour aller au Yunnan en Chine et celle entre Saigon et Mytho, c’était plus de 2567 km de chemins de fer. La stèle est installée à coté de la gare Hao Son au kilomètre 1221, à environ 25km au sud de Tuy Hoa (1)

On doit cette ligne à Paul Doumer, gouverneur de l’Indochine entre 1897 et 1902. Le projet de chemin de fer avait émergé quelques années avant mais c’est grâce à sa ténacité, son aura que les credits pour ce chemin de fer ont pu être obtenus.


La stele d’origine (source internet- ebay)

C’est d’abord la Chine qui fit rêver les français. On espère faire passer par l’Indochine les marchandises de la Chine du sud et développer un courant d’échange impossible à mener par le Mékong ou le fleuve rouge. Vaste chimère.. Travail titanesque, la ligne du Yunnan est construite entre 1903 et 1909 et fait l’objet d’une concession à une société privée.

La ligne vers Saigon est imaginée plus classiquement pour développer les différents pays de l’Indochine, à une époque ou le transport routier n’existe pas encore. Il faut en effet imaginer qu’à l’époque, il n’existe que le transport maritime, le long de la « côte de fer » pleine de dangers, et la route Mandarine, simple voie accessible aux chevaux et chaises à porteurs, construite le plus souvent en suivant le relief, sans l’atténuer.


Dépliant promotionnel du temps de l’Indochine française (source ebay)

Pour cette dernière ligne, on préfère confier les études à l’administration et organiser des appels d’offres locaux pour la réalisation, tronçons par tronçons. La gestion de la ligne restera aux mains de l’administration. Tout l’équipement ferroviaire est importé.


Carte de réseau réalisé et projeté en 1922 (source = la vie industrielle, site belleindochine.free.fr)

La ligne Hanoi – Saigon suit plus ou moins le tracé de la route Mandarine, l’objectif étant de développer l’activité des ports le long de la côte et de bénéficier du flux de marchandises amenées par les fleuves transversaux. Il est prévu, par la suite, de prolonger la ligne vers le Laos, mais les projets de train ont été remplacés par des axes routiers, plus facile à mettre en place.


Cérémonie en présence de Bao Dai et du gouverneur Robin (source https://www.entreprises-coloniales.fr/inde-et-indochine.html)

Les travaux sont un défi technique. Les typhons, les crues extrêmement fortes, le paysage escarpé, les éperons rocheux vers la mer, la largeur des fleuves à traverser impliquent des chantiers colossaux. Sans compter l’insalubrité des lieux.. Sur le dernier tronçon, on compte 260 ouvrages d’art pour 100 kilomètres ! Parmi les plus impressionnants, on pense bien sur au Pont Doumer-Long Bien à Hanoi (1681m de longueur, achevé en 1902), et celui de Ham Rong, à Thanh Hoa, détruit en 1945. De nombreux bâtiments d’origine ont été détruits pendant la guerre, mais certaines gares d’autrefois existent toujours, comme la gare de Hué, de Haiphong, sans oublier bien sur la superbe gare de Dalat. La gare de Hanoi a été détruite en 1972.

La construction de la ligne se fait par étapes, et prendra plusieurs décennies ! C’est d’abord le tronçon Hanoi-Vinh en 1904, puis celui de Hué vers Tourane en 1906. Le manque de fonds, puis la 1er guerre mondiale ralentit la poursuite de la ligne. Vinh est finalement relié à Dong Ha en 1927. Le dernier tronçon, entre Tourane (Danang) et Nha Trang est entrepris à partir de 1931. Elle a longtemps été réclamée par les planteurs d’hévéas au sud qui espèrent ainsi obtenir des mouvements de population entre le nord, surpeuplé, et le sud, en besoin de main d’œuvre… L’œuvre initié par Paul Doumer est finalisée fin 1936.

La jonction fait l’objet de plusieurs commémorations en 1936. L’empereur Bao Dai et René Robin, le gouverneur de l’Indochine, président les cérémonies du mois d’octobre. Une importante délégation venue de Chine y participe. Les invités sont ensuite invités à découvrir le tunnel sous le cap Varela, un ouvrage exceptionnel de 1200 mètres.
De nombreuses fêtes se tiennent à Saigon par la suite.


Couverture du journal « le Populaire d’Indochine » du 3 octobre 1936 (source gallica)

Sur la stèle, on peut lire « Ici, le chemin de fer Transindochinois conçu par Paul Doumer pour sceller l’unité indochinoise fut achevé le 2 septembre 1936 par la jonction du rail venant de la frontière de la Chine avec le rail venant de Saigon ».

La nouvelle stèle est identique à la précédente, en français et en vietnamien. Paul Doumer fut un grand gouverneur et a initié de nombreux projets favorables à l’Indochine. La France a ainsi financé et construit les infrastructures essentielles du pays, dont certaines, comme le chemin de fer, sont toujours utilisées aujourd’hui. Au delà des grands travaux, il fut à l’origine de la première université de Hanoi, de l’école de médecine, de l’EFEO.. Mais il est aussi celui qui centralisa toutes les décisions et considéra le Tonkin et l’Annam comme des colonies plutôt que des protectorats, au mépris des traités..

La faiblesse de l’activité économique et l’essor de l’automobile rendra difficile l’équilibre financier du Transindochinois. Seules certaines portions de la ligne sont bénéficiaires. Il existe 4 classes tarifaires. On parie d’abord sur la clientèle aisée. Mais à partir des années 20, cette clientèle déserte progressivement le train pour la voiture. On compte ensuite sur le tourisme, mais il est bien maigre à cette époque. Au milieu des années 30, on finit par baisser fortement le prix de la 4eme classe, pour les gens du peuple (et interdit aux occidentaux). Cela fonctionne et conduit à une forte augmentation de la fréquentation. Les locaux utilisent en effet le train pour vendre leurs marchandises à la ville la plus proche.

Hélas la ligne complète du chemin de fer ne fonctionnera pas longtemps. L’occupation japonaise durant la seconde guerre mondiale va détourner une bonne partie du trafic à des fins militaires. A partir de 1944, les américains vont copieusement bombarder les infrastructures. A partir de 1946, le vietminh puis le Viêt-Cong provoquent de nombreuses attaques et embuscades contre les trains et les rails. Tous les ouvrages d’art finissent par être détruits et la ligne rendue inutilisable.


Le pont Ham Rong, près de Thanh Hoa, détruit en 1945 par le Viet Minh

Apres 1975, le train est remis en service, c’est le « train de la réunification », symbole d’un pays en renaissance. Il faudra plusieurs décennies pour reconstruire les ouvrages d’art. Il faudra attendre les années 90 pour retrouver un train digne de ce nom, avec des locomotives modernes (venues de Roumanie pour certaines) et des gares remises à neuf. Pour autant, rien n’a vraiment changé : le tracé est toujours le même, la voie est toujours étroite et unique, les passages à niveaux sont encore manuels en ville… La seule chose qui est disparu ces 20 dernières années, ce sont les vendeuses ambulantes sur les quais de gare. Elles n’ont plus le droit de cité.. l’ambiance s’en ressent. Coté vitesse, cela ne dépasse pas 50km/ heure et il faut 33 heures pour le train le plus rapide pour rallier Hanoi à Saigon, contre 40 heures autrefois.. De fait, l’avion a pris le relais et le pays compte aujourd’hui plus de 22 aéroports actifs!

A titre personnel, j’ai expérimenté un déraillement sans conséquence il y a quelques années, le long du col des nuages. Comme les incidents à cet endroit sont nombreux, un train de secours est positionné en permanence en bas du col, vers Danang. Il intervient donc sur la zone très rapidement avec, à son bord, le personnel et le matériel adéquat pour faire face à tout type de panne. Lors de l’incident, les passagers étaient autorisés à descendre le long de la voie, car la voie unique est sans danger. Moins d’une heure après le déraillement, nous étions repartis.. heureux pays !


Train de la réunification, date et lieu inconnus, source documentaire vietnamien

Mais tout cela pourrait changer dans les années qui viennent. Le Vietnam a décidé la construction d’une nouvelle ligne à grande vitesse. Sa construction devrait démarrer en 2026. Le tracé suivra toujours la cote, mais les arrêts se feront dans de nouvelles gares, à l’extérieur des villes. Cette ligne servira aussi pour le fret et sera construite par des entreprises vietnamiennes. L’objectif est de rallier les 2 capitales en moins de 6 heures avec des pointes à 350km / heure !

Le Vietnam lance ainsi son projet alors que la Chine a beaucoup misé sur le rail ces dernières années dans le cadre de la « route de la soie ». Un train rapide a été construit entre le Yunnan et Ventiane au Laos. Les chinois ambitionnent de prolonger ce train vers la Thaïlande jusqu’à Bangkok et peut être un jour vers Singapour.

De nos jours, le tourisme reste l’un des moyens de maintenir une certaine attractivité au train vietnamien. Des wagons sont privatisés pour offrir à la clientèle aisée un confort plus luxueux. C’est notamment le cas entre Saigon et Nha Trang ou entre Hanoi et Lao Cai.

Les nostalgiques pourront aussi bientôt retrouver un train à vapeur entre Hué et Danang !
Cela promet des photos magnifiques au col des nuages !


Train à vapeur en 1997! source= page fb spécialisée sur les trains au Viêtnam, https://www.facebook.com/NhaGaXep/

(1) : 12°54’23.19″N / 109°22’40.67″E

Hommage à Charles Carpeaux, mort d’épuisement pour l’art Khmer et Cham

On n’a pas idée aujourd’hui des conditions de vie en Indochine en 1900 ! C’est ce que révèlent les lettres adressées par Charles Carpeaux à sa mère.. Une aventure menée pour la bonne cause, à savoir des recherches d’objets Chams et Khmer pour le compte de l’EFEO…

Charles Carpeaux est le fils du sculpteur Jean Charles Carpeaux, dont le musée de Valenciennes célèbre encore le genie. Charles Carpeaux a 31 ans lorsqu’il part en Indochine. Jusque là, il travaillait au musée Indochinois du Trocadéro, à faire des moulages et à s’initier à la photographie. Avec ses lettres de recommandations, il se met au service de l’Ecole Française d’Extreme Orient, l’EFEO. Celle-ci vient d’étre créé par Paul Doumer, gouverneur de l’Indochine.

L’une des missions de l’école est de dégager, recenser et protéger les richesses archéologique d’Angkor et du Champa. Il y a tant à faire !

A peine arrivé, il part donc en mission à Angkor avec l’architecte Dufour.
Sur place, le choc est rude : températures extremes, des serpents partout, une végétation inextricable qui enserre les monuments. Quelques jours après, Ils sont déjà malades et expriment meme leurs dernières volontés, « au cas ou ». Les fourmis sont avides, les araignées grosses comme la main, les singes ne les quittent pas…


Charles Carpeaux à Angkor (source EFEO)

Il écrit ; « on est frappé de l’hostilité qui émane de ces ruines superbes. Il semble qu’elles veulent garder leur mystère, que les pierres défendent le secret des choses, et que la nature leur vient en aide en les couvrant d’un voile presque impénétrable »

Il y rencontre Pierre Loti, dont la publication quelques années plus tard du célébre récit « Un pèlerin d’Angkor », enchantera le monde.

Il passe 10 mois avec Dufour et une armée de coolies (ouvriers) pour dégager le Bayon, le temple le plus fascinant des sites d’Angkor. A l’issue, ils repartent avec 30 caisses et 18 charrettes. Charles rapporte 150 moulages et plus de 500 clichés, qui émerveillent les responsables de l’Efeo.

A peine arrivé à Saigon, il repart avec Henri Parmentier pour une nouvelle expédition en Annam qui durera 9 mois. Nous sommes au début de l’année 1902. Prés de Phan Thiet, ils rencontrent le missionnaire Eugene Durand, lui aussi érudit de l’art Cham. Mieux que ca, il leur fait rencontrer une veille reine Cham. Celle-ci est prête à leur révéler le trésor des chams, caché dans le pays sauvage. Une expédition est aussitôt organisée pour rejoindre le lieu. Sur la route, on se déplace en palanquin le long des villages fortifiés pour se protéger des tigres. Et avant de pouvoir accéder au trésor, on organise des sacrifices pour les manes des rois chams.
Le trésor est enfin déballé : une grande quantité de vases en or et en argent, des armes en tout genre, des objets de culte, des vêtements colorés.. On imagine l’etat d’exaltation à la découverte de ce trésor, aussitôt mis à l’abris.

L’expédition remonte la cote vers le nord. En palanquin, à pied ou à l’aide des petits chevaux annamites. On ne peut avancer que la journée, courte en Indochine. Les éléphants sont aussi dangereux que les tigres, à leur manière : ils démolissent les poteaux télégraphique en fer, les ponts et les champs de cannes à sucre. Les deux compères arrivent finalement à Tourane (Danang aujourd’hui) ou ils se reposent une semaine dans un vrai hotel, qui offre de la glace à ses clients, un vrai luxe ! C’est l’ancien hotel Gassier, devenu Morin, et dont la destinée ira bien vite à Hué…


Déplacement en palanquin

Ils arrivent finalement à Dong Duong. Ils ne le savent pas encore, mais leurs fouilles vont se révéler être d’une exceptionnelle richesse. Au depart, seule une tour apparait. Tout autour, des édicules, des tas de briques et de terres qu’il va falloir dégager.
Ils sont aidés par 200 coolies qui préféreraient démolir plutôt que déblayer.. Ils relèvent avec 50 coolies un grand stupa, une pierre énorme. Puis ils mettent à jour un immense piédestal, piece maitresse du musée actuel de Danang. Charles écrit ; « Il est décoré de centaines de petits personnages, et rempli, à plusieurs mètres d’épaisseur, de cendres, très vraisemblablement humaines. Y aurait-il là-dessous quelques rois chams’? »


Le piédestal lors de sa découverte et aujourd’hui, au musee de Danang. La tète de la cavalière sur l’éléphant n’est plus présente

Arrive la saison des pluies : « Il règne ici à cette époque une humidité inouïe. Mon vérascope s’en ressent; tout moisit; mon revolver est sous la rouille, les champignons poussent sur le cuir, le buvard est une éponge, etc. ». Les typhons se joignent à la partie : « la nuit dernière, sérieux typhon qui a tout démoli. Notre cagna [cabane] n’a plus de paillotte (toit), et nous avons barboté toute la nuit dans l’eau. L’écurie est tombée sur la tète des chevaux ».

Ils mettent à jour « un véritable dépôt de sculptures: deux éléphants dont un en place, nombreux fragments de statues, de nagas et aussi un autre grand piédestal. ». Ils travaillent 15 heures par jour, passant d’une découverte à une autre..


Le chantier de Dong Duong

Fin 1902, ils repartent à Hanoi avec 28 caisses et des milliers de clichés à développer..

En mars 1903, Charles Carpeaux repart en Annam avec Henri Parmentier. Cette fois ci, cap sur My Son.

Le site est grand et il faut construire une palissade de 4 mètres de hauteur tout autour pour se protéger des tigres. Il écrit : « La nuit dernière, alerte. Grand vacarme chez les chevaux; je me précipite dans un très simple appareil, mon fusil d’une main et un photophore de l’autre. Je trouve mon cheval sur le dos, les jambes en l’air, et le nez sur le bas-flanc. J’ai eu du coton pour le relever et pendant ce temps-là, les moustiques soupaient joyeusement à mes dépens. ».. Quelques jours après, il écrit : « Nous avons été attaqués à 10 heures du soir par des milliers de fourmis qui, fuyant les orages, voulaient s’installer chez nous. D’où bataille homérique : l’ennemi, après une héroïque défense, s’est retiré décimé par nos feux de salve au pétrole et à l’eau bouillante ».


Cette forme à quatre bras du fils de Shiva et Parvati, à tête d’éléphant, est l’une des sculptures cham les plus sophistiquées. VII siècle. Musée de Danang. Le piédestal est resté sur place


Comparatif entre la sculpture lors de sa découverte et aujourd’hui, au musée de Danang…

Il faut dégager la zone de recherche. « Hier, nous avons mis le feu à la brousse autour des terres, et ce matin nous avons trouvé une énorme pierre inscrite qui était cachée sous des roseaux de 5 mètres, formant ici les prairies. Nous promettons dix cents aux coolies pour chaque fragment trouvé. Aussitôt, surgissent cent trente morceaux d’inscriptions de toutes tailles. »

Les fouilles marchent à merveille; les pieces découvertes sont nombreuses : sculptures, piédestal, statues, lingams..


Une tour avant son déblaiement


La meme tour après son déblaiement

Les coolies participent activement aux fouilles, mais, superstition oblige, font preuve de beaucoup de prévenances et d’interrogations:
« Quand nous donnons l’ordre d’enlever une pierre ou d’attaquer un monticule, les coolies [] font un discours à la pierre ou à la terre [],leur expliquant qu’ils les dérangent parce qu’ils y sont forcés. Une chose aussi les stupéfie : c’est que nous dépensions tant d’argent et de forces pour remuer la terre. Les uns croient que nous cherchons les trésors chams, et que nous sommes guidés par les stèles inscrites que nous dégageons. Les autres disent que nous venons rétablir les monuments. Mais tous ont grand peur que nous ne ramenions les Chams dans leurs
anciens domaines. Ceci est très curieux, et tend à prouver la puissance autrefois considérable des Chams, en cette partie de l’Annam. »

Les locaux ne s’interessent pas aux « vieilles pierres ». Mais l’action de l’EFEO est essentielle pour mettre à l’abri ces oeuvres qui commencent à attirer des convoitises de la part des occidentaux. Le plus connu d’entre eux sera André Malraux, arrêté pour trafic d’oeuvres d’art à Angkor en 1922…

Les découvertes s’enchainent : « Mercredi dernier, j’aperçois au ras du sol lavé par les pluies un disque que je retourne; un premier dégagement au coupe coupe laisse voir une sorte de goulot s’adaptant au disque; et, après une heure de fouilles délicatement opérées, nous mettons à jour un vase en terre en forme de jarre. Or, ce vase contenait un véritable trésor pour des archéologues, toute la parure en or avec pierres précieuses d’une idole chame : mokata, un gorgerin, un collier, une ceinture, des bracelets pour le haut et l’extrémité des bras, deux paires de boucles d’oreilles [] . Il y avait encore deux assiettes en argent et deux lingots d’or montés sur cuve en argent. Tu vois d’ici ma joie ! »


Le trésor de My Son lors de sa découverte

Les scorpions sont de la partie :« Dufour a été piqué au pied par un scorpion. A 5 heures du matin, réveillés par ses appels, nous nous précipitons et trouvons dans son lit la bestiole, nous la zigouillons sans pitié, puis nous pansons la blessure. ». L’architecte Dufour sera finalement sauvé, grace aux soins prodigués à l’hopital.


Un skanda sur un paon, 10eme siècles, lors de sa découverte et aujourd’hui, musée de Danang

La petite équipe rentre à Saigon après 1 an de fouilles exceptionnelles. Carpeaux repart presque aussitôt à Angkor rejoindre son collègue et ami Dufour, nous sommes alors en mars 1904. Il s’agit de continuer les travaux menés au Bayon, en dégageant les fameuses tètes qui font la gloire du monument encore aujourd’hui.

Mais Charles se sent faiblir, harassé de 30 mois de fouilles presque ininterrompues. Il finit par demander un congé de convalescence et repart en bateau le long du lac Tonlé Sap. Il admire la péche « miraculeuse » et se fait photographier avec un immense pélican qu’il vient de chasser.. Ce seront ses dernières photos..


Charles Carpeaux admiratif devant un pelican qu’il vient de tirer (source EFEO)

A Saigon, il doit se faire hospitaliser. Son état empire, bien qu’il tienne des propos rassurant à sa mère pour ne pas l’inquiéter. Le 29 juin 1904, il décéde « d’un brusque accès de dysenterie, sur un organisme déjà miné par une anémie paludéenne très avancée ». Le chef des travaux pratiques de l’EFEO n’avait que 34 ans.

Que reste-t-il de son dur labeur? A sa mort, il a laissé plus de deux mille clichés admirables, de nombreux plans, croquis, estampages qui ont permis de mieux connaitre les Chams. L’EFEO continue d’honorer sa mémoire. Les découvertes faites à Dong Duong et My Son sont en bonne place dans le musée Cham de Danang, l’ancien musée Henri Parmentier ouvert en 1919. Le sanctuaire My Son continue d’etre un haut lieu touristique. La ville de Valenciennes, berceau de la famille Carpeaux, a organisé une exposition sur lui en 2019-2020.

Que sa mémoire soit honorée !


Monument dressé par l’EFEO devant le temple du Bayon, sur le site d’Angkor (source EFEO)

Sources:
– livre « Les ruines d’Angkor, de Duong-Duong et de Myson (Cambodge et Annam) : lettres, journal de route et clichés photographiques », publié par sa mère, sur Gallica
– site photographique de l’EFEO, ou l’on retrouve notamment le résultat de toutes les fouilles, https://collection.efeo.fr/

Il y a 120 ans, le typhon qui détruisit la ville de Hué

Le cataclysme qui est survenu hier au nord Vietnam (typhon Yagi) nous rappelle que les typhons sont nombreux et violents au Vietnam.

A 120 ans d’intervalle jour pour jour, Hué connaissait aussi son typhon le plus violent de son histoire récente. C’était le dimanche 11 Septembre 1904.

Grace à la presse disponible sur Gallica, on peut se replonger dans ce qui fut un effroyable cataclysme naturel. Que cet article soit un hommage à tous ceux qui, à l’époque, ont tout perdu. Qu’il soit aussi là pour nous rappeler que les changements climatiques ne feront que renforcer la puissance destructive de la nature.

Un cataclysme inattendu

La semaine se terminait pourtant bien. La ville venait de passer plusieurs jours à célébrer le cinquantenaire de la reine mère, l’impératrice Hoang Thai Hau, mère de l’empereur Thanh Thai. Plusieurs cérémonies festives avaient eu lieu dans la citadelle avec de nombreux dignitaires, français et indochinois, venus des quatre coins du pays.

En 1904, Hué est la capitale de l’Annam, mais sous la direction des français. Ceux-ci règnent en réalité en maitre depuis 1885, après la signature forcé d’un traité de protectorat puis le « guet- apens de Hué ». La ville ne doit pas compter plus de 40.000 âmes dont quelques centaines de français, essentiellement des militaires et quelques fonctionnaires.

A cette époque de l’année, on est à la fin de l’été et les récoltes de riz sont imminentes. Le mois de Septembre est un mois de transition, avant la saison des pluies.

La pluie commence à tomber peu avant la nuit du samedi au dimanche. Personne ne s’attend à un typhon. Très vite, les inondations se forment. La situation empire le lendemain pour se transformer en cataclysme entre midi et 16h. Quatre heures de cauchemar qui vont aboutir à un désastre jamais égalé depuis 1855, date du dernier typhon dévastateur.

La ville est méconnaissable, tous les arbres sont à terre, toutes les maisons annamites sont détruites, tous les bâtiments en brique sont endommagés. Seuls quelques édifices à terrasse sont épargnés.
Le nouveau pont de fer, voulu et inauguré par Paul Doumer en 1900 voit 4 de ses 6 travées retournées et gisants au fond de la rivière des Parfums. Chacune des travées, d’une longueur de 65 mètres, pesaient 150 tonnes. Cela n’aura pas suffit à le maintenir. C’est d’ailleurs tout un symbole qui s’écroule : n’avait on pas dit que le pont serait en place aussi longtemps que les français en Indochine…
Le toit du fameux pont couvert de Thanh Toan, pourtant équipé d’un toit local très lourd, a lui aussi valsé.


Les ateliers Bogaert (lire mon article dédié) donnent une bonne idée des dégâts

Il faudra plusieurs jours pour évaluer les dégâts. A Hué et dans sa région périphérique on compte plus de 3000 morts, 22.000 maisons détruites, 529 bateaux coulés. Dans la ville, c’est encore prés de 700 toits envolés. Les vrais chiffres sont certainement bien supérieurs. Les inondations ont aussi tout balayé sur leur passage, dévastant les rizières, tuant des milliers de tête de bétail. Les sampaniers ont souvent vu leur bateau couler, provoquant de fait la perte de leur maison et leur outil de travail.


Le casernement des Français dans la citadelle

Les vietnamiens sont hagards, ne sachant pas ou aller, n’ayant plus rien à manger ni endroit pour vivre.
Les quelques français ont fui leur habitation et se sont refugiés au cercle, l’un des rares bâtiments à terrasse ayant résisté. Même les casernes sont dévastées et le Résident Supérieure a vu le toit du bâtiment officiel de la France s’envoler. Il pleut aussi dans les chambres du premier hotel de Hué, appartenant à Alphonse Guerin, mais les bâtiments à terrasse, là encore, seront sauvés. Cet hotel deviendra peu de temps après le célèbre hotel Morin.


Le Résidence Supérieure de Hué, durement touchée

Par miracle, seul un français manquera à l’appel. C’est le Père Dangelzer, des Missions Etrangéres de Paris, vicaire général de la mission. Le mur du presbytère s’est écroulé sur lui à l’église de Kim Long. Il avait 65 ans. Sa tombe est dans l’enceinte du séminaire de Hué, avec les autres missionnaires.


Le Père Dangelzer (source Irfa)

Tous les fils télégraphiques sont à terre. Il n’y a que le câble nautique qui fonctionne. Mais quels secours espérer ?

Les journaux de Hanoi et Saigon commencent à parler du « désastre de l’Annam » le 15 septembre, soit 4 jours après le passage du typhon. Deux jours plus tard, un article titré « cruelle énigme » déplore l’absence de réactions du roi et des hauts mandarins : « Ou sont ces haut dignitaires indigènes si jaloux de leurs prérogatives, dont la main est dur pour le peuple ? Quelle preuve d’énergie, quelle assistance ont-ils apportée dans ces journées ou leur compatriotes, leurs monuments sacrés et historiques ont été atteints par le typhon ? L’article est signé « Noi Doi ».

Alfred Raquez (1) raconte le typhon dans « l’Avenir du Tonkin ».

Un correspondant du journal L’avenir du Tonkin, Alfred Raquez, se trouvait à Hué pour couvrir les célébrations du cinquantenaire. Il repart vers Tourane en sampan lorsqu’il subit de plein fouet l’ouragan. Son récit émouvant sera publié les jours suivants. Son histoire mérite d’être reprise.

Il part donc en pleine nuit avec pour objectif de rejoindre avant le lendemain soir Tourane (Danang) ou il doit prendre le bateau qui le ramènera à Hanoi. La distance est d’une centaine de kilomètres environ, par la mer ou la lagune. Lorsqu’il part en sampan, la pluie tombe non stop à Hué et des inondations se forment. Le lendemain matin, ils sont toujours dans le canal qui va vers la lagune. Vers 11h, ils doivent finalement stopper et se réfugier dans une maison communale (un dinh). Aussitôt déchargé, le sampan coule en raison des vagues et du vent.

Le dinh est le lieu le plus vaste et solide des alentours. Les habitants viennent s’y refugier. Il décrit la situation comme une scène d’enfer, les gens ont les yeux dilatés et se jettent à ses pieds, front contre terre, en implorant son aide, les mains jointes. Avec le sens du devoir, A. Raquez reprend les choses en main en leur offrant 2 bouteilles d’alcool sauvées de ses affaires. « je vous recommande l’absinthe pure en cas de typhon, amis lecteurs. Elle produit des effets merveilleux. Une heure après la distribution et malgré le redoublement de la tourmente, nos 152 protégés avaient presque oublié leur malheur et jacassaient [à nouveau]. »


Inondations à Hué, peut être celle de 1953 qui fut l’une des plus terribles du siècle

« Nous virent de beaux gestes. []. Pas un homme, si grelottant fut il, ne but une gorgée du réconfortant liquide avant d’avoir ranimé sa femme et ses enfants. Nous voyons l’un d’eux recueillir dans un gobelet les dernières gouttes de notre bouteille et les porter dans un coin du [dinh] à une jeune femme aux seins gonflés qui pleurait toutes les larmes de ses yeux. Il lui fit absorber jusqu’à la dernière goutte et revint à sa place, claquant des dents et grelotant lui-même, mais l’âme satisfaite. »

A. Raquez est un vrai aventurier. Il ne se déplace jamais sans sa « trousse alpine », une trousse qui comporte un baromètre, un thermomètre et une boussole. Il surveille la pression qui descend jusqu’à 722, alors que la normale est 760.

Le typhon finit par s’éloigner et la petite équipe reprend la route sur un nouveau sampan sauvé des eaux. Dans la lagune, des cadavres d’animaux en grand nombre. Des corps sans vie aussi. « Pour une fois, les batelières sont mornes et muettes ». Ils finissent par arriver le lendemain après midi à Cau Hai, qui est le chef lieu du district sur les bords de la lagune. La seule épicerie est tenue par un chinois qui leur vend quelques denrées à des prix astronomiques. « Il spécule sur notre faim atroce ».

De Cau Hai, la poursuite du trajet se fait en chaise à porteur. Mais il faut attendre le lendemain car le tigre se fait déjà entendre. La colline du col des nuages est infestée de tigres et on ne peut y accéder qu’en journée.

Le lendemain donc, il arrive à Tourane. La ville a échappé au désastre. Mais le bateau pour Hanoi a préféré rester sagement en amont du typhon. En revanche, il apprend le naufrage de La Tamise, le meilleur paquebot annexe du Tonkin, heureusement sans faire de victime. Mais cela n’avait rien à voir avec le typhon. Voyager en Indochine n’était pas une sinécure à cette époque !

Pourquoi le ciel s’est il abattu sur Hué ?

L’Annam est le pays des superstitions et chacun s’interroge sur les raisons d’une telle fureur du ciel. Les français sont surpris de voir que même de hauts mandarins et certains hauts responsables bouddhistes n’hésitent pas à colporter cette histoire folle : c’est l’attitude du roi Thanh Thai et le non respect des traditions par les français qui ont provoqué ce cataclysme. En effet, quelques jours avant, le roi avait organisé une réception au palais Canh Chanh, au sein de la citadelle interdite, à laquelle il invita, pour la 1ere fois de l’histoire de la dynastie, des femmes ! Et on vit le roi danser aux bras de ces occidentales, autre sacrilège ! Le peuple étant si superstitieux qu’une telle histoire pouvait provoquer une révolution.. Heureusement pour les français, ce ne fut pas pour cette fois ci.

Apres le typhon, il a fallu faire face à la famine, la misère de la population locale et à la reconstruction.
Le pont Thanh Thai est rétabli en 1907 pour un cout équivalent à sa construction initiale. Mais le plancher, en bois jusqu’alors, fut bétonné pour le rendre plus lourd.
Les toits en terrasse, qui avaient montré leur efficacité lors du typhon, ont été remis en question dans un article signe par E Gras dans le BAVH en 1919. Sans doute certains avaient déjà oublié le typhon de 1904 à cette époque !

Le dernier typhon qui a touché sérieusement Hué n’est pas si vieux. C’ était le 27 Septembre 2022, heureusement sans dégâts humains. Les typhons, qui surviennent en moyenne tous les 7 ans, arrivent des Philippines. Les moyens techniques actuels permettent au moins à la population de s’y préparer. Quant aux inondations, il y en a 1 ou 2 par an. La plus tragique fut celle de 1999 ou plusieurs centaines d’habitants moururent. Depuis, des barrages ont été mis en place sur la rivière de parfums et ses affluents. Les canalisations de la ville ont été aussi refaites.

(1) Alfred Raquez est très connu pour ses photos du Laos, publiées en cartes postales à cette époque.

Sources principales:
– Les numéros de l’Avenir du Tonkin du 15 au 26 Septembre 1904, sur Retronews,
– Hygiene de l’Indochine, 1908, Gallica
– Irfa, pour le Père Dangelzerd
– Le Monde Illustré pour les photographies d’époque, Gallica