Dalat, c’est la petite France, avec ses villas coloniales au milieu des pins…L’endroit a été reconnu par Yersin en 1893, puis proposé à Paul Doumer, alors Gouverneur de l’Indochine, pour y fonder une station d’altitude, permettant aux Saïgonnais de bénéficier de la douceur du climat. Située à 300 km de Saigon et à 75km de la mer, Dalat est à 1500 mètres d’altitude.
Elle mettra du temps à prendre son essor, car son isolement dans une vallée fort boisée et difficile d’accès nécessite des infrastructures onéreuses. De plus, les fonctionnaires préféraient bénéficier du congé périodique en France, dont le coût du transport par bateau était payé par l’administration, plutôt que de rester en Indochine.
C’est finalement la 1ère guerre mondiale – et l’isolement de l’Indochine – qui va accélérer le développement de cette station. Les villas se multiplient apres 1917, le Golf vers 1920, le Grand Hôtel en 1922, et la cathédrale dans les années 30. Une ligne de chemin de fer relie Dalat au littoral dès 1933.
C’est surtout la présence de nombreux gibiers (éléphants, tigres, gaur …) qui va faire connaître la station dans le monde entier. Les chutes d’eau sont aussi nombreuses que spectaculaires.
Par la suite, la ville a été protégée de la guerre par un accord tacite entre les belligérants.
Aujourd’hui, la ville compte plus de 150.000 habitants et les édifices construits du temps des français est encore nombreux. On recense encore plusieurs centaines de villas de l’époque coloniales et de jolis bâtiments publics (gare, église, université, écoles, couvents, le Palais Bao Dai..).
La ville vietnamienne s’est fortement développée, et a envahi la plupart des parcelles disponibles, mais Dalat garde son atmosphère particulière. Les Vietnamiens (voyage de noce notamment) sont nombreux a s’y rendre. Quant aux occidentaux, ils sont souvent déçus, en raison justement du manque d’exotisme de la cite, de la pluie et de la fraicheur du climat.
Les richesses de la ville aujourd’hui, en dehors du tourisme, ce sont les cultures maraîchères et horticoles. Les artichauts (pour les tisanes), les fraises et les roses de Dalat sont célèbres dans tout le sud Vietnam.
Le « Palace Hôtel », superbe bâtiment construit en 1922, est gèré aujourd’hui par le groupe Accor. Il dispose d’une large vue donnant sur le lac et derrière, le golf. C’est l’un des rares endroits ou la vue reste dégagée…
La gare de Dalat, qui ressemble fortement a celle de Deauville… Seuls quelques kilomètres de rails sont encore utilisés pour les touristes.
Le Lycée Yersin, édifice en brique et pierres aux lignes arrondies…
Nombreuses sont les congrégations religieuses présentes à Dalat. Le « Couvent des Oiseaux », qui a vu passer toute l’élite vietnamienne avant 1975, est le plus célèbre. Trois religieuses veillent aujourd’hui sur ce trésor du temps passé.
Ci dessous, le Domaine de Marie, couvent tenu par les sœurs de St Vincent de Paul.
Madame Jean Decoux, épouse du Gouverneur Général de l’Indochine (de 1940 à 1945), s’était tuée accidentellement en voiture à Dalat, le 6 janvier 1944, alors qu’elle se
rendait à la résidence d’été de l’Empereur Bao Dai.
Madam Decoux, née Suzanne Humbert, est inhumée au Couvent du Domaine de
Marie près du mur de la chapelle car elle avait été déclarée bienfaitrice de
ce couvent par les Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul.
Ce couvent dispose d’une très belle boutique pour les touristes car les
orphelines prises en charge totalement par les Soeurs, réalisent des
broderies superbes. Cette boutique les aide en partie à supporter les frais
d’internat pour les jeunes-filles scolarisées. Une trentaine de garçons sont
aussi pris en charge par les Soeurs car ils sont handicapés (sourds) et
ainsi scolarisés.
Très belles photos de Dalat et commentaires bien faits. Mais vous pourriez préciser que le Domaine de Marie abrite 23 Soeurs (et non 3) qui font un travail admirable pour les enfants handicapés (30 enfants mal entendants) dont elles s’occupent totalement. Elles forment et accueillent aussi 80 jeunes filles de familles très pauvres à un métier (couture, broderie, cuisine).
Vous pouvez préciser que ce couvent abrite la tombe de Madame Jean DECOUX née Suzanne Humbert, épouse de l’ancien Gouverneur général de l’Indochine (1940-1945) qui s’est tuée en voiture le 6 janvier 1944.
Vous qui lisez cet article et qui avez connu Dalat dans les années 1950-1960, je suis née à Dalat en 1954 un mois jour pour jour après la défaite de Dien Bien Phu.
J’en suis partie en 1956. Je recherche aujourd’hui les traces de ma petite enfance à Dalat en préparation d’un voyage là-bas: l’hôpital où je suis née, l’église où j’ai été baptisée, la maison de mes parents. Est-il possible que je sois née au Domaine de Marie? Y avait-il une maternité à l’époque, car ma mère (qui n’est plus de ce monde) m’avait parlé d’un hôpital avec des religieuses? La seule église de Dalat à l’époque est-elle bien aujourd’hui la athédrale de Dalat St Nicolas. Mon père était Chef du service des Eaux et Forêts des pays montagnards du Sud (détaché auprès de la Délégation Impériale), auriez-vous une idée de l’endroit où il a pu travailler? Je vous remercie infiniment.
J’ai bien connu dalat. J’y ai vécu de 1947 à 1956. Mes souvenirs de cette période sont intacts. Je n’y suis jamais retournée. Peur probablement de ne pas retrouver ce que j’ai connu. C’etait Une période trouble pour moi. Heureuse parfois et aussi très perturbée.c’est une histoire que je garde précieusement au fond de moi.
J’allais tous les ans en été en vacances à Dalat de 1939 à 1945
Suite à un bombardement à Saigon en Janvier 1945, j’ai été évacué sur le lycée Yersin de Dalat avec la plupart des élèves du Lycée Chasseloup-Laubat
Je me souviens que, le 9 mars 1945, nous attendions vainement l’arrivée de nos professeurs au Lycée Yersin. Nous ne comprenions rien de ce qui arrivait. C’est seulement dans l’après-midi que nous fûmes informés du coup de force des Japonais.
Nous sommes restés désoeuvrés dans le Lycée avec interdiction de sortir en ville.
Le 12 mars, nous fûmes informés que nous devions prendre le train pour Saigon le lendemain avec le minimum de bagages. Nous fûmes entassés dans des wagons à bestiaux, au point que nous avions juste la place pour se tenir debout.
Le train avançait avec une lenteur exaspérante, parcourant Dalat et Cam Rang toute une journée. La gare de cette ville, minuscule à l’époque, assurait la liaison entre la ligne de Dalat et la ligne Hanoi –Saigon. Le train s’arrêta à cette gare, car la ligne en direction de Saigon avait été coupée par un bombardement de dernière minute par les Américains.
Nous allâmes alors vers un hôtel tenu par des Chinois qui ne nous accordèrent pas des chambres, mais seulement le droit de dormir dans la cour. Il faisait horriblement chaud, nous avions une soif intenable. Mais le propriétaire chinois mit en place des gardiens autour du puits, gardiens qui n’acceptèrent que l’on puisse puiser de l’eau, seulement si on payait.
La nuit fut horrible. Nous étions harcelés par une invasion de moustiques qui n’arrêtaient pas de bourdonner dans nos oreilles.
Le lendemain matin, nous reprîmes le train en direction de Saigon qui avançait comme un escargot en raison des multiples réparations faisant suite aux incessants bombardements américains. Nous dûmes encore passer une nuit dans notre wagon et il fallait bien s’organiser pour dormir. Nous couchâmes donc sur nos maigres bagages et dormîmes les uns sur les autres, la tête reposant sur le corps d’un camarade, les pieds recroquevillés pour laisser la place à un autre.
Heureusement ou malheureusement, nous avions la gorge sèche et notre estomac qui criait famine. Nous n’éprouvions donc pas l’envie d’uriner, car il aurait fallu enjamber tous les corps et ouvrir la porte coulissante du wagon, opération extrêmement risquée pour les dormeurs près de cette porte, qui auraient pu tomber sur la voie.
Enfin, nous arrivâmes le troisième jour à Saigon, bien contents que ce calvaire soit terminé.
bonjour,
Mon grand-père était professeur au lycée Yersin à Dalat, il s’agit de Marcel NER agrégé de philosophie et ethnologue en Indochine. Ma mère est née à Dalat en 1940.
Je possède beaucoup de documents de cette période.
Cordialement
J’ai fait deux années d’études à l’école d’Adran à Dalat en 50 et 51. L’enseignement était fait par les Fréres de la Salle. Nous avions deux fois dans l’année une kermesse avec les filles des Oiseaux et nous étions invités une fois par an à la villa de Bao-Daï dont le fils, Bao-Long était un ancien élève des frères comme nous (l’année précédent mon arrivée).
L’armée de l’air fournissait un Dakota ou un Bristol pour nous rapatrier (Les Saïgonais ) lors des grandes vacances. La liaison terrestre était possible, par convoi sous escorte militaire et durait un très longue et dangereuse journée. Elle n’était pas indiquée pour de jeunes adolescents. Le voyage par air prenait un peu plus d’une heure, dans un avion en configuration « parachutistes », la bande de jeune chahuteurs, filles comme garçons, que nous étions, en a fait voir de toutes les couleurs aux deux pilotes qui avaient bien du mal à maîtriser les déséquilibres provoqués par nos galopades. Doux souvenirs…