Un artiste amoureux de l’Indochine, Albert Cézard

Je suis tombé sous le charme de ce tableau dont la photo a été trouvée sur le site de Christie’s à Hong Kong… Mais qui est donc cet Albert Cézard, auteur de cette toile, intitulée « Le musicien Vietnamien » ?


Peinture à l’huile, 155 * 100 cm, peinte entre 1900 et 1910

C’est à son ami Albert de Pouvourville, célèbre homme de lettres, que l’on doit d’en savoir plus sur Albert Cézard. Car tous les deux ont une passion commune, celle de l’Indochine. Pas l’Indochine des fastes de la colonisation, mais l’Indochine du cœur, celle des émotions.
Albert Cézard est un artiste, à la fois peintre et dessinateur hors pair. L’étude de sa vie nous renvoies plus de 150 ans en arrière.. Il est en effet né en 1869 à Nantes dans une famille qui compta des « armateurs au long cours et des intérêts puissants aux indes néerlandaises » (Indonésie actuelle). Durant son enfance, il se passionne pour la photographie et la lithographie, plus que pour les études. Epris de liberté et d’aventures, il s’engage dans l’infanterie de marine et finit par rejoindre le Tonkin. Là, il effectue 3 années de service militaire, mais il est plus attiré par la beauté du pays que par les choses militaires. Demandant un congé, il s’engage comme typographiste à la célèbre imprimerie Schneider de Hanoi. Quelques mois après, il se lance dans la caricature avec la publication d’une feuille hebdomadaire « La vie Indochinoise » qui croque en dessin tous ceux qui comptent dans la colonie. Gros succès.


Albert Cézard dans son atelier, à Hanoi (Dépêche Coloniale Illustrée 1909)

Apres 7 ans de séjour, il finit par retourner en métropole (vers 1900 ?) et se décide à suivre des cours pour maitriser les techniques des beaux arts. Il éblouie les visiteurs de l’exposition des peintres coloniaux de 1903 avec « 30 dessins magnifiques » à l’encre de chine rehaussés de gouache. Ces dessins illustrent l’ouvrage de poésie de Pouvourville « Rimes chinoises ». Fort de ce succès, il obtient ce qu’il désire : une mission artistique en Indochine. Il repart donc le cœur léger, profitant de ce voyage pour découvrir aussi la rivière de Canton en Chine.


L’un des dessins de Cezard, texte de Pouvourville (Dépêche Coloniale Illustrée)

Il prend le temps de publier 2 albums humoristiques à Hanoi puis rentre en France avec une abondante documentation qui lui permettront de produire de nombreux dessins et peintures dans les années qui suivent. Il expose à l’exposition coloniale de Marseille de 1906 et de Bordeaux l’année suivante. Il illustre un numéro spécial de la Dépêche Coloniale Illustrée daté du 31 janvier 1908 sur « l’Art en Extrême Orient Français » (disponible sur Gallica) et dont les éléments biographique ci-dessus sont issus. Il illustre aussi plusieurs romans coloniaux.


Sur la rivière de Canton (Dépêche Coloniale Illustrée 1908)

Il fonde avec d’autres auteurs à succès, comme Pierre Mille, A. Drouin, Maybon, Claude Farrère et son ami de toujours Pouvourville, le groupe « des Français d’Asie », dont les objectifs sont de faire aimer en métropole cette Indochine qu’ils ont tous habitée. L’autre objectif est de repousser « tout exotisme de contrebande » chez les auteurs qui seraient tentés par la facilité. Un autre numéro spécial en 31 juillet 1909 parait à cet effet, toujours dans la Dépêche Coloniale Illustrée. On verra encore quelques illustrations dans la même revue en décembre 1911.


Les « petits bonhommes », personnages pittoresques réalisés par A Cezard (Dépêche Coloniale Illustrée 1908)

C’est la mise en vente en 2015-2016, à Paris puis à Hong Kong, d’un tableau de lui qui remet en lumière ce peintre oublié… à ma connaissance, aucun musée français ne possède de toiles peintes par lui.

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