La pêche au centre Vietnam : partie 1, Tam Tien

Cette année, nous avons décidé d’aller explorer le monde fascinant de la pêche au centre Vietnam, entre Hoi An et Quy Nhon.. A vol d’oiseau, c’est 300km de longueur. Nous sommes mi septembre et le temps est ombrageux.. Il est temps de se presser car la saison des pluies (et des tempêtes..) arrive et la saison de pêche touche à sa fin..

Après avoir passé Danang et Hoi An, nous suivons un peu plus au sud une jolie route qui va nous emmener directement au célèbre marché de Tam Tien. La route démarre après le parc Vinwonders et longe la cote sur les 35 km restants. Le charme du Vietnam d’autrefois : des maisons de pécheurs, une végétation tropicale, la vie tranquille des habitants.. Seul regret, les flamboyants, nombreux, ne sont plus en fleur à cette époque.


Sur la route des vacances, des pêcheurs traditionnels réparent leur filet…

La route passe prés d’un immense resort, construit à l’époque du covid, Tui Blue Nam. Isolé, immense, on se demande comment un tel ensemble peut gagner de l’argent. Cela permet au moins aux jeunes locaux d’y travailler sans devoir s’exiler ailleurs. Il est à quelques kilomètres du marché aux poissons.

Nous arrivons finalement à Tam Tien, à 10km à l’Est de Tam Ky. C’est ici un grand marché aux poissons qui se tient tous les matins sur la plage. Il a été popularisé par de nombreux blogueurs et influenceurs, à travers des reportages photos ou vidéos faits à l’aide de drones.


Le marché de Tam Tien vers 6h du matin. Au centre, l’arène!

Le village lui-même n’est pas très grand, mais la notoriété soudaine du marché a fait naitre des homestays (assez chers, prix à négocier sur place) et quelques lieux touristiques. Les habitants sont ravis de voir ici des touristes. Un café affiche un menu en anglais et présente de jolies compositions faites avec des coquillages colorés.

La nuit, on voit les projecteurs des bateaux de pêches au loin dans la mer. Ils reviennent de bon matin livrer leurs cargaisons sur la plage, en faisant la navette avec de petits bateaux ronds. Sur la plage, leurs épouses les accueillent et commencent les tractations commerciales avec les acheteurs, nombreux. Tout se fait oralement et les paiements sont en cash aussitôt la transaction finalisée. A la mode vietnamienne, c’est bruyant et les négociations interminables.

J’ai rejoint la plage qu’à 6h du matin, car il a plu abonnement toute la nuit. Les acteurs du marché ne semblent pas affecter par la pluie. Ils sont là, tous avec leur poncho. Quelle résilience ! Le levée du soleil est bienvenue, car le marché n’est éclairé en pleine nuit que par 3 faibles projecteurs. A mon arrivée, il doit y avoir 300 personnes environ sur la plage.

Les acheteurs sont toutes des femmes. Ce sont elles qui négocient, liasses de billets à la main. Parfois, elles portent des bracelets en or et sont maquillées.. Autour d’elles, des aides en tout genre : ceux pour trier les poissons, porter les caisses, garder la marchandise, les charger à bord des camions .. Les billets vietnamiens sont en plastique, c’est bien pratique !

On y vent surtout des calamars et quelques poissons, essentiellement des macros et des sardines.


Les pêcheurs comptent la recette du jour..

Les pêcheurs arrivent sur des « bateaux paniers » avec leurs marchandises disposées dans des caisses en plastique. L’étape cruciale est de franchir les vagues sans encombre, ce qui n’est pas simple. La cargaison, c’est beaucoup d’argent, alors on ne peut pas se permettre de la perdre. Les acheteurs se précipitent sur les bateaux ronds dès l’arrivée sur la plage. L’agitation est toute vietnamienne !


Le rush à l’arrivée des bateaux paniers sur la plage…

A 8h, tout est terminé. Le soir, vers 17h, on retrouve aussi un petit marché.

Les pêcheurs semblent préférer arriver ici plutôt que dans un port structuré, car ils sont du coin. Les bateaux restent amarrés au large durant la journée. La pêche dure de 17h le soir jusqu’au petit matin, non loin de la cote.

Que penser de ce marché ?
Il existe de nombreux marchés de poissons sur les plages au Vietnam et je ne pense pas que celui-ci soit si unique. Pour le dire franchement, j’ai un peu l’impression d’être au Moyen Age. Avec tout l’argent qui est brassé ici, je pense qu’on aurait pu construire depuis longtemps une jetée pour l’accostage en toute sécurité des bateaux. Les conditions de travail sont dures pour tous. D’un point de vue touristique, je pense qu’il y a beaucoup mieux ailleurs.

Procession annuelle au village An Truyen

Cette procession haute en couleur est un spectacle qui se mérite ! il faut en effet se lever aux aurores pour y assister, et arriver vers 5h le matin pour voir le défilé complet. An Truyen – ou Chuon – est à quelques kilomètres de la ville de Hué.

La procession se déroule entre un petit temple situé au bord de la lagune et la maison communale, située au centre du village, distant d’un bon kilomètre.

Avec de nombreux parasols, drapeaux, palanquins, costumes traditionnels, les 3 tablettes du petit temple sont amenés vers le village avec une grande solennité. Une bonne partie des gens du village participe à la procession, des enfants en tenue scolaire aux ainés qui portent ao-dai pour les femmes ou costumes rituels pour les hommes.

Cette procession honore les « Thanh Hoang » du village, c’est-à-dire les fondateurs et gens vertueux ou célèbres du village. Ces ancêtres sont vénérés et leurs cultes laissent espérer aux villageois une bonne récolte ou pêche, une vie heureuse et la prospérité. L’important est de « se souvenir de la source de l’eau » comme on dit ici.

Cette année, le village a mis les grands moyens en œuvre.. des drones survolaient le village et la procession, pourtant modeste, était retransmise sur grand écran !

Si la tradition est immuable, le char principal est refait tous les ans et mérite l’attention. Cette année, il s’agissait d’un dragon qui crachait du feu !

Les participants au défilé, dument sélectionnés, démarrent les festivités à 3h30 du matin.. Apres le défilé et l’arrivée à la maison communale, ils ont tous droit à un repas bien mérité.. il est alors 6h30. Le lendemain, ils refont le trajet dans le sens inverse…

Le long de la procession, on honore les différents autels dressés pour l’occasion par les familles des rues adjacentes. Sur la place du village, se trouvent aussi les autels des familles importantes du village.

La procession se déroule le 16 et 17 juillet du calendrier lunaire. Voir également mes autres articles sur le meme sujet parus en 2015 et 2018.

Rentrée scolaire!

La rentrée scolaire au Vietnam est un feu d’artifice de couleurs, de joie et d’animations en tout genre.. un événement que je ne raterai sous aucun prétexte !

La date, c’est facile à retenir, toujours le 5 Septembre…

Au Vietnam, il y a 26 millions d’élèves et d’étudiants, pour 1,6 millions de professeurs.

Les enfants sont toujours ravis de retourner à l’école. Il faut dire que pour la plupart d’entre eux, les 3 mois de vacances sont longs à occuper. Les plus chanceux partent quelques jours seulement en vacances, les autres ont du mal à s’occuper ou doivent aider leurs parents.. Aller à l’école est une délivrance !


Les nouveaux élèves, 1ere classe au Vietnam, sont accueillis par les élèves plus âgés assis tout autour.. deux dragons (ou licornes) sont là aussi pour le coté festif..

L’instruction a toujours été au centre de la culture vietnamienne. C’est pourquoi ce jour revêt une importance particulière pour la nation entière. Et cette année, pour la 1ere fois, la salut au drapeau s’est fait en même temps dans toutes les écoles, via la retransmission par la télévision de cet évènement conduit à Hanoi par les personnalités politiques.

Au Vietnam comme en France, on a aussi la carte scolaire. Chaque enfant est affecté à l’école ou au lycée de son lieu de vie. Mais, comme partout, certains établissements sont bien meilleurs que d’autres. De fait, le recrutement des élèves peut se faire sur concours ou par dérogation. Il faudra prouver que l’élève est très bon et correspond aux exigences de l’école ou utiliser d’autres moyens de persuasion. Avoir étudié dans une bonne école facilite l’accès aux meilleurs lycées ou universités par la suite. Il n’y a plus de concours pour entrer à l’université, alors le carnet scolaire est primordial.

Si la scolarité est en théorie gratuite, les couts annexes peuvent être nombreux. Ce sont les dépenses d’uniforme, d’animation, d’embellissement des locaux etc.. Dans cette école primaire (Le Loi à Hué), ancienne « école des Français » ou « école Chaigneau », située en plein centre ville de la ville historique, il faut compter 800 kvnd par mois en dépenses diverses, soit 30 euros environ. Il existe aussi des écoles étrangères privées au Vietnam, dans les grandes villes, mais là, les frais de scolarités peuvent dépasser plusieurs milliers d’euros par an.

La fierté des vietnamiens vis-à-vis de leur pays est sans borne. Elle est aussi savamment entretenue, notamment en ce jour de rentrée. Comme on le voit sur les photos, le drapeau vietnamien est partout. Dans les discours, pas une phase sans qu’on fasse référence au mot « Vietnam ». Le patriotisme commence à l’école.

Des cadeaux. des bourses peuvent aussi accueillir les meilleurs élèves.. A la tribune, des officiels, le responsable du Parti, et aussi le policier en charge de l’école. Il faut rappeler aux élèves les valeurs cardinales à respecter.


Le slogan signifie « Chaque jour à l’école est un jour heureux »

Petit tour à Danang..

La ville de Danang est radicalement différente de celle de Hué. Hué reste une ville traditionnelle basée sur un tourisme historique. Danang est clairement orientée vers le futur et se développe à grande vitesse. Surtout vers le haut ! les immeubles de grands étages y poussent comme des champignons.


Vue depuis le haut de la tour Sam, à l’entrée de la rivière

Les projets sont visibles dès la descente du col des nuages, quand on vient de Hué. La zone de Lang Van est bien connue des touristes. On l’admire depuis les hauteurs ou depuis le train. Il y a un siècle, se trouvait là un village de lépreux, géré par les religieuses françaises. Ce sont de jolies plages et une presqu’ile boisée ou se trouvait un petit fort du temps de la dynastie Nguyen. Une zone naturellement protégée en raison de la difficulté d’accès.. Mais tout cela est fini.. Vin Group, conglomérat privé vietnamien, va y investir 1,4 milliards d’euros (excusez du peu !) pour y bâtir, sur 500 hectares, des milliers de villas et des bâtiments en tout genre.. 19.000 personnes, touristes et locaux, devraient y vivre.. Le défrichement a commencé.. C’est une page qui se tourne, une de plus..


La presqu’ile de Lang San, au pied du col des nuages, vers Danang, au mois d’aout 2025..

Un projet peut en cacher un autre. Juste à coté du précèdent, autour du terminal d’essence, d’autres travaux titanesques sont en cours. Il s’agirait de l’extension du port de commerce, mais le sujet n’est pas très clair. Cohabitation entre des cargos et des activités touristiques ? bizarre.. à suivre donc.

La ville de Danang est devenue au haut lieu du télétravail pour les étrangers. Malgré des visas court terme (3 mois), des étrangers y vivent et y travaillent en grand nombre. Ils logent tous le long de la mer. Des bars et restaurants se sont ouverts pour eux et c’est aussi une bonne nouvelle pour les centaines d’hôtels ordinaires qui avaient du mal à vivre ces dernières années..


La plage à 6h du matin..

Mais le spectacle le plus fascinant reste la plage à partir de 5 heures du matin ! Toute la ville ou presque se réunit là pour profiter de la température clémente. De la marche, de la natation, du paddle.. On y croise aussi des influenceurs et des couples venus profiter du levée de soleil pour y faire des photos. Ce jour là, pas moins de 7 couples faisaient des photos de mariage ! Un petit marché aux poissons anime aussi les lieux.. A 7 heures, c’est déjà fini, chacun retourne à ses occupations..


La marché aux poissons sur la plage..


Photos de mariages sur la plage..

Danang et ses 1.3 millions d’habitants est la 5eme ville du Vietnam. Son aéroport construit en plein centre ville (héritage des américains) facilite grandement les flux de circulation, tant pour les affaires que pour le tourisme. Il y a chaque jour au moins 55 vols en provenance de Hanoi et 45 depuis Saigon ! S’ajoute à cela au moins 20 vols de Corée du Sud et 40 autres vols internationaux.. 80% des touristes visitent Bana Hills, avec le fameux « Golden bridge » et son « petit Paris », un décors kitsch qui plait aux asiatiques.

Alors pour ceux qui aiment le modernisme, cap sur Danang !

Pour les autres, il vaut mieux rester à Hué ou les sites anciens abondent et donnent à la ville un charme unique…

Renaissance de la «maison aux 10.000 piastres»!

Le quartier de la cathédrale Phu Cam réserve encore quelques belles surprises pour ceux qui aiment les maisons d’autrefois. Si l’ancienne église existait depuis 1902, les maisons qui existent encore sont plus récentes. Elles sont notamment liées à la famille Ngo, grande famille de Hué dont quelques noms ont emmaillé l’histoire du Vietnam (Ngo Dinh Kha, Ngo Dinh Diem..).


Inauguration de l’ouverture de la maison-musée en aout 2025

La rue Ham Nghi, autrefois simple chemin sans nom, s’est enrichie à partir des années 20 de jolies maisons en brique et à étages. De nos jours, il reste encore la très belle maison de Mgr Van Thuan (ruelle 53), celle d’une école (numéro 61), la petite maison au centre du domaine de Cocodo (53). De l’autre coté de la cathédrale, sur le même axe, on trouve l’ancienne maison du Vatican (1). A ma connaissance, toutes les maisons étaient occupées par des vietnamiens (sauf le représentant du Vatican !).

La maison qui nous occupe aujourd’hui est celle du 49 rue Ham Nghi. D’après des sources locales, on l’appelait autrefois la « maison aux 10.000 piastres », car elle avait été construite grâce à un gain issu de la loterie indochinoise ! Les heureuses gagnantes, deux sœurs, l’ont occupée, semble t il, pendant longtemps.


Etat de la maison avant sa restauration

La loterie indochinoise a été lancée pour la première fois en 1935. A l’époque, à la suite de la crise de 29, les caisses de la colonie étaient au plus bas, et certains trouvaient l’idée d’une loterie comme le moyen le plus indolore pour la population de récolter des fonds. Bien sur, cela n’a pas été simple, certains redoutant que la population se détourne « du travail, de l’effort, de l’épargne » pour s’adonner à ce nouveau jeu.. Finalement, la 1ere loterie a vu le jour en février 1935 et concerna les 5 pays de l’Indochine. Pour éviter les critiques, le gouvernement décida d’affecter les recettes « aux dépenses d’assistance sociale ».. Le ticket valait une piastre (10 euros d’aujourd’hui) et le premier prix 100.000 piastres. La loterie fut rapidement mensuelle et eu un immense succès, notamment parce que les vietnamiens sont très joueurs. Elle fut interrompue en 1945 suite à l’occupation japonaise.


Publicité pour la loterie indochinoise à Haiphong (?) (source internet)


Billet de loterie (source internet)

La maison du 49 Ham Nghi fut donc construite probablement à la fin des années 30. Je ne connais pas la suite directe de l’histoire de cette maison, mais au final c’est la ville de Hué qui s’en est retrouvée propriétaire. A mon arrivée en 2011, elle était occupée par une entreprise privée et la demeure n’a pas cessé de se dégrader. Finalement la ville a récupéré le lieu et l’a mise aux enchères pour une location de longue durée.
Cécile Le Pham, franco vietnamienne, propriétaire de la résidence hôtelière située juste à coté, est donc la nouvelle occupante des lieux. Elle a magnifiquement restauré cette maison qui va servir à accueillir sa collection d’art (musée Cecile Le Pham).

A l’interieur, les plafonds sont hauts, les pieces ont toute une petite cheminée (eh oui, il fait frais en hiver ici aussi..). L’escalier en bois noir est très beau. Il a fallu refaire certains planchers qui menaçaient ruines.


Carreaux de ciment


L’escalier


L’une des cheminées

Tout autour, il est prévu d’aménager les espaces et d’ouvrir un café voire des boutiques, en liaison avec Cocodo.

Accessoirement, le lieu a servi et servira surement dans le futur de lieu de tournage de films..

On ne peut que se réjouir d’une telle renaissance !

(1) Voir mon article paru en 2018, https://blogparishue.fr/maisons-historiques-dans-le-quartier-phu-cam-a-hue/

Construire une maison au Vietnam

Apres 10 ans en location, nous avons décidé de sauter le pas et d’acheter une maison.. La location, ca peut être bien, mais ca vous donne aucun droit. Tout est au nom du propriétaire. Les contrats de location ne sont pas règlementés alors on est constamment à la merci du propriétaire lors des renouvellements. C’est pour cela que la majorité des vietnamiens sont propriétaires.


les peintres à l’oeuvre…

Acheter une maison peut être très rapide. Lire mon article paru en 2023 (1). Vous achetez ce que vous voyez, car il a aucun diagnostic comme en France. En general, pas de plans non plus. On se débrouille !
Dans notre cas, le titre de propriété officiel n’était pas à jour, ni pour la maison, ni pour la surface. C’est courant, mais dans notre cas, cela nous fut favorable. La surface réelle était plus grande que la surface enregistrée. Comme le prix ne depend que de la surface (la maison est en « cadeau »), c’est important.

La maison étant trop petite et trop vietnamienne à notre gout, on a décidé de tout changer. Réagencer tout l’intérieur et agrandir la maison.

Au Vietnam, vous avez alors 2 choix :
– Vous prenez un entrepreneur qui va gérer le projet et sa réalisation de A à Z,
– Vous prenez un maitre d’œuvre pour la construction mais vous vous occupez de toute la partie « achat » des matériaux.

Tout faire ou superviser par soi même est évidemment plus économique, mais cela implique un travail à plein temps sur le chantier, gérer au quotidien les différents corps de métiers, la gestion de commandes, le choix des matériaux etc..

Si on veut une maison qui dure dans le temps, il vaut mieux choisir et contrôler les matériaux, car ici, pas de garantie décennale et les filous sont nombreux.. Il n’y a qu’un vietnamien qui puisse s’occuper d’une telle tache et c’est donc ma femme qui s’y est collée..
Et ici, les ouvriers travaillent 7 jours sur 7, à partir de 7h du matin.. autant dire que la supervision d’un chantier est un sacerdoce, et met à rude épreuve la vie de couple. Pas de vacances pendant toute la durée du chantier, qui, comme souvent, est interminable !


On coule le béton! les casquettes et chapeaux coniques remplacent les casques..

Je me suis occupé des plans. Le maitre d’œuvre n’a dessiné que les fondations, validées ensuite par un architecte. Mais en l’absence de plan d’origine, on a parfois des surprises. La présence d’une fosse d’usage plus large que prévue nous a fait décaler un mur porteur de 50cm, décision prise le 1er jour des travaux..

La gestion totale du projet a aussi un autre inconvénient, c’est l’absence de visibilité sur le cout total du chantier. On signe un contrat chiffré avec l’entrepreneur mais on ignore totalement le cout des matériaux.

La construction d’une maison est assez simple au Vietnam. Fondations peu profondes, ferraillage et béton pour les planchers, des briques pour les murs, des châssis en aluminium pour les portes et fenêtres.. du fait de la chaleur et de l’humidité existante au centre Vietnam, on pourrait penser trouver des spécialistes de l’isolation des maisons. Mais non, il n’y a rien. Heureusement, St Gobain vient d’arriver à Hué et nous avons trouvé les produits adéquats (mais au prix fort !). En revanche ici, on accorde beaucoup d’importantes aux éléments cultuels : l’agencement des pièces, l’orientation des maisons (le fameux fenshui)… La hauteur des portes, le nombre de vantaux, le choix de la pièce pour l’autel des ancêtres sont primordiaux. Règles que nous avons laissées aux autres.


Les femmes travaillent autant que les hommes..

Les ouvriers sont en général tous des paysans du coin. Ils sont sérieux, courageux et sympathiques. Bien sur, aucun n’a étudié pour ces métiers, tout est fait « sur le tas ». Chacun a une fonction spécifique, avec une hiérarchie de postes bien définis. Ainsi, ici, on trouve des « aide maçons », bien inferieurs aux « maçons » ! Les salaires sont plus élevés qu’un travail normal, en raison de la forte demande et des conditions climatiques épuisantes. Chez nous, ils ont gagné entre 350-500kvnd par jour travaillé (13 – 18 euros), avec un salaire mensuel autour de 12 millions, soit 400 euros. C’est un bon salaire pour le Vietnam, pour un travail manuel. Pour ca, il faut quand même travailler presque tous les jours.

Certains n’aiment pas les ouvriers de Hué, difficile à manager. De fait, les entrepreneurs font souvent venir des équipes complètes de Saigon ou d’ailleurs pour mener à bien un projet. Des équipes qui logent sur le chantier.

Les achats de matériaux se font au fur et à mesure. Un coup de téléphone suffit et le camion arrive rapidement. Tout est payé au fur et à mesure. Un vulgaire papier tient lieu de facture. Pas de TVA car ce ne sont que des petits entrepreneurs. A force, ma femme connait tous les prix. Pas de promo ici mais on peut toujours négocier. Les prix peuvent fluctuer, et notamment le sable, en rarefaction dans le monde entier. Un m3 valait 320 kvnd (11 euros environ), 6 mois après, 500 kvnd..


Découpe du marbre

La chantier s’est bien passé, sans surprise. Le plus impressionnant fut le coulage de la chappe de béton. Plus de 15 personnes sont intervenues ces jours là..


préparation du ferraillage

Evidemment, les conditions de sécurité sont loin d’être ceux de l’occident. Mais quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, on ne peut pas changer les habitudes locales. Heureusement, aucun accident n’est survenu. Ils souscrivent en général une assurance santé pour eux même.

Le choix des artisans (plombier, électriciens, peintres ..) se fait par le bouche à oreilles… Tout fonctionne au forfait, mais les délais ne figurent pas dans l’accord.. on a parfois des surprises, les vietnamiens étant des gens pressés qui n’hésitent pas à payer pour être servi en premier.. de fait, certains travaux ont trainé en longueur.. Là aussi il faut tout acheter, et cela peut représenter des dizaines de fournitures à livrer, du moindre pinceau au tuyau de vidange. Un travail fastidieux.

Les portes fenêtres en aluminium sont faites sur mesure par une entreprise locale. La vente n’est pas le point fort des vietnamiens. Celui qui vend n’est pas celui qui fait le devis, les erreurs sont multiples. On nous rappelle rarement, comme si ces entreprises n’avaient pas besoin de clients.. La rigueur n’est pas la spécialité locale.

On a aussi fait une cuisine équipée. La aussi, il a fallu choisir et acheter nous même les poignées de porte, les charnières, le plan de travail.. Le marbre rouge, magnifique, vient du sud Vietnam. On a payé 285 euros pour 6.5 mètres linéaires, découpe et pose comprises..

Les vietnamiens ne sont pas très sensibles aux finitions. Alors, il faut tout vérifier, et, comme partout, ca prend beaucoup de temps. Le pire, ce sont les peintres. Ils en mettent partout et ne nettoient jamais. J’ai passé des jours à tout nettoyer…

Que conclure sur ce chantier ? seuls des vietnamiens peuvent le gérer ainsi ! Des occidentaux sont incapables de comprendre la manière de faire… Ici, tout est dans l’affectif, le relationnel..
On a surement économisé beaucoup d’argent à tout superviser nous même. On a une maison qui correspond parfaitement à nos gouts et qui durera surement plus longtemps que les autres. Pour autant, ce fut une épreuve.. pas sur qu’on le refasse un jour !

(1) https://blogparishue.fr/acheter-un-bien-immobilier-au-vietnam/