Offrandes Annamites, peinture de 1931

J’aime bien cette peinture que possède le musée du Quai Branly. Elle fait partie d’une frise de 40 metres peintes par Marie-Antoinette Boullard-Devé (1887-1966) pour l’Exposition Coloniale de 1931 de Paris. A l’époque, la frise a prise place dans le pavillon de l’Indochine. A la fin de l’exposition, elle a été démontée pour rejoindre les collections du musée des colonies.

Sur le site du musée, on retrouve plusieurs parties de cette fresque. A voir !

‘http://collections.quaibranly.fr/#bd65d007-69c6-4f79-a67d-b4987d545c90

La beauté des enseignes peintes du Vietnam

Elles font tellement parties du paysage qu’on ne les voie même plus… et pourtant, les enseignes commerciales sont une marque indissociable du Vietnam. Aujourd’hui, ces enseignes peuvent être réalisées par ordinateur et imprimées en quelques minutes. Mais autrefois, elles étaient peintes et c’était vraiment un travail d’artiste.


Source internet https://www.tegriggs.com, photo de T.E. Griggs

La tradition du panneau peint vient très probablement de la Chine. Les caractères chinois dorés gravés sur un épais panneau de bois sont depuis toujours le symbole des fils du ciel.
On peut d’ailleurs penser que les vietnamiens se sont inspirés de celles de Cholon, le quartier chinois de Saigon, pour développer leur propre style.


Saigon en 1962, Source flick


Saigon autrefois, photo source internet


Belle enseigne d’un coiffeur, autrefois, source Saigon Vi Vu

Apres le bois, ce fut la tôle peinte quand les peintures sur métal sont arrivées. Ces enseignes ont envahi les quartiers commerçants pendant des décennies. Toutes différentes, elles étaient l’expression à la fois de la personnalité du commerçant et de l’artiste qui l’avait réalisée. Inconsciemment, ces enseignes apportaient couleurs et beauté aux quartiers commerçants. Le Vietnam se prête bien à ces enseignes, car c’est le royaume du petit commerce. L’enseigne fait la largeur de la boutique, 3 à 5 mètres tout au plus.


Boutique d’un portraitiste à Hué il y a une dizaine d’année. Depuis, il est parti en retraite


Une enseigne peinte directement sur le mur, rue Phan Dang Luu à Hué


Boutique de l’artisan peintre à Hué

A Hué, on trouve encore un artisan peintre d’enseignes. Son atelier est situe au 141, rue Huynh Thuc Khang, le long du canal Dong Ba. Il est installé la depuis des lustres. La surface de sa boutique lui permet de faire de grand format. Il nous a expliqué qu’il a toujours voulu faire ca. Comme son père faisait un autre métier, il fut apprenti dans un atelier avant de se mettre à son compte. Il en a peint des centaines. La concurrence était dure, car ils étaient nombreux autrefois à faire ce métier. Il y avait aussi ceux qui se spécialisaient dans les pubs des films de cinéma. Aujourd hui, il est contraint de peindre autre chose, mais il a de temps en temps des commandes pour des enseignes « vintages ». Il facture 800 kD par mètre linéaire, soit 32 euros. On aurait espéré voir des carnets d’esquisses mais il n’a jamais rien gardé de ses travaux antérieurs.


Enseigne faite récemment par l’artisan peintre de Hué

Au hasard des ballades dans Hué, on peut voir encore ici et la quelques enseignes peintes, bien sur un peu défraîchies après plusieurs décennies d’existence. La plupart peuvent être vues en face du marché Dong Ba, le long du canal du même nom et dans la rue Phan Dang Luu. J’en ai recensé une quinzaine peut être…


Le réparateur de machine à coudre pres du marché Tay Loc à Hué

Près du marché Tay Loc, un réparateur et marchand de machines à coudre exerce son métier depuis 45 ans. Et il exhibe fièrement une tôle peinte par son frère. Son frère a fait les beaux arts à Hue et vit maintenant aux USA..

Près du marché An Cuu, dans une ruelle, c’est probablement la plus belle plaque encore existante. Elle décore la boutique d’un tailleur. Les deux sœurs qui s’occupent de la boutique expliquent que c’est leur père qui l’a fait réaliser. Elle a été faite par le peintre de vélo du marché An Cuu. Je découvre qu’autrefois, on peignait régulièrement les vélos pour les protéger de la rouille. Le choix des couleurs et des motifs devenait alors un travail d’artiste.
L’entrée de la maison/ atelier se fait par la ruelle, car la rue a été élargie et l’entrée principale a disparu. La visite de la maison réserve bien des surprises : l’enseigne en relief de l’ancienne boutique, des armoires métalliques magnifiques, une malle en fer dans laquelle on conservait les choses précieuses pendant la guerre. Comme dans beaucoup de familles à Hué, rien n’a bougé, tout est resté en l’état depuis la mort du père.


L’enseigne du tailleur près du marche An Cuu

Aimant manier les logiciels de dessin, je n’ai pas pu m’empêcher d’essayer de créer moi-même quelques modèles.. Par exemple, cette création pour le cinéma Morin, autrefois très célèbre. Il me reste à présent à les peindre, et ce ne sera pas le plus facile…

Ou voir encore des enseignes traditionnelles ? Des cafés branchés se plaisent à les remettre au gout du jour, à Saigon ou Hanoi. Pour les originales, il faut avoir de la chance et beaucoup chercher. On en trouve aussi quelques unes au Laos et au Cambodge, dans les quartiers historiques. Dans le style chinois, il faut aller à Penang. C’est le paradis des enseignes la bas…

Voyage en Indochine en 1938, Eli Lotar

Photographe et cinéaste français d’origine roumaine, Eli Lotar (1905 – 1969) est arrivé en France en 1924 et est rapidement devenu l’un des premiers photographes d’avant-garde à Paris. Auprès de Germaine Krull et plus tard chez les Surréalistes, son travail a été publié dans de nombreuses publications d’avant-garde de l’époque, et présenté dans plusieurs grandes expositions internationales de photographie. (1)

Très sensible au contexte politique et social des années 30, il multiplie les reportages engagés, des abattoirs de la Vilette aux taudis d’Aubervilliers.

Grace à une rétrospective faite en 2017 au Jeu de Paume à Paris, ses travaux sont mieux connus.

Le centre Pompidou possède, grâce à une donation faite en 1993, une quantité impressionnante de clichés. On découvre ainsi les photos réalisées lors d’un « Voyage en Indochine » effectué en 1938. Ce ne sont pas moins de 1500 negatifs qui sont disponibles en ligne. Il y a beaucoup de photos similaires ou sans intérêt particulier, mais certaines sont vraiment uniques. Elles restituent l’ambiance de cette année 1938 alors qu’on est davantage habitué à voir des photos des années 20 ou du début des années 30.

Il n’y a aucune explication sur ce voyage ni aucune légende attachée aux photos. J’en ai sélectionné 6 et les commentaires sont donc les miens.

L’ensemble des photos est à découvrir sur https://www.photo.rmn.fr/

Cette photo monte une borne qui a du faire fureur lors de sa mise en place! Elle permet d’estimer les distances sur le plan de Saigon, à l’aide d’une règle rotative.. La nuit, la borne s’éclaire grace à un tube néon! A droite, le film du jour au cinema du Majestic, Le femme du Boulanger, sorti en métropole en Septembre 1938. Les cinemas Eden et Majestic étaient les 2 cinémas les plus courus du centre ville.

Le Tramway qui rejoint Saigon à Cholon. La photo est prise depuis l’arrêt qui se trouve en face du marché Benh Thanh, à proximité de l’ancienne gare du centre ville. C’est devenue la gare routière des bus de la ville jusqu’aux travaux actuels du métro.

Des turfistes heureux à l’hippodrome de Phu Tho de Saigon. Les français ont introduit les courses de chevaux, au grand bonheur des vietnamiens qui aiment parier. Les installations existent à priori encore, mais les courses ont été stoppées.

Scène de marché avec les publicités bien connues des français.. On notera la présence d’un cyclo pousse, grande nouveauté à cette époque ! Ils mettront plusieurs années pour arriver à Hanoi.


Funérailles à Saigon, avec un bonze bouddhiste qui ouvre sans doute la procession. Les grandes bannières de cette époque, offertes par les amis du défunt et célébrant ses qualités sont remplacées aujourd hui par des couronnes de fleurs, parfois en grand nombre.

(1) Texte issu du site http://www.culturekiosque.com/travel/item27861.html

Services for foreigners in Hue, Vietnam

Everyone knows that in Vietnam, the language barrier is difficult. Few locals speak English. In addition, there are always higher prices for foreigners, even if they have been living there for years.

And despite this, I don’t see any services in Vietnam for foreigners, apart from official translation agencies or travel agencies for visa.

So my wife and I decided to launch this service in Hue to help foreigners who are living or staying here.

Negotiating motorcycle purchase, renting a room at local price, writing a contract in Vietnamese, dealing with the administration, getting advice for starting a business, solving a quarrel, doing research by interviewing people, getting support at the hospital… the potential list is long!

My wife, pearl, is the best one to do that: native of Hue, dynamic, talented, high skilled, open minded and full of experiences… of course, she can speak good english.

Our main goal is to serve others, not to make money. If you are interested, feel free to visit the Facebook page or contact us!

Services aux étrangers venant à Hué

Chacun sait qu’au Vietnam, la barrière de la langue est une vraie difficulté. Peu de locaux parlent l’anglais. S’ajoute à cela des prix toujours majorés pour les étrangers, même s’ils vivent ici depuis des années.

Et pourtant, malgré cela, il ne semble pas y avoir au Vietnam d’offres de services pour les étrangers, en dehors des agences officielles de traduction ou des agences de voyages pour les visas.

Alors ma femme et moi avons décidé de lancer ce service à Hué pour venir en aide aux étrangers qui vivent ou séjournent ici.

Négocier l’achat d’une moto, louer au prix local une chambre, rédiger un contrat en vietnamien, communiquer avec l’administration, rechercher de la parenté, obtenir des conseils pour créer son entreprise, solutionner un différent, obtenir de l’aide lors d’une hospitalisation… la liste potentielle est longue! Et c’est ma femme, perle, qui est la mieux à même de réaliser la plupart de ces taches.

Notre objectif est surtout de rendre service, pas de faire de l’argent. Nous cherchons à faire profiter aux autres nos compétences, notre expérience à Hué. Si vous êtes intéressés, n’hésitez pas à visiter notre page Facebook ou à nous contacter !

En 1938, la premiere croisière américaine à Hué

Le 28 mars 1938, c’est toute la ville de Hué qui se prépare à accueillir les passagers du Franconia. 251 touristes américains à Hué, c’est du jamais vu ! Le paquebot est arrivé à Tourane (Danang) après une navigation de plusieurs jours en provenance de Bangkok. Un train spécial est affrété pour amener les passagers à Hué, distant de 107 km. Tous les taxis et voitures de Hué ont été sollicités pour l’occasion, 45 au total. Mais cela ne suffit pas, alors il faut requérir les pousse-pousses de la ville.


Les voitures de la ville attendent les passagers du Franconia en gare de Hué. Au fond, on distingue l’hotel de la gare, le 2eme hotel de Hué, qui dispose de 8 chambres, contre 70 pour l’hotel Morin(photo BAVH)

Les touristes en automobiles vont visiter les environs de la ville et les tombeaux. Ceux en pousse vont visiter la citadelle (porte Ngo Mon, la salle du trone, la porte dorée et le palais Can Chanh, ces deux derniers étant détruits aujourd hui), le musée des antiquités et se promener dans la ville « annamite ». Pour le dejeuner, les voyageurs sont conduits à l’hôtel Morin, organisateur du séjour à Hué mais aussi seul hôtel de la ville à pouvoir accueillir autant de visiteurs. L’apres midi, les voyageurs échangent leurs vehicules et permutent les visites.
Les passagers repartent le soir en train pour rejoindre le bateau. Une journée bien remplie qui enchantera les passagers, si on en croit les commentaires de l’époque.


Les pousse-pousses attendent eux aussi les visiteurs du Franconia. Au fond, on distingue l’usine de glace (photo BAVH)

Pour les autorités de Hué, c’est un beau succès dans la stratégie de promouvoir le tourisme en Indochine. En 1938, il n’y a encore que 150 hôtels et bungalows (lieux d’hébergement tenus par l’administration quand il n’y a pas d’hôtels). Mais le réseau routier progresse vite : 30.000 km de routes ont été aménagés, dont les 2/3 sont utilisables pendant la saison des pluies. Il y a aussi 3200 km de chemins de fer, grâce aux grands projets lancés au début du siècle par Paul Doumer. L’Indochine comble ainsi peu a peu son retard sur les pays limitrophes, notamment en matière d’hôtellerie de luxe, beaucoup plus développés dans les colonies britanniques ou néerlandaises, comme à Java.


Le SS Franconia, sur une carte distribuée par la compagnie Cunard (source internet)

Les Messageries Maritimes organisent aussi des croisières au départ de Marseille. Mais elles ne dépassent pas 80 jours et ne vont pas au delà de l’Indochine.

A Hué, le tourisme progresse mais reste encore faible. Toujours en 1938, le bureau du tourisme a délivré des autorisations pour la visite de la citadelle à 2080 indochinois, 1170 français et 660 étrangers.. On est loin des 1,5 millions de visiteurs de la citadelle d’aujourd hui!


Le trajet du Franconia l’année précédente, en 1937 (source internet)

Les touristes américains qui visitent Hué ne sont pas des touristes ordinaires. Ceux du Franconia font le tour du monde en 6 mois ! Le paquebot est parti début janvier de New York et passera notamment par Rio, l’Afrique du Sud, Bombay, Penang, Singapour. Il continuera sa route vers la Chine et le Japon pour rejoindre San Francisco puis le canal de Panana avant de retrouver New York. De nombreuses excursions à terre sont organisées. A bord, c’est le grand luxe pour l’époque. Salle de sport, 2 piscines, un terrain de squash, des menus à faire saliver plus d’un gourmet, des chambres spacieuses. Le volume des bagages n’est pas limité.


Le publicité pour la croisière de 1936

Le Franconia a été spécialement construit pour des croisières de longue durée. Il a été lancé en 1922 d’Ecosse. Le bateau appartient à la société anglaise Cunard White Star dont le Queen Mary concurrence notre Normandie sur les lignes Atlantiques. Le Franconia d’ailleurs effectue aussi les traversées de Liverpool à New York pendant les 6 mois d’été. Mais en hiver, il est le seul à faire des croisières aussi longues autour du monde. Il a été repeint en blanc pour l’occasion. Les cabines de 3eme classe ne sont pas accessibles. Seule une poignée de riches clients prennent place à bord, parfois accompagnés de leurs domestiques qui jouissent d’un prix spécial.


Article consacré au Franconia (source internet)

Les passagers sont tellement ravis de leur excursion à Hué que la compagnie met au programme la même escale pour l’année suivante. Elle aura bien lieu en mars 1939 mais ne passera que quelques heures à Hué, contrairement au programme annoncé, sans doute en raison de la montée des tensions internationales.

Le Franconia est réquisitionné en septembre 1939 pour le transport de troupes. Il est repeint en noir pour l’occasion. Il transportera des troupes britanniques, 3000 soldats à chaque fois, en Norvège, en France, en Inde. Il est parfois endommagé mais jamais coulé. En 1945, il met le cap sur Yalta et servira d’hébergement pour Winston Churchill et la délégation britannique. A la fin de la guerre, il sert encore aux rapatriements, notamment au Canada. Il cesse de prendre des passagers en 1949 et sera complètement désarmé en 1956.


Itinéraire prévu pour la croisière du Franconia de 1939, avec le passage à Hué (source internet)

Et qu’en est il des croisières à Hué de nos jours ? A 65km au sud de Hué, le port de Chan May est opérationnel depuis 2008 pour accueillir les croisiéristes du monde entier. De nos jours, une soixantaine de paquebots y accostent chaque année. Les touristes rejoignent ensuite Danang ou Hué en bus, toujours pour la journée.


Pub pour la croisière de 1936 (source internet)

Voir aussi le programme de la croisière de 1923
‘http://www.panorama360.es/pano/Franconia1923

Principales sources : BAVH Amis du Vieux Hué, Gallica