La manufacture de tapis en laine Hang Kenh

C’est en visionnant une vidéo sur Youtube que je découvre par hasard un tapis resté dans un état magnifique, bien que le château dans lequel il se trouvait soit à l’abandon depuis au moins 45 ans.. ce tapis aux motifs asiatiques a surement été fabriqué par la manufacture Hang Kenh (1). C’est l’occasion de se pencher sur l’histoire de ce joyau de l’Indochine.


Photo extraite de la video « La chateau d’une famille disparue en France – Urbex »

Nous sommes au début des années 30 a Hanoi. 2 ingénieurs y vivent, et œuvrent dans le béton … il s’agit de Georges Fenies et Armand Guillou . Durant leur temps libre, ils se passionnent pour les tapis noués à la main. A cette époque, ces tapis en laine sont faits en chine et ont beaucoup de succès à l’étranger, notamment aux Etats Unis. Les 2 ingénieurs constatent cependant que la laine est assez grossière. Les chinois ne savent pas laver correctement les fibres et cela impacte la brillance finale.
En Indochine, pas de mouton donc pas de laine. Mais en revanche, la main d’œuvre est habile. Alors pourquoi ne pas essayer de fabriquer des tapis au Tonkin avec un mode opératoire un peu different ? ils décident en 1932 de monter leur atelier. La laine déjà filée et teintée viendra de Roubaix, les dessinateurs et les formateurs viendront de Chine. L’objet de leur entreprise n’est pas le profit. C’est la passion qui les guide. Leur atelier est situé dans le quartier Hang Keng à Hai Phong, et ce lieu deviendra leur marque « les tapis de la Manufacture de Hang Kenh ».


Une publicité parue en 1937

Au début, ce sont les plus beaux tapis chinois qui sont reproduits, ceux qu’on trouve dans les musées de Londres, Tokyo et New York. Le succès est immédiat. Leur fierté est immense quand le jeune empereur Bao Dai, de retour de France, vient visiter leur fabrique en 1933.


Visite de Bao Dai en 1933, paru dans le journal Excelsior

Mais l’importation de laine de France prend du temps et la rupture de stock de fibres colorées peut bloquer toute la fabrication. Ils décident donc de participer à la création d’une teinturerie moderne. Ils finissent aussi par acheter la laine en direct, d’un peu partout, mais surtout d’Australie et d’Inde.. « Leur laine est aussi douce que la soie » lira-t-on…


Extrait d’un article paru dans le Bulletin de l’Agence Economique de l’Indochine, en 1934

Aux motifs chinois d’origine succèdent des motifs plus modernes, répondant davantage aux gouts des occidentaux. Les couleurs sont aussi adoucies et mises en harmonie. La production augmente fortement. Leur notoriété aussi. Les touristes voyageant par les Messagerie Maritimes visitent leur installation à Haiphong.
En 1936, ils ouvrent un magasin à Paris, à quelques pas de la Banque de l’Indochine sur le bd Haussman.
En 1938, ils font travailler plus de 500 tisseuses sur plus de 100 métiers. Les salaires représentent 40% du cout de revient. 8000m2 de tapis sont tissés cette année la, ce sera leur record. Ils créent aussi une filature de laine.
En 1939, ils participent à l’exposition de San Francisco. Les demandes des Etat Unis affluent, ils doivent déménager dans la banlieue de Haiphong, à Lam Ha. Ils créent aussi un atelier dédié aux commandes américaines, à Do Moi.


Une pub parue en 1937 dans le journal de croisière de la « Cie Générale Transatlantique »

Claude Dervenn, de l’académie française, qui a épousé Guillou quelques mois auparavant rédige un très bel article dans la revue française « L’Art Vivant ». Elle y décrit avec beaucoup de poésie le symbolisme des tapis, « des dessins minutieux empruntés aux porcelaines et aux soieries ». Ces symboles sont « de nombreux caractères qui vous disent « Santé », « Prospérité » « Bonheur sans fin », « Nombreuses progénitures », n’est ce pas charmant ?».. Vous trouverez cet article en piece jointe.


Autre pub parue en 1939 dans la revue « L’art Vivant »

Hélas, la guerre survient et leurs matières premières ne sont plus acheminables vers l’indochine. En 1943, afin de garder leur savoir faire, ils continuent de faire travailler quelques uns de leurs ouvriers, sur de la soie et de la jute.

Le coup de force des japonais le 9 mars 1945 va être fatal aux ingénieurs : ils sont tués. Et un peu plus tard, leur atelier de Lam Ha est incendié par le Viet Minh. La société continue de fonctionner et vient meme en aide aux combattants indochinois, comme en témoigne l’article ci dessous:


Article paru dans le journal L’Aurore en 1950

En 1961, la production de tapis redémarra sous le régime nord vietnamien. Les tapis de grand format, toujours en laine, servent à décorer les bâtiments officiels. D’autres sont exportés en Urss et dans les pays du bloc communiste. La société est toujours existante mais s’est diversifiée dans différents domaines. Mais une autre société privée est née aussi en 2014, toujours à Haiphong, avec des designs très modernes. 1000 m2 de tapis noués à la main était l’objectif de production de 2020. Il est probable que les très beaux tapis des hôtels 5 étoiles du pays proviennent de ces ateliers. Mais la laine de mouton ne vient toujours pas du pays. Au Vietnam, on n’aime pas la viande de mouton et les seuls que l’on puisse voir, en petit nombre, sont dans la région de Mui Ne.


Un exemple de tapis moderne fabriqué par la societé étatique vietnamienne

Ou sont passes les fameux tapis Hang Kenh ? J’ai cherché sur les sites de vente aux enchères, mais je n’ai rien trouvé. Au mieux, ils sont mis dans la catégorie : « tapis indochinois ». Il est pourtant temps de rendre hommage aux deux fondateurs et à leurs employés vietnamiens.

Sources et autres documentations:
– (1) en fait, on voit 3 tapis aux motifs asiatiques dans la video.. ‘https://www.youtube.com/watch?v=zX8cDhrAP9M
– article de Claude Dervenn, LArt_vivant___revue_bi-mensuelle_…_claudeDervenn.pdf

– article sur le site « entreprises Coloniales »
‘http://entreprises-coloniales.fr/inde-indochine/Tapis_Hang_Kenh.pdf

– article sur le site alasweb :
‘http://alasweb.free.fr/Bulletins/Bull%20186%203e-4e%20tr%202009/Hang_Kenh.html
– diverses sources sur gallica,
– site de l’entreprise publique, ‘http://hangkenh.com.vn/index.php/Site/About
– site de la nouvelle société, en vietnamien :
‘https://thamlenhangkenh.com/

Une villa coloniale d’exception à Danang

La plus belle des maisons coloniales de Danang est certainement celle située au 1 rue Pasteur.

Cette maison de fonction était autrefois occupée par le directeur des douanes et régies de Tourane, ancien nom de la ville de Danang.


Dessin issu du site d’architecture

Elle appartient à présent à la ville et elle est occupée actuellement par l’association des femmes de la ville. Cette heureuse destinée lui permet d’exister encore et d’être entretenue.

Les photos sont difficiles à prendre, car elle est orientée au nord est, et entourée de bâtiments assez hauts. Mais des photos de détails attestent de la beauté des ferronneries art déco, des balcons, et de l’harmonie de l’ensemble. Des éléments préservés qui sont particulièrement rares aujourd hui.


Plan d’orientation de la maison, issu du site d’architecture


Détail d’un balcon


Détail rampe d’acces à la maison


Motif d’un balcon

Cette rue Pasteur n’a pas changé de nom depuis le départ des français, ce qui mérite d’être souligné. Preuve une fois de plus de l’attachement des vietnamiens pour le nom de cet illustre chercheur, aux cotés de Yersin et Calmette.

Cette rue offre aussi d’autres maisons anciennes, dont certaines sont encore en bon état.

Ces dernières années à Danang, comme partout, plusieurs maisons anciennes ont été détruites. L’hôtel Hilton occupe l’emplacement de l’emblématique hôtel Morin, détruit il y a une dizaine d’années. Le musée Cham, la maison au 56 Tran Quoc Toan, l’église de Danang, l’ancienne direction des finances au 10-12 Tran Phu, l’ancienne résidence mairie au 42 Bach Dang font partis des vestiges de cette époque révolue.

Pour en savoir plus sur cette ville, je vous conseille de lire l’ouvrage de Tim Doling « Exploring Quang Nam », en anglais, récemment publié.

Source:
– site d’architecture pour le plan et dessin: https://www.tapchikientruc.com.vn/chuyen-muc/kien-truc-thuoc-dia-phap-tai-da-nang-gia-tri-nghe-thuat-va-nhung-thach-thuc-voi-thoi-gian.html,

Inondations au centre Vietnam

Les mois d’octobre et de novembre sont le signe de la saison des pluies au centre Vietnam et annoncent généralement l’arrivée d’inondations.


La rivière des parfums, à Hué

Cette année, les inondations furent au rendez vous ! Une inondation comme on en voit tous les 4 ou 5 ans.


Autre vue de la rivière, au niveau de l’ancien cercle nautique. La nouvelle promenade est sous les flots

Pour les étrangers qui vivent ici, c’est l’occasion de pester contre les maisons locales, très mal isolées. Des toits qui fuient, des murs qui suintent, une humidité très élevée, des fenêtres qui ferment mal… alors il faut s’armer de patience et sortir les seaux et les serpillières.
Mais cela n’est rien à coté des campagnes aux alentours, qui restent sur les eaux pendant plusieurs jours, sans électricité.


Le long du canal Dong Ba


Durex vous protege en toutes circonstances…

Le bilan est particulièrement lourd cette année. 17 ouvriers travaillant à la construction d’un barrage au nord de Hué ont été ensevelis par un glissement de terrain. Des militaires sont partis à leur recherche mais 13 d’entre eux, dont un colonel de Hanoi, sont également morts lors d’un nouveau glissement de terrain. Dans la province d’au dessus, au Quang Tri, 22 militaires sont morts dans leur caserne, toujours en raison de glissements de terrains.
En tout, 102 personnes sont décédées à ce jour du fait de la pluie. Suite à ces événements dramatiques, le Vietnam commence à prendre conscience des dangers de la déforestation.


Sous le pont de chemin de fer…

A Hué, en ville, l’ambiance n’est pas aussi triste. Les riverains sont habitués aux inondations et la vie continue. Le transport en barque est bien organisé. Ce n’est pas de la charité, c’est du business…


Dans la rue Chi Lang


Rue Chi Lang, devant l’ancien cinema

Comment bloquer un pays? une inondation sur un lieu stratégique, comme ici sur la nationale 1 à la sortie de la ville.. aucun véhicule n’a pu passer pendant plusieurs jours..

Violente tempête à Hué

Le 18 septembre 2020 restera une journée noire dans les annales de la ville ! Le typhon Noul a parcouru la ville en occasionnant de nombreux dégâts.


Devant la sortie de la citadelle intérieure…

Les jours précédents, on a vu les gens de Hué grimper sur leur toit et effectuer des consolidations de fortune.. Les toits en tôle sont encore légions et seuls de gros parpaings peuvent les maintenir en place. Ce n’est pas très esthétique, mais c’est efficace.

Le matin du 18 septembre, la journée a presque démarré normalement. Aucune pluie, aucun vent, seul le ciel gris annonçait une journée morne. Et puis d’un seul coup la pluie s’est mise à tomber, de plus en plus fort, accompagnée d’orages et d’éclairs. Le vent s’est mis à souffler. On parle de 100km/h. Et puis ce fut de plus en plus violent, avec des rafales dévastatrices. 90 minutes plus tard, tout était fini. Le temps s’est dégagé avec une rapidité déconcertante, la pluie a cessé, le vent a disparu. C’en était fini de la tempête !
Seule l’électricité manquait au programme. Elle sera coupée pour nous toute la journée, bien plus longtemps pour d’autres quartiers. Des pylônes ont été tordus en deux.


Autour de la citadelle…

Mais c’est en sortant qu’on a constaté les dégâts. On pouvait s’attendre à quelques toits envolés et de la tôle un peu partout. Ce fut au rendez vous. Mais la plus grande surprise fut le nombre incroyable d’arbres à terre. On en dénombre partout, des centaines, dans toute la ville, et notamment le long de la rivière des parfums et dans la citadelle. Des milliers de branches cassées.

Je fus surpris de voir que les arbres tropicaux, notamment les flamboyants, ont si peu de racines. Ces arbres poussent à une vitesse incroyable, mais tombent à la moindre tempête.
Mais ce fut le cas aussi de quelques banians séculaires.

Le nouvel hôtel Silk Path avait mis des « béquilles » à tous ses arbres, certains d’entre eux ayant été achetés à vil prix. Aucun n’est tombé. Pourtant le manager est un étranger. On peut se demander pourquoi les gens de Hué ne font pas pareil avec leurs arbres. Quelle tristesse !

Car les typhons ou tempêtes tropicales ne sont pas si rares dans le centre Vietnam. L’histoire est ponctuée de ces cataclysmes. Le plus célèbre d’entre eux a eu lieu en Septembre 1904. Tous les bâtiments de Hué ont été détruits, à l’exception de 3 maisons à terrasse. Cette année la, le pont Truong Tien (Thanh Thai à cette époque), construit 4 ans auparavant, a été retourné comme une crêpe. Seules les maisons traditionnelles annamites, basses et au toit de tuiles très lourdes, ont résisté.


Dans la rue Ngo Quyen

C’est aussi pour cette raison que les vietnamiens détestent s’installer en bord de mer. La cote annamite, qu’on appelait « la cote de fer », porte bien son nom. Elle subissait, et subit toujours, des tempêtes et des typhons dévastateurs venus des Philippines.


Le panneau renversé, le long du canal Phu Cam, témoigne de la force du vent..

Heureusement, on n’a constaté qu’un seul décès dans la province et les dégâts matériels ont été limités. Les pots de fleurs et les cages d’oiseaux sont revenus sur les balcons.


Pauvre ville de Hué !

Le succès des yaourts glacés

On connaissait les yaourts glacés vendus dans de petits sachets en plastique le long des rues au Vietnam. C’est délicieux !.

Un investisseur vietnamien s’est accaparé l’idée et a lancé un concept qui fait fureur aux 4 coins du pays. Du yaourt glacé servi avec un coulis et des fruits. Le tout présenté dans un verre. La recette du yaourt est le secret de l’affaire. Déjà plus d’une centaine de boutiques se sont ouvertes en franchise au vietnam. Et la dernière en date vient d’ouvrir à Hué. Nous y sommes allés tous les jours pendant les 4 jours d’ouvertures et de promotion ! C’est vraiment excellent et bien adapté au pays et à son climat chaud.

Les prix sont quand même un peu élevés pour les locaux : entre 15 et 35 kvnd le verre, suivant la garniture choisie, soit de 0.50 euros à 1.30 euros. Les parfums sont variés : pèches (le meilleur !), fraises, alovera, mangue, durian, jacquier, jeune riz, etc..


La nouvelle boutique de Hué

La marque Thiriet vient de lancer en France le yaourt glacé avec coulis en boite de 500ml. Preuve qu’un nouveau dessert est peut être en train de naitre..

Nouvelle vente aux enchères consacrée à l’Indochine

Cette vente aura lieu le 22 Septembre 2020 à Drouot. Elle est organisée par la maison Lynda Trouvé.

On notera un nombre important d’objets émaillés sur cuivre datant des règnes de Minh Mang et Thieu Tri. Ces objets, vases, assiettes, plats, ne sont pas si courants et représentent l’apogée de l’art de l’émail à Hué.


Magnifique coupe datant du règne de Thieu Tri (1840-1847), en decor émaillé polychrome sur fond bleu turquoise, hauteur 19cm, estimé 8/10.000 euros

Ces enchères mettent en vente aussi des objets du fond Albert Sallet, médecin présent à Hué de 1903 à 1931 et co-fondateur de l’association des Amis du Vieux Hué. On s’étonne de la présence de tels objets dans une vente aux enchères, sachant que le fond a été offert par son petit fils, jean Cousso, aux archives nationales d’outre mer en 2014…


Bulletins des Amis du Vieux Hué en vente, fonds Albert Sallet, collection complète de 116 numéros, vendus 19.000 euros

De nombreux objets proviennent aussi de la famille de l’Amiral de la Grandiere qui s’empara en juin 1867 des trois provinces vietnamiennes de Vinh Long, Chau Dôc et Ha Tiên, constituant ainsi la Cochinchine Française.


L’annonce de la prise des 3 provinces vietnamiennes signée par l’amiral de la Grandière

Le catalogue de la vente est en ligne sur le site www.lyndatrouve.com ou en suivant le lien :
https://catalogue.gazette-drouot.com//pdf/1605/106173/CATALOG9_INDO_8_22x28_SEPT_2020(1).pdf?id=106173&cp=1605