La magie des rizières en terrasse de Pu Luong

Pu Luong est un village situé à une centaine de kilomètres des villes de Thanh Hoa, Ninh Binh ou même Hanoi. Sa beauté réside dans de magnifiques rizières en terrasse situées au milieu de nombreux pics karstiques.. C’est pourquoi on parle de Pu Luong comme la « baie d’Halong terrestre des rizières ». Cerise sur le gâteau, Pu Luong est un territoire occupé par la minorité ethnique des Thai Noirs dont les maisons sont toutes sur pilotis… De quoi ravir les photographes et les amoureux de la nature..

Totalement inconnue du grand public il y a encore 5-6 ans, cette zone est sortie de l’ombre grâce à l’implantation d’un resort qui en a fait la promotion. Google Earth permet de découvrir l’étendue des rizières du ciel…

De notre coté, nous avons loué une moto à Ninh Binh et nous sommes allés à Pu Luong par les petites routes. Le trajet est magnifique mais nécessite un copilote armé d’un bon gps ! La route directe, que nous avons prise au retour, est rapide mais n’offre aucun intérêt particulier.
Après le pont qui passe sur le Song Ma, la route de Pu Luong offre une vingtaine de kilomètres très bucoliques, traversant des villages traditionnels Thai. La zone des rizières s’étend au moins sur 20km de long.

La grosse erreur serait de croire que nous sommes en altitude à Pu Luong. En fait, si les montagnes karstiques sont hautes, jusqu’à 1700 m d’altitude, la zone de Pu Luong est entre 100 et 400 mètres d’altitude. On ne vient pas ici pour trouver le frais en saison chaude, hélas… A notre passage, il faisait plus de 36 degrés, rendant impossible les ballades en journée.

Nous sommes allés à Pu Luong début juillet et nous sommes tombés un peu à la fin de la période du repiquage de la 2eme culture de riz. Il y a 2 récoltes de riz la bas, fin mai / début juin et fin septembre / début octobre.

Pour faire de la marche, la meilleure période semble être entre octobre et avril, lors de la saison sèche. Les mois d’été sont à proscrire tellement la chaleur vous accable. C’est aussi la saison des pluies.

Depuis que Pu Luong est sorti de l’anonymat, les resorts et homestays poussent comme des champignons. Actuellement, le plus populaire est le « Pu Luong HillSide Logde » avec sa magnifique piscine logée au cœur d’une rizière en terrasse. Je n’ai pas pour habitude de promouvoir des hôtels, mais les propriétaires, une famille Thai très dynamique, font leur maximum pour expliquer la culture locale et nous avons bien sympathisé avec eux. Combien de temps les « locaux » pourront ils tenir face aux investisseurs de hanoi ? toute la question est la, et la spéculation foncière actuelle fait craindre une bétonisation du lieu comme à Sapa.. Raison de plus pour y aller (très) vite !


La piscine du lodge…

En règle générale, il n’y a pas grand monde les jours de semaines. Mais les gens de Hanoi arrivent pour le week end et les prix y sont plus élevés.

Pu Luong est le nom de la destination, mais les rizières s’étendent bien sur sur plusieurs villages. Comme toujours au Vietnam, rien n’est fléché, il faut donc s’armer d’un gps pour arpenter les rizières et découvrir les villages environnants.

Les Thais sont très heureux de voir des touristes. Ils sont très souriants et se laissent facilement prendre en photo..

La terre est très riche à Pu Luong. Tout pousse facilement. Vous verrez aussi de nombreux arbres fruitiers. Evidemment, les prix sont bien meilleurs qu’en ville pour la production locale.


Maison traditionnelle Thai. Le vieux monsieur fait des hottes qu’il va vendre 1 euro…


L’intérieur d’une maison traditionnelle.

A la différence des minorités éthiques du nord Vietnam, les Thais ne portent plus leurs habits traditionnels au quotidien. Même au marché, vous ne verrez rien de pittoresque, à l’exception de quelques hottes.

Il y a un marché le jeudi et le dimanche à Pho Doan. On y trouve du tabac vendu en vrac, quelques fruits locaux, des escargots de la montagne et meme quelques fausses piastres. Quelques hottes traditionnelles y sont aussi vendues pour les locaux. Rien d’exceptionnel.

Le lait français moins cher que le lait vietnamien !

Pauvres agriculteurs français ! Même après 10.000 km de transport, votre lait vaut moins cher que le lait des fermes locales..

Le lait Prosperité est vendu un euro le litre (24900 vnd), 15% moins cher que le lait local (29500 vnd).

Comment peut on accepter ca ? A force de banaliser le lait, de le vendre dans des contenants ordinaires, sans faire aucun effort pour promouvoir les conditions d’élevages bien meilleures en France qu’ici (ferme de 10.000 vaches..), il ne faut pas s’étonner du résultat !

Le lait doit rester une boisson extraordinaire, un cadeau de la nature, un délice sans nom.. Combien de vietnamiens aimeraient avoir les moyens d’en boire tous les jours ? Ils savent tous que c’est bon pour la santé, et que c’est grace au lait que les enfants pourront être grands en taille, un rêve pour tous les vietnamiens… Au lieu de surfer sur toutes ces qualités, on vend le lait comme des produits sans valeur.

Alors, paysans français, au lieu de pleurer sur vos revenus en berne, il est temps de redresser la tête, d’être fier de vos produits! Apprenez à promouvoir votre lait, installez des fontaines à lait dans toutes les écoles et les lieux publics ! Et innovez ! Le lait micro-filtré, si bon au gout, est une innovation française, de l’Inra. Qui connait ce type de lait ? pourquoi ne développons pas cette technique à l’étranger ? Avec tout ca, les ventes suivront et vous retrouverez le sourire…

Henri Bogaert, la réussite exceptionnelle du 1er colon de Hué

Désiré – Henri Bogaert est né à Noorpenne (nord de la France) en 1859 d’une famille d’ouvriers agricoles. 20 ans plus tard, il est incorporé dans un régiment d’artillerie de marine pour son service militaire qui dure, à l’époque, 5 ans. Il apprend à Toulon la pyrotechnie et 3 ans plus tard, il est embarqué pour la campagne du Tonkin en tant que sous-chef artificier. Il s’illustre probablement dans la prise de Sontay fin 1883 contre les pavillons noirs (troupes chinoises) sous le commandement de l’Amiral Courbet. Mi 1884, il est libéré de ses obligations militaires et il décide de rester sur place. Il rejoint l’administration des douanes pendant 15 mois avant de démissionner. Il observera donc la prise de Hué par les troupes françaises en juillet 1885 sans y participer.


Henri Bogaert, photo de l’Association des Amis du Vieux Hué

Et dès novembre 1885, c’est une nouvelle vie commence pour lui. Il sera Colon ! Il décide de rester à Hué à une période où le choléra fait des ravages parmi les troupes françaises. L’Annam est en proie à beaucoup d’insécurité, l’empereur Ham Nghi est en fuite, et la capitale dévastée. Il fallait donc une bonne dose de courage pour rester sur place…

Il s’installe d’abord au port de Thuan An, le point de passage obligé pour tout ce qui entre et sort de Hué, hommes ou marchandises. En ces périodes troublées, il y a 4 régiments de marine, une clientèle toute trouvée ! H. Bogaert reprend alors un comptoir commercial et ouvre une succursale le long de la cote, à Dong Hoi, situé à 140km de là…

Il importe la 1ere machine à glace de l’Annam ! à cette époque, la glace est un vrai luxe. Des machines similaires viennent juste d’être mises en service à Hanoi et, avec Victor Larue, à Saigon et Haiphong. Au grand bonheur des militaires et des quelques européens qui y résident et qui ne peuvent se passer d’une pratique bien française, l’apéritif !

Il installe cette machine au Mang Ca, partie de la citadelle de Hué occupée par les troupes françaises. A cet endroit, il lance aussi un atelier de construction et de réparation et une scierie qui fonctionne avec une machine à vapeur, la 1ere en Annam.

En 1888, il achète une chaloupe à vapeur pour assurer le service du transport des marchandises entre Hué et Tourane. Il crée aussi une petite flottille de sampans qui assurent, avec les convois militaires hebdomadaires, un service entre Thuan-An et Dong-Hoi, desservant ainsi deux fois par mois les nombreux postes situés entre ces deux points. Entre temps, son jeune frère, Aimé Bogaert, est venu le rejoindre. C’est le début de la fortune !

En 1890, Henri fait un séjour en France dans son village natal pour prendre épouse.

Ses affaires continuent, malgré la baisse de la présence militaires à Thuan An après la capture du roi Ham Nghi en 1888.. En 1895, son frère Aimé décède. La même année, c’est son premier fils qui décède à l’age d’un an. En 1897, c’est le coup de grâce pour Thuan An : un typhon mémorable balayera les bâtiments encore en place et changera la passe de place.

Malgré tout, H Bogaert garde le cap et prépare l’avenir!

En 1896, Il découvre un gisement de calcaire sur le site de Long Tho, à 6km de Hué. Il y avait là un atelier de fabriques des fameux « bleus de Hué » mais les chinois qui détenaient seuls ce savoir faire ont fui lors des événements de Hué en 1885. Il est convaincu qu’après cuisson, ce calcaire donnera une excellente chaux hydraulique. Il commence donc la construction d’une usine qui fonctionnera en 1901.


L’usine de Long Tho (« le dragon éternel »)


L’usine de Long Tho, vue de la pagode Thien Mu, 1906

En 1899, il devient planteur aussi avec une plantation de café à Cu Bi, à 15km de la ville. C’est la mode à cette époque, et un autre colon de la 1ere heure, Camille Paris, fera de même à Tourane (Danang).

Ses affaires fonctionnent à merveille, et il est celui qui construit les ¾ des bâtiments en maçonnerie de la ville. En 1901, la même année que l’ouverture de l’usine de chaux hydraulique, il construit et ouvre le Grand Hôtel Bogaert. Il est face au nouveau pont dont la construction avait été décidée par Paul Doumer. On peut lire « Monsieur Bogaert, qui jadis habitait Calais (il est reste par ailleurs abonné au « Petit Calaisien », dont les numéros s’étalent sur les tables à coté de l’Illustration et du Courrier de Haiphong), nous donne des chambres bien tenues (choses rares en Indochine), et un déjeuner français tout à fait réconfortant, avec du vrai Bordeaux, s’il vous plait ! Que Bouddha soit propice à cet homme de bien ! » (1). Paul Doumer dira de lui, dans ses mémoires : « Il y avait [..] un petit hôtel fondé et dirigé par un colon actif, courageux et probe, Mr Bogaert, ancien sous officier d’artillerie de marine ».

En 1901, il n’est plus le seul colon à Hué. Henri Cosserat vient d’arriver, les Morins ne vont pas tarder. Ces 2 familles donneront corps à la présence française à Hué pendant de nombreuses décennies. Il y a aussi des missionnaires, dont certains laisseront un souvenir indélébile dans l’histoire, comme Mgr Allys, l’évêque très dynamique, et Léopold Cadière, prêtre érudit, dont les travaux sur la culture locale font encore autorité aujourd’hui. Il était arrive à Hué en 1892.

L’usine de Chaux Hydraulique démarre avec une production de 10 tonnes par jour. La carrière est reliée à l’usine par une double voie Decauville de 900 mètres. Il expédie sa chaux en baril par jonques de mer, jonques qui s’amarrent sur la rivière de Hué, le long de l’usine. Il fabrique aussi à présent des carreaux en ciment. La surface des installations est de 2 hectares et il emploie 450 ouvriers…La chaux est expédiée d’abord vers l’Annam puis vers Saigon. Elle est d’excellente qualité et sert à la construction des ponts, des gares et autres édifices publics.. Seule ombre au tableau, il y a beaucoup d’enfants qui travaillent à transporter la chaux…

La même année, il devient président de la chambre mixte d’agriculture et de commerce de l’Annam. Il y restera président pendant 10 ans.

En 1904, un violent typhon ravage la ville de Hué. Le nouveau pont est partiellement renversé, la plupart des constructions sont détruites. Son hôtel a subi d’importants dégâts et il décide de le vendre à un autre colon, Monsieur Guérin.


Exposition coloniale de Marseille en 1906, l’un des pavillons de l’Annam. Une réplique de la pagode Thien Mu est aussi présentée (carte postale du site www.fortunapost.com)

En 1906, il est chargé de l’organisation et la présence de l’Annam à l’exposition coloniale de Marseille. Un grand succès qui lui donne la légion d’honneur à son retour. Mais cette même année, il obtient une importante concession forestière à Thua Luu, située à mi distance entre Hué et Tourane, le long de la route mandarine. Ou plutôt du chemin de fer qui vient juste d’ouvrir entre les 2 villes !


Sa maison à Tourane (livre « Annam », 1906). Il possédait aussi des résidences à Hué et Thuan An.

Il a obtenu une concession de 3000 hectares pendant 20 ans destiné à exploiter une immense foret encore vierge. Il a installé un petit chemin de fer Decauville. Il s’atèle aussi à la construction d’une scierie hydraulique avec la force motrice d’une rivière. La lagune lui permet de transporter le bois. Un câble transporteur est également installé.


Le réservoir de l’usine de Thua Luu, livre Guide de l’Annam, 1910


L’usine de Thua Luu, guide de l’Annam, 1910

A Hué l’usine de glace produit aussi des boissons gazeuses. Avec son atelier de construction où tous les métiers de bois et de fer peuvent être entrepris, il emploie près de 400 ouvriers ! Une usine de glace est ouverte aussi à Tourane.


L’usine de glaces et la scierie de Hué, années 20, source Anom. A priori, cette usine se trouvait près de la gare. Elle a été rachetée par BGI et détruite après 1975

En 1906, le chemin de fer a révolutionné les transports, et le transport par chaloupe vers Tourane cesse.

En 1909, les haut mandarins du palais royal demandent à M. Bogaert de trouver le secret de fabrication des tuiles vernissées et émaillées dont les bâtiments de la citadelle ont un grand besoin.
Ce savoir faire avait aussi disparu avec la fuite des chinois en 1885. Apres plusieurs essais, Bogaert réussit à produire des tuiles magnifiques. Il en profite pour demander la concession du terrain de Long Tho. Car cette colline est un endroit enchanteur pour les rois d’Annam depuis toujours. Tu Duc aimait s’y promener et y respirer l’air pur… La cour royale est très réticente mais finit par s’incliner. Bogaert peut continuer le développement de son usine. Car la demande est forte, il livre partout en Indochine mais ne peut pas honorer toutes les commandes. Son usine a 16 fours et produit 100 tonnes de chaux par jour et de nombreux produits de céramique.

Thua Luu fait l’objet d’investissements importants. Il débite du bois de chauffage, de construction, de menuiserie et d’ébénisterie. Avec le reste, il fabrique du charbon de bois. Dans le guide de l’Annam de 1914, Eberharth conseille aux touristes de passer une journée à Thua Luu, en y allant par le train (durée du trajet: 2 heures). En haut des collines, panorama admirable sur la lagune et la mer. Dans la foret, cascade aux pieds desquelles on peut pique niquer. Sur les installations Bogaert, on peut lire: « On y installa une scierie mécanique qui débite le bois venant de la foret. Plus de 30km de route ont été construites sous bois. On y verra plusieurs transporteurs aériens auxquels aboutissent des voies Decauville. De plus, l’eau, réputée comme l’une des meilleures du pays, est captée par l’usine et transformée en glace, alimentant ensuite Tourane et Hué. La force motrice nécessaire est fournie par l’eau des torrents captée à 4 et 6km de l’usine; Il a fallu construire dans la roche un canal que l’on suit dans la promenade en foret. Cette eau est amenée dans 2 grands réservoirs creusés dans le roc à flanc de montagne constituant un travail gigantesque, et ces réservoirs alimentent alors une turbine d’environ 220 chevaux »

A Long Tho, où les investissements sont là aussi considérables, il crée la « Société des Chaux hydrauliques » dans les années 1910, avec une participation au capital, semble-t-il, des ciments Portland. Les relations avec cette société ne sont pas claires. Dans tous les cas, cette société, qui possède une énorme cimenterie à Haiphong, prendra finalement le contrôle de l’usine de Long Tho en 1922, à une période ou le prix du ciment est au plus haut.

En 1922, il part en France pour assister à un événement capital: le mariage de son fils, qui porte le meme prénom que son père, Henri, élève de l’Ecole Centrale de Paris et donc futur ingénieur. On imagine facilement les espoirs mis dans ce fils et ce mariage pour la poursuite de la saga Bogaert en Indochine. Il participe aussi à l’exposition coloniale de Marseille et devient, à l’issue, officier de la légion d’honneur.

A-t-il le temps de profiter de la vie ? on sait en tout cas qu’il avait un chalet à Bana, la station d’altitude active à partir de 1923 près de Tourane.

Comme il est le spécialiste de l’hydroélectricité, il s’associe avec M. Lagrange pour se lancer dans la production d’électricité. Lagrange est l’ingénieur qui a fourni l’électricité à Hué ainsi que l’eau courante. Ils obtiennent une concession pour la fourniture d’électricité à Faifo (Hoi An) en 1924 et à Nha Trang en 1926.

Hélas, alors que tout semble réussir à Henri Bogaert père, une terrible nouvelle va venir anéantir tous ses plans. Son fils, Henri, élève ingénieur et juste marié, est atteint de la tuberculose et meurt en juin 1924. Cette nouvelle tragédie familiale va le pousser à quitter définitivement l’Indochine.

Il commence donc à céder ses actifs : la réserve foncière de Thua Luu et les nombreuses maisons européennes données en location à Hué à la famille Morin (en viager?), les usines de glaces à Victor Larue (futur BGI), le chalet de Bana à la ville de Tourane, les concessions électriques apportées à la société SIPEA. Il semble que l’usine de Thua Luu ait cessé de fonctionner en 1926, le déboisement ayant tari la source nécessaire à la production d’électricité.


Photo de l’Hotel Guérin, vers 1905. L’hotel Bogaert fut cédé à Guérin en 1904.

En 1928, Henri Bogaert, sa femme et sa fille quittent l’Indochine pour rejoindre Toulon. Il y achète un domaine viticole urbain, le clos La Malgue, 3 hectares. Hélas, il ne profitera pas longtemps de sa retraite. Un an plus tard, âgé de 70 ans, il décède. A la fin de la 2eme guerre mondiale, la ville de Toulon est copieusement bombardée par les alliés. Toutes ses archives sont détruites par le feu. La page indochinoise est définitivement tournée.

Que reste t il de tout cela, à un siècle d’intervalle ? L’hôtel Bogaert s’est muté en Hôtel Saigon Morin, l’hôtel le plus emblématique de la ville(et accessoirement l’hotel ou je me suis marié…). La cimenterie Long Tho existe toujours, même si la plupart des activités de production ont été transférées en dehors de la ville. Sur place, on produit encore des parpaings et des carreaux de ciment qui ornent les rues de nombreuses villes du Vietnam. La carrière de calcaire est épuisée depuis longtemps et un grand trou béant la remplace. Dans l’usine et tout autour, tout est d’un autre age. Il est probable que cette zone finira par se transformer en un immense projet immobilier, car sa situation géographique est excellente. A Thua Luu, nous n’avons pas trouvé trace de l’ancienne scierie (mais d’autres investigations s’imposent..). Un grand réservoir avec barrage existe, il est probable que tout cela ait été construit sur les emplacements historiques. Quand à la plantation de café, il est clair qu’elle n’existe plus. Les colons de l’époque ont compris qu’il fallait de l’altitude pour réussir cette culture. Mais la zone de la plantation, le long d’une petite rivière qui donne dans la lagune, est aujourd’hui une terre de maraîchages très fertiles. Autrefois, les légumes étaient acheminés par barque jusqu’au marché central de Hué.


Zone de maraîchages le long de la rivière anciennement Cu Bi, photo GoogleEarth 20200


Quelques restes d’une époque révolue: les anciens fours de l’usine Long Tho (photo 2020)

Mais le plus important est qu’on se souvienne de « Ong Bo Ghe », suivant l’écriture vietnamienne. Tous les gens âgés de Hué parlent de « Long Tho Bo Ghe », car l’usine est indissociable du personnage. Je suis surpris de voir que même les gens nés après le départ de M. Bogaert connaissent très bien son nom et qui il était.


L’usine Long Tho en 2020, vue sur Google Earth

Sources :
– L’excellent site http://entreprises-coloniales.fr/
– La bibliothèque nationale du Vietnam, avec le livre sur l’Annam en 1906, http://sach.nlv.gov.vn/sach/cgi-bin/sach?a=d&d=kAgfP1906
– Gallica, nombreux documents,
– Guide de l’Annam, Eberhardt, 1914, accessible depuis le site www.worldcat.org
– L’association des Amis du Vieux Hue, AAVH, et ses bulletins,
– Le site de la légion d’honneur, http://www2.culture.gouv.fr/documentation/leonore/recherche.htm
– Le site d’archives des territoires d’outre mer, http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/,
– article de l’Express de 2005 sur le domaine de La Malgue, https://www.lexpress.fr/region/des-blouses-blanches-au-chevet-des-vignes_486737.html
– Thierry Lay pour ses précieuses informations obtenues notamment auprès de la famille,
– Maurice Damide et Philippe Galamez pour les informations familiales.

(1): Voyages pittoresques à travers le monde, Lagrillieres Beauclerc, 1900

La lagune de Hué, vers Hien Van

Un beau matin, nous avons mis le cap sur la partie sud de la lagune de Hué, vers Hien Van. Cette petite localité est située juste avant l’ouverture de la lagune sur la mer. Un pont permet, depuis quelques années, de franchir avec beaucoup de facilité cet obstacle naturel.


La lagune, vue depuis la route de la pagode Tuy Van Dinh

Hien Van abrite un port de pèche et un (petit) marché aux poissons. Ce matin là, à 4h30, nous avons vu une bonne vingtaine de sampans venir apporter leurs prises. Des petits poissons, des crevettes.. on espère que d’autres jours sont meilleurs car la pèche était assez maigre.


Sur la lagune…

Coté mer, ce sont des bateaux plus gros qui partent pécher l’après midi. Dès qu’il fait noir, on les voit allumer les grosses lampes qui attirent les calamars. Ces bateaux rentrent vers 6 heures du matin l’hiver et 11 heures l’été.

A Hien Van, il y a aussi une pagode en haut d’une colline, Chua Tuy Van Dinh, mais les bonzes n’ont pas eu l’idée de couper les branches en hauteur. Alors aucun point de vue, grosse déception.

En ville, il y a un hotel confortable ou pour 10 euros vous pouvez loger. C’est très proche du marché aux poissons.


Poissons de la lagune


Sur la route de Hué, le long de la lagune

Google earth permet de préparer son excursion avec beaucoup de facilité… C’est bien pratique car il n’y a aucune indication touristique. L’erreur serait de ne suivre que les grandes routes au depart de Hué, comme la 49B, alors qu’il y a de bien plus jolies routes qui passent le long des rizières ou des canaux puis le long de la lagune. Un Gps est de toute façon nécessaire.

Du coté mer, il y a aussi de belles plages ou les locaux se baignent après 16h. Un restaurant de plage permet de déguster des fruits de mer. C’est à 4km environ du village.

De l’autre coté du pont, sur la gauche, on trouve, en suivant la petite route, une grande plage aménagée. C’est a 3,5km du pont. La curiosité du lieu réside dans la presence de gros rochers. Sur certains d’entre eux, on pouvait, il y a encore peu, passer la nuit.. Ce jour la, un dimanche en juin, il y avait foule. C’est aussi le lieu du « beach camp Holidays », qui était fermé en raison du Covid.


La plage de Loc Binh


Les gros rochers, qui servent de terrasse pour les restos de plage

Un bel endroit à découvrir à 40 km de hué !

Offrandes Annamites, peinture de 1931

J’aime bien cette peinture que possède le musée du Quai Branly. Elle fait partie d’une frise de 40 metres peintes par Marie-Antoinette Boullard-Devé (1887-1966) pour l’Exposition Coloniale de 1931 de Paris. A l’époque, la frise a prise place dans le pavillon de l’Indochine. A la fin de l’exposition, elle a été démontée pour rejoindre les collections du musée des colonies.

Sur le site du musée, on retrouve plusieurs parties de cette fresque. A voir !

‘http://collections.quaibranly.fr/#bd65d007-69c6-4f79-a67d-b4987d545c90

La beauté des enseignes peintes du Vietnam

Elles font tellement parties du paysage qu’on ne les voie même plus… et pourtant, les enseignes commerciales sont une marque indissociable du Vietnam. Aujourd’hui, ces enseignes peuvent être réalisées par ordinateur et imprimées en quelques minutes. Mais autrefois, elles étaient peintes et c’était vraiment un travail d’artiste.


Source internet https://www.tegriggs.com, photo de T.E. Griggs

La tradition du panneau peint vient très probablement de la Chine. Les caractères chinois dorés gravés sur un épais panneau de bois sont depuis toujours le symbole des fils du ciel.
On peut d’ailleurs penser que les vietnamiens se sont inspirés de celles de Cholon, le quartier chinois de Saigon, pour développer leur propre style.


Saigon en 1962, Source flick


Saigon autrefois, photo source internet


Belle enseigne d’un coiffeur, autrefois, source Saigon Vi Vu

Apres le bois, ce fut la tôle peinte quand les peintures sur métal sont arrivées. Ces enseignes ont envahi les quartiers commerçants pendant des décennies. Toutes différentes, elles étaient l’expression à la fois de la personnalité du commerçant et de l’artiste qui l’avait réalisée. Inconsciemment, ces enseignes apportaient couleurs et beauté aux quartiers commerçants. Le Vietnam se prête bien à ces enseignes, car c’est le royaume du petit commerce. L’enseigne fait la largeur de la boutique, 3 à 5 mètres tout au plus.


Boutique d’un portraitiste à Hué il y a une dizaine d’année. Depuis, il est parti en retraite


Une enseigne peinte directement sur le mur, rue Phan Dang Luu à Hué


Boutique de l’artisan peintre à Hué

A Hué, on trouve encore un artisan peintre d’enseignes. Son atelier est situe au 141, rue Huynh Thuc Khang, le long du canal Dong Ba. Il est installé la depuis des lustres. La surface de sa boutique lui permet de faire de grand format. Il nous a expliqué qu’il a toujours voulu faire ca. Comme son père faisait un autre métier, il fut apprenti dans un atelier avant de se mettre à son compte. Il en a peint des centaines. La concurrence était dure, car ils étaient nombreux autrefois à faire ce métier. Il y avait aussi ceux qui se spécialisaient dans les pubs des films de cinéma. Aujourd hui, il est contraint de peindre autre chose, mais il a de temps en temps des commandes pour des enseignes « vintages ». Il facture 800 kD par mètre linéaire, soit 32 euros. On aurait espéré voir des carnets d’esquisses mais il n’a jamais rien gardé de ses travaux antérieurs.


Enseigne faite récemment par l’artisan peintre de Hué

Au hasard des ballades dans Hué, on peut voir encore ici et la quelques enseignes peintes, bien sur un peu défraîchies après plusieurs décennies d’existence. La plupart peuvent être vues en face du marché Dong Ba, le long du canal du même nom et dans la rue Phan Dang Luu. J’en ai recensé une quinzaine peut être…


Le réparateur de machine à coudre pres du marché Tay Loc à Hué

Près du marché Tay Loc, un réparateur et marchand de machines à coudre exerce son métier depuis 45 ans. Et il exhibe fièrement une tôle peinte par son frère. Son frère a fait les beaux arts à Hue et vit maintenant aux USA..

Près du marché An Cuu, dans une ruelle, c’est probablement la plus belle plaque encore existante. Elle décore la boutique d’un tailleur. Les deux sœurs qui s’occupent de la boutique expliquent que c’est leur père qui l’a fait réaliser. Elle a été faite par le peintre de vélo du marché An Cuu. Je découvre qu’autrefois, on peignait régulièrement les vélos pour les protéger de la rouille. Le choix des couleurs et des motifs devenait alors un travail d’artiste.
L’entrée de la maison/ atelier se fait par la ruelle, car la rue a été élargie et l’entrée principale a disparu. La visite de la maison réserve bien des surprises : l’enseigne en relief de l’ancienne boutique, des armoires métalliques magnifiques, une malle en fer dans laquelle on conservait les choses précieuses pendant la guerre. Comme dans beaucoup de familles à Hué, rien n’a bougé, tout est resté en l’état depuis la mort du père.


L’enseigne du tailleur près du marche An Cuu

Aimant manier les logiciels de dessin, je n’ai pas pu m’empêcher d’essayer de créer moi-même quelques modèles.. Par exemple, cette création pour le cinéma Morin, autrefois très célèbre. Il me reste à présent à les peindre, et ce ne sera pas le plus facile…

Ou voir encore des enseignes traditionnelles ? Des cafés branchés se plaisent à les remettre au gout du jour, à Saigon ou Hanoi. Pour les originales, il faut avoir de la chance et beaucoup chercher. On en trouve aussi quelques unes au Laos et au Cambodge, dans les quartiers historiques. Dans le style chinois, il faut aller à Penang. C’est le paradis des enseignes la bas…