12 ans déjà à Hué ! Transformation d’une ville, entre modernité et tradition

C’est incontestablement une ville transformée, beaucoup plus belle et plus riche qu’autrefois ! Le résultat est impressionnant et se voit partout : des voitures modernes, des gens mieux habillés, de belles boutiques, des restaurants qui ne désemplissent pas, un centre urbain transformé, des infrastructures renouvelées, des constructions plus modernes..


Ah les filles de Hué!

Il y a 12 ans, Hué ne faisait rêver aucun vietnamien. Les gens considéraient Hué comme une ville léthargique, plutôt pauvre sans potentiel commercial.. Une belle endormie en fait. Depuis, l’équipe municipal s’est renouvelé et la ville a changé de braquet. Le nombre d’habitants lui-même a dépassé 450.000 (sans compter l’élargissement de la ville), à la faveur d’une croissance de 8000 habitants par an ! La ville se rêve en ville verte et culturelle du Vietnam…

Mais commençons déjà par ce qui se voit ! Il y a 12 ans, la plupart des lycéens et des étudiants circulaient à vélo. Aujourd’hui, les motos sont belles et puissantes, les vélos ordinaires ont disparu et les voitures sont partout. Les lycéens roulent en vélos électriques, les taxis électriques (made in Vietnam !) occupent le terrain. Les VTT sont arrivés pendant le Covid, avec des modèles hors de prix.

L’embellissement du centre ville est indiscutable. Les rues, les canalisations ont été refaites, une promenade a été construite le long de la rivière des parfums (merci les coréens), des voies piétonnes et cyclables sont disponibles à présent de chaque coté de la rivière sur quelques kilomètres. Des cinémas plus beaux qu’en France ont émergé (mais sans public), des cafés et des boutiques de thé au lait ont poussé comme des champignons jusqu’à plus soif ! On commence même à voir des rues devenir piétonnes certains jours, une révolution pour le vietnam !

Les rues sont plus propres et les vendeurs de rues ont du « prendre boutique », comme partout au vietnam. La boutique traditionnelle, sombre et désordonnée, a fait place à de belles boutiques bien éclairées. Le luxe n’est pas loin! Cela dit, le turnover des boutiques est toujours aussi fort.


12 ans à hué, meme épouse mais nouvelle moto!

Le foncier profite de ce dynamisme. Les prix flambent, malgré la baisse observée l’année dernière due à la hausse des taux d’intérêt.

Les monuments historiques de Hué attirent des milliers de touristes tous les jours, principalement des touristes vietnamiens, ce qu’on voyait peu autrefois. La dynastie Nguyen est mise en valeur et beaucoup de monuments anciens ont été rénovés ou reconstruits.

Chose incroyable aussi, l’animation le weekend sur la rivière : autrefois limité à des pédalos en forme de canard, les gens vont à présent se baigner (avec des gilets) ou pratiquent le paddle.

Les smartphones sont partout, bien utiles aux vietnamiens qui passent leur temps à se prendre en photo. On imagine la probable jalousie des locaux devant les touristes étrangers qui étaient les seuls autrefois à disposer d’appareils photos..

Les gens eux même sont mieux habillés. Il y a 12 ans, toutes les jeunes filles étaient habillées pareil, la plupart du temps en pantalon court. Aujourd’hui, il y a de vraies différences, et les jupes sont de plus en plus courtes, beaucoup plus qu’en France. Une chose n’a vraiment pas changé, c’est la beauté des jeunes filles de Hué!

Les gens sont plus riches et dépensent des fortunes dans les restaurants. Manger reste la passion première des vietnamiens et, personnellement, j’ai parfois la nausée de voir autant d’argent englouti dans tant de plaisirs si éphémères. La bière coule à flot, même si dorénavant la tolérance zéro s’applique en matière d’alcool pour tous les conducteurs. Dans les supermarchés, les produits laitiers vietnamiens sont de plus en plus présents. Les surgelés arrivent aussi, mais restent marginaux. Les habitudes de paiement sont en cours de révolutions aussi : le paiement par transfert immédiat ou par QR code se développe à une vitesse incroyable.

Les petits commerçants restent le modèle dominant, mais pour combien de temps encore ? Le covid a changé profondément les habitudes de consommation. Les commandes sur internet sont légions. Les livraisons à domicile sont omniprésentes. Le midi, qu’il pleuve ou qu’il fasse canicule, les gens préfèrent se faire livrer plutôt que de sortir.

Et les mentalités dans tout ca ?

Difficile bien sur de pénétrer l’esprit vietnamien ! Comme toujours, il y a ceux qui travaillent durs et ceux qui profitent de la vie, ces derniers me paraissant bien plus nombreux qu’il y a 12 ans ! La société est de plus en plus gouvernée par l’argent, en plus du pilier traditionnel occupée par la famille.

Commençons déjà par tout ce qui se voit.
En matière de circulation urbaine, rien n’a changé. Les gens brulent les feux, klaxonnent toujours autant. En voiture, le téléphone est légion. Il n’y a toujours aucune notion de sécurité routière. La dernière mode est de ne pas attacher son casque.. Un accident est le signe de « malchance », pas d’imprudence. De fait, les hôpitaux sont toujours pleins. Et je suis toujours le seul à porter un gilet fluo le soir en sortant en moto..

L’usage du plastique n’a pas changé. C’est même pire qu’il y a 12 ans, car les livraisons à domicile démultiplient son usage. Les slogans sont toujours affichés dans la rue « bao ve moi truong» (protéger l’environnement), tout le monde s’en fout. Depuis toujours, j’utilise un sac en toile pour aller chercher mon pain et je suis bien le seul !

Et pourtant, on ne peut pas dire que le Vietnam soit épargné par le changement climatique ! Au départ, nous mangions tous les soirs sur notre terrasse. Les hausses de températures le rendent impossible. Depuis 3 ans, nous restons à couvert sous la clim. Le littoral souffre aussi de la montée des eaux.

On pouvait penser que l’augmentation du niveau de vie entraine une diminution des pratiques superstitieuses. C’est tout le contraire en fait. Les gens achètent davantage d’objets votifs, même si tout finit en flamme comme avant.. Les bouddhistes ont des pagodes de plus en plus belles et de plus en plus nombreuses.

Autre changement, les cours privés. Autrefois, les écoliers rentraient chez eux à vélo et jouaient dans la rue. Maintenant, les parents viennent les chercher à la sortie des écoles et filent droit vers les cours privés. Les programmes sont de plus en plus chargés et sans ces cours, on dit qu’il est impossible de réussir les examens..

Après 12 ans, je ne vois pas beaucoup de changement ni dans l’éducation donné par les parents ni dans l’instruction reçue à l’école ! Apprentissage par cœur, manque d’esprit critique, absence de culture générale, la plupart des jeunes sortent sans avoir le gout d’apprendre et ne comprenne rien au monde qui les entoure. Le confucianisme n aide pas non plus à se démarquer. D’une manière générale, les gens ne s’intéressent à rien, c’est un peu triste.
Les jeunes ne semblent pas très différents de leurs ainés. Le conformisme social règne en maitre. J’ai peur que les nouvelles générations ne changent rien au qualificatif qui colle à la peau des Huéens depuis toujours: des gens passifs. Mais quelle importance ? Ils sont HEUREUX, et c’est l’essentiel !

Un grand changement à noter quand même, c’est le rapport des vietnamiens aux animaux. En 10 ans les chiens et chats sont devenus, pour certains, de vrais animaux de compagnie. On a même aussi à Hué un café à chat !

L’administration s’est fortement modernisée et la plupart des déclarations sont faites en ligne. Dans certains domaines, c’est plus efficace qu’en France. Mais je ne vois rien qui encourage les gens à payer à l aide de factures. Sans facture, sans ticket de caisse, pas de confiance ni de fiscalité moderne. De fait, l’économie du Vietnam reste opaque. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres un peu moins pauvres seulement.

Même si il est difficile de sonder les esprits, je n’ai pas le sentiment que les mentalités changent. L’afflux d’argent rend les gens moins solidaires et très égocentrés. Les enfants sont surprotégés par leurs parents et ne se mélangent plus. D’un point de vue social, les divorces sont enfin acceptés par les gens de Hué et leur nombre n’en finit plus de grimper. Le nombre d’enfants se limite à 2 alors qu’autrefois la passion pour les grandes familles était l’une des caractéristiques de la ville. De même, les gens sont moins obnubilés d’avoir à tout prix un garçon.

Il y a 12 ans, on voyait peu de filles sortir le soir. Seuls les garçons avaient cette liberté. A présent, les filles sont partout. Il faut dire que Hué reste une ville très tranquille, il y a très peu de délinquance.

Avec ma femme, nous avons quand même un sujet de satisfaction. Depuis 10 ans, nous allons marcher presque tous les soirs le long de la rivière, en nous tenant la main. Les vietnamiens sont timides, nous regardent toujours avec étonnement et sans doute envie, mais rien. Mais depuis quelques mois, la révolution est en marche ! on commence à voir des couples se tenir la main.. et, comme toujours ici, si un vietnamien est conquis, alors tout le monde va suivre.. Quelle fierté pour nous si nous avons servi d’exemple !

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