Apres 10 ans en location, nous avons décidé de sauter le pas et d’acheter une maison.. La location, ca peut être bien, mais ca vous donne aucun droit. Tout est au nom du propriétaire. Les contrats de location ne sont pas règlementés alors on est constamment à la merci du propriétaire lors des renouvellements. C’est pour cela que la majorité des vietnamiens sont propriétaires.
Acheter une maison peut être très rapide. Lire mon article paru en 2023 (1). Vous achetez ce que vous voyez, car il a aucun diagnostic comme en France. En general, pas de plans non plus. On se débrouille !
Dans notre cas, le titre de propriété officiel n’était pas à jour, ni pour la maison, ni pour la surface. C’est courant, mais dans notre cas, cela nous fut favorable. La surface réelle était plus grande que la surface enregistrée. Comme le prix ne depend que de la surface (la maison est en « cadeau »), c’est important.
La maison étant trop petite et trop vietnamienne à notre gout, on a décidé de tout changer. Réagencer tout l’intérieur et agrandir la maison.
Au Vietnam, vous avez alors 2 choix :
– Vous prenez un entrepreneur qui va gérer le projet et sa réalisation de A à Z,
– Vous prenez un maitre d’œuvre pour la construction mais vous vous occupez de toute la partie « achat » des matériaux.
Tout faire ou superviser par soi même est évidemment plus économique, mais cela implique un travail à plein temps sur le chantier, gérer au quotidien les différents corps de métiers, la gestion de commandes, le choix des matériaux etc..
Si on veut une maison qui dure dans le temps, il vaut mieux choisir et contrôler les matériaux, car ici, pas de garantie décennale et les filous sont nombreux.. Il n’y a qu’un vietnamien qui puisse s’occuper d’une telle tache et c’est donc ma femme qui s’y est collée..
Et ici, les ouvriers travaillent 7 jours sur 7, à partir de 7h du matin.. autant dire que la supervision d’un chantier est un sacerdoce, et met à rude épreuve la vie de couple. Pas de vacances pendant toute la durée du chantier, qui, comme souvent, est interminable !

On coule le béton! les casquettes et chapeaux coniques remplacent les casques..
Je me suis occupé des plans. Le maitre d’œuvre n’a dessiné que les fondations, validées ensuite par un architecte. Mais en l’absence de plan d’origine, on a parfois des surprises. La présence d’une fosse d’usage plus large que prévue nous a fait décaler un mur porteur de 50cm, décision prise le 1er jour des travaux..
La gestion totale du projet a aussi un autre inconvénient, c’est l’absence de visibilité sur le cout total du chantier. On signe un contrat chiffré avec l’entrepreneur mais on ignore totalement le cout des matériaux.
La construction d’une maison est assez simple au Vietnam. Fondations peu profondes, ferraillage et béton pour les planchers, des briques pour les murs, des châssis en aluminium pour les portes et fenêtres.. du fait de la chaleur et de l’humidité existante au centre Vietnam, on pourrait penser trouver des spécialistes de l’isolation des maisons. Mais non, il n’y a rien. Heureusement, St Gobain vient d’arriver à Hué et nous avons trouvé les produits adéquats (mais au prix fort !). En revanche ici, on accorde beaucoup d’importantes aux éléments cultuels : l’agencement des pièces, l’orientation des maisons (le fameux fenshui)… La hauteur des portes, le nombre de vantaux, le choix de la pièce pour l’autel des ancêtres sont primordiaux. Règles que nous avons laissées aux autres.

Les femmes travaillent autant que les hommes..
Les ouvriers sont en général tous des paysans du coin. Ils sont sérieux, courageux et sympathiques. Bien sur, aucun n’a étudié pour ces métiers, tout est fait « sur le tas ». Chacun a une fonction spécifique, avec une hiérarchie de postes bien définis. Ainsi, ici, on trouve des « aide maçons », bien inferieurs aux « maçons » ! Les salaires sont plus élevés qu’un travail normal, en raison de la forte demande et des conditions climatiques épuisantes. Chez nous, ils ont gagné entre 350-500kvnd par jour travaillé (13 – 18 euros), avec un salaire mensuel autour de 12 millions, soit 400 euros. C’est un bon salaire pour le Vietnam, pour un travail manuel. Pour ca, il faut quand même travailler presque tous les jours.
Certains n’aiment pas les ouvriers de Hué, difficile à manager. De fait, les entrepreneurs font souvent venir des équipes complètes de Saigon ou d’ailleurs pour mener à bien un projet. Des équipes qui logent sur le chantier.
Les achats de matériaux se font au fur et à mesure. Un coup de téléphone suffit et le camion arrive rapidement. Tout est payé au fur et à mesure. Un vulgaire papier tient lieu de facture. Pas de TVA car ce ne sont que des petits entrepreneurs. A force, ma femme connait tous les prix. Pas de promo ici mais on peut toujours négocier. Les prix peuvent fluctuer, et notamment le sable, en rarefaction dans le monde entier. Un m3 valait 320 kvnd (11 euros environ), 6 mois après, 500 kvnd..
La chantier s’est bien passé, sans surprise. Le plus impressionnant fut le coulage de la chappe de béton. Plus de 15 personnes sont intervenues ces jours là..
Evidemment, les conditions de sécurité sont loin d’être ceux de l’occident. Mais quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, on ne peut pas changer les habitudes locales. Heureusement, aucun accident n’est survenu. Ils souscrivent en général une assurance santé pour eux même.
Le choix des artisans (plombier, électriciens, peintres ..) se fait par le bouche à oreilles… Tout fonctionne au forfait, mais les délais ne figurent pas dans l’accord.. on a parfois des surprises, les vietnamiens étant des gens pressés qui n’hésitent pas à payer pour être servi en premier.. de fait, certains travaux ont trainé en longueur.. Là aussi il faut tout acheter, et cela peut représenter des dizaines de fournitures à livrer, du moindre pinceau au tuyau de vidange. Un travail fastidieux.
Les portes fenêtres en aluminium sont faites sur mesure par une entreprise locale. La vente n’est pas le point fort des vietnamiens. Celui qui vend n’est pas celui qui fait le devis, les erreurs sont multiples. On nous rappelle rarement, comme si ces entreprises n’avaient pas besoin de clients.. La rigueur n’est pas la spécialité locale.
On a aussi fait une cuisine équipée. La aussi, il a fallu choisir et acheter nous même les poignées de porte, les charnières, le plan de travail.. Le marbre rouge, magnifique, vient du sud Vietnam. On a payé 285 euros pour 6.5 mètres linéaires, découpe et pose comprises..
Les vietnamiens ne sont pas très sensibles aux finitions. Alors, il faut tout vérifier, et, comme partout, ca prend beaucoup de temps. Le pire, ce sont les peintres. Ils en mettent partout et ne nettoient jamais. J’ai passé des jours à tout nettoyer…
Que conclure sur ce chantier ? seuls des vietnamiens peuvent le gérer ainsi ! Des occidentaux sont incapables de comprendre la manière de faire… Ici, tout est dans l’affectif, le relationnel..
On a surement économisé beaucoup d’argent à tout superviser nous même. On a une maison qui correspond parfaitement à nos gouts et qui durera surement plus longtemps que les autres. Pour autant, ce fut une épreuve.. pas sur qu’on le refasse un jour !
(1) https://blogparishue.fr/acheter-un-bien-immobilier-au-vietnam/



