Quand on visite le Vietnam, on est toujours surpris de voir les gens encaisser l’argent comme si c’était le leur et sans jamais vous délivrer un ticket de caisse. Et pourtant, tout cela est parfaitement légal et fonctionne bien…
Car il y a 2 types d’entreprises au Vietnam : les activités familiales et les entreprises telles que nous les connaissons chez nous.
Les « affaires familiales » sont le modèle le plus répandu du fait de son extrême simplicité : une simple déclaration au bureau local. Pas de comptabilité requise, pas de tva à reverser, pas de factures, pas de fiches de payes. L’argent se confond avec celui de son propriétaire. Pour les impôts, on négocie directement avec l’administration locale et les montants sont souvent symboliques. On ne sait d’ailleurs pas bien ce qui rentre réellement dans les caisses de l’Etat.. En contrepartie, pas de récupération de Tva, pas d’imports / export en direct,… tous les petits commerces, les hôtels, les restaurants, les artisans relèvent de cette organisation. Depuis la conversion du pays au système capitaliste en 1986, ce système a permis de faire travailler et vivre l’essentiel de la population. Et certains se sont considérablement enrichis sans payer beaucoup d’impôts.

A l’aéroport de Saigon, on offre le repas si on ne vous délivre pas de ticket…
On aurait pu espérer que ces petites structures se transforment progressivement en entreprises plus structurées et aillent davantage vers la production et vers l’export. Mais peu de vietnamiens franchissent le pas. On constate que peu s’associent entre eux pour monter des affaires plus étendues. Plusieurs raisons à ça : les vietnamiens n’aiment pas se compliquer la vie et préfèrent les choses simples. Ils ne développent pas de compétences particulières qui pourraient justifier la création d’entreprises plus grandes (peu d’investissement, pas de R&D). L’absence d’industrie oblige d’importer toutes les technologies de l’étranger, ce qui complique. Mais c’est surtout l’absence de confiance dans les autres qui freinent les associations entre vietnamiens. Il y a beaucoup d’histoires ou les associés cherchent à se gruger, ce qui doit en refroidir plus d’un. Les vietnamiens ne savent pas travailler ensemble.
Les entreprises à responsabilité limitées ne sont pourtant pas très difficiles à mettre en place pour les vietnamiens. Nous en avons fait l’expérience. Mais la fraude est légion et c’est pourquoi l’administration vietnamienne est prudente et assez tatillonne.
On reçoit un tampon rouge qui est la pièce maîtresse de votre entreprise ! Avec lui, vous certifiez tous les documents, effectuez tous les paiements en banque, accomplissez tous les actes officiels.

Le fameux tampon rouge, dans la ligne droite des sceaux chinois d’autrefois..
Ensuite, on est agréablement surpris de constater que toutes les déclarations se font sur internet ainsi que la plupart des paiements en faveur de l’administration. La TVA ne peut être gérée qu’à travers l’émission de factures « rouge » dont les carnets sont délivrés par l’administration.
La comptabilité est orientée « cash » à l’anglo-saxonne, les impôts sur les bénéfices sont taxés à 20%. La comptabilisation des entrées / sorties de stock est obligatoire, l’administration cherchant à éviter les fuites de TVA… Il existe des salaires minimum suivant le lieu d’implantation. Actuellement, ces minimums vont de 100 à 140 euros par mois, à cela s’ajoutent des charges sociales et des congés payes.
Il est possible de créer des sociétés de ce type avec des capitaux 100% étrangers. Cela permet notamment de rapatrier ses bénéfices, choses difficiles dans un pays où le contrôle des changes est strict. Mais ces sociétés ne peuvent accéder à tous les domaines de l’économie. Il est notamment impossible d’accéder au commerce de détail, bien que des dérogations puissent être accordées en hauts lieux.
Situation actuelle au vietnam
Le Vietnam n’est pas la Chine !
Il y a peu d’usines vietnamiennes qui soient capables de fabriquer, d’innover et d’exporter.
Les produits manufacturés offerts à l’exportation sont, en dehors du textile, bien peu nombreux. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller sur Alibaba, le site internet dédié aux référencements des produits asiatiques. A chaque produit correspond une offre pléthorique coté chinois face à peu ou pas de fournisseurs vietnamiens. Les chinois ont démarré petit, avec des moyens réduits, et sont à présent à la tète de multinationales, portés en cela par les achats des pays riches.
Les usines du Vietnam sont souvent montées par des étrangers qui délocalisent leur production et qui fonctionnent en circuit fermé. Ils fournissent la matière première à des usines vietnamiennes qui assemblent le produit. Celui-ci est ensuite expédié vers un nouveau pays pour l’étape suivante ou vers la marché final. Le Vietnam n’est utilisé que pour sa force de travail.
Le potentiel
Pourtant le potentiel vietnamien est là ! les salaires restent faibles, la population est bien formée et courageuse, les infrastructures en constante progression. Alors si les vietnamiens ne veulent pas aller eux même vers l’investissement productif, les étrangers ne devraient pas hésiter à venir s’implanter ici. Le Vietnam constitue une bonne alternative à la chine dont les salaires progressent rapidement. Le Vietnam doit créer des millions d’emplois tous les ans pour faire face à la croissance démographique et le sous emploi est élevé dans de nombreuses régions. La stabilité politique est un atout supplémentaire. S’implanter seul reste cependant difficile car les vietnamiens aiment travaillent entre eux et beaucoup de choses se font par relations. S’aider ou s’associer avec un Viêt Kieu (vietnamien de l’étranger) ou une personne de confiance au niveau local facilite les choses.