La baignoire, symbole anodin de la colonisation

A Hué, je vais souvent rendre visite aux Soeurs de St Paul de Chartres. La bâtiment qu’elles occupent a été construit dans les années 20 sur un terrain donné par le Résident Supérieur d’Annam, Pierre Pasquier, futur Gouverneur de l’Indochine, pour que les soeurs s’occupent des tuberculeux soignés dans un pavillon tout proche.

Des Soeurs françaises sont venues, et le mobilier habituel a suivi… dont cette baignoire en fonte. Étonnant objet dans un pays qui ne connait pas ce luxe…

J’ai relu récemment l’oeuvre de Marguerite Duras « Des barrages contre le Pacifique » et un passage m’a refait penser à « la baignoire des Soeurs » ! :

« Les quartiers blancs de toutes les villes coloniales du monde étaient toujours, dans ces années là, d’une impécable propreté. Il n’y avait pas que dans les villes. Les blancs aussi étaient très propres. Dès qu’ils arrivaient, ils apprenaient à se baigner tous les jours, comme on fait des petits enfants, et à s’habiller de l’uniforme colonial, du costume blanc, couleur d’immunité et d’innocence. Dès lors, le premier pas était fait. La distance augmentait d’autant, la différence première était multipliée, blanc sur blanc, entre eux et les autres, qui se nettoyaient avec la pluie du ciel et les eaux limoneuses des fleuves et des riviéres. Le blanc est en effet extrênement salissant.
Aussi les blancs se découvraient-ils du jour au lendemain plus blanc que jamais, baignés, neufs, siestant à l’ombre de leurs villas, grands fauves à la robe fragile. »

Les Soeurs françaises sont reparties, et les 3 baignoires servent aujourd’hui de réservoirs d’eau pour arroser le jardin…

Commentaires 1

  • Récemment j’ai trouvé deux vidéos sur internet, peut être les connaissez vous déjà, je les ai trouvées passionnantes :
    http://laregledujeu.org/2010/07/01/2257/inedit.
    « Marguerite Duras lit l’Amant » en présence de Claude Berri, elle y évoque également Le Barrage contre le Pacifique, roman présenté comme fondateur de son écriture.
    http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video
    Interview de Marguerite Duras à propos de l’Amant de la Chine du nord, elle confie ce qui l’a fait écrire et elle revient sur Le Barrage contre le Pacifique.

    A Saigon nous avions une baignoire en fonte et pattes de lion… un modèle recherché par les antiquaires aujourd’hui,elle nous servait aussi de réserve d’eau car les coupures d’eau étaient quotidiennes dans les années 50.

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