La Grande Guerre et le Monument aux morts de Hué

Beaucoup de touristes passent devant l’ancien monument aux morts sans savoir à quoi il correspondait autrefois. C’est bien dommage car ce monument, restauré en 2017, est vraiment un trait d’union entre le Vietnam et la France.


L’ancien monument aux morts sert de decors pour le festival de Hué

En Indochine, 1.309 Français civils furent mobilisés ainsi que 6.000 officiers et hommes de troupe de l’armée active. Mais ce sont surtout les 92.418 Annamites qui formèrent le plus gros des effectifs pour soutenir les efforts de la mère patrie face à l’invasion allemande. Officiellement, ils furent tous volontaires. L’esprit de curiosité des vietnamiens pour découvrir à quoi ressemblait la France, la possibilité de gagner quelques sous et des médailles, les poussa en effet à s’engager.
70% d’entre eux furent employés à des postes non combattants, dans les usines d’armement notamment. On ne lit que de bons commentaires à leur égard. La mortalité au combat ne fut pas plus élevée que pour les autres combattants. Mais ce sont principalement la tuberculose, la grippe espagnole, les naufrages en mer qui furent à l’origine des décès. On estime que 1500 d’entre eux sont morts pour la France.

Dès la fin de la guerre, on pensa à ériger un monument aux morts à Hué. Le style devait être local, et c’est suite à un concours que le projet de l’artiste Ton That Sa fut choisi.


L’inauguration du monument en 1920 (source Asso. Amis du Vieux Hué)

Il s’agit donc d’un immense écran de maçonnerie, entouré de 2 pylônes traditionnels. Sur l’écran lui-même, on retrouve tous les éléments décoratifs habituels : le caractère Tho pour affirmer l’immortalité des héros, les symboles des saisons, les attributs des mandarins civils et militaires. A l’origine, il y avait 2 cartouches, l’une comportait le nom des 31 morts français, tous habitants de Hué ou de l’Annam, et, du coté de la rivière, une sélection de 78 noms d’annamites. Aujourd’hui, si les noms français ne sont plus visibles, il est plaisant de voir que le badigeon mis sur les noms annamites est fréquemment « gratté » pour laisser entrevoir les noms d’origine…


Les Français d’Annam morts pendant la grande guerre

On choisit de placer ce monument aux morts devant l’entrée de l’école Khai Dinh (aujourd’hui Quoc Hoc), qui fut depuis toujours une école d’élite, pour que les élèves n’oublient pas les méfaits de la guerre ni leur héros.

Le monument fut inauguré le 23 Septembre 1920, en présence du roi Khai Dinh. En 1922, le Maréchal Joffre est venu s’incliner devant le monument lors d’une tournée asiatique.

Aujourd’hui, si le monument existe encore, il n’a plus la fonction de monument aux morts. On parle de lui comme d’un « écran » pour protéger l’entrée du lycée, suivant la culture locale. Il sert aussi de décors et d’arrière scène pour les festivals et autres spectacles. Tous les jours, des centaines de jeunes vont et viennent autour de ce monument pour jouer au badminton et se relaxer..

Mais cet article est en réalité un prétexte pour introduire un texte d’une beauté magnifique « Lettres de Guerre d’un Annamite », publie en 1924 par Jean Marquet, un spécialiste de la culture locale.

Il s’agit de lettres écrites par un paysan annamite qui s’engage pour aller découvrir le pays de ces « diables de français ». Il écrit ces lettres depuis son départ jusqu’à son retour au pays. Le style est charmant, drôle, et tout à fait représentatif de la pensée locale. Il découvre ainsi avec étonnement les chameaux le long du canal de suez et l’absence de rizières, la ville de Marseille et ses quartiers de prostitués, la surprise de ne voir aucun bambou, la mécanisation extraordinaire du pays, le dévouement des infirmières, le fait que riche ou pauvre, chacun travaille dur.. autant de choses forts différentes de son pays !..

Il finit tous ses courriers par une mention « cette lettre ne dit pas tout » et c’est un peu la même phrase que je pourrais écrire à la fin de mes articles !!

Ces 17 pages sont un pur bonheur pour ceux qui connaissent déjà un peu la culture vietnamienne et je vous invite vraiment à les découvrir.
Bonne lecture !

LettresAnnamitePdtlaGuerreJeanMarquet.pdf

Sources:
– texte de Jean Marquet, gallica,
– article sur le monument, BAVH 1937-4

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