La pêche au centre Vietnam : une bien belle promenade… et des questions

On estime à 4 millions de vietnamiens qui vivent de la pêche, ce qui inclus la pêche en mer, dans les lagunes, l’aquaculture, l’industrie de la transformation et tous les services associés. 800.000 d’entre eux travailleraient directement sur des bateaux de pêches.

C’est donc un secteur économique très important, soutenu par une demande locale très forte ! La plupart des vietnamiens mangent du poisson tous les jours et ils raffolent, pour ceux qui en ont les moyens, de fruits de mer. L’exportation a aussi tiré à la hausse la demande et … les prix !

Apres ce trip de quelques jours, il y a pourtant des questions qui nous interpellent.

D’abord on voit au Vietnam des centaines de bateaux dans les ports, des bateaux qui semblent ne pas bouger. On peut avancer plusieurs raisons pour l’expliquer.


Pas de pêches sans glace! Ici, sur la plage de Tam Tien, près de Tam Ky

D’abord, et comme partout, les stocks de poissons près des côtes sont de plus en plus épuisés. Pour avoir des prises significatives, il faut aller très loin, ce qui coûte cher en carburant et peut être dangereux à cause des tensions maritimes avec la chine.

Certains pays exigent du Vietnam une plus grande traçabilité des prises. C’est le cas de l’Europe qui force le Vietnam à lutter contre la pêche illégale. De fait, les autorités ont renforcé les contrôles à travers des licences obligatoires, des équipements GPS et une limitation des zones de pêche. Beaucoup de bateaux ne sont pas en règle, donc restent à quai.


Chargement de blocs de glace avant un départ en mer, au port de Quy Nhon

Le coût du carburant aussi pèse sur la rentabilité des pèches et les pêcheurs préfèrent rester à quai si les prises sont incertaines.

Certains jours ou mois ne sont pas propices à la pêche, en raison de superstitions. Le 7eme mois lunaire est le mois des âmes errantes et on évite de sortir la nuit pour ne pas être happé par des esprits malfaisants. C’est en plus un risque de malchance, en l’occurrence de revenir bredouille.. on reste au port pour ne pas tenter le diable ! Et ca dure 30 jours !

Et le nombre de pécheurs est en baisse. Les bateaux sont conservés comme des actifs familiaux et ne sont pas revendus.

Autre étonnement pour un esprit occidentale, c’est l’absence de mouettes et de goélands. Autour des bateaux de pêche, autour des prises, autour des ports, pas un seul oiseau ! Plusieurs explications : dans une mer tropicale, les poissons vivent en profondeur donc les oiseaux ne peuvent les atteindre. Les mouettes ne pourraient survivre ici, ce sont des oiseaux de climats tempérés ou froids. Il n’y a pas non plus de rejets par les pêcheurs. Ici, tout est utilisé ! Les oiseaux sont ici des sternes et des hérons, avec des habitudes très différentes des oiseaux que nous connaissons.


Broyeuse de glace en action, ici à Sa Huynh

De même, on ne « sent rien » le long des cotes vietnamiennes, alors que l’odeur iodée est forte en Bretagne. La cote est ici souvent faite de plages de sables fins. Il n’y a pas d’algues ou peu. De toute façon, la force du soleil ne permettrait pas le développement des algues. Dans les ports, il n’y a pas de déchets qui trainent, tout est utilisé. Et on nettoie à grande eau toutes les surfaces, toujours en bêton. En France, ce n’est pas aussi nécessaire, et les déchets créent une odeur spécifique.

Dernier sujet, la vente du poisson. En France, on a des criées informatiques dans tous les ports. Ici, tout se fait sur la plage ou sur le quai. Je me rappelle qu’il y a plus de 15 ans, un pays étranger avait offert un espace aménagé dans le port de Hué pour « moderniser » les pratiques. Il n’a jamais servi, les acteurs de la pêche préférant garder leurs habitudes, en l’occurrence négocier à quai à l’arrivée du chalutier.

Les pratiques actuelles sont typiquement culturel, il y a surement des gagnants et des perdants, mais c’est comme ca. Au Vietnam, les habitudes ont la vie dure.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *