Le groupe Casino vient d’annoncer la cession pour 1 milliard d’euros de ses 43 magasins et 30 galeries marchandes au Vietnam à un groupe Thaïlandais.. On ne peut être que déçu de voir partir ainsi le drapeau tricolore du Vietnam pour une logique de groupe et de désendettement au niveau mondial …
En 18 ans, Big C s’est imposé comme le leader de la grande distribution au Vietnam, avec des emplacements de choix en centre ville ou en proche périphérie des villes. Le seul concurrent historique est « Coop Mart », une enseigne locale en perte de vitesse.

Intérieur d’un Big C (photo internet)
Casino renonce ainsi à un marché intérieur de plus de 90 millions d’habitants et dont le revenu progresse année après année. La hausse permanente du foncier et le manque de grands terrains disponibles font des emplacements actuels de Big C une rente de situation et une barrière à l’entrée pour d’hypothétiques nouveaux venus.
Big C, c’était 586 millions d’euros de CA en 2015, soit l’équivalent de 4 gros hypers français, pour un résultat avant impôts et taxes estimé à 29 millions d’euros. A l’échelle du groupe, c’est sur, c’est pas bien gros..
Cette grande distribution permet d’offrir de nombreux produits non disponibles habituellement dans les épiceries. Mais ce sont très souvent des produits d’origine étrangère, comme les produits lights, les surgelés etc..
Mais comparée à la France, la grande distribution n’a pas encore réussi à moderniser le secteur agro alimentaire. Les produits vietnamiens restent ordinaires sans beaucoup de valeur ajoutée. Il y a peu de choix et peu d’innovations.

Les minorités ethniques à la caisse, dans leur position favorite …
En revanche, Big C a introduit plusieurs nouveautés, banales pour nous, mais tellement novatrices pour le Vietnam : les prix affichés, bien sur, mais aussi la fidélisation clientèle, les promotions et les produits distributeurs.
L’affichage des prix permet aux vietnamiens de « connaitre le prix des choses » et de ne pas se faire avoir avec le petit commerce où les prix sont toujours discutés.
Le marketing, élément inconnu jusqu’alors dans le secteur ultra dominant de l’épicerie de quartier se traduit par des promotions et des offres en produits gratuits qui font venir en masse les consommateurs.
Mais pas encore de relations long terme avec les fournisseurs de fruits et légumes. Les prix évoluent au gré de l’offre et la demande, et il n’est pas rare de voir le kilo de tomates fluctuer dans un ratio de 1 à 4 ! De fait, les catalogues de promotions n’affichent jamais les prix de ces produits mais juste le pourcentage de réductions ! Pas très parlant… [ndlr: big c indique le prix des promotions depuis mi 2016]
Coté logistique aussi, il y a encore beaucoup de progrès à faire face à l’indisponibilité des produits..
Les vietnamiens aiment bien Big C. La climatisation, l’ambiance, les escalators en font un endroit de promenades appréciés des familles.. Les prix sont souvent un peu plus chers que dans les épiceries locales, mais on y va surtout pour les promotions. Les vietnamiens, qui ne sont pas patients pour un sou, découvrent aussi les joies de faire la queue en caisse !
Avec la cession, on perd un ambassadeur de nos produits tricolores. Pas sur que le beurre, le lait, les fromages et les vins français resteront dans les rayons. Même crainte pour les autres produits européens.
Big C , c’était aussi un débouché pour les jeunes diplômés francophones. Même si depuis quelques années, les directeurs de magasins français ont été remplacés par des vietnamiens.