Si vous vous baladez à Hué en vélo dans le quartier de Kim Long, vous découvrirez de nombreux ateliers de travail du bois. Cette activité séculaire est toujours dynamique, mais reste néanmoins très traditionnelle. Les formes et les motifs sculptés n’ont pas beaucoup variées depuis la dynastie Nguyen : des meubles pour le culte des ancêtres, des bouddhas en bois parfumé pour les pagodes ou de riches propriétaires, des maisons traditionnelles toutes en bois qui seront ensuite démontées et remontées chez leur acquéreur final.

Sculpture sur une charpente de maison traditionnelle
Hué compte plusieurs dizaines d’ateliers, certains ayants plus de 20 artisans. Mais la sculpture du bois n’est pas propre au centre Vietnam. Il existe de nombreux villages de métiers près de Hanoi, qui allient souvent outils électriques et finition manuelle. Et autrefois, il y avait la fameuse rue des éventails dans le quartier des corporations à Hanoi.

Apprentis dans un atelier à Hué
Il n’existe pas d’écoles professionnelles et la formation se fait par l’apprentissage pour une durée de 3 ans. Les apprentis viennent de la campagne et sont contents de trouver un travail. A Hué, après 3 ans, un sculpteur peut espérer gagner 5 millions de Dong (200 euros environ) par mois, un salaire un peu supérieur à la moyenne. Les meilleurs se lancent dans la création de leur propre atelier, mais, n’ayant reçu qu’une formation technique, le risque d’échec est grand. Il faut aussi disposer de capitaux pour acheter le bois, dont le prix ne cesse de monter.

Atelier dans le quartier de Kim Long, Hué
Ces sculpteurs peuvent être des artisans très brillants mais ne sont pas des artistes. Ils font et refont les mêmes motifs et sont souvent incapables de créations. Les motifs sont imprimés sur du papier qui est ensuite collé sur le bois à sculpter. Autrefois, c’était peint, mais le principe est resté le même. Les écoles des Beaux Arts produisent néanmoins de vrais artistes dont certains excellent dans la sculpture. Le prix élevé du bois ne facilite pas la prise de risque : une erreur de l’exécution et c’est tout le travail qui est à refaire. Il est donc plus simple de reproduire plutôt que de créer. De fait, peu de sculptures s’exportent. A ma connaissance, tout est à destination du marché local.

Village de métier près de Hanoi
Le Laos a été un gros fournisseur de bois ces dernières années. Il semble que les frontières soient à nouveau fermées. L’atelier que nous avons visité à Hué avait du bois local (notamment le jacquier, de couleur jaune, qui est très courant) et d’Indonésie.
Nous avons fait faire une sculpture d’un buste de mandarin. Taille 24cm de hauteur. Le bois est à forte densité (gỗ gṍ) et il va s’assombrir en quelques mois. Un joli travail d’artiste!
