Alix Aymé, une artiste exceptionnelle en Indochine

Alix Aymé (1) est une artiste qu’on redécouvre depuis quelques années, notamment grâce à quelques sites internet très bien documentés (2) . Si son œuvre est assez hétéroclite, tant au niveau des techniques que des résultats, quelques tableaux sont d’une beauté tellement incommensurable que je n’ai pas pu résister à l’envie d’en savoir plus sur cette artiste qui a passé plus de 25 ans en Asie.


Enfant dormant avec un chat, vers 1935

Mais revenons au point de départ. Alix Hava, son nom de naissance, est née en 1894 à Marseille. Avec ses parents, elle a la chance de « découvrir le monde », à travers des voyages autour de la méditerranée, en Angleterre et même à La Réunion. A 20 ans, elle monte à Paris pour suivre des cours de dessin. Elle y rencontre Maurice Denis, l’un des pères des nabis et avec qui elle correspondra toute sa vie. Elle se marie de bonne heure avec Paul de Fautereau-Vassal, professeur de lettres, avec qui elle partira d’abord à Hong Kong (elle adore) puis à Shanghai (elle n’aime pas). Fin 1921, ils s’installent à Hanoi et elle réussit à décrocher un poste de professeur de dessin. Elle découvre les techniques locales de peinture sur soie et la laque. A cette époque dans les colonies, être artiste n’est pas simple, surtout pour une femme. En 1926, ils rentrent en France et elle donne naissance à son fils Michel. Cependant, ils divorcent quelques temps après.


Nu au lotus, vers 1935

C’est en femme libre et indépendante qu’elle repart en Indochine avec son fils. Son talent artistique commence à être reconnu et elle obtient en 1929 d’aller au Laos pour préparer l’exposition coloniale de 1931. Le récit de son voyage pour rejoindre seule Luang Prabang en pleine saison des pluies parait dans la Revue Indochinoise et ne manque pas de piment! (5) Très vite, elle se lie d’amitié à la famille royale, fait des portraits des enfants et décore le palais. Peu après, elle se remarie avec le Lt Colonel Aymé avec qui elle aura un autre fils en 1933. Sa notoriété grandit et elle rejoint Victor Tardieu pour créer, avec Inguimberty, le département des laques à l’école des Beaux Arts de l’Indochine à Hanoi. Elle y enseignera entre 1934 et 1939. En mars 1945, son monde s’écroule : son premier fils de 19 ans est tué par les japonais. Quant à son mari, il est arrêté et torturé. Apres sa libération, ils rentrent en France. Son mari meurt en 1950. Malgré la peine, Alix continue à honorer quelques commandes de laques, dont la décoration d’un paquebot, l’appartement de Bao Dai et un chemin de croix pour une église dans le calvados. S’ensuit une période de relatif oubli. Elle décède en 1989 à l’âge de 95 ans.


Femme à la pomme-cannelle, vers 1935, tableau présenté lors d’une exposition à Evian

Apres la naissance de son premier fils, on voit Alix Aymé commencer à peindre des enfants dans des compositions bien asiatiques. Ses toiles, réalisées dans les années 30, sont un summum de poésie, de finesse, de tendresse et mélancolique à souhait. On est comme envouté par ces toiles dont les couleurs chaudes viennent donner une aura supplémentaire.


La congai aux lotus, vers 1933

Alix Aymé a peint aussi à Hué. En 1928, une exposition est organisée à Saigon à la libraire Portail pour présenter ces œuvres. En 1929, elle exécute pour le bureau du tourisme de Hué une affiche assez novatrice qui, sans être exceptionnelle, est plaisante, surtout à un siècle d’intervalle. Récemment, on a eu l’occasion de redécouvrir cette affiche dans l’émission « Affaire conclue » ! (3)


L’affiche réalisée pour la promotion de Hué en 1929


Alix Aymé, photo parue dans la revue Extreme Asie en 1926

Alix Aymé revient à la mode et la maison d’enchères Million a mis en scène l’un de ses tableaux dans une vidéo de promotion de la vente « Arts du Vietnam » qui se tiendra en octobre 2023. On y apprend que la toile inédite a été découverte dans un grenier. Ce sera une œuvre de plus à ajouter au catalogue raisonné qui est en train d’être constitué sur le site internet https://www.alixayme.com/.

A noter également une exposition au musée de Pont Aven qui présente quelques unes de ses toiles, jusqu’au 5 novembre 2023.

(1) Ses œuvres sont signées Alix Hava, Alix Foutereau ou Alix Ayme suivant la date d’exécution
(2) https://diacritik.com/2022/03/02/alix-ayme-la-rencontre-de-lorient-peintresses-en-france-11/
(2) https://www.alixayme.com/
(3) « affaire conclue », https://www.youtube.com/watch?v=PZcT8ougBE4
(5) article de la Revue Indochinoise, fichier pdf de 3.1 mégas, 1929_06_01_AlixAymeLuangPrabang.pdf
(6) lire aussi l’article paru en 1929, pdf 1,6 mégas,
1929_08_01_alixAyme.pdf

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