Catégorie «Indochine»

La richesse du patrimoine de Hué en livre

Voila un livre que tous les amoureux des bâtiments anciens de Hué devraient posséder ! « Exploring Hue » est un livre en anglais écrit par Tim Doling, un historien anglais vivant à Saigon depuis de nombreuses années.

Tim Doling n’est pas un inconnu pour ceux qui s’intéressent à l’Indochine et plus particulièrement à Saigon. Son site internet (www.historicvietnam.com) permet de découvrir de multiples bâtiments anciens du Sud Vietnam, tant par les textes que par les photos. Il a publié aussi des livres sur Saigon.

Le livre sur Hué décrit de façon très détaillé les bâtiments et monuments à travers 23 circuits dans ou autour de la ville. Bâtiments coloniaux, temples, pagodes, maisons jardins, mausolées, édifices catholiques, tout est détaillé.

On y trouve aussi l’histoire du centre Vietnam, du temps du Champa et la lente conquête du pouvoir par la dynastie Nguyen. L’histoire de la période française est moins convaincante, sans doute parce notre vision des faits n’est pas tout à fait la même que celle d’un anglais ou d’un vietnamien !! Certains faits sont erronées, comme l’histoire du missionnaire martyrisé Joseph Marchand, ou totalement occultés comme les événements du 9 mars 1945 où de nombreux français périrent sous la férocité nippone.

Ce livre est un peu aride à lire pour un simple touriste. On ne trouve absolument rien sur l’âme de Hué et de ses habitants, rien sur la culture locale ni aucune anecdote sur la vie d’autrefois. Mais cela constitue une bible pour les voyagistes, guides touristiques, historiens et tous les amoureux des vieilles pierres.

Le livre est en vente à priori au Vietnam uniquement, à la librairie Phuong Nam pour Hué. 516 pages, 350.000 Vnd.

Une Croix de Lorraine à Hué !

En furetant dans les bâtiments anciens de l’hôpital, quelle fut ma surprise de découvrir une immense croix de lorraine enchâssée dans le mur d’une ancienne chapelle ! Symbole de la résistance lors de la 2eme guerre mondiale ? sans doute pas.. Ia croix de lorraine fut aussi, on l’a oublié, le symbole de la lutte contre la tuberculose à partir des années 20.

Et c’est effectivement dans l’ancien institut antituberculeux qui se trouve cette croix, dans la rue Ngo Quyen, face à l’hôpital international. En 1925 meurt de tuberculose le plus illustre des annamites, le roi Khai Dinh. Peu de temps après, sous l’impulsion de Mr Rigaux, industriel à Hué et du médecin chef Normet, une association voit le jour, la « Ligue des Amis de l’Annam ». Une loterie est organisée pour financer la construction des bâtiments qui verront le jour en 1928. On lui donne le nom de Pierre Pasquier, à l’époque Résident Supérieur de l’Annam et généreux donateur. Cet institut, équipé de radiologie, accueille à ses débuts 150 malades et, sous la responsabilité du médecin Le Van Ky, des centaines de consultation par jour sont organisées pour les malades qui peuvent être traités chez eux. Pour le faire fonctionner, on sollicite les sœurs de Saint Paul de Chartres. En 1934, 2 nouveaux bâtiments modernes sont construits. L’administration finit par se substituer à l’organisation privée pour assurer le fonctionnement.


La forte humidité, la contagion familiale par l’insuffisance des notions d’hygiène courante, favorisent les maladies pulmonaires.

Du coté des traitements, la vaccination généralisée des enfants au BCG au début des années 20 a un impact direct sur la tuberculose. En revanche, de nombreux adultes en sont atteints, notamment les fonctionnaires travaillant pour les français, ce qui contrarient les autorités. Des congés de longues durées avec maintien d’une partie du traitement sont mis en place dans les années 30. Mais il faudra attendre la diffusion de la pénicilline à la fin des années 40 pour voir la tuberculose fortement régresser.

Aujourd’hui, les bâtiments sont toujours utilisés pour les maladies respiratoires. Un Christ Roi continue de protéger les patients à une dizaine de mètres en hauteur, sur un piédestal. Les sœurs de Saint Paul occupent toujours le bâtiment limitrophe. Un pavillon a été construit entre temps pour soigner les personnes atteintes du HIV. Comme personne ne veut s’en occuper, les religieuses ont une nouvelle fois répondues présentes.

Maisons historiques dans le quartier Phu Cam à Hué

Dans le quartier catholique de Phu Cam, quelques belles maisons anciennes ont survécu à la démolition, notamment dans la rue Ham Nghi.

Située derrière la résidence-hôtel Cocodo, se trouve la très belle maison de la famille de Mgr Van Thuan, qui est né ici en 1928.
Sa mère fait partie de la famille Ngo qui habitait non loin. Son père est le célèbre Ngo Dinh Kha qui fut haut mandarin et fondateur de l’école Quoc Hoc. Elle était la sœur du président du Sud Vietnam Diem.
Son père, Thadeus Nguyen Van Am, est lui aussi issu d’une grande famille catholique. Le père de celui ci fut, entre autres, un entrepreneur de renom à Hué et construisit plusieurs bâtiments comme l’école Jeanne d’Arc ou l’école Pellerin.


L’intérieur de la maison

Le couple se marie en 1924 et aura 9 enfants. Le futur Mgr Van Thuan est l’ainé. En 1954, à l’âge de 26 ans, il est atteint de tuberculose. Il y a peu d’espoir de survie. Cependant, le jour d’une « opération de la dernière chance » les médecins français de l’hôpital Grall de Saigon constatent avec étonnement que la maladie a soudainement disparue. On parle de miracle. Sa vie, pas seulement spirituelle, est très riche et l’on peut lire son histoire sur internet ou dans les ouvrages qu’il a écrits
Aujourd’hui, cette maison est occupée par des séminaristes. Elle possède une petite chapelle privée à l’arrière.

De l’autre coté de la cathédrale, dans la rue Doan Huu Trung, une autre maison d’importance se cache. Il s’agit de l’ancienne demeure du délégué apostolique du Vatican pour l’Indochine. Le délégué apostolique est une sorte d’ambassadeur mais sans les fonctions diplomatiques. Il officiait non seulement en Indochine (Laos et Cambodge inclus) mais aussi au Siam (Thailande). Le délégué, Mgr Dreyer à cette époque, occupa officiellement cette maison en 1929. Le Vatican souhaitait voir son délégué s’installer à Hué, proche du pouvoir annamite plutôt qu’à Hanoi, comme le souhaitaient les français.
Pour les catholiques de Hué, ce fut un grand honneur. Le terrain fut offert par le plus haut mandarin catholique de la cour, Nguyen Huu Bai. Une souscription fut organisée pour financer la construction de la maison et Denis Le Phat An, riche propriétaire foncier du sud Vietnam, y répondit largement.

Pendant l’occupation japonaise puis la guerre, le délégué ne sera pas inquiété puisqu’il a la nationalité du Vatican.

En 1950, le siège apostolique sera transférée à Hanoi puis, en 1959 à Saigon jusqu’en 1975. On remarquera le style italien et le symbole papal sur le fronton de l’entrée. Cette maison est dorénavant occupée par les postulantes des Amantes de la Croix, une congrégation fondée par les Missions Etrangères de Paris et implantée en 1718 à Hué.


Le tombeau de Denis Le Phat An dans l’église de Go Vap, près de Saigon. La Croix de commandeur de l’ordre de Saint-Sylvestre lui a été offert par le Vatican en remerciement de sa générosité lors de la construction de la maison.

Une maison de mandarin

Il y a quelques années, j’avais découvert dans notre quartier une maison traditionnelle de Hué cachée entre plusieurs maisons modernes et la curiosité m’avait incité à entrer dans la propriété.. J’avais rencontré un vieux monsieur qui y vivait seul. Il collectionnait les timbres du monde entier, lisait un peu et occupait son temps avec le jardinage.. Il était catholique, ce qui n’était pas rare dans ce quartier de la cathédrale Phu Cam. Depuis peu, j’ai appris qu’il venait de décéder et j’ai pu rencontrer ses neveux et nièces.

L’abdication du dernier empereur d’Annam, Bao Dai, en 1945 a signé la fin d’un monde pour toutes les vieilles familles de Hué, qu’elles soient royales ou issues du monde mandarinal. L’arrêt du versement des traitements, la modification de l’organisation administrative a bouleversé l’ordre établi. Les plus jeunes ont du faire d’autres métiers, d’autres sont partis à l’étranger. Certains se sont adaptés à la situation, mais pour beaucoup ce fut un drame. La vie s’est arrêtée pour beaucoup d’entre eux.

Je me dis que le propriétaire de cette maison faisait parti sans doute de cette dernière catégorie. Il n’a jamais travaillé et a toujours vécu reclus dans cette maison, à veiller sur l’autel des ancêtres de sa famille. Son grand père, Tran Uynh, était mandarin et travaillait au ministère des finances dans la citadelle de Hué. Il avait reçu de l’empereur Bao Dai un panneau rouge et or célébrant le fait que 4 générations avaient, à l’époque, vécues dans cette maison.


La famille du propriétaire

Tran Thai, le vieux monsieur décédé, aura été le dernier à vivre dans cette maison. Une maison pleine de charme, toute en bois, riche en décorations et en meubles, mais sans confort moderne. La bonne nouvelle, c’est que la famille souhaite restaurer la maison et la garder comme temple familial. Les livres et les timbres seront aussi conservés comme souvenirs de leur oncle. La piété familiale au Vietnam, ce n’est pas un vain mot!

Sur la photo, on voit un papayer avec 3 fruits. Comme j’avais pris un escabeau pour prendre les photos, on l’a utilisé pour aller cueillir les fruits. Ma gourmandise m’a fait oublier un instant la culture locale et j’avais espéré qu’on mangerait les fruits ensemble.. Hélas non, une fois bien lavés, les fruits sont allés directement sur l’autel des ancêtres…


L’autel des ancêtres, catholique


Le panneau offert par le roi Bao Dai


La mandarin Tran Uynh et sa femme


Une gargouille en forme de poisson

Le marché Dong Xuan de Hanoi

C’est toujours un immense plaisir de découvrir une photo de valeur encore jamais vue sur le net ! En trouvant chez un vieux monsieur un livre sur Hanoi, je suis tombé sur une photo du marché Dong Xuan, le grand marché de Hanoi, prise à priori à la fin des années 60. Le livre lui-même a été publié au plus tôt en 1972.

Il y a peu de photos du Nord Vietnam à cette époque et la prise de vue la rend particulièrement intéressante.

Étonnamment, on n’a pas l’impression que le pays soit en guerre. Pas de « bo doi », ces fameux soldats d’Ho Chi Minh. On ne voit pas non plus de slogans, ni de drapeaux. Encore plus surprenant, au fond, on distingue un combi Volkswagen.. Des voitures russes, des camions mais pas de cyclo…

La Manufacture d’Opium de Saigon

L’un des bâtiments les plus emblématiques de la colonisation en Indochine est certainement celui de la Manufacture d’Opium. C’est d’autant plus intéressant qu’une partie des bâtiments existe toujours, et notamment le porche d’entrée avec sa grille en fer forgé. Sur celle-ci, on peut encore voir les 2 lettres entrelacées « M O », pour Manufacture d’Opium. L’entrée de ce site est située en plein centre de Saigon, à quelques pas de l’arrière du théâtre de la ville. Le « 42 rue Paul Blanchy » s’est mue aujourd hui en « 74 Hai Ba Trung ».
Pour combien de temps encore les vestiges de ce lieu survivront-ils à la pression immobilière et aux incessants soubresauts de la ville ? Probablement pas longtemps, raison de plus de s’attarder un peu sur ce lieu.


L’entrée de la Manufacture d’Opium. Photo collectée par Manhhai sur Flick.


L’emblème de la Manufacture

Avant que les français posent le pied en Indochine en 1858, l’opium était déjà fumé localement, essentiellement par les chinois présents sur place.

Les français comprirent vite le parti financier qu’ils pouvaient tirer de l’opium. Au tout début, faute de compétences et de moyens, un système d’affermage fut mis en place.
En 1881, le Gouverneur Général décida de substituer à la ferme de l’opium le régime de la Régie directe. Cette organisation devait enrichir davantage la colonie et soustraire aux corporations chinoises une activité sensible.


L’un des premiers fermiers de l’opium pour le Tonkin en 1887, René de Saint Mathurin. Source internet

L’achat, la fabrication et la vente de l’opium deviennent ainsi un monopole. On bâtit donc à cette date la Manufacture d’Opium de Saigon qui devient pleinement opérationnelle pour la Cochinchine le 1er janvier 1882.
Au gré des traités de protectorats signés en Annam, au Tonkin et au Laos, les fermes royales sont abrogées et les manufactures de Luang Prabang et de Haiphong sont fermées en 1897.
En 1899, l’exploitation de la manufacture de Saigon est confiée à l’Administration des Douanes. De là commence un commerce florissant qui ne cessera véritablement qu’au départ des français en 1955.


Photo prise en 2016

« Cette fabrique d’opium [..] est une des curiosités de Saïgon. Le promeneur qui, dans la quiétude des matins radieux, circule en pousse du haut de la ville vers la rivière, sous les arbres au ton vert de pastel, lorsqu’il approche des quais de la Marine, est saisi aux narines par une étrange senteur, humide et vireuse, troublante et délicieuse à certains. Elle trahit, pour l’initié, le voisinage de la paisible manufacture d’opium de l’Indochine, le seul établissement officiel de ce genre avec celle de Java ».

La manufacture d’opium comprend un entrepôt général, un laboratoire, une bouillerie, des ateliers de pesage, soudage et vernissage des boîtes de cuivre qui servent pour le conditionnement de l’opium.


Collection Life

Sur la porte d’entrée de la manufacture, on pouvait lire la devise républicaine « Liberté,Egalité, Fraternité » (Revue le Chistianisme social, 1926)

Lors de l’exposition coloniale de Marseille en 1906, une maquette de la manufacture avait été reproduite. On distribuait également une plaquette artistiquement imprimée et illustrée pour vanter la supériorité de l’opium national sur l’opium fabriqué dans les autres pays (Revue le Chistianisme social, 1926)


Fac similé de la brochure de 1906 (collection personnelle)

Le service des Douanes a seul le droit d’acheter l’opium soit à l’étranger, soit dans la Colonie où les particuliers qui désirent se livrer à la culture du pavot doivent obtenir l’autorisation administrative et sont tenus de vendre à la Régie la totalité de leur récolte.

Dans les 20 premières années de son exploitation, l’opium brut acheté par la manufacture de Saigon provient d’Inde et de Chine. En effet, l’Indochine ne produit presque pas d’opium à cette époque. L’opium dit « noir » est celui de Bénarès. Plus fort et plus odorant, il est le préféré des gros fumeurs, surtout des Chinois. L’autre provient du Yunnan, une province chinoise située jusqu’au dessus de l’Indochine. Cet opium est appelé « opium blanc ».Il est moins estimé et sa valeur marchande est plus faible.

L’opium est traité à Saigon suivant la méthode cantonaise. L’objectif est de transformer l’opium brut en opium à fumer (appelé « chandoo »). Pour avoir un ordre d’idée, il faut 350 kilos d’opium brut pour obtenir 250 kilos de chandoo

Les ouvriers, exclusivement chinois, se transmettent leur savoir faire année après année. On les appelle les « bouilleurs ». Ils sont au nombre de 60 environ, divisés en 2 équipes, l’une pour le matin, l’autre pour l’après midi. Tout se passe dans un silence presque absolu. La cloche de cuivre règle depuis 1900 la vie de la manufacture. Elle sonne l’heure de la relève et nulle interruption ne se produit dans le travail.


Arrivée des boules d’opium. Source internet

Il faut 3 jours pour transformer l’opium brut en un opium destiné à être fumé après vieillissement.

Dans le journal « Le Colon Français », paru en 1929, on peut lire:
« La fabrication de l’opium à fumer comporte une série d’opérations qui se répartissent sur trois journées :
1ère journée: ouverture des boules ; 2èmejournée ; cuisson de l’opium et son épuisement par l’eau ; 3ème journée : filtration des liqueurs »

« C’est dans un vaste hall que se déroulent, au sein d’une atmosphère saturée de chaude humidité et de l’entêtante odeur opiacée, ces diverses besognes. A l’une des extrémités de la grande salle, des caisses entassées pleines de boîtes d’opium apportées là pour différentes raisons : saisies de contrebande, fermentation ayant fait éclater les boîtes, etc. Des hommes accroupis vident celles-ci dans des récipients, d’où le liquide sirupeux sera transvasé dans les cuves semi-sphériques ou il devra subir un autre traitement. »


Sortie des ouvriers – photo internet

« A l’autre bout, une rangée de grandes cuves en cuivre, dont trois surélevées. Au milieu, sur l’un des côtés, d’autres cuves plus petites, au nombre de quatorze, mobiles celles-là, et posées sur des foyers. Le moment venu, dans ces ustensiles d’une singulière cuisine, des hommes au torse nu, armés d’une pelle en bois, pétriront, malaxeront, suant, à la lueur ardente des charbons, une pâte noire et visqueuse. » […]

« Il est décortiqué, dans une journée, dix caisses ou 400 boules d’opium. » […]

« On a quelque peine à s’imaginer que le produit sorti de cette calme et laborieuse petite usine fait l’objet dans le monde, de l’adoration des uns, de l’exécration des autres ».

On peut lire aussi en 1938 dans l’un des bulletins des Amis du Vieux Hue un article rédigé par le Docteur Gaide : « De toutes les manipulations, la plus ingénieuse et la plus essentielle est certainement celle du crêpage. C’est à ce moment, surtout, que l’opium perd complètement son odeur d’origine pour prendre un parfum spécial, fin, délicat, flagrant, qui rappelle à la fois celui de la violette et de la noisette. Cette senteur si agréable est tellement prisée par certains Chinois [..] que c’est une des causes qui attache le fumeur raffiné à l’usage de l’opium. »

« Son arôme ne sera donné que par la fermentation. C’est la dernière opération. On répartit l’opium dans des récipients cylindriques de 250 litres, où il vieillit quatre à six mois. L’action de l’emmagasinement sur la qualité de l’opium est très importante à considérer : l’opium augmente, en effet, de valeur avec l’âge, bien plus rapidement que le vin de Bordeaux le mieux réussi. Un opium de 3 ans […] est la chose la plus délicieuse que puisse se procurer un fumeur ».


Intérieur de la manufacture, source Archive Nationale d’Outre Mer

La Régie met l’opium à la disposition du public dans des petites boites en cuivre de 100, 40, 20, 10 et 5 grammes. Les couleurs bleue et rouge distinguent l’opium du Yunnan de celui de Bénares.

Les prix de vente au détail sont fixés par les autorités. Les débitants, dument habilités, bénéficient d’une remise de 4,50 % sur le prix de vente aux particuliers.

En 1931 ; il existe 5 qualités d’opium: « Concentré », « Luxe », « Indien », « Etoile » et « Local », chacune déclinée dans tous les conditionnements existants. 3 prix dérogatoires existent pour la qualité « Local » pour les zones de production, le haut Tonkin et le Laos, ou des zones facilement accessibles à la contrebande comme la baie d’Halong.

Les débitants habilités sont identifiés grâce à une signalétique extérieure, R.O pour « Régie d’Opium », qui se distingue des « R.A » pour « Régie d’Alcool », autre monopole mis en place par les français.

Un ancien aumônier militaire raconte en 1910 ses souvenirs : « Avec quelle joie, au cours de longues tournées dans ce pays [..], voyais-je d’abord au-dessus d’une case, dans un misérable village de la brousse, flotter un petit drapeau aux couleurs françaises : mais avec quel serrement de cœur, en approchant, pouvais-je lire sur la partie blanche les deux lettres : R. O. Régie de l’opium. Le débitant de poison était souvent, à bien des lieues à la ronde, le seul représentant (indigène en général) de l’administration française ! » (Foi et vie, 1910, jacques Pannier)

Mais qui sont donc les fumeurs ?

En 1930, la Douane estime à 54.000 fumeurs habituels d’opium en Indochine sur une population totale de 18 millions, dont 5 millions d’hommes en âge de fumer. Ce sont principalement les chinois qui fument. La moitié de la production d’opium est fumée dans la ville de Cholon qui concentre à elle seule 50% de la population chinoise de la colonie. Les autres fumeurs sont certains « indigènes » fortunés, quelques français et des habitués vivants à proximités des zones de production.


Extrait de l’annuaire de l’Indochine en 1934, ville de Saigon

D’autres sources estiment à 100.000 le nombre de fumeurs dans toute l’Indochine et 2500 fumeries d’opium en 1940.

On fume donc principalement en Cochinchine ou s’écoulent, en 1930, 38 tonnes, pour 15 tonnes au Cambodge, 6 tonnes au Tonkin, 5 tonnes au Laos et idem pour l’Annam.

La vente d’opium est surtout une bonne affaire pour les finances de l’Indochine, puisque le monopole contribue en moyenne pour 25% du budget, ce qui est considérable.

Bien évidemment, de nombreuses critiques se sont élèvés contre ce commerce atypique. C’est ce que nous verrons dans une seconde partie.