Catégorie «Indochine»

Objets d’art au temps de la dynastie Nguyen à Hué

Un petit musée privé s’est ouvert récemment à Hué. Il est consacré aux objets d’art commandés par les rois de la dynastie Nguyen (1802-1945) auprès de fournisseurs chinois et européens.

Le cadre du musée est lui même intéressant puisqu’il s’agit de la maison (reconstituée) de Tranh Dinh Ba (1867-1933), qui fut ministre de la Justice sous le roi Khai Dinh (1916-1925).

Sont présentées dans cette collection privée des objets riches en motifs traditionnels de la cours de Hué, comme le dragon royal, la licorne, le phénix, les motifs géométriques (grecques), les nuages stylisés, la lune et le soleil… On trouvera ainsi des plateaux, des boites, des pots à chaux pour le bétel, des bols, des assiettes, des théières.. Les porcelaines de Sèvres, de Vierzon (A Hache) aux armoiries royales sont aussi présentées..

Ce musée est situé dans la citadelle, dans l’ancien quartier des ministères, au 114 rue Mai Thuc Loan à Hué. Cette rue est également intéressante à visiter. Presque à cote du musée, se trouve un lieu de culte dédié aux souvenirs des événements de 1885, au cours desquels les français, attaqués par les vietnamiens, ont répliqué en prenant la citadelle. Tous les ans, le 23 mai du calendrier lunaire sont honorées les nombreuses victimes de ces tragiques événements (angle rue Le Thanh Ton). Au numéro 120 se trouve la maison mandarinale natale de Dang Thuy Trâm, héroïne révolutionnaire durant la guerre et dont le journal intime fut publié avec beaucoup de succès il y a quelques années ( « Les carnets retrouvés »). Un film a même été tiré de son livre (« Ne le brûles pas’, sorti en 2009). Au numéro 112, on trouve une maison jardin ou Ho Chi Minh a vécu entre 1895 et 1901. La maison a été transformée en petit musée et constitue une halte agréable. La visite est gratuite. Au numéro 164, dans la cours de l’hôtel, se trouve le premier baobab ramené d’Afrique au Vietnam.. en face, au 131, le portail aux fleurs de lys d’une maison dont le propriétaire vietnamien est passionné de scoutisme. Un peu plus loin, au 168, se trouve une maison de culte située à l’emplacement de l’école des fils de mandarins militaires. Dans la petite rue adjacente Quoc Su Quan, se trouvent quelques maisons appartenant aux familles d’illustres mandarins.

Le Pont Doumer bientôt détruit ?

Le célèbre pont Doumer (Pont Long Bien) va t-il bientôt passer sous les hordes des démolisseurs ? C’est la question soulevée par un article récent du journal vietnamien Thanh Nien. Divers scénarios sont en effet imaginés par les autorités vietnamiennes, mais tous passent par le remplacement pur et simple du pont.


« Pas d’accord pour la destruction du pont Long Bien » titre le journal

L’attachement des Hanoiens est réel pour ce pont construit par les français entre 1900 et 1902. Mais il est tellement rouillé et mal en point qu’une rénovation est considérée aujourd’hui comme impossible.

Et si ses dimensions étaient cohérentes il y a un siècle, on doit reconnaître que le pont n’est plus du tout adapté à la circulation actuelle. Seuls peuvent circuler les 2 roues, les piétons et le train. Alors le pont est devenu un monument bien encombrant… trop coûteux à rénover, non adapté si on le remplace à l’identique… alors que faire ? pour le moment, la discussion porte encore sur les idées.. mais il est probable que l’état du pont va accélérer la prise de décision..

Les Amis du Vieux Hué: un centenaire bien mérité…

Les français venus en Indochine pendant la colonisation ne sont pas si nombreux à avoir gardé la sympathie des autorités vietnamiennes. Le Père Léopold Cardière en fait partie. Il faut dire que ce missionnaire français, mort en 1955, a consacré une bonne partie de son temps à étudier la société vietnamienne à travers son histoire, ses traditions, sa culture, sa langue.. le tout avec une profonde admiration pour ce peuple cultivé et courageux.

Affecté à Hué en 1913, il se prendra de passion pour “les croyances et pratiques religieuses » des habitants de cette région et publiera un épais volume… Il ressent aussi la nécessité de communiquer sur ce « patrimoine » pour le faire connaitre et donc le protéger. Avec le Docteur Sallet, l’association des Amis du Vieux Hué est créé et le premier bulletin sortira en 1914.

Les 123 bulletins qui seront publiés entre 1914 et 1944 constituent un trésor national. Plus de 16000 pages de texte seront ainsi écrites conjointement par des français passionnés et des mandarins annamites, l’élite vietnamienne en poste dans les différents ministères de la capitale. Tous les numéros sont richement illustrés, parfois en couleur.

Ouvrages de vulgarisation, éclectiques dans les sujets traités, ces bulletins sont une vraie mine d’or pour ceux qui s’intéressent à la culture locale. La collection intégrale des bulletins a fait l’objet d’une numérisation en 2000 sur cd rom par l’Ecole Française d’Extrême Orient et la plupart des numéros a été traduit en vietnamien.

L’immense œuvre de l’Association ne s’est pas éteinte avec le départ des français. Une nouvelle association est née en France (NAAVH) pour continuer à faire vivre ce patrimoine et maintenir le lien avec le Vietnam d’aujourd’hui.

Cette année 2014, centenaire du premier numéro, est ainsi l’occasion de rappeler que l’Indochine a été pour beaucoup de coloniaux une terre d’études et de passions, dans le respect des populations locales.

Hanoi vu par les gens du Sud…en 1920

Voila une photo qui ravira tous ceux qui connaissent Hanoï : une vue aérienne du quartier annamite prise en 1920. Au premier plan, on distingue le petit lac.. tout en haut, le marche Dong Xuan et à droite du marché, un peu plus loin, le pont Long Bien. La densité y est très forte, du fait des maisons « tubes » qui remplissent tout l’espace. On ne distingue quasiment aucun arbre, sans doute parce qu’ils n’ont pas encore eu le temps de pousser ! Aujourd’hui, le vieux quartier est plutôt bien ombragé…

Lorsqu’on voyage au Vietnam, on est toujours surpris du caractère des gens du nord, fort différent de la mentalité du sud Vietnam : ils parlent fort, paraissent moins sympathiques au premier abord, et font preuve d’un gout prononcé pour l’argent.. j’ai toujours mis cela sur le compte de la difficulté de la vie durant la guerre et de la rigueur du communisme…

En réalité, ces traits de caractères sont bien plus anciens et font partis de la culture locale.. Michel My, préfet vietnamien dans la région de Saigon, voyage au nord Vietnam en 1922 et constate ces différences. Il note avec ironie qu’on utilise des « carrés de papier » comme serviette de repas alors qu’on s’en sert comme papier hygiénique ailleurs (la, c’est sur, les gens du nord ont réussi à répandre leur pratique dans le reste du Vietnam !).

Il voit aussi, après s’être fait avoir plusieurs fois, que les gens du nord sont obnubilés par l’argent, ce qui n’a pas beaucoup changé… « L’amour de l’argent ! ils ne connaissent que ca ! ».

L’absence de chinois le surprend aussi, alors qu’ils tiennent tout le commerce en Cochinchine. « Eux qui ont la fâcheuse tendance à se croire indispensables en Cochinchine, ne peuvent lutter ici contre les Tonkinois. » Ceux-ci boycottent en effet les commerces tenus par les célestes, faisant échec à leur implantation… Alors qu’a Saigon Cholon ils sont plus de 200.000, les chinois ne sont que 2000 à Hanoï…

La passion des gens du nord pour la viande de chien ne date pas non plus de la guerre… Alors que dans le sud, la pratique est rare et mal perçue, à Hanoi, les « toutous rôtis, dorés comme des petits cochons se balancent aux crochets de fer.. »

Michel My note aussi que les femmes du Tonkin font pipi… debout et en pleine rue, sans s’occuper des passants !

L’impossibilité de faire appliquer les règlements aux Tonkinois est aussi souligné : « Et comme tous les indigènes de la basse classe (formant les 9/10 de la population) se refusent également à verser les amendes qu’on leur inflige, nous arrivons à ce résultat paradoxal : la police ne peut rien contre eux en matière de voirie, à moins d’encombrer les prisons de contrevenants qu’on serait obligé de nourrir à grand frais. En Cochinchine, c’est le contraire. Les indigènes paieraient tout ce que l’on veut pour ne pas mettre le pied en prison. A Hanoï, les Tonkinois, par leur force d’inertie, ont mis la police urbaine en échec. Ils continuent à uriner où bon leur semble et à accumuler des immondices dans les rues. Leur pauvreté est une force !»

Plus préoccupants, ce sont les relations entre les Annamites et les Français : « Au Tonkin, les éléments français et annamites ne se mélangent pas comme à Saigon. Est ce à cause de la timidité des indigènes? Est-ce en raison du mépris que professent les Blancs à l’égard des Tonkinois ? Je ne sais. Je pense qu’il y a un peu des deux. Je constate, en effet, que c’est excessivement rare de voir un Annamite s’attabler dans un café, dîner dans un restaurant français ou se rendre à un endroit fréquenté des Européens. A la Cathédrale même où [..] il doit être fait abstraction de toute question de race, le Curé n’admet pas les Annamites à la Messe de 8 heures 30 appelée pour cette raison Le-Tày (Messe française). Fuir les Blancs est devenu une habitude au Tonkin que les indigènes ne s’expliquent pas eux-mêmes. Dans les tramways, les indigènes évitent de prendre les billets de 1ère classe pour ne pas rencontrer des Français. » On connait la suite …

Je vous conseille la lecture de ce livre bien instructif, à télécharger gratuitement sur le site de la Bibliothèque Nationale de France :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5844489d

A Hué, un bel exemple de « style Khai Dinh »

Khai Dinh fut l’avant dernier roi de la dynastie Nguyen et a régné de 1916 à 1925. Il fut aussi un passionné d’architecture et de modernité. Les touristes qui visitent Hué connaissent surtout son tombeau. C’est lui qui fut aussi à l’origine de deux portes magnifiques autour de la cité impériale, du palais An Dinh le long de la rivière Phu Cam / An Cuu, du palais Kien Trung au sein de la citée interdite (détruit en 1947)… On reconnait facilement son style, du baroque italien appliqué aux motifs traditionnels de Hué, avec matériaux « modernes » tels que le ciment, la céramique, la porcelaine…


Un portail de style unique à Hué

En me promenant dans le quartier de Kim Long, je suis tombé par hasard sur le tombeau d’un haut mandarin, Vo Van Khiem, qui fut d’abord mandarin militaire avant de finir mandarin civil et ministre de la guerre. Né vers 1836, il fut mandarin sous 6 rois différents et s’est éteint en 1924 peu avant Khai Dinh.

Du chemin, on ne distingue d’abord qu’un portail très travaillé qui fait face à une rivière. C’est, à ma connaissance, un exemple unique de style Khai Dinh appliqué à un édifice privé à Hué. Les architectes qui l’ont conçu sont ceux qui ont réalisé les commandes du roi.

L’entrée se fait sur le coté, à travers un jardin riche d’arbres fruitiers et via une haie caractéristique des maisons jardins de Hué. La porte central ne s’ouvrait que pour les grandes occasions; aujourd’hui, seulement lors des cérémonies de cultes annuelles.

A l’intérieur du mausolée, une grande statue en ciment du mandarin, toute en couleur, dans sa tenue de cérémonie. Sur le coté, pn peut reconnaître un fusil, une épée.


Le mandarin en tenue de cérémonie

Au premier étage du mausolée, sa tombe et sa pierre tombale. Tout en haut, un autel des ancêtres pour ses parents.


Le tombeau


Vue du 3eme niveau…

Devant le mausolée, un pavillon, puis un écran.


Le pavillon pour le culte


Une sphère qui sert pour brûler les objets votifs. A ma connaissance, exemplaire unique à Hué.


L’écran traditionnel, en ciment ; les inscriptions sont en « nom », la traduction vietnamienne du chinois.

Les membres de la famille qui « veillent » sur le tombeau.. La plupart des autres membres de la famille sont en France.

Jolie couple ! Le mandarin est le frère de son grand père

Rencontre avec le restaurateur des tenues royales

L’Asie réserve bien des surprises à ceux qui prennent le temps de les chercher ! Ce fut mon cas lorsque je suis parti en quête de l’artisan qui restaure les tenues royales de Hué. Inutile d’en chercher deux au Vietnam, il n’y en a qu’un et il habite dans un village de métiers non loin de Hanoï.

De l’extérieur, rien ne transparaît, pas même le bruit d’un métier à tisser puisque tout est effectué à la main. Dedans, en revanche, c’est un musée qui s’ouvre à nous. Tenues impériales, tenues de princesses, c’est la dynastie Nguyen tout entière qui revit.


L’artisan devant quelques unes des tenues confectionnées ou restaurées par lui

Vu Gioi est agé de 45 ans. il a commencé en 1988 ses premières restaurations, formé par plusieurs générations familiales de brodeurs. Il s’est spécialisé dans la restauration de qualité, et emploie aujourd’hui une équipe de 30 personnes. Son savoir faire est reconnu et le musée Royal des Beaux Arts de Hué lui confie ses plus belles tenues.

Il effectue aussi des copies avec les plus nobles matériaux, allant des meilleures soieries aux fils d’or importés d’Europe. Ses clients sont surtout locaux, mais quelques vietnamiens de l’étranger ont recours aussi à ses services.

Voilà un bel exemple d’artisanat d’art qu’on aimerait voir plus souvent au Vietnam !


Détail de la tenue de la Reine Mère Tu Cung, mère de Bao Dai (1926-1945)


Quel privilège de pouvoir essayer une tenue de Princesse !


A gauche, la tenue de Tu Duc lorsqu’il était encore Prince (né en 1829); à droite, la tenue du roi Dong Khanh (1885-1889) ; Pas moins de 28 mètres de tissus sont nécessaires pour confectionner ce type de tenue


La tenue de Tu Cung dans son intégralité


Broderie d’une tenue commandée par un particulier vietnamien (environ 4000 usd cette tenue)