Il y a au moins 3 demeures d’exception à Dalat: les Dinh 1,2 et 3. L’origine de cette classification pour le moins « arithmétique » dans un cadre aussi poétique m’est inconnue. Mais j’ai retrouvé quelques éléments intéressants sur chacun d’entre eux.
Le Dinh 3 est le plus connu, car c’est celui de Bao Dai, le dernier empereur. Xuan Phuong raconte dans son livre « Du Couvent des Oiseaux au Vietminh » l’inauguration en 1938 : » C’est peu après mon arrivée au couvent que j’assiste à un autre événement mémorable de ma jeunesse : l’inauguration à Dalat de la villa de l’empereur Bao Dai. Ma mère a revêtu un ao dai de velours, avec un collier de diamant. Mon père, sa plus belle tunique. Et moi une robe en velours bleu et des chaussures vernies commandées à Paris pour la circonstance. Nous sommes arrivés en voiture jusqu’au bas de la colline où se dresse la villa. De là, tout le monde monte à pied par la grande allée du parc, pour se rassembler dans le cour devant la maison. Il doit être environ 18 heures. Nous sommes une cinquantaine de personnes, des mandarins et leur famille, et des Français. Tout d’un coup, la vaste demeure blanche s’illumine. Deux cents lampes, m’explique mon père. On dirait un paquebot. Alors l’empereur Bao Dai, sa famille et le Résident Supérieure de France apparaissent au balcon, l’assistance applaudit et crie « Vive Sa Majesté!». Puis les portes de la villa s’ouvrent, une fanfare française retentit et nous entrons. A l’intérieur, les lumières sont éblouissantes, et les vases débordent de fleurs. Dans la grande salle de réception, les buffets croulent sous les victuailles. Mon père me dit que l’on a fait venir des cuisiniers de France pour l’occasion. Ce qui m’impressionne le plus, ce sont les présentoirs avec des montagnes de pommes et des grappes de raisins qui retombent en cascade. Je n’ose toucher à rien tellement c’est beau. Toute la soirée, les gens continuent à arriver avec des cadeaux. A un moment, une chanteuse très brune se met à chanter. Les gens autour disent qu’elle est aussi venue de France pour la soirée. »
Ce Dinh servira de résidence d’été à Bao Dai jusqu’en 1955.
Le Dinh 2 a également été bâti sous la direction de l’architecte Paul Veysseyre. Il fut construit entre 1933 et 1937. C’est la résidence d’été du Gouverneur Général de l’Indochine. Cette propriété fut surtout occupée par l’Amiral Decoux au cours de la seconde guerre mondiale. Révant de transformer Dalat en capitale de l’Indochine, il n’a pas ménagé ses efforts pour promouvoir et bâtir cette station d’altitude.
Le Dinh 1 reste un lieu mythique pour les mariés de Dalat qui viennent se faire photographier devant les villas ou dans les jardins.. Ce Dinh est lié à l’oeuvre de Robert Clément Bourgery. Engagé volontaire dans la marine, il participe à la pacification du Tonkin et aux événements de Chine en 1900. Il décide ensuite de s’installer en Chine. Ingénieur hors pair, il construit des usines électriques, un chantier de constructions navales, des ouvrages d’art … En 1928, il est de passage à Dalat. Séduit par les lieux, il fait construire un vaste domaine de 60 hectares où ses employés de Chine et lui même pourront se reposer et côtoyer des compatriotes. Il démontre aussi l’intérêt d’utiliser les chutes d’eau pour produire une électricité abondante et peu chére. Ce qui aboutira à la mise en service du barrage d’Ankrouet un peu plus tard.. Par la suite, le domaine a été racheté par Bao Dai et a servi également de lieu de travail pour Ngo Dinh Diem..
Aujourd’hui, le domaine est protégé mais sans entretien.

L’une des dépendances du domaine Bourgery

L’allée principale traversant le domaine

J’avais fait un article sur les baignoires, symbole de la colonisation… en voici une belle, à l’arrière du bâtiment… depuis combien de temps est elle là ?























