Catégorie «Indochine»

La Dalat, première voiture fabriquée au Vietnam

Lorsqu’on regarde les photos du Sud Vietnam, on reste admiratif devant les « les belles américaines », les Peugeot (notamment les 4 cv pour les taxis) et les nombreuses voitures Citroën, dont la 2 cv et la DS. Mais c’est oublier la seule voiture qui fut produite au Vietnam à cette époque, La Dalat !

La fameuse Meharie, lancée en France en 1968, connut des développements inattendus dans les anciennes colonies africaines et au Vietnam. Facile à produire, des modèles locaux furent proposés à la vente.
Ainsi au Vietnam, La Dalat est née en 1970. Elle fut assemblée avec 40% des pièces produites sur place, ce qui est exceptionnel et, à ma connaissance, toujours inégalé a ce jour. L’atelier se trouvait en plein centre de Saigon, à l’emplacement du Diamond Plaza (derrière la cathédrale). Deux modèles furent disponibles: 4 sièges et une version cargo. Son châssis est métallique, à la différence de la Meharie. Quant à son aspect extérieur, il diffère la aussi assez sensiblement.
La belle aventure s’est terminée en 1975 avec la réunification du Vietnam et la fin de la présence de Citroen.


Modèle croisé à Hué (mars 2015)

Heureux celui qui pourra croiser le chemin de l’un des rares exemplaires existants encore au Vietnam, comme moi ce matin..


Les chevrons de Citroën au Vietnam et, au milieu, l’emplacement de la manivelle


Pub de l’époque

Hué: réouverture du palais An Dinh

Magnifiquement restauré mais longtemps fermé au public, le Palais An Dinh vient de réouvrir. Et l’entrée se fait désormais par la porte monumentale qui donne le long du canal An Cuu… Une visite à ne pas manquer !


La porte d’entrée du palais, coté canal

Ce palais fut construit par le roi Khai Dinh entre 1916 et 1920 sur l’emplacement de l’ancienne propriété qu’il occupait lorsqu’il était prince. Passionne d’architecture, Khai Dinh voulait se démarquer de ses ancêtres en utilisant principalement des matériaux occidentaux: briques, fer, acier et ciment. Il y ajoute des motifs en stuc et du papier peint. Le palais est décoré de colonnes corinthiennes et de frontons à la grecque avec des pignons néo-renaissance. La façade comporte des balustrades à la française et de petits motifs asiatiques autour des fenêtres du rez-de-chaussée. Le portail d’honneur est orné de céramiques en porcelaine. L’architecte Bang Hung est vietnamien.


Le palais, vue de la porte d’entrée. Une statue de Khai Dinh trônait autrefois dans le jardin (elle est à présent au mausolée du roi).

Dans cette propriété de 23000 m2, on trouvait des jardins à la française, un théâtre, un zoo et des étables.


Célébration en 1918 lors de l’ouverture du Palais. A l’origine, le palais ne comptait qu’un étage.

Ce palais servit de résidence de ville à la famille royale, plus agréable à vivre que l’austère Cite Interdite, située a 3 kilomètres et qu’on peut rejoindre en bateau. Il fut aussi le lieu de splendides fêtes privées. Khai Dinh préfère la vie au rez de chaussée, aimant jouer aux cartes, boire du cognac et s’adonner a l’opium. Son fils préfère vivre dans les étages plus lumineux. La mère de Bao Dai était vendeuse au marché An Cuu, tout proche, avant d’être servante au palais et de devenir concubine du roi.


L’une des pièces du palais

Dans le vestibule, on trouve 6 peintures des tombeaux royaux de Hue. Probablement réalisées par Le Van Mien (qui fit un séjour en France avant 1900), ces panneaux sont novateurs pour l’époque car on y introduit la perspective. Le papier peint est aussi une autre innovation: peinture sur soie au rez de chaussée et peinture sur papier aux étages.


Tombeau de Minh Mang


L’escalier menant à l’etage

En 1922, la palais fut transféré au fils de Khai Dinh, le futur roi Bao Dai. Apres son abdication en 1945, il y logea avec Nam Phuong et ses enfants ainsi qu’avec sa mère, Tu Cung. Celle ci y restera jusqu’à l’accession au pouvoir de Diem en 1955.
Restauré il y a quelques années grâce à des aides du gouvernement allemand, le palais a retrouvé une partie de sa splendeur, à l’exception du théâtre qui n’a pas été reconstruit. Plus récemment, du mobilier et des souvenirs de l’époque de Khai Dinh et Bao Dai ont été ajoutées. L’absence de documents photographiques ne permettent pas de connaitre avec précision le mobilier utilisé.


Vue du jardin

L’ancien carmel de Thanh Hoa

Le carmel de Thanh Hoa a été fondé en 1929 et s’est éteint en 1955. En allant à Thanh Hoa, quelle fut ma surprise de découvrir les restes de ce carmel, toujours en place. Le terrain, de 7000 mètres carrés appartient toujours à l’évêché qui semble attendre le retour les sœurs…


La façade de la chapelle

La façade de la chapelle est dans un style néo-classique dont la construction a du étonné bien des locaux.. On est loin du style local…


L’intérieur de la chapelle

Ce couvent a été fondé par les sœurs du carmel de Hué, qui lui existe toujours. En 1955, les sœurs des carmels du nord Vietnam sont contraintes d’abandonner leur carmel et repartent en France. Les bâtiments des carmels de Hanoi, Bui Chu et Thanh Hoa sont ainsi désertés. Par la suite, certaines religieuses sont revenues au Vietnam pour rejoindre le carmel de Nha Trang.


La grille de la chapelle, derrière laquelle se trouvaient les religieuses..

Rappelons que c’est le carmel de Lisieux, aujourd’hui mondialement connu, qui fut a l’origine de ce mouvement missionnaire vers l’Indochine. Les 4 premières sœurs sont arrivées à Saigon au tout début de la colonisation en 1861, juste après les sœurs de Saint Paul de Chartres. C’était le premier carmel en Asie, et rien ne fut simple. Il faut imaginer le courage – ou plutôt l’inconscience – de ces religieuses arrivées presque sans argent dans une ville de 8000 âmes ou personne ne comprend leur langue. La chaleur, l’insalubrité, les insectes, rats et serpents qui pullulent rendent la situation extrêmement critique. Moins de 3 mois après leur arrivée, 2 sœurs sont rapatriées d’urgence. Mais les choses finiront par s’arranger, presque par miracle..

Aujourd’hui, le Vietnam compte encore quelques carmels actifs, celui de Saigon bien sur, mais aussi à Hué et Nha Trang. On ne peut qu’être admiratif d’un ordre dont la règle impose le silence dans un pays ou le bruit fait figure de culture nationale !

Pour en savoir plus sur le carmel en Indochine:
http://belleindochine.free.fr/Carmel.htm

Saigon, éternelle Saigon…

Voici une photo prise dans les années 30 à Saigon.. On y distingue clairement le fameux marché Ben Thanh (« débarcadere », ainsi appelé car il existait un canal pour y mener, par la suite comblé car pourvoyeur de moustiques..). On y voit aussi l’ancienne gare pour les trains allant à Cholon et la gare des tramways (actuelle gare des bus), le bâtiment du siège des Chemins de Fer, toujours existant à l’angle du boulevard de la Somme…

Cette photo a été trouvée sur Facebook. D’une manière générale, les vietnamiens, y compris les jeunes, adorent l’architecture des maisons construites du temps de la présence française. Ils admirent aussi les plans d’urbanisme de l’époque, grâce auxquels les villes étaient bien agencées et agréables à vivre..Tout au moins les centres villes, car la périphérie n’était que paillotes, à de rares exceptions près..

Au Vietnam, il existe de nombreux sites internet et blog dédiés à l’histoire, ce qui atteste d’un véritable intérêt pour « la vie d’autrefois ». Les photos anciennes y tiennent une place centrale.

Lieu de mémoire: le pont du 17eme parallele

En 1954, après la défaite de Dien Bien Phu, les Accords de Genève valident la partition du Vietnam et font de la rivière Ben Hai la zone de séparation entre le Vietnam de Ho Chi Minh au nord et le Vietnam du Sud présidé par Bao Dai. Ils prévoient le retrait des troupes françaises. L’accord ne sera signé ni par le Sud Vietnam ni par les Américains.
L’Accord précise toutefois que “La ligne de démarcation ne peut être que provisoire et ne constitue en aucun cas une frontière politique ou territoriale”. Dans un délai de 2 ans, un référendum devait être tenu dans tout le pays pour une réunification du pays. Entre temps, Diem arrive au pouvoir dans le sud avec le soutien des américains. Le référendum envisagé ne sera jamais réalisé, Diem craignant l’absence de liberté de vote au nord et une victoire des partisans de Ho Chi Minh.. ainsi cette ligne de démarcation perdurera pendant 20 ans, jusqu’à la victoire finale de 1975.


Pont construit par les français en 1950 le long de la nationale 1, l’ancienne route mandarine

Sur le porche, le slogan :  » un Vietnam en paix, unifié, indépendant, appartenant au peuple et prospère »


Le pont est long de 178 mètres, chaque moitie sous la responsabilité du nord et du sud.


Photo de 1961 présentée dans le petit musée attenant au pont.


« Vive les accords de Genève », fresque murale autour de la base du drapeau

Les Grands Magasins Charner de Saigon, c’est fini !

C’est un nouveau symbole de la période coloniale qui disparaît de Saigon… Le bâtiment des Grands Magasins Charner est fermé depuis fin septembre et va bientôt être détruit. Il laissera place à une tour de 43 étages qui prendra sa place parmi d’autres au sein du triangle d’or de la ville.


photo internet

Le début du chantier s’intègre dans les travaux gigantesques du centre ville pour le chantier des 20km du nouveau métro, premier du genre au Vietnam. Actuellement, et pour au moins 2 ans, tout l’hyper centre ville est fermé. Touristes, passez votre chemin pour le moment !


le chantier du métro et le « tax center » en novembre 2014 (photo internet)

Le bâtiment des Grands Magasins Charner a été construit entre 1922 et 1924 le long du boulevard Charner, d’ou son nom. C’était, si on en croit les pubs de l’époque, « le plus grand choix de l’Indochine ». Son style est à la fois français et asiatique. On y installe une grande horloge tout en haut de l’édifice.


Pub de 1927

En octobre 1925, on choisit ce bâtiment pour y loger la sirène qui annonce l’arrivée des courriers de France, ces paquebots qui mettaient 28 jours pour rallier la Cochinchine au départ de Marseille.

Le GMC vue du ciel, années 30

En 1942, on y démonte l’horloge pour y construire un nouveau niveau.

Dans les années 60, les espaces du magasin sont loués à des commerçants individuels. Les américains y achètent toutes sortes de marchandises importées. Après la réunification, le bâtiment sert de showroom de machines outils puis retrouvent sa fonction commerciale en 1981. Dans les années 90, on l’appelle le « marche russe » car de nombreux produits viennent de Russie.. puis on l’appellera le « tax center » du fait de sa proximité avec le bâtiment du Trésor. Modernisé en 2003, sa carrière s’achève en 2014., soit 90 ans après son inauguration..


Le bel escalier central

La dernière restauration a sauvegardé l’escalier central, magnifique œuvre riche en fer forgé et carreaux de céramique.. les coq gaulois continuaient de trôner fièrement sur les rampes d’escalier… Espérons que ce patrimoine soit sauvegardé !

Le coq gaulois et sa fière allure !


La rambarde de l’escalier, vue du 1er étage


L’emblème des GMC (à l’envers) et la céramique

Pour en savoir plus sur l’histoire des GMC, lire l’article en anglais sur http://www.historicvietnam.com/saigon-tax-trade-centre/