Catégorie «Vivre au Vietnam»

A Hué, un bel exemple de « style Khai Dinh »

Khai Dinh fut l’avant dernier roi de la dynastie Nguyen et a régné de 1916 à 1925. Il fut aussi un passionné d’architecture et de modernité. Les touristes qui visitent Hué connaissent surtout son tombeau. C’est lui qui fut aussi à l’origine de deux portes magnifiques autour de la cité impériale, du palais An Dinh le long de la rivière Phu Cam / An Cuu, du palais Kien Trung au sein de la citée interdite (détruit en 1947)… On reconnait facilement son style, du baroque italien appliqué aux motifs traditionnels de Hué, avec matériaux « modernes » tels que le ciment, la céramique, la porcelaine…


Un portail de style unique à Hué

En me promenant dans le quartier de Kim Long, je suis tombé par hasard sur le tombeau d’un haut mandarin, Vo Van Khiem, qui fut d’abord mandarin militaire avant de finir mandarin civil et ministre de la guerre. Né vers 1836, il fut mandarin sous 6 rois différents et s’est éteint en 1924 peu avant Khai Dinh.

Du chemin, on ne distingue d’abord qu’un portail très travaillé qui fait face à une rivière. C’est, à ma connaissance, un exemple unique de style Khai Dinh appliqué à un édifice privé à Hué. Les architectes qui l’ont conçu sont ceux qui ont réalisé les commandes du roi.

L’entrée se fait sur le coté, à travers un jardin riche d’arbres fruitiers et via une haie caractéristique des maisons jardins de Hué. La porte central ne s’ouvrait que pour les grandes occasions; aujourd’hui, seulement lors des cérémonies de cultes annuelles.

A l’intérieur du mausolée, une grande statue en ciment du mandarin, toute en couleur, dans sa tenue de cérémonie. Sur le coté, pn peut reconnaître un fusil, une épée.


Le mandarin en tenue de cérémonie

Au premier étage du mausolée, sa tombe et sa pierre tombale. Tout en haut, un autel des ancêtres pour ses parents.


Le tombeau


Vue du 3eme niveau…

Devant le mausolée, un pavillon, puis un écran.


Le pavillon pour le culte


Une sphère qui sert pour brûler les objets votifs. A ma connaissance, exemplaire unique à Hué.


L’écran traditionnel, en ciment ; les inscriptions sont en « nom », la traduction vietnamienne du chinois.

Les membres de la famille qui « veillent » sur le tombeau.. La plupart des autres membres de la famille sont en France.

Jolie couple ! Le mandarin est le frère de son grand père

Rencontre avec le restaurateur des tenues royales

L’Asie réserve bien des surprises à ceux qui prennent le temps de les chercher ! Ce fut mon cas lorsque je suis parti en quête de l’artisan qui restaure les tenues royales de Hué. Inutile d’en chercher deux au Vietnam, il n’y en a qu’un et il habite dans un village de métiers non loin de Hanoï.

De l’extérieur, rien ne transparaît, pas même le bruit d’un métier à tisser puisque tout est effectué à la main. Dedans, en revanche, c’est un musée qui s’ouvre à nous. Tenues impériales, tenues de princesses, c’est la dynastie Nguyen tout entière qui revit.


L’artisan devant quelques unes des tenues confectionnées ou restaurées par lui

Vu Gioi est agé de 45 ans. il a commencé en 1988 ses premières restaurations, formé par plusieurs générations familiales de brodeurs. Il s’est spécialisé dans la restauration de qualité, et emploie aujourd’hui une équipe de 30 personnes. Son savoir faire est reconnu et le musée Royal des Beaux Arts de Hué lui confie ses plus belles tenues.

Il effectue aussi des copies avec les plus nobles matériaux, allant des meilleures soieries aux fils d’or importés d’Europe. Ses clients sont surtout locaux, mais quelques vietnamiens de l’étranger ont recours aussi à ses services.

Voilà un bel exemple d’artisanat d’art qu’on aimerait voir plus souvent au Vietnam !


Détail de la tenue de la Reine Mère Tu Cung, mère de Bao Dai (1926-1945)


Quel privilège de pouvoir essayer une tenue de Princesse !


A gauche, la tenue de Tu Duc lorsqu’il était encore Prince (né en 1829); à droite, la tenue du roi Dong Khanh (1885-1889) ; Pas moins de 28 mètres de tissus sont nécessaires pour confectionner ce type de tenue


La tenue de Tu Cung dans son intégralité


Broderie d’une tenue commandée par un particulier vietnamien (environ 4000 usd cette tenue)

C’est chouette !

La langue vietnamienne s’est enrichie de nombreux mots au contact du colonisateur. Tous les mots liés aux inventions techniques du XXeme siècle en font partie, comme ô tô, tac xi, tournevit etc… l’orthographe est adaptée à la langue et la prononciation peut différer, mais globalement, on comprend bien que l’origine du mot est française.

Il y a aussi dans la langue vietnamienne une expression dont l’origine ne peut venir que du français : « Tuyet cu meo » qui signifie « c’est chouette ». « Cu meo » est le nom de la chouette, « tuyet » donne l’idée de quelque chose de formidable.. Comment cette expression a -t-elle pu se diffuser dans tout le pays, c’est un mystère.. C’est en tout cas un bel exemple d’échanges réussi entre nos deux pays.


Enseigne d’un bar à Hué

Pèlerinage à la déesse Mère Tien Y A Na

Hasard du calendrier lunaire, les festivités du temple Hon Chen à Hué se sont déroulées au même moment que le pèlerinage des catholiques à La Vang pour l’Assomption… Pour la déesse Mère, c’est par milliers qu’ils ont convergé le long de la rivière des Parfums, au temple Hon Chen d’abord, puis vers le temple Hai Cat, situé non loin… Les pèlerins, venus des 4 coins du Vietnam, sont groupés par lieux de culte sur plus d’une centaine de bateaux richement décorés. Rappelons que Tien Y A Na est une divinité Cham récupérée par les Viets.

Les bateaux ont ainsi transportés les attributs de Thien Y A Na: son brevet Impérial, ses habits, son coussin, son trône.


Plus de 100 bateaux ou vont se dérouler les séances de possession jours et nuits..les bateaux servent aussi de logements.

Sur place, on lui offre des offrandes et des tonnes de papiers votifs.. Plusieurs milliers de personnes assistent à ces cérémonies, et les femmes arborent leur plus belles tuniques. Parfois, il s’agit de la tenue de l’esprit qui vient habituellement visiter la personne. Car nous sommes ici en plein coeur du culte de la Déesse Mère et des pratiques de spiritisme (voir les autres articles sur ce sujet). A bord des bateaux, et pendant 2 jours et 2 nuits, vont se dérouler des séances d’incantation aux esprits en vue d’obtenir des réponses directes ou des bienfaits immédiats…


Séance de transe à bord d’un bateau


Les attributs de la Déesse Mère sont transportées sur des palanquins


Un jolie défilé d’ao dai


Un petit coté Tintin et le Lotus Bleu non ?

Ce pèlerinage se déroule deux fois par an, et notamment le 7/8/9 jour du 7éme mois lunaire. Je n’ai pas assisté à tout, mais le peu que j’ai vu est assurément fascinant et intriguant. Un Vietnam mystérieux qui sort des sentiers battus.

Les 3 palais de Dalat

Il y a au moins 3 demeures d’exception à Dalat: les Dinh 1,2 et 3. L’origine de cette classification pour le moins « arithmétique » dans un cadre aussi poétique m’est inconnue. Mais j’ai retrouvé quelques éléments intéressants sur chacun d’entre eux.

Le Dinh 3 est le plus connu, car c’est celui de Bao Dai, le dernier empereur. Xuan Phuong raconte dans son livre « Du Couvent des Oiseaux au Vietminh » l’inauguration en 1938 :  » C’est peu après mon arrivée au couvent que j’assiste à un autre événement mémorable de ma jeunesse : l’inauguration à Dalat de la villa de l’empereur Bao Dai. Ma mère a revêtu un ao dai de velours, avec un collier de diamant. Mon père, sa plus belle tunique. Et moi une robe en velours bleu et des chaussures vernies commandées à Paris pour la circonstance. Nous sommes arrivés en voiture jusqu’au bas de la colline où se dresse la villa. De là, tout le monde monte à pied par la grande allée du parc, pour se rassembler dans le cour devant la maison. Il doit être environ 18 heures. Nous sommes une cinquantaine de personnes, des mandarins et leur famille, et des Français. Tout d’un coup, la vaste demeure blanche s’illumine. Deux cents lampes, m’explique mon père. On dirait un paquebot. Alors l’empereur Bao Dai, sa famille et le Résident Supérieure de France apparaissent au balcon, l’assistance applaudit et crie « Vive Sa Majesté!». Puis les portes de la villa s’ouvrent, une fanfare française retentit et nous entrons. A l’intérieur, les lumières sont éblouissantes, et les vases débordent de fleurs. Dans la grande salle de réception, les buffets croulent sous les victuailles. Mon père me dit que l’on a fait venir des cuisiniers de France pour l’occasion. Ce qui m’impressionne le plus, ce sont les présentoirs avec des montagnes de pommes et des grappes de raisins qui retombent en cascade. Je n’ose toucher à rien tellement c’est beau. Toute la soirée, les gens continuent à arriver avec des cadeaux. A un moment, une chanteuse très brune se met à chanter. Les gens autour disent qu’elle est aussi venue de France pour la soirée.  »
Ce Dinh servira de résidence d’été à Bao Dai jusqu’en 1955.

Le Dinh 2 a également été bâti sous la direction de l’architecte Paul Veysseyre. Il fut construit entre 1933 et 1937. C’est la résidence d’été du Gouverneur Général de l’Indochine. Cette propriété fut surtout occupée par l’Amiral Decoux au cours de la seconde guerre mondiale. Révant de transformer Dalat en capitale de l’Indochine, il n’a pas ménagé ses efforts pour promouvoir et bâtir cette station d’altitude.

Le Dinh 1 reste un lieu mythique pour les mariés de Dalat qui viennent se faire photographier devant les villas ou dans les jardins.. Ce Dinh est lié à l’oeuvre de Robert Clément Bourgery. Engagé volontaire dans la marine, il participe à la pacification du Tonkin et aux événements de Chine en 1900. Il décide ensuite de s’installer en Chine. Ingénieur hors pair, il construit des usines électriques, un chantier de constructions navales, des ouvrages d’art … En 1928, il est de passage à Dalat. Séduit par les lieux, il fait construire un vaste domaine de 60 hectares où ses employés de Chine et lui même pourront se reposer et côtoyer des compatriotes. Il démontre aussi l’intérêt d’utiliser les chutes d’eau pour produire une électricité abondante et peu chére. Ce qui aboutira à la mise en service du barrage d’Ankrouet un peu plus tard.. Par la suite, le domaine a été racheté par Bao Dai et a servi également de lieu de travail pour Ngo Dinh Diem..
Aujourd’hui, le domaine est protégé mais sans entretien.


La demeure principale


L’une des dépendances du domaine Bourgery


L’allée principale traversant le domaine


J’avais fait un article sur les baignoires, symbole de la colonisation… en voici une belle, à l’arrière du bâtiment… depuis combien de temps est elle là ?

et terminer à Bangkok… (suite et fin)

Autrefois, au début de la colonisation, « aller à Bangkok » signifiait « mourir » et rejoindre le cimetière qui se trouvait au bout de la rue de Bangkok à Saigon ! Un journaliste avait même compris qu’on emmenait les corps à Bangkok pour faire baisser les statistiques de la mortalité dans la nouvelle colonie. En 1860, on était proche de 25% de mortalité…

Mais aujourd’hui, on va à Bangkok à la demande de son assurance voyage parce que les hôpitaux y sont censés être meilleurs.. Alors je suis parti en jet privé, comme un président, rejoindre le « Bangkok Hospital », le nec plus ultra des hôpitaux, fonctionnant avec 50% d’étrangers dont beaucoup du Moyen Orient. Le tourisme médical est ici un filon en or.

Difficile de faire mieux. Tout est calibré sur mesure pour répondre à votre cas, votre situation. L’infirmière prendra tout son temps pour choisir la bonne veine, les repas sont faits par Sodexo, le moindre petit cachet fait l’objet d’un emballage plastique en pharmacie. Il sera pour vous, rien que pour vous.. Tout est serein, tout est beau, tout est propre… mais le Vietnam me manque quand même !

Merci à l’assurance AVI pour avoir financé mes 10 jours ici et tout ce qui a précédé, ce qui doit bien représenter 30 ans de cotisations !