La vie dans la jungle en 1926
1 heure et 7 minutes de pur bonheur ! c’est un vrai cadeau de Noël que de découvrir ce film documentaire réalisé en 1926. Produit par la Paramount, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper (futurs réalisateurs du film King Kong de 1933), ce film est un extraordinaire voyage au cœur de la jungle indochinoise. Tourné principalement à la frontière entre le Siam et le Laos, on y découvre la vie d’une famille au milieu des animaux sauvages qui pullulaient à l’époque: tigres, ours, panthères, singes, crocodiles, serpents et surtout éléphants. Il aura fallu 18 mois de tournage pour finaliser les prises de vues, dont les secrets sont bien gardés.

Le titre « Chang » signifie éléphants en Thai.
Grace au talent des réalisateurs, on se retrouve au cœur de la traque de ces bêtes féroces avec des images jamais égalées. La dernière partie du film, consacrée à la capture d’éléphants, est hallucinante… des centaines d’éléphants traqués par de « petits hommes » dont le génie et l’expérience parviendront à capturer puis à dresser. On ne peut s’empêcher de penser qu’en moins d’un siècle tout cela a disparu.. Une raison de plus pour découvrir ce magnifique témoignage du passé.

Le fils, si mignon et si courageux!
Le film est projeté régulièrement à Luang Prabang, notamment à l’hôtel Victoria.
Pour visionner le film: https://ok.ru/video/2788393486917
Les musées du chemin de fer du Yunnan
La ligne de chemin de fer du Yunnan et ses infrastructures sont mises en valeur par la Chine à des fins touristiques. Après la visite de la délégation chinoise en France pour découvrir les ouvrages d’arts de Paul Bodin (voir article du 4 décembre 2016), c’est au tour de la délégation française d’aller au Yunnan. Jean Pierre Hua, membre de l’équipe, nous fait visiter le musée de Kumming (ex Yunnanfou) consacré à cette épopée.
« C’est en 2006, que les autorités chinoises ont classé toute l’ancienne ligne ferroviaire construite par la France en tant que «site historiques et culturels majeurs protégés au niveau national».
Les gares et tous les anciens bâtiments encore debout, sont donc préservés et entretenus. Ils font l’objet de visites par la population chinoise. Des écoliers, des étudiants et aussi par les mariés qui s’en servent comme décors pour leur photos. Décors aussi, pour la réalisation de films en tout genre, comme par exemple, lors de notre passage, pour un long métrage sur la guerre.
Il existe au moins deux musées dans le Yunnan qui exposent des souvenirs de l’épopée de la construction de cette voie ferrée.
Le premier musée dédié exclusivement au chemin de fer se trouve dans le centre de la ville de Kunming. Inauguré en 2014, sa façade est la copie de l’ancienne gare de la ville.

Point central autrefois, l’ancienne gare est littéralement écrasé par des grands immeubles qui se trouvent juste derrière.
De l’extérieur, son apparence modeste cache en fait, un vaste ensemble muséographique aux présentations modernes et complètes. La conception du musée répond à une mise en scène particulièrement soignée. En effet, tout est fait pour immerger le visiteur dans le passé mais aussi sur le théâtre du chemin de fer.
Ce musée est divisé en deux zones reliées par une passerelle. Cette passerelle est une imitation du pont sur arbalétriers. Elle permet aussi de se prendre en photo, comme si on était sur le site du pont à Wantang.

Cette « passerelle/pont », domine un vaste hall de gare où sont exposé différentes locomotives et wagons qui ont roulés dans la province.

La fameuse Micheline, en service a partir de 1935 (voir note 1)
Dans la première partie du musée, sont exposés des documents, objets, photos en lien avec la construction de la ligne.

Photos des européens participant à la construction du chemin de fer, tous armés!
L’exposition se poursuit avec une salle d’exposition temporaire. Au moment de notre visite, elle était consacrée à l’oeuvre photographique de Georges Auguste Marbotte, le photographe officiel pendant la construction du chemin de fer »
Notes complémentaires:
(1) on pouvait lire en 1938, dans la Revue des Ambassadeurs:
« Les longues et dures rampes, la sinuosité de la voie interdisant les vitesses élevées, il n’est pas possible d’effectuer par train, en une seule journée, le trajet de 460 km, de Lao-Kay à Yunnanfou. Il fallait donc,[jusqu’en 1935], deux jours pour effectuer ce parcours, et une troisième journée était nécessaire pour se rendre de Hanoï à Lao-Kay.
Depuis janvier 1935, une, et maintenant deux michelines assurent un service hebdomadaire entre Lao-Kay et Yunnanfou, la ligne étant parcourue en une seule journée. La correspondance d’un train de nuit a mis ainsi Yunnanfou à 22 heures de Hanoï. Ce service, commode, rapide et confortable, a rencontré un grand succès, surtout depuis que la mise en service d’une seconde micheline plus spacieuse que la première, comportant 1re et 2e classes, a permis de faire appel à une clientèle plus étendue. »

La Micheline (site www.michelin.com) sur le pont construit par Paul Bodin
« Les facilités de transport mises à la disposition des voyageurs ont contribué à développer le mouvement touristique au Yunnan […] Ainsi, par son climat tempéré et vivifiant dû à l’altitude (1.950 m.), par le pittoresque de ses monuments, de ses rues et de ses environs, par ses commodités d’accès et de séjour, Yunnanfou pourra devenir rapidement une villégiature très appréciée qui attirera de plus en plus les touristes, et tout particulièrement les familles européennes. »

Le rue de la gare, à Yunnanfou, dans les annees 20… (source MQB)

La ville à la meme époque.. (source MQB). Elle comptait 50.000 habitants.. contre 6 millions actuellement !
Sur la route Mandarine…
La route la plus mythique de l’Indochine est la route Mandarine. Ainsi appelée car elle permettait aux mandarins, les haut fonctionnaires de l’Empire d’Annam, de rallier la capitale, Hué, en venant du nord et du sud du pays. Construite sous l’empereur Gia Long, elle fut longtemps qu’un petit sentier accessible à pied et à cheval. Les « courriers », ces fonctionnaires chargés d’acheminer les dépêches royales dans tout le royaume, l’empruntaient à cheval d’un relais (« tram ») à l’autre.

Le passage en bac, typique de la route Mandarine (collection personnelle)
Elle partait de Ca Mau, la pointe sud du Vietnam actuel, vers Langson, à la frontière de la Chine, distant de plus de 2300 km. Cette route était loin d’une sinécure : il fallait traverser de nombreuses rivières en bac ou franchir des obstacles naturels, comme le col des nuages (entre Tourane et Hué) par des escaliers abruptes. Les mandarins circulaient en chaise à porteur ou à cheval.
Vers 1910, après le chemin de fer, les français commencèrent par aménager une route plus carrossable pour l’automobile. On commença à voir fleurir d’innombrables ouvrages d’art, sous l’impulsion de l’ingénieur en chef Pouyanne.
Pour tous les coloniaux, les seuls à vraiment pouvoir voyager, la route Mandarine fut une formidable voie d’accès pour découvrir le pays. Des plates rizières du delta du Mékong aux pitons calcaires du Haut Tonkin en passant par le cap Varella (la pointe la plus septentrionale de la côte, au nord de Nha Trang) et le col des nuages.. Partout, on traverse des villages à l’accueil chaleureux de la population et respectueux des mandarins locaux. Des « bungalows », les premiers hôtels gérés par le gouvernement, parsèment l’itinéraire pour assurer le gite et le couvert des voyageurs. Il n’est pas rare de croiser le tigre.
La route Mandarine entre Saigon et Phan Thiet, passage de rivières.. (source collection du musée du Quai Branly)
Pour retrouver l’ambiance de cette route, il faut lire le livre « La route mandarine » écrit par Roland Dorgelès en 1925. C’est l’une des meilleures descriptions de l’Indochine de cette époque.
L’ancienne route Mandarine a laissé place à la Nationale 1, mais son tracé n’a presque pas changé. Le km 0 est toujours près de Lang Son.
Sur la route mandarine vers Tuy Hoa (nord de Nha Trang). Photo 1896 par A Salles, gallica
Funérailles à la campagne
A quelques encablures de Hué, nous avons assisté à la mise au tombeau d’une lointaine parenté de ma femme.
En ces terres de croyances et de superstitions, il est toujours intéressant de suivre ce type d’événements. Dans le cas présent, la religion n’interfère nullement car le défunt ne suivait aucune religion.
Réussir des funérailles dans le respect de la tradition est très importante pour la famille du défunt. Il est essentiel d’assurer au défunt une « paix de l’âme » propice à assurer aux vivants une vie sans tourments. Car rien de pire pour les vietnamiens qu’une « âme égarée » : elle viendra perturber la vie des vivants bien au delà de l’anecdote (maladie incurable, revers de fortune, échecs en tout genre..). Dans la tradition confucianiste, c’est le fils ainé ou le chef de famille qui sont responsables du bon déroulement des opérations.
Apres 6 jours de veillée du corps, le convoi funéraire se met en marche pour rejoindre le lieu de sépulture. La date et l’heure ont été choisies avec soin, par un medium. L’emplacement lui-même relève aussi de la géomancie. L’emplacement et l’orientation de la tombe sont plus importants que la tombe elle-même.
La procession – meme les arbres semblent pleurer le défunt…
La famille proche porte des tenues grossières en cotonnade, rappelant le désintérêt pour les choses de ce monde en cette période de deuil… Les arrières petits enfants seront habillés avec des tenues jaunes ou rouge. Le reste de l’assistance porte des vêtements sombres.
Les porteurs sont au nombre de 20, aidés par 5 autres qui veillent à l’équilibre du cercueil. Celui-ci est extrêmement lourd, fait de bois massif. Le maitre de cérémonie s’assure de la cohésion d’ensemble et dirige les opérations. Il veille au maintien du corps du défunt à plat.

A l’heure dite, on procède à la mise en terre du cercueil. Sur la gauche, on remarquera le fils aîné, avec son chapeau conique et sa tenue blanche, volontairement négligés.

Le maitre de ceremonie, un joyeux luron…
Le recueillement dans le silence que nous avons dans nos pays n’est pas la caractéristique du Vietnam. Ici, comme toujours, l’agitation et le bruit sont omniprésents..

Les effets ordinaires du défunt sont brulés.

A l’issue de la cérémonies, les hommes âgés du village, invités pour l’occasion, se reposent et laissent la famille proche se recueillir autour du caveau On remarquera les noix d’arec sur la natte, symbole de l’hospitalité
Tous les invites se retrouveront ensuite devant l’autel des ancêtres de la famille et partageront un repas.
Pendant 49 jours, un bol de riz sera offert en offrande au défunt pour l’accompagner dans la mort. Une nouvelle cérémonie sera organisée pour les 100 jours puis ensuite lors des anniversaires du décès.
Moi, j’aimerais bien me faire enterrer avec un dragon flottant ! comme celui que nous avons vu à Sadec.. nous avons le même à Hué mais je ne l’ai jamais vu en action.. ce sont les caodaistes qui s’en servent.
Pourquoi les vietnamiens conduisent ils au klaxon ?
A Hué, on voit fleurir depuis quelques semaines des affiches en faveur de la réduction de l’usage du klaxon.. Une véritable révolution !

Campagne d’affichages en centre ville: « Tous, nous devons nous unir pour tendre vers une ville sans klaxon. Un coup de klaxon en moins, c’est un peu plus de bonheur pour Hué »
La conduite au klaxon, c’est ce que les touristes détestent le plus au Vietnam. Et je confirme qu’on ne s’y habitue jamais… A toute heure du jour ou de la nuit, dans les villes ou les campagnes, jeunes ou moins jeunes, c’est partout pareil, ca klaxonne sans arrêt… Mais le sujet mérite d’être étudier, car il est révélateur de nombreuses facettes de la culture locale.
Disons tout de suite que le klaxon ne doit pas être perçu comme une agression, comme chez nous. Point de gesticulations ou d’injures comme dans nos pays. La culture confucéenne ne le permettrait pas. Le klaxon, c’est soft, ca ne fait perdre la face à personne. N’oublions pas aussi qu’il fait chaud. Alors rien ne sert de faire des gestes fatiguants.. le klaxon, c’est le meilleur rendement efficacité / effort.
Alors voyons plus précisément pourquoi les vietnamiens klaxonnent.
La nuit, Il y a celui qui a un peu trop bu et qui ne se sent pas maitre de sa moto..Alors il klaxonne à tout va pour signaler aux autres son état et leur faire savoir qu’il faut qu’ils fassent attention..
Il y a ceux qui klaxonnent devant chez eux pour réclamer à leur femme ou leurs enfants qu’il faut ouvrir la grille d’entrée…Dans ce monde légèrement macho, les hommes ont la vie belle…
Il y a aussi ceux qui, telles des fourmis, transportent sur leur moto un fardeau 3 fois plus volumineux qu’eux.. ils klaxonnent pour avertir les autres du danger de la manœuvre…
Les vietnamiens sont des gens pressés. Ils peuvent passer des heures à boire un café, mais ils sont incapables de rester sagement derrière un véhicule. Il faut qu’ils dépassent quitte à prendre tous les risques. La encore, ils klaxonnent pour se signaler. Même chose au feu rouge, on klaxonne pour faire avancer ceux qui sont devant soi…
Tout cela, on peut le comprendre.
Si vous posez la question a un vietnamien qui conduit une voiture, il vous répondra qu’ils klaxonnent parce qu’on leur apprend à le faire. C’est vrai que les auto-écoles continuent d’enseigner cela. Il faut se signaler en klaxonnant. C’est de la prévention, un peu comme on le fait en montagne chez nous. Ainsi, même s’il n’y a personne, ni devant ni derrière, on klaxonne « au cas où »…
Et c’est parfois justifié, car les vietnamiens ne sont pas très disciplinés, aiment leur liberté, vont toujours au plus court. Et ils conduisent mal, autant dire les choses clairement. Mais faut-il autant de « préventions »? En réalité, on klaxonne parce qu’on n’a pas confiance dans l’autre. Cette défiance, c’est l’une des caractéristiques fortes du pays, que l’on retrouve dans tous les domaines.

Panneau à l’entrée de la ville, en place depuis toujours: « Klaxon interdit dans la ville de Hué » .. sans effet!
Le klaxon au Vietnam, ce n’est pas nouveau. On le voit – ou plutôt on l’entend – dans le film culte « l’Amant », et on peut en déduire que ce sont probablement les français qui l’ont utilisé en premier avec leurs voitures.
Est-ce efficace ? ca l’était peut être à l’origine, mais à voir le nombre de morts sur les routes actuellement, on peut en douter. Disons qu’apprendre à conduire ou à se comporter dans les règles serait surement plus utiles que le klaxon…
L’augmentation du nombre de véhicules et la cacophonie ambiante ont rendu inefficient le klaxon dans bien des cas. A dire vraie, tout le monde se moque que « l’autre « se signale ». Passer en premier est plus important !
Cela va-t-il changer à l’ avenir ?
Cela pourrait changer si les vietnamiens étaient gênés par le bruit. Mais ils ont un rapport au bruit très différent du notre. Le bruit fait parti de leur culture, comme on peut le voir avec les bruits infernaux des mariages ou des karaokés…
Et puis il y a le poids des habitudes. Les vietnamiens ne se posent même pas la question. Ils klaxonnent car ils l’ont toujours fait et ils ne voient pas pourquoi ils devraient changer leurs pratiques… C’est le charme du pays, on fait les choses par habitude sans se remettre en question.
Alors, quel succès escompter de la campagne d’affichage actuelle ? Déjà, elle a le mérite d’exister ! quelqu’un, dans la ville, se soucie de nos oreilles.. c’est déjà une grande avancée.. après, pour que la prise de conscience se fasse, je pense qu’il faudra plusieurs générations ! On n’a pas fini de souffrir …












