Dans un pays où le culte des ancêtres tient une place si importante, l’organisation des funérailles peut parfois prendre des proportions imposantes.. Nous avons eu la surprise d’assister à une telle procession en traversant le village traditionnel de An Truyen, au bord de la lagune de Hué.
Toutes les opérations relatives au deuil sont soigneusement codifiées. Il ne s’agit pas de réglementations administratives comme en France, mais du respect de la tradition. Si toutes les opérations sont menées a bien, le défunt sera « heureux dans l’au delà » et procurera le bien être à sa famille restée sur terre. Ce simple principe est le fil conducteur du culte des ancêtres suivi par tous les Vietnamiens (rite différent pour les catholiques).
Le choix de le date et de l’heure des opérations funéraires sont donc soigneusement choisies… La conduite au lieu de sépulture peut donc se faire à toute heure du jour ou de la nuit. C’est habituellement dans la pénombre, propice à l’apparition des bons génies..
Dans le cas présent, pas moins de 40 porteurs pour porter le catafalque… Les cercueils au Vietnam sont encore aujourd’hui des pièces de bois incroyablement lourdes, ce qui explique le nombre élevé de porteurs. C’est aussi, bien sur, une question de prestige. Le cercueil doit être transporté avec soin et sans accoups. Un maître de cérémonie, situé debout juste derrière le cercueil, règle le pas et l’équilibre des porteurs. Des petites lampes posées sur le cercueil l’aident dans sa tache. On remarquera que la plupart des porteurs sont pieds nus.
C’est le fils aîné qui est responsable du culte de ses parents.. C’est donc lui qui va marcher en tête de la procession. Il porte des vêtements blancs de toile grossière et sans ourlets, pour rappeler que les tâches temporelles sont devenues sans importance. Autrefois, il marchait à reculons, face au cercueil, avec un gros bâton (issu d’un rite bouddhique). Autrefois également, le deuil était de 3 ans (en pratique un peu plus de 2 ans). Durant cette période, les mandarins se mettaient en disponibilité (et donc perdaient leur traitement..), ne pouvaient se marier ni assister à toutes réjouissances, ni même visiter leurs amis (sous peine de leur porter malheur).. Heureusement, les règles se sont assouplies depuis…
Au début de la procession, se trouvent les bonzes (il s’agit d’un enterrement bouddhiste) qui prient pour le défunt.
Derrière, se trouve, dans un petit autel portatif, la tablette du défunt, qui symbolise son âme.. on l’a recueillie (le dernier souffle) à l’aide d’un voile.
Le nom du défunt et le rappel de ses mérites sont indiqués sur une ou plusieurs bannières au début du cortège.. C’est encore rédigé en caractères chinois, langue des lettrés.
On distribue de la fausse monnaie le long du parcours, avant la procession.. il s’agit d’écarter les mauvais génies et de les maintenir à distance du défunt. Rien ne doit venir perturber l’âme du défunt.
Autrefois, les enfants offraient les cercueils à leur parent de leur vivant. Il s’agissait d’un cadeau très apprécié.. De même, le choix du terrain, toujours positionné à l’aide de géomanciens, était une tache très importante. Les parents étaient alors heureux, certains de disposer d’une sépulture décente à leur mort. Aujourd’hui encore, la plupart des tombes se trouvent en dehors des cimetières.
L’emplacement de la tombe peut être provisoire, dans l’attente d’une sépulture définitive, souvent située à un autre endroit. Par la suite, si la famille du défunt subit à plusieurs reprises des « tourments », on pourra les attribuer à une insatisfaction du défunt. Dans ce cas, on choisira un autre lieu de mise en terre, et le transfert sera, la encore, accompagné de nombreuses cérémonies.

































