Petit tour à Danang..

La ville de Danang est radicalement différente de celle de Hué. Hué reste une ville traditionnelle basée sur un tourisme historique. Danang est clairement orientée vers le futur et se développe à grande vitesse. Surtout vers le haut ! les immeubles de grands étages y poussent comme des champignons.


Vue depuis le haut de la tour Sam, à l’entrée de la rivière

Les projets sont visibles dès la descente du col des nuages, quand on vient de Hué. La zone de Lang Van est bien connue des touristes. On l’admire depuis les hauteurs ou depuis le train. Il y a un siècle, se trouvait là un village de lépreux, géré par les religieuses françaises. Ce sont de jolies plages et une presqu’ile boisée ou se trouvait un petit fort du temps de la dynastie Nguyen. Une zone naturellement protégée en raison de la difficulté d’accès.. Mais tout cela est fini.. Vin Group, conglomérat privé vietnamien, va y investir 1,4 milliards d’euros (excusez du peu !) pour y bâtir, sur 500 hectares, des milliers de villas et des bâtiments en tout genre.. 19.000 personnes, touristes et locaux, devraient y vivre.. Le défrichement a commencé.. C’est une page qui se tourne, une de plus..


La presqu’ile de Lang San, au pied du col des nuages, vers Danang, au mois d’aout 2025..

Un projet peut en cacher un autre. Juste à coté du précèdent, autour du terminal d’essence, d’autres travaux titanesques sont en cours. Il s’agirait de l’extension du port de commerce, mais le sujet n’est pas très clair. Cohabitation entre des cargos et des activités touristiques ? bizarre.. à suivre donc.

La ville de Danang est devenue au haut lieu du télétravail pour les étrangers. Malgré des visas court terme (3 mois), des étrangers y vivent et y travaillent en grand nombre. Ils logent tous le long de la mer. Des bars et restaurants se sont ouverts pour eux et c’est aussi une bonne nouvelle pour les centaines d’hôtels ordinaires qui avaient du mal à vivre ces dernières années..


La plage à 6h du matin..

Mais le spectacle le plus fascinant reste la plage à partir de 5 heures du matin ! Toute la ville ou presque se réunit là pour profiter de la température clémente. De la marche, de la natation, du paddle.. On y croise aussi des influenceurs et des couples venus profiter du levée de soleil pour y faire des photos. Ce jour là, pas moins de 7 couples faisaient des photos de mariage ! Un petit marché aux poissons anime aussi les lieux.. A 7 heures, c’est déjà fini, chacun retourne à ses occupations..


La marché aux poissons sur la plage..


Photos de mariages sur la plage..

Danang et ses 1.3 millions d’habitants est la 5eme ville du Vietnam. Son aéroport construit en plein centre ville (héritage des américains) facilite grandement les flux de circulation, tant pour les affaires que pour le tourisme. Il y a chaque jour au moins 55 vols en provenance de Hanoi et 45 depuis Saigon ! S’ajoute à cela au moins 20 vols de Corée du Sud et 40 autres vols internationaux.. 80% des touristes visitent Bana Hills, avec le fameux « Golden bridge » et son « petit Paris », un décors kitsch qui plait aux asiatiques.

Alors pour ceux qui aiment le modernisme, cap sur Danang !

Pour les autres, il vaut mieux rester à Hué ou les sites anciens abondent et donnent à la ville un charme unique…

Renaissance de la «maison aux 10.000 piastres»!

Le quartier de la cathédrale Phu Cam réserve encore quelques belles surprises pour ceux qui aiment les maisons d’autrefois. Si l’ancienne église existait depuis 1902, les maisons qui existent encore sont plus récentes. Elles sont notamment liées à la famille Ngo, grande famille de Hué dont quelques noms ont emmaillé l’histoire du Vietnam (Ngo Dinh Kha, Ngo Dinh Diem..).


Inauguration de l’ouverture de la maison-musée en aout 2025

La rue Ham Nghi, autrefois simple chemin sans nom, s’est enrichie à partir des années 20 de jolies maisons en brique et à étages. De nos jours, il reste encore la très belle maison de Mgr Van Thuan (ruelle 53), celle d’une école (numéro 61), la petite maison au centre du domaine de Cocodo (53). De l’autre coté de la cathédrale, sur le même axe, on trouve l’ancienne maison du Vatican (1). A ma connaissance, toutes les maisons étaient occupées par des vietnamiens (sauf le représentant du Vatican !).

La maison qui nous occupe aujourd’hui est celle du 49 rue Ham Nghi. D’après des sources locales, on l’appelait autrefois la « maison aux 10.000 piastres », car elle avait été construite grâce à un gain issu de la loterie indochinoise ! Les heureuses gagnantes, deux sœurs, l’ont occupée, semble t il, pendant longtemps.


Etat de la maison avant sa restauration

La loterie indochinoise a été lancée pour la première fois en 1935. A l’époque, à la suite de la crise de 29, les caisses de la colonie étaient au plus bas, et certains trouvaient l’idée d’une loterie comme le moyen le plus indolore pour la population de récolter des fonds. Bien sur, cela n’a pas été simple, certains redoutant que la population se détourne « du travail, de l’effort, de l’épargne » pour s’adonner à ce nouveau jeu.. Finalement, la 1ere loterie a vu le jour en février 1935 et concerna les 5 pays de l’Indochine. Pour éviter les critiques, le gouvernement décida d’affecter les recettes « aux dépenses d’assistance sociale ».. Le ticket valait une piastre (10 euros d’aujourd’hui) et le premier prix 100.000 piastres. La loterie fut rapidement mensuelle et eu un immense succès, notamment parce que les vietnamiens sont très joueurs. Elle fut interrompue en 1945 suite à l’occupation japonaise.


Publicité pour la loterie indochinoise à Haiphong (?) (source internet)


Billet de loterie (source internet)

La maison du 49 Ham Nghi fut donc construite probablement à la fin des années 30. Je ne connais pas la suite directe de l’histoire de cette maison, mais au final c’est la ville de Hué qui s’en est retrouvée propriétaire. A mon arrivée en 2011, elle était occupée par une entreprise privée et la demeure n’a pas cessé de se dégrader. Finalement la ville a récupéré le lieu et l’a mise aux enchères pour une location de longue durée.
Cécile Le Pham, franco vietnamienne, propriétaire de la résidence hôtelière située juste à coté, est donc la nouvelle occupante des lieux. Elle a magnifiquement restauré cette maison qui va servir à accueillir sa collection d’art (musée Cecile Le Pham).

A l’interieur, les plafonds sont hauts, les pieces ont toute une petite cheminée (eh oui, il fait frais en hiver ici aussi..). L’escalier en bois noir est très beau. Il a fallu refaire certains planchers qui menaçaient ruines.


Carreaux de ciment


L’escalier


L’une des cheminées

Tout autour, il est prévu d’aménager les espaces et d’ouvrir un café voire des boutiques, en liaison avec Cocodo.

Accessoirement, le lieu a servi et servira surement dans le futur de lieu de tournage de films..

On ne peut que se réjouir d’une telle renaissance !

(1) Voir mon article paru en 2018, https://blogparishue.fr/maisons-historiques-dans-le-quartier-phu-cam-a-hue/

Construire une maison au Vietnam

Apres 10 ans en location, nous avons décidé de sauter le pas et d’acheter une maison.. La location, ca peut être bien, mais ca vous donne aucun droit. Tout est au nom du propriétaire. Les contrats de location ne sont pas règlementés alors on est constamment à la merci du propriétaire lors des renouvellements. C’est pour cela que la majorité des vietnamiens sont propriétaires.


les peintres à l’oeuvre…

Acheter une maison peut être très rapide. Lire mon article paru en 2023 (1). Vous achetez ce que vous voyez, car il a aucun diagnostic comme en France. En general, pas de plans non plus. On se débrouille !
Dans notre cas, le titre de propriété officiel n’était pas à jour, ni pour la maison, ni pour la surface. C’est courant, mais dans notre cas, cela nous fut favorable. La surface réelle était plus grande que la surface enregistrée. Comme le prix ne depend que de la surface (la maison est en « cadeau »), c’est important.

La maison étant trop petite et trop vietnamienne à notre gout, on a décidé de tout changer. Réagencer tout l’intérieur et agrandir la maison.

Au Vietnam, vous avez alors 2 choix :
– Vous prenez un entrepreneur qui va gérer le projet et sa réalisation de A à Z,
– Vous prenez un maitre d’œuvre pour la construction mais vous vous occupez de toute la partie « achat » des matériaux.

Tout faire ou superviser par soi même est évidemment plus économique, mais cela implique un travail à plein temps sur le chantier, gérer au quotidien les différents corps de métiers, la gestion de commandes, le choix des matériaux etc..

Si on veut une maison qui dure dans le temps, il vaut mieux choisir et contrôler les matériaux, car ici, pas de garantie décennale et les filous sont nombreux.. Il n’y a qu’un vietnamien qui puisse s’occuper d’une telle tache et c’est donc ma femme qui s’y est collée..
Et ici, les ouvriers travaillent 7 jours sur 7, à partir de 7h du matin.. autant dire que la supervision d’un chantier est un sacerdoce, et met à rude épreuve la vie de couple. Pas de vacances pendant toute la durée du chantier, qui, comme souvent, est interminable !


On coule le béton! les casquettes et chapeaux coniques remplacent les casques..

Je me suis occupé des plans. Le maitre d’œuvre n’a dessiné que les fondations, validées ensuite par un architecte. Mais en l’absence de plan d’origine, on a parfois des surprises. La présence d’une fosse d’usage plus large que prévue nous a fait décaler un mur porteur de 50cm, décision prise le 1er jour des travaux..

La gestion totale du projet a aussi un autre inconvénient, c’est l’absence de visibilité sur le cout total du chantier. On signe un contrat chiffré avec l’entrepreneur mais on ignore totalement le cout des matériaux.

La construction d’une maison est assez simple au Vietnam. Fondations peu profondes, ferraillage et béton pour les planchers, des briques pour les murs, des châssis en aluminium pour les portes et fenêtres.. du fait de la chaleur et de l’humidité existante au centre Vietnam, on pourrait penser trouver des spécialistes de l’isolation des maisons. Mais non, il n’y a rien. Heureusement, St Gobain vient d’arriver à Hué et nous avons trouvé les produits adéquats (mais au prix fort !). En revanche ici, on accorde beaucoup d’importantes aux éléments cultuels : l’agencement des pièces, l’orientation des maisons (le fameux fenshui)… La hauteur des portes, le nombre de vantaux, le choix de la pièce pour l’autel des ancêtres sont primordiaux. Règles que nous avons laissées aux autres.


Les femmes travaillent autant que les hommes..

Les ouvriers sont en général tous des paysans du coin. Ils sont sérieux, courageux et sympathiques. Bien sur, aucun n’a étudié pour ces métiers, tout est fait « sur le tas ». Chacun a une fonction spécifique, avec une hiérarchie de postes bien définis. Ainsi, ici, on trouve des « aide maçons », bien inferieurs aux « maçons » ! Les salaires sont plus élevés qu’un travail normal, en raison de la forte demande et des conditions climatiques épuisantes. Chez nous, ils ont gagné entre 350-500kvnd par jour travaillé (13 – 18 euros), avec un salaire mensuel autour de 12 millions, soit 400 euros. C’est un bon salaire pour le Vietnam, pour un travail manuel. Pour ca, il faut quand même travailler presque tous les jours.

Certains n’aiment pas les ouvriers de Hué, difficile à manager. De fait, les entrepreneurs font souvent venir des équipes complètes de Saigon ou d’ailleurs pour mener à bien un projet. Des équipes qui logent sur le chantier.

Les achats de matériaux se font au fur et à mesure. Un coup de téléphone suffit et le camion arrive rapidement. Tout est payé au fur et à mesure. Un vulgaire papier tient lieu de facture. Pas de TVA car ce ne sont que des petits entrepreneurs. A force, ma femme connait tous les prix. Pas de promo ici mais on peut toujours négocier. Les prix peuvent fluctuer, et notamment le sable, en rarefaction dans le monde entier. Un m3 valait 320 kvnd (11 euros environ), 6 mois après, 500 kvnd..


Découpe du marbre

La chantier s’est bien passé, sans surprise. Le plus impressionnant fut le coulage de la chappe de béton. Plus de 15 personnes sont intervenues ces jours là..


préparation du ferraillage

Evidemment, les conditions de sécurité sont loin d’être ceux de l’occident. Mais quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, on ne peut pas changer les habitudes locales. Heureusement, aucun accident n’est survenu. Ils souscrivent en général une assurance santé pour eux même.

Le choix des artisans (plombier, électriciens, peintres ..) se fait par le bouche à oreilles… Tout fonctionne au forfait, mais les délais ne figurent pas dans l’accord.. on a parfois des surprises, les vietnamiens étant des gens pressés qui n’hésitent pas à payer pour être servi en premier.. de fait, certains travaux ont trainé en longueur.. Là aussi il faut tout acheter, et cela peut représenter des dizaines de fournitures à livrer, du moindre pinceau au tuyau de vidange. Un travail fastidieux.

Les portes fenêtres en aluminium sont faites sur mesure par une entreprise locale. La vente n’est pas le point fort des vietnamiens. Celui qui vend n’est pas celui qui fait le devis, les erreurs sont multiples. On nous rappelle rarement, comme si ces entreprises n’avaient pas besoin de clients.. La rigueur n’est pas la spécialité locale.

On a aussi fait une cuisine équipée. La aussi, il a fallu choisir et acheter nous même les poignées de porte, les charnières, le plan de travail.. Le marbre rouge, magnifique, vient du sud Vietnam. On a payé 285 euros pour 6.5 mètres linéaires, découpe et pose comprises..

Les vietnamiens ne sont pas très sensibles aux finitions. Alors, il faut tout vérifier, et, comme partout, ca prend beaucoup de temps. Le pire, ce sont les peintres. Ils en mettent partout et ne nettoient jamais. J’ai passé des jours à tout nettoyer…

Que conclure sur ce chantier ? seuls des vietnamiens peuvent le gérer ainsi ! Des occidentaux sont incapables de comprendre la manière de faire… Ici, tout est dans l’affectif, le relationnel..
On a surement économisé beaucoup d’argent à tout superviser nous même. On a une maison qui correspond parfaitement à nos gouts et qui durera surement plus longtemps que les autres. Pour autant, ce fut une épreuve.. pas sur qu’on le refasse un jour !

(1) https://blogparishue.fr/acheter-un-bien-immobilier-au-vietnam/

Renaissance de la stèle du Transindochinois de 1936 !

Ce n’est pas tous les jours qu’une stèle mise en place par les français retrouve sa place ! Il fallait avoir les yeux bien ouverts pour découvrir cette information parue fin juillet 2025 dans la presse vietnamienne.


La nouvelle stèle (source internet)

La stèle d’origine a été érigée fin 1936 pour célébrer la jonction entre la voie ferrée de Hanoi, au Nord, et celle de Saigon, au Sud. Entre les 2 villes, un ruban d’acier de 1728 km. Si on ajoute la ligne pour aller au Yunnan en Chine et celle entre Saigon et Mytho, c’était plus de 2567 km de chemins de fer. La stèle est installée à coté de la gare Hao Son au kilomètre 1221, à environ 25km au sud de Tuy Hoa (1)

On doit cette ligne à Paul Doumer, gouverneur de l’Indochine entre 1897 et 1902. Le projet de chemin de fer avait émergé quelques années avant mais c’est grâce à sa ténacité, son aura que les credits pour ce chemin de fer ont pu être obtenus.


La stele d’origine (source internet- ebay)

C’est d’abord la Chine qui fit rêver les français. On espère faire passer par l’Indochine les marchandises de la Chine du sud et développer un courant d’échange impossible à mener par le Mékong ou le fleuve rouge. Vaste chimère.. Travail titanesque, la ligne du Yunnan est construite entre 1903 et 1909 et fait l’objet d’une concession à une société privée.

La ligne vers Saigon est imaginée plus classiquement pour développer les différents pays de l’Indochine, à une époque ou le transport routier n’existe pas encore. Il faut en effet imaginer qu’à l’époque, il n’existe que le transport maritime, le long de la « côte de fer » pleine de dangers, et la route Mandarine, simple voie accessible aux chevaux et chaises à porteurs, construite le plus souvent en suivant le relief, sans l’atténuer.


Dépliant promotionnel du temps de l’Indochine française (source ebay)

Pour cette dernière ligne, on préfère confier les études à l’administration et organiser des appels d’offres locaux pour la réalisation, tronçons par tronçons. La gestion de la ligne restera aux mains de l’administration. Tout l’équipement ferroviaire est importé.


Carte de réseau réalisé et projeté en 1922 (source = la vie industrielle, site belleindochine.free.fr)

La ligne Hanoi – Saigon suit plus ou moins le tracé de la route Mandarine, l’objectif étant de développer l’activité des ports le long de la côte et de bénéficier du flux de marchandises amenées par les fleuves transversaux. Il est prévu, par la suite, de prolonger la ligne vers le Laos, mais les projets de train ont été remplacés par des axes routiers, plus facile à mettre en place.


Cérémonie en présence de Bao Dai et du gouverneur Robin (source https://www.entreprises-coloniales.fr/inde-et-indochine.html)

Les travaux sont un défi technique. Les typhons, les crues extrêmement fortes, le paysage escarpé, les éperons rocheux vers la mer, la largeur des fleuves à traverser impliquent des chantiers colossaux. Sans compter l’insalubrité des lieux.. Sur le dernier tronçon, on compte 260 ouvrages d’art pour 100 kilomètres ! Parmi les plus impressionnants, on pense bien sur au Pont Doumer-Long Bien à Hanoi (1681m de longueur, achevé en 1902), et celui de Ham Rong, à Thanh Hoa, détruit en 1945. De nombreux bâtiments d’origine ont été détruits pendant la guerre, mais certaines gares d’autrefois existent toujours, comme la gare de Hué, de Haiphong, sans oublier bien sur la superbe gare de Dalat. La gare de Hanoi a été détruite en 1972.

La construction de la ligne se fait par étapes, et prendra plusieurs décennies ! C’est d’abord le tronçon Hanoi-Vinh en 1904, puis celui de Hué vers Tourane en 1906. Le manque de fonds, puis la 1er guerre mondiale ralentit la poursuite de la ligne. Vinh est finalement relié à Dong Ha en 1927. Le dernier tronçon, entre Tourane (Danang) et Nha Trang est entrepris à partir de 1931. Elle a longtemps été réclamée par les planteurs d’hévéas au sud qui espèrent ainsi obtenir des mouvements de population entre le nord, surpeuplé, et le sud, en besoin de main d’œuvre… L’œuvre initié par Paul Doumer est finalisée fin 1936.

La jonction fait l’objet de plusieurs commémorations en 1936. L’empereur Bao Dai et René Robin, le gouverneur de l’Indochine, président les cérémonies du mois d’octobre. Une importante délégation venue de Chine y participe. Les invités sont ensuite invités à découvrir le tunnel sous le cap Varela, un ouvrage exceptionnel de 1200 mètres.
De nombreuses fêtes se tiennent à Saigon par la suite.


Couverture du journal « le Populaire d’Indochine » du 3 octobre 1936 (source gallica)

Sur la stèle, on peut lire « Ici, le chemin de fer Transindochinois conçu par Paul Doumer pour sceller l’unité indochinoise fut achevé le 2 septembre 1936 par la jonction du rail venant de la frontière de la Chine avec le rail venant de Saigon ».

La nouvelle stèle est identique à la précédente, en français et en vietnamien. Paul Doumer fut un grand gouverneur et a initié de nombreux projets favorables à l’Indochine. La France a ainsi financé et construit les infrastructures essentielles du pays, dont certaines, comme le chemin de fer, sont toujours utilisées aujourd’hui. Au delà des grands travaux, il fut à l’origine de la première université de Hanoi, de l’école de médecine, de l’EFEO.. Mais il est aussi celui qui centralisa toutes les décisions et considéra le Tonkin et l’Annam comme des colonies plutôt que des protectorats, au mépris des traités..

La faiblesse de l’activité économique et l’essor de l’automobile rendra difficile l’équilibre financier du Transindochinois. Seules certaines portions de la ligne sont bénéficiaires. Il existe 4 classes tarifaires. On parie d’abord sur la clientèle aisée. Mais à partir des années 20, cette clientèle déserte progressivement le train pour la voiture. On compte ensuite sur le tourisme, mais il est bien maigre à cette époque. Au milieu des années 30, on finit par baisser fortement le prix de la 4eme classe, pour les gens du peuple (et interdit aux occidentaux). Cela fonctionne et conduit à une forte augmentation de la fréquentation. Les locaux utilisent en effet le train pour vendre leurs marchandises à la ville la plus proche.

Hélas la ligne complète du chemin de fer ne fonctionnera pas longtemps. L’occupation japonaise durant la seconde guerre mondiale va détourner une bonne partie du trafic à des fins militaires. A partir de 1944, les américains vont copieusement bombarder les infrastructures. A partir de 1946, le vietminh puis le Viêt-Cong provoquent de nombreuses attaques et embuscades contre les trains et les rails. Tous les ouvrages d’art finissent par être détruits et la ligne rendue inutilisable.


Le pont Ham Rong, près de Thanh Hoa, détruit en 1945 par le Viet Minh

Apres 1975, le train est remis en service, c’est le « train de la réunification », symbole d’un pays en renaissance. Il faudra plusieurs décennies pour reconstruire les ouvrages d’art. Il faudra attendre les années 90 pour retrouver un train digne de ce nom, avec des locomotives modernes (venues de Roumanie pour certaines) et des gares remises à neuf. Pour autant, rien n’a vraiment changé : le tracé est toujours le même, la voie est toujours étroite et unique, les passages à niveaux sont encore manuels en ville… La seule chose qui est disparu ces 20 dernières années, ce sont les vendeuses ambulantes sur les quais de gare. Elles n’ont plus le droit de cité.. l’ambiance s’en ressent. Coté vitesse, cela ne dépasse pas 50km/ heure et il faut 33 heures pour le train le plus rapide pour rallier Hanoi à Saigon, contre 40 heures autrefois.. De fait, l’avion a pris le relais et le pays compte aujourd’hui plus de 22 aéroports actifs!

A titre personnel, j’ai expérimenté un déraillement sans conséquence il y a quelques années, le long du col des nuages. Comme les incidents à cet endroit sont nombreux, un train de secours est positionné en permanence en bas du col, vers Danang. Il intervient donc sur la zone très rapidement avec, à son bord, le personnel et le matériel adéquat pour faire face à tout type de panne. Lors de l’incident, les passagers étaient autorisés à descendre le long de la voie, car la voie unique est sans danger. Moins d’une heure après le déraillement, nous étions repartis.. heureux pays !


Train de la réunification, date et lieu inconnus, source documentaire vietnamien

Mais tout cela pourrait changer dans les années qui viennent. Le Vietnam a décidé la construction d’une nouvelle ligne à grande vitesse. Sa construction devrait démarrer en 2026. Le tracé suivra toujours la cote, mais les arrêts se feront dans de nouvelles gares, à l’extérieur des villes. Cette ligne servira aussi pour le fret et sera construite par des entreprises vietnamiennes. L’objectif est de rallier les 2 capitales en moins de 6 heures avec des pointes à 350km / heure !

Le Vietnam lance ainsi son projet alors que la Chine a beaucoup misé sur le rail ces dernières années dans le cadre de la « route de la soie ». Un train rapide a été construit entre le Yunnan et Ventiane au Laos. Les chinois ambitionnent de prolonger ce train vers la Thaïlande jusqu’à Bangkok et peut être un jour vers Singapour.

De nos jours, le tourisme reste l’un des moyens de maintenir une certaine attractivité au train vietnamien. Des wagons sont privatisés pour offrir à la clientèle aisée un confort plus luxueux. C’est notamment le cas entre Saigon et Nha Trang ou entre Hanoi et Lao Cai.

Les nostalgiques pourront aussi bientôt retrouver un train à vapeur entre Hué et Danang !
Cela promet des photos magnifiques au col des nuages !


Train à vapeur en 1997! source= page fb spécialisée sur les trains au Viêtnam, https://www.facebook.com/NhaGaXep/

(1) : 12°54’23.19″N / 109°22’40.67″E

Le secret des autocuiseurs à riz !

Apres 14 ans au Viêtnam, je reste fasciné par l’autocuiseur à riz (1), appareil présent dans toutes les familles asiatique. On s’en doute, il sert à cuire le riz, base de l’alimentation ici, mais penser qu’il ne sert qu’à ça est une grosse erreur. En réalité, il sert pour toutes les cuissons à base d’eau bouillante. Idéal donc pour les soupes maison. On peut aussi faire cuire les patates, la ratatouille, le curry… Pour la cuisson à la vapeur, rien de plus simple. On dispose le petit panier fourni en haut de la cuve pour y mettre les legumes ou les beignets vapeur, et on pourra donc les cuire en meme temps que la soupe. On peut aussi s’en servir pour réchauffer plutôt que cuire, il suffit de jouer avec l’interrupteur ou les fonctions électroniques proposées.

C’est donc un outil 2 en 1 fort pratique et tellement simple à utiliser.


Adorable petit autocuiseur à riz de la marque Téfal, vendu 25 euros à Hué…(traduction de l’annonce « marque française, leader mondial des articles électroménagers »)

Mais je me suis toujours demandé comment il pouvait cuire le riz, sa fonction premiere, et s’arréter automatiquement dès la cuisson terminée ? Un mystère que je viens de lever grace à un article du journal Le Monde (2).

« En effet, la cuisson s’interrompt dès que tout le liquide a été absorbé, que l’on cuise deux, trois ou quatre mesures de riz. Or, aucune sonde ne contrôle l’humidité résiduelle. Le moyen employé est un trésor d’ingénierie. Le fond de l’appareil se compose d’une résistance chauffante au centre de laquelle on trouve un cylindre monté sur ressort, qui s’enfonce lorsqu’on y pose la cuve amovible. [..]. Lors de la cuisson, et tant qu’il reste de l’eau à l’état liquide, la température ne dépasse pas 100° [..]. Mais quand tout le liquide a été absorbé, la température va rapidement grimper. L’appareil interrompt alors la cuisson. Et cela sans aucun thermostat. Comment est-ce possible ? Eh bien, le cylindre est connecté à un aimant relié à une tige métallique qui commande l’interrupteur. Cet aimant est composé d’un matériau ferromagnétique, qui perd son aimantation permanente lorsqu’il atteint une certaine température définie par le fabricant (un phénomène nommé point de Curie). Durant la cuisson, la température demeure en dessous de ce point, et l’aimant reste accroché au cylindre. Mais lorsqu’elle atteint le point de Curie, l’aimant perd subitement son aimantation et tombe au fond de l’appareil, ce qui coupe le circuit.

Tous les modèles fonctionnent de la même manière : le bol antiadhésif est chauffé par la résistance en forme de disque située au fond de la cuve. »

Ce procédé extrêmement simple permet d’offrir des appareils à moins de 20 euros.. C’est tout simplement génial ! Merci à la science et au physicien Français Pierre Curie qui a découvert cette caractéristique en 1895 !

(1) voir mon article paru en 2018: https://blogparishue.fr/vive-lautocuiseur-a-riz/
(2) « Les meilleurs cuiseurs à riz », article publié le 17 février 2025 dans le journal Le Monde
https://www.lemonde.fr/guides-d-achat/article/2025/02/17/les-meilleurs-cuiseurs-a-riz_6551215_5306571.html?origin=HPcarrousel&lmd_medium=blocservice&lmd_campaign=services_guides-achat_lmfr&lmd_creation=ricecooker

L’arbre du Tet, le « cay neu »

Cay neu signifie « sommet de l’arbre ». C’est une tradition qui s’etendait autrefois dans tout le Viêtnam, comme en témoignent les témoins du temps passé, comme Jean Koffler. Ce missionnaire a eu la chance de vivre quelques années à Hué a une époque ou aucun occidental ne résidait. Ce privilège lui était accordé car il était médecin du Seigneur Vo Vuong, qui a régné au centre Viêtnam de 1736 à 1763.


Dressage du cay neu dans la citadelle (photo journal Lao Dong)

Dans ses mémoires, il écrit, à propos du Tet à Hué : « de grandes perches sont élevées devant les portes du palais royal et de toutes les habitations. Tout en haut sont placés des rameaux verts réunis en faisceau []. Les païens ajoutent certains ornements comme par exemple des papiers légèrement teintés d’or ou d’argent [pour mettre en fuite les démons], une poignée de paille et une petite corbeille dans laquelle ils déposent quelque menue monnaie pour acheter au ciel le bonheur qu’ils désirent. Cette démonstration solennelle ne manque pas d’actes superstitieux. Ils doivent en effet lever et abaisser les perches à certaines heures déterminées, ainsi ils présagent de la bonne ou de la mauvaise fortune que leur portera l’année nouvelle. Si, par hasard, l’une des perches est abattue par le vent ou par toute autre cause, ils sont persuadés, sans qu’il soit possible de les détromper, que cette année sera fatale à quelqu’un de la maison ou de la famille. »


Le transport du bambou n’est pas la chose la plus simple à faire.. (photo television TRT)

Depuis quelques années, la cérémonie du « cay neu » est remis à l’honneur par les responsables de la citadelle. Dix jours environ avant le Tet, un immense bambou est coupé puis amené à la citadelle, pour être dressé devant l’un des bâtiments symboliques de l’ancienne capitale. Pour être valable, le bambou doit être plus élevé que le plus haut bâtiment de la propriété, ici la citadelle.

C’est une très belle cérémonie haute en couleur.

Notre amie Kim Lan organise aussi chez elle cette cérémonie et y convie ses amis.
Le protocole est strictement respecté, avec l’aide de moines bouddhistes pour les invocations et les offrandes.


Preparation de la cérémonie


Lors de l’abaissement du mat, les nombreux invités veulent à tout prix toucher l’étendart pour s’attirer à soi richesses et bonnes fortunes pour la nouvelle année..

Les superstitions sont encore très présentes à Hué et ce n’est pas juste du folklore..