Nouvelle vente aux enchères à Paris

le mardi et mercredi 17 et 18 mars 2020 se tiendront une nouvelle vente consacrée à l’Indochine. Cette vente est organisée à Drouot par la maison Lynda Trouvé.

J’ai bien aimé cette huile sur toile de grand format (190*130 cm) du Bayon, peinte par « l’école française des peintres voyageurs d’Indochine », sans plus de précision, malgré une toile signée.

Concernant Hué, on trouve notamment cinq aquarelles peintes par Mariette Richard Boudet, épouse de Paul Boudet, le célèbre archiviste de l’Indochine.

Une encre de chine et gouache sur papier est bien attrayante. Il s’agit d’une oeuvre de Nguyen Tu Nghiem (1922-2016) de l’Ecole des Beaux de l’Indochine. Elle représente la fête du Têt en 1972.

La baie d’Halong est consacrée par une huile sur toile de grand format (513*203 cm !) peint par Jean Louis Paguenaud (1876-1952), peintre de la marine, en 1934. Cette toile a été commandée par l’Amiral Dumesnil, Commandant en chef de la flotte française de Méditerranée.

Une rare pub job vaut le detour:

Ce que j’aime le plus est un bas relief réalisé par Theodore Riviere et Emile Decoeur à l’aide de pieces de céramique polychrome. Cette oeuvre fera l’objet d’un autre article sur mon blog.

Catalogue sur le lien suivant:
http://www.lyndatrouve.com/catalogue/102491?

Street Art à Hué

Totalement inconnu il y a encore quelques années, le street art commence à se répandre au Vietnam. C’est surtout le cas dans les grandes villes mais Hué n’est pas en reste. Le Vietnam est visiblement un terrain de jeux pour les artistes occidentaux. L’origine des artistes est visible aux messages en anglais et leurs signatures visuelles plus ou moins explicites. Mais on trouve aussi d’excellents artistes locaux. La difference entre les deux ? on constate que les artistes locaux demandent la permission des proprio avant de taguer, ce qui n’est pas le cas des étrangers…

La zone la plus dense et la plus intéressante est une rue de plus de 500 mètres dédiées aux graffes. C’est sur la route du tombeau Tu Duc, 500 mètres avant d’y arriver, sur la droite.


Gros plan d’un des meilleurs tags, très expressif


Autre style, cette très impressionnante fresque

Autre tag vue à la plage en 2018. Un artiste de Lille ?

Autre tag vue en ville, très coloré (rue Phan Boi Chau)

Quoi de neuf à Hué ?

La plus belle réalisation de l’année est sans contexte la promenade sur la rivière des parfums. Longue de plus de 2 km, partant de la nouvelle académie de musique (ancien terrain de l’école Pellerin) et allant jusqu’au pont Truong Tien (ancien pont Clemenceau).
Cette passerelle fait partie d’un projet imaginé par le Corée du sud. Actuellement, une promenade est presque achevée sur l’autre rive.


Le nouvelle promenade, devant l’ancien cercle nautique

Il est aussi prévu de construire un port de plaisance pour les nouveaux bateaux de croisière qui circuleront sur la rivière. Ce port sera situé sur le terrain de l’ancienne brasserie Huda, au bout de la rue Nguyen Sing Cung.

Sur le plan touristique, il est à noter la construction actuelle d’un terminal international pour l’aéroport de Hué. L’objectif est d’attirer les touristes japonais, coréens et, dans une moindre mesure, de chine en vol direct. Une stratégie qui fut très profitable à Danang.

Et pour attirer ces touristes asiatiques, la mode est à la construction d’hôtels haut de gamme. Le Senna Hôtel (ancien nom de la province de Hué du temps des français) vient d’ouvrir presqu’en face de la boulangerie française. Pas de chance, le cadre est gâché par la construction au fond du jardin d’un autre hôtel très haut et très moche… L’hôtel Green Hotel, non loin de la gare, a été complètement « désossé » pour faire place à un hôtel 5 étoiles « Silk Path Grand hôtel », pas encore ouvert malgré de longs mois de travaux. Est-ce un plus pour la ville ? Pas sur le plan architectural en tout cas.


Vue d’une partie de la fondation Le Ba Dang

2019 a vu aussi naitre la fondation Le Ba Dang à quelques kilomètres de Hué, sur la route qui mène au tombeau de Khai Dinh. Le Ba Dang est un artiste vietnamien qui a vécu une bonne partie de sa vie à Paris. Le cadre de cette fondation est magnifique : un très beau jardin et un bâtiment digne des meilleurs architectes du monde. Dommage que le prix d’entrée soit si cher…

Dans la citadelle de Hué, les travaux d’embellissement continuent. La reconstruction du palais Kien Trung, détruit en 1947, est en cours. Ce palais fut construit par le roi Khai Dinh et servi d’appartements à son fils Bao Dai et la reine Nam Phuong. Les arènes ont aussi été restaurées.

Sur le plan commercial, 2019 fut l’offensive de l’enseigne de superettes Vinmart pour s’implanter aux quatre coins du Vietnam, en payant à prix d’or les loyers. Plus d’une vingtaine de supérettes se sont implantées en ville et dans la périphérie. Il y a sans doute un manager français à la tête de ces magasins, car on trouve de la bière belge, des cornichons (les vietnamiens ne les connaissent pas…), du fromage etc.. Et des produits bio. Le tout à des prix très élevés pour la clientèle locale. Depuis, avec 140 millions de pertes à fin septembre 2019 pour 950 millions de CA, l’enseigne a été cédée à un autre groupe vietnamien, Masan…


Une supérette Vinmart dans la rue Chi Lang

Les 4 nouveaux cinémas sont à présent ouverts au public. Lors de la 1er journée de la sortie du film à sucés tourné à hué « mat Biec », nous étions 10 dans une immense salle, un samedi soir..

La mode des cafés est toujours d’actualité. Les expressos ont remplace les cafés filtres. On note aussi l’ouverture de nombreux spa.

Si une petite maison coloniale a été démolie dans la rue Ly Thong Kiet, il est à noter la belle mise en valeur d’une maison coloniale au sein de l’hôpital de Hué pour rappeler la date de création de cet hôpital, 1894. Cette maison va devenir courant 2020 un petit musée.


La maison rénovée de l’hôpital de Hué

L’hypermarché local, Big C, permet de recenser les nouveautés. Les yaourts de la marque True Milk au durian (sau rieng), à l’aloé vera, au the vert, à la noix de coco sont délicieux. De même que le lait à la noix. Des produits qu’on verrait bien sur nos tables françaises !
On trouve d’ailleurs au Big C de plus en plus de produits français, comme les pommes, les biscuits, les produits laitiers.

Report du festival de Hué 2020

Le festival de Hué, prévu à l’origine au debut du mois d’avril, est reporté à fin août (incluant la fête nationale du Vietnam, le 2 Septembre). En cas d’évolution négative du covid, le festival sera reporté à 2021.

Les banques au Vietnam

La première chose que l’on voit dans une banque, c’est la passion du cash des vietnamiens.
Derrière les guichets, vous voyez des piles de billets. Certes, cela diminue d’année en année, mais ca reste impressionnant. Lors de la plupart des transactions, notamment immobilières, tout se fait en cash, même si c’est interdit. Tous les vietnamiens n’ont pas de comptes bancaires, loin de la, et il est courant de conserver « le magot » chez soi.


Petit retrait dans une banque… (photo source internet)

Ainsi, il n’est pas rare de voir des clients arriver 10 minutes avant la fermeture de l’agence et sortir plus d’un milliard de dongs, soit plus de 40.000 euros. Cela représente 2000 billets de 500.000 dong, la plus grande coupure. Les billets sont ensuite mis dans un sachet plastique aux couleurs de la banque et les clients s’en vont comme si de rien. L’insouciance des vietnamiens est sans limite ! C’est sidérant.

C’est vrai que les vols sont rares, de même que les hold ups. Et lorsque cela arrive, les voleurs sont tellement novices qu’ils se font prendre rapidement. A ma connaissance, le dernier à Hué date de 2017 et s’est terminé par une arrestation… heureux pays !


On compte et recompte..(source internet)

Les services bancaires sont tous dématérialisés : vous ne recevrez jamais de relevés de compte papier. Les Rib officiel n’existent pas. Mais vous pourrez placer votre argent ou faire des virements à tout heure du jour ou de la nuit, vendre instantanément des devises (si vous en avez), le tout sans date de valeur. Les cartes bancaires sont gratuites.

La fiscalité est royale : pas d’imposition sur les produits des placements ! Avec des taux autour de 7% en ce moment, c’est plutôt avantageux.. Au Vietnam, clairement, il vaut mieux être rentier que travailler…

Les banques sont probablement l’endroit ou la productivité est la plus forte, tout au moins au guichet.. Le personnel est capable de traiter plusieurs clients en meme temps avec une rapidité incroyable. Bien sur, il faut s’habituer à l’absence de confidentialité. C’est le royaume des tampons et du papier. Une rature sur le formulaire ? vous étes bon pour recommencer. Les superviseurs doivent valider chacune des opérations.

En raison du contrôle des changes et de la non-convertibilité de la monnaie à l’étranger, il n’est pas facile de sortir des fonds du pays. Pour les particuliers, les cartes bancaires peuvent rendre bien des services, mais les frais sont élevés. Pour une entreprise, l’achat de devises et leurs transferts ne peuvent se faire que sur présentation de factures et, à posteriori, sur justification du dédouanement. Pas de dates de valeur.

Les étrangers qui vivent au Vietnam n’ont pas les mains libres en matière bancaire. S’il est facile d’ouvrir un compte bancaire (y compris en devise), il n’est pas si simple de l’alimenter. On ne peut le faire qu’au travers de transferts en devises depuis l’étranger ou du virement de son salaire depuis l’entreprise qui vous emploie (avec un contrat de contrat de travail officiel bien sur..). Impossible de faire des versements en espèce. Impossible d’acheter des devises. Les placements ne peuvent se faire qu’au guichet, sous la forme de dépôt à terme. Le terme ne peut pas dépasser la validité de votre visa..
Ainsi, tous les étrangers qui vivent de leur travail au Vietnam sans contrat de travail ne peuvent bénéficier des services bancaires.

Lors de la nouvelle année, les bons clients reçoivent des cadeaux, mais tous les clients ont droits a des calendriers. C’est la tradition depuis toujours. Certains sont magnifiques.

A Hué, la demeure du premier médecin de l’Annam

C’est à Paul Doumer que l’on doit la création de la première école de médecine en 1902. A cette époque, les médecins français, essentiellement militaires, sont rares et manquent cruellement d’assistants locaux. La formation de médecins et de sages-femmes est vivement souhaitée. Ainsi donc cette école voit le jour à Hanoi, le seul établissement d’enseignement supérieur de l’Indochine à cette époque. Alexandre Yersin sera le premier directeur et y restera 2 ans. La scolarité dure 4 ans.


La premiere école de médecine de Hanoi


La situation médicale en Indochine de 1900 à 1930

Il faudra donc attendre 1906 pour avoir la première promotion, 5 diplômés seulement pour toute l’Indochine. Ung Thong, le petit fils du Prince Tuy Ly, 11éme fils du roi Minh Mang (voir article du 15 mars 2019) en fait parti. Il est le premier médecin de l’Annam. Les 5 diplômés obtiennent le titre de « médecin auxiliaire » et travaillent comme fonctionnaires.


Son Excellence Ung Thong

Ung Thong sera médecin puis médecin-chef à Dong Hoi, Nha Trang, Faifoo (Hoi An), Song Cau et Hué. Il fut chargé aussi de créer le service médical chez les minorités ethniques, à Kontum. Durant sa carrière, il recevra de nombreuses décorations : chevalier de la légion d’honneur en 1926, Commandeur du Dragon d’Annam en 1933. L’Empereur Bao Dai le nommera ministre honoraire en 1937 pour l’ensemble des services rendus. Il faisait encore parti des 500 personnes les plus en vue de l’Indochine en 1942. Car sa retraite, prise officiellement en 1933, est particulièrement active. Il participe à de nombreuses sociétés de bienfaisances locales. Il est le vice président de la Société de protection des enfants franco-annamites.


Ce qui reste de la demeure en 2020

Que reste-il de cet illustre médecin à Hué ? Une belle demeure en ruine au 66 Nguyễn Sinh Cung, dans le quartier Vi Da. La bâtisse est au fond d’un terrain de 2000 m2, mais on la distingue à peine tant la végétation a pris le dessus. Un autre bâtiment, ancien dispensaire, est en meilleur état.


Détail du porche, avec la presence étonnante d’une rose..

Concernant la maison proprement dite, on y distingue clairement un style mixte avec un bâtiment occidental mais deux porches dans le style local. L’escalier et le parquet, aujourd’hui disparus, étaient en bois de fer. Le carrelage, quant a lui, a été importé de France. A l’époque de sa construction, dans les années 30, la maison avait vu sur la rivière des parfums. Ung Thong et sa femme sont enterrés dans la propriété.

Apres guerre, la maison est restée à l’abandon. Il semble que sa famille soit à présent en France. Pour autant, depuis 2018, le terrain est « éclairci » des constructions illégales, signe possible d’un nouveau destin pour cette propriété.

Sources :
– Souverains et Notabilités l’Indochine, https://archive.org/details/SouverainsEtNotabilitesDindochine
– Revue « La Dépêche Coloniale Illustrée » du 15 décembre 1908, consacrée à l’école de médecine en Indochine, avec une éloge de Ung Thong, lorsqu’il effectue son stage de médecin à l’hôpital de Thanh Hoa l’année précédente
(source Gallica)
– Exposition « Ve Hue », dessins, photos, aquarelles.. organisée en Juillet 2019 par l’architecte Nguyễn Yến Phi et Tran Van Dung