Hanoi vu par les gens du Sud…en 1920

Voila une photo qui ravira tous ceux qui connaissent Hanoï : une vue aérienne du quartier annamite prise en 1920. Au premier plan, on distingue le petit lac.. tout en haut, le marche Dong Xuan et à droite du marché, un peu plus loin, le pont Long Bien. La densité y est très forte, du fait des maisons « tubes » qui remplissent tout l’espace. On ne distingue quasiment aucun arbre, sans doute parce qu’ils n’ont pas encore eu le temps de pousser ! Aujourd’hui, le vieux quartier est plutôt bien ombragé…

Lorsqu’on voyage au Vietnam, on est toujours surpris du caractère des gens du nord, fort différent de la mentalité du sud Vietnam : ils parlent fort, paraissent moins sympathiques au premier abord, et font preuve d’un gout prononcé pour l’argent.. j’ai toujours mis cela sur le compte de la difficulté de la vie durant la guerre et de la rigueur du communisme…

En réalité, ces traits de caractères sont bien plus anciens et font partis de la culture locale.. Michel My, préfet vietnamien dans la région de Saigon, voyage au nord Vietnam en 1922 et constate ces différences. Il note avec ironie qu’on utilise des « carrés de papier » comme serviette de repas alors qu’on s’en sert comme papier hygiénique ailleurs (la, c’est sur, les gens du nord ont réussi à répandre leur pratique dans le reste du Vietnam !).

Il voit aussi, après s’être fait avoir plusieurs fois, que les gens du nord sont obnubilés par l’argent, ce qui n’a pas beaucoup changé… « L’amour de l’argent ! ils ne connaissent que ca ! ».

L’absence de chinois le surprend aussi, alors qu’ils tiennent tout le commerce en Cochinchine. « Eux qui ont la fâcheuse tendance à se croire indispensables en Cochinchine, ne peuvent lutter ici contre les Tonkinois. » Ceux-ci boycottent en effet les commerces tenus par les célestes, faisant échec à leur implantation… Alors qu’a Saigon Cholon ils sont plus de 200.000, les chinois ne sont que 2000 à Hanoï…

La passion des gens du nord pour la viande de chien ne date pas non plus de la guerre… Alors que dans le sud, la pratique est rare et mal perçue, à Hanoi, les « toutous rôtis, dorés comme des petits cochons se balancent aux crochets de fer.. »

Michel My note aussi que les femmes du Tonkin font pipi… debout et en pleine rue, sans s’occuper des passants !

L’impossibilité de faire appliquer les règlements aux Tonkinois est aussi souligné : « Et comme tous les indigènes de la basse classe (formant les 9/10 de la population) se refusent également à verser les amendes qu’on leur inflige, nous arrivons à ce résultat paradoxal : la police ne peut rien contre eux en matière de voirie, à moins d’encombrer les prisons de contrevenants qu’on serait obligé de nourrir à grand frais. En Cochinchine, c’est le contraire. Les indigènes paieraient tout ce que l’on veut pour ne pas mettre le pied en prison. A Hanoï, les Tonkinois, par leur force d’inertie, ont mis la police urbaine en échec. Ils continuent à uriner où bon leur semble et à accumuler des immondices dans les rues. Leur pauvreté est une force !»

Plus préoccupants, ce sont les relations entre les Annamites et les Français : « Au Tonkin, les éléments français et annamites ne se mélangent pas comme à Saigon. Est ce à cause de la timidité des indigènes? Est-ce en raison du mépris que professent les Blancs à l’égard des Tonkinois ? Je ne sais. Je pense qu’il y a un peu des deux. Je constate, en effet, que c’est excessivement rare de voir un Annamite s’attabler dans un café, dîner dans un restaurant français ou se rendre à un endroit fréquenté des Européens. A la Cathédrale même où [..] il doit être fait abstraction de toute question de race, le Curé n’admet pas les Annamites à la Messe de 8 heures 30 appelée pour cette raison Le-Tày (Messe française). Fuir les Blancs est devenu une habitude au Tonkin que les indigènes ne s’expliquent pas eux-mêmes. Dans les tramways, les indigènes évitent de prendre les billets de 1ère classe pour ne pas rencontrer des Français. » On connait la suite …

Je vous conseille la lecture de ce livre bien instructif, à télécharger gratuitement sur le site de la Bibliothèque Nationale de France :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5844489d

Rencontre avec Xuan Phuong, la mémoire du passé

Xuan Phuong a 83 ans mais voyage encore aux 4 coins de la planète. Elle a eu une enfance dorée mais a finalement choisi le maquis, la révolution. Elle a côtoyé les plus grands héros de la guerre (Ho Chi Minh, Dan Van Viet, Giap..) sans pour autant adhérer au Parti Communiste. Elle a combattu les français mais a reçu récemment la légion d’honneur … Voilà en quelques lignes le portrait d’une vietnamienne hors norme, exceptionnelle à tout égard..


Xuan Phuong devant les photos de sa remise de la légion d’honneur sous la présidence de Nicolas Sarkosy.

C’est dans sa galerie de peinture à Saigon (Lotus Gallery, rue Pasteur ) que je l’ai rencontrée pour la première fois. Dotée d’une prodigieuse mémoire, l’écouter parler de sa vie est passionnant. Elle s’exprime dans un français parfait, ce qui l’a aidé à écrire ses mémoires, encouragée à l’époque par Danielle Mitterrand. 500 pages de manuscrit finalement condensées en 260 pages pour les besoins de l’édition… un véritable trésor pour qui s’intéresse à l’histoire du Vietnam et notamment du Nord Vietnam pendant la guerre.


« Ao Dai, du Couvent des Oiseaux à la jungle du Viet Minh », aujourd’hui épuisé

La guerre contre les français était teintée d’idéalisme et d’abnégation. La suite sera moins rose..

Xuan Phuong raconte notamment les difficultés de la vie au quotidien dans une ville de Hanoi surpeuplée après le départ des Français. Les tickets de rationnement, la vie collective, la surveillance des uns par les autres. Hanoi devient triste, il n’y a plus que du tissus noir pour s’habiller, l’artisanat disparaît au profit d’une production de masse. On envoie les cadres dans les rizières pour aider les paysans. Et puis bientôt c’est la collectivisation et la réforme agraire, avec ses procès expéditifs et ses horreurs..

Pendant la guerre contre les américains et le Sud-Vietnam, les gens du nord ont faim et les bombardements rendent la vie encore plus difficile. Seuls les cadres du Parti bénéficient de largesses. La propagande tourne à plein. Les gens du nord pensent que les vietnamiens du sud souffrent encore plus qu’eux. Les massacres de Hué en 1968 sont soigneusement tenus secret.. Grace à ses compétences médicales, Xuan Phuong s’occupe de la « santé » des invités étrangers du régime nord vietnamien, puis accompagne des cinéastes tourner des documentaires. Elle devient elle-même cinéaste et va filmer la « libération » du Sud en 1975. De ces expériences, de ces rencontres, elle garde en mémoire d’innombrables anecdotes et amitiés.

Elle a choisi de continuer à vivre au Vietnam avec son mari et ses 3 enfants. Sans pour autant abandonner son franc parler sur le Vietnam d’aujourd’hui ! Passionnant !

Obtenir un visa pour la France: le parcours du combattant !

Pas de doute, la lutte contre l’immigration clandestine commence dans les ambassades de France ! S’il faut juste un peu d’argent pour obtenir un visa vietnamien pour un français, il faut à la fois être riche, patient et persévérant pour obtenir le fameux visa Schengen…

Voici les éléments à réunir pour un visa de tourisme: le billet d’avion aller retour, une assurance médicale et rapatriement (environ 35 euros), le livret de famille, les ressources financières (attestation bancaire), le patrimoine éventuel (titre de propriété), tous les éléments concernant l’emploi occupé (contrat de travail, rémunération, attestation de l’employeur autorisant la prise de congés..). Tous les documents doivent être traduits en français ou anglais et les copies certifiées conformes.. S’ajoutent à cela le passeport bien sur, 60 euros pour les frais, une photo et plusieurs pages de formulaires à remplir. Mais ce n’est pas tout: il faut encore l’attestation d’hébergement. S’il s’agit d’une visite d’amis, ceux ci doivent transmettre une lettre d’invitation manuscrite et un certificat d’hébergement fait en mairie (coût 30 euros..), ainsi qu’une attestation de revenus si prise en charge des frais de l’invité..

Une fois tous les documents réunis, un rendez vous est donné par l’ambassade qui se réserve le droit de refuser.. il faut 10 jours pour obtenir le précieux sésame..

A noter que les démarches sont les mêmes pour tous les états « Schengen ». Un avantage tout de même: ce visa vous permet de voyager dans tous l’espace..

A Hué, un bel exemple de « style Khai Dinh »

Khai Dinh fut l’avant dernier roi de la dynastie Nguyen et a régné de 1916 à 1925. Il fut aussi un passionné d’architecture et de modernité. Les touristes qui visitent Hué connaissent surtout son tombeau. C’est lui qui fut aussi à l’origine de deux portes magnifiques autour de la cité impériale, du palais An Dinh le long de la rivière Phu Cam / An Cuu, du palais Kien Trung au sein de la citée interdite (détruit en 1947)… On reconnait facilement son style, du baroque italien appliqué aux motifs traditionnels de Hué, avec matériaux « modernes » tels que le ciment, la céramique, la porcelaine…


Un portail de style unique à Hué

En me promenant dans le quartier de Kim Long, je suis tombé par hasard sur le tombeau d’un haut mandarin, Vo Van Khiem, qui fut d’abord mandarin militaire avant de finir mandarin civil et ministre de la guerre. Né vers 1836, il fut mandarin sous 6 rois différents et s’est éteint en 1924 peu avant Khai Dinh.

Du chemin, on ne distingue d’abord qu’un portail très travaillé qui fait face à une rivière. C’est, à ma connaissance, un exemple unique de style Khai Dinh appliqué à un édifice privé à Hué. Les architectes qui l’ont conçu sont ceux qui ont réalisé les commandes du roi.

L’entrée se fait sur le coté, à travers un jardin riche d’arbres fruitiers et via une haie caractéristique des maisons jardins de Hué. La porte central ne s’ouvrait que pour les grandes occasions; aujourd’hui, seulement lors des cérémonies de cultes annuelles.

A l’intérieur du mausolée, une grande statue en ciment du mandarin, toute en couleur, dans sa tenue de cérémonie. Sur le coté, pn peut reconnaître un fusil, une épée.


Le mandarin en tenue de cérémonie

Au premier étage du mausolée, sa tombe et sa pierre tombale. Tout en haut, un autel des ancêtres pour ses parents.


Le tombeau


Vue du 3eme niveau…

Devant le mausolée, un pavillon, puis un écran.


Le pavillon pour le culte


Une sphère qui sert pour brûler les objets votifs. A ma connaissance, exemplaire unique à Hué.


L’écran traditionnel, en ciment ; les inscriptions sont en « nom », la traduction vietnamienne du chinois.

Les membres de la famille qui « veillent » sur le tombeau.. La plupart des autres membres de la famille sont en France.

Jolie couple ! Le mandarin est le frère de son grand père

Rencontre avec le restaurateur des tenues royales

L’Asie réserve bien des surprises à ceux qui prennent le temps de les chercher ! Ce fut mon cas lorsque je suis parti en quête de l’artisan qui restaure les tenues royales de Hué. Inutile d’en chercher deux au Vietnam, il n’y en a qu’un et il habite dans un village de métiers non loin de Hanoï.

De l’extérieur, rien ne transparaît, pas même le bruit d’un métier à tisser puisque tout est effectué à la main. Dedans, en revanche, c’est un musée qui s’ouvre à nous. Tenues impériales, tenues de princesses, c’est la dynastie Nguyen tout entière qui revit.


L’artisan devant quelques unes des tenues confectionnées ou restaurées par lui

Vu Gioi est agé de 45 ans. il a commencé en 1988 ses premières restaurations, formé par plusieurs générations familiales de brodeurs. Il s’est spécialisé dans la restauration de qualité, et emploie aujourd’hui une équipe de 30 personnes. Son savoir faire est reconnu et le musée Royal des Beaux Arts de Hué lui confie ses plus belles tenues.

Il effectue aussi des copies avec les plus nobles matériaux, allant des meilleures soieries aux fils d’or importés d’Europe. Ses clients sont surtout locaux, mais quelques vietnamiens de l’étranger ont recours aussi à ses services.

Voilà un bel exemple d’artisanat d’art qu’on aimerait voir plus souvent au Vietnam !


Détail de la tenue de la Reine Mère Tu Cung, mère de Bao Dai (1926-1945)


Quel privilège de pouvoir essayer une tenue de Princesse !


A gauche, la tenue de Tu Duc lorsqu’il était encore Prince (né en 1829); à droite, la tenue du roi Dong Khanh (1885-1889) ; Pas moins de 28 mètres de tissus sont nécessaires pour confectionner ce type de tenue


La tenue de Tu Cung dans son intégralité


Broderie d’une tenue commandée par un particulier vietnamien (environ 4000 usd cette tenue)

C’est chouette !

La langue vietnamienne s’est enrichie de nombreux mots au contact du colonisateur. Tous les mots liés aux inventions techniques du XXeme siècle en font partie, comme ô tô, tac xi, tournevit etc… l’orthographe est adaptée à la langue et la prononciation peut différer, mais globalement, on comprend bien que l’origine du mot est française.

Il y a aussi dans la langue vietnamienne une expression dont l’origine ne peut venir que du français : « Tuyet cu meo » qui signifie « c’est chouette ». « Cu meo » est le nom de la chouette, « tuyet » donne l’idée de quelque chose de formidable.. Comment cette expression a -t-elle pu se diffuser dans tout le pays, c’est un mystère.. C’est en tout cas un bel exemple d’échanges réussi entre nos deux pays.


Enseigne d’un bar à Hué