Pèlerinage à la déesse Mère Tien Y A Na

Hasard du calendrier lunaire, les festivités du temple Hon Chen à Hué se sont déroulées au même moment que le pèlerinage des catholiques à La Vang pour l’Assomption… Pour la déesse Mère, c’est par milliers qu’ils ont convergé le long de la rivière des Parfums, au temple Hon Chen d’abord, puis vers le temple Hai Cat, situé non loin… Les pèlerins, venus des 4 coins du Vietnam, sont groupés par lieux de culte sur plus d’une centaine de bateaux richement décorés. Rappelons que Tien Y A Na est une divinité Cham récupérée par les Viets.

Les bateaux ont ainsi transportés les attributs de Thien Y A Na: son brevet Impérial, ses habits, son coussin, son trône.


Plus de 100 bateaux ou vont se dérouler les séances de possession jours et nuits..les bateaux servent aussi de logements.

Sur place, on lui offre des offrandes et des tonnes de papiers votifs.. Plusieurs milliers de personnes assistent à ces cérémonies, et les femmes arborent leur plus belles tuniques. Parfois, il s’agit de la tenue de l’esprit qui vient habituellement visiter la personne. Car nous sommes ici en plein coeur du culte de la Déesse Mère et des pratiques de spiritisme (voir les autres articles sur ce sujet). A bord des bateaux, et pendant 2 jours et 2 nuits, vont se dérouler des séances d’incantation aux esprits en vue d’obtenir des réponses directes ou des bienfaits immédiats…


Séance de transe à bord d’un bateau


Les attributs de la Déesse Mère sont transportées sur des palanquins


Un jolie défilé d’ao dai


Un petit coté Tintin et le Lotus Bleu non ?

Ce pèlerinage se déroule deux fois par an, et notamment le 7/8/9 jour du 7éme mois lunaire. Je n’ai pas assisté à tout, mais le peu que j’ai vu est assurément fascinant et intriguant. Un Vietnam mystérieux qui sort des sentiers battus.

Les 3 palais de Dalat

Il y a au moins 3 demeures d’exception à Dalat: les Dinh 1,2 et 3. L’origine de cette classification pour le moins « arithmétique » dans un cadre aussi poétique m’est inconnue. Mais j’ai retrouvé quelques éléments intéressants sur chacun d’entre eux.

Le Dinh 3 est le plus connu, car c’est celui de Bao Dai, le dernier empereur. Xuan Phuong raconte dans son livre « Du Couvent des Oiseaux au Vietminh » l’inauguration en 1938 :  » C’est peu après mon arrivée au couvent que j’assiste à un autre événement mémorable de ma jeunesse : l’inauguration à Dalat de la villa de l’empereur Bao Dai. Ma mère a revêtu un ao dai de velours, avec un collier de diamant. Mon père, sa plus belle tunique. Et moi une robe en velours bleu et des chaussures vernies commandées à Paris pour la circonstance. Nous sommes arrivés en voiture jusqu’au bas de la colline où se dresse la villa. De là, tout le monde monte à pied par la grande allée du parc, pour se rassembler dans le cour devant la maison. Il doit être environ 18 heures. Nous sommes une cinquantaine de personnes, des mandarins et leur famille, et des Français. Tout d’un coup, la vaste demeure blanche s’illumine. Deux cents lampes, m’explique mon père. On dirait un paquebot. Alors l’empereur Bao Dai, sa famille et le Résident Supérieure de France apparaissent au balcon, l’assistance applaudit et crie « Vive Sa Majesté!». Puis les portes de la villa s’ouvrent, une fanfare française retentit et nous entrons. A l’intérieur, les lumières sont éblouissantes, et les vases débordent de fleurs. Dans la grande salle de réception, les buffets croulent sous les victuailles. Mon père me dit que l’on a fait venir des cuisiniers de France pour l’occasion. Ce qui m’impressionne le plus, ce sont les présentoirs avec des montagnes de pommes et des grappes de raisins qui retombent en cascade. Je n’ose toucher à rien tellement c’est beau. Toute la soirée, les gens continuent à arriver avec des cadeaux. A un moment, une chanteuse très brune se met à chanter. Les gens autour disent qu’elle est aussi venue de France pour la soirée.  »
Ce Dinh servira de résidence d’été à Bao Dai jusqu’en 1955.

Le Dinh 2 a également été bâti sous la direction de l’architecte Paul Veysseyre. Il fut construit entre 1933 et 1937. C’est la résidence d’été du Gouverneur Général de l’Indochine. Cette propriété fut surtout occupée par l’Amiral Decoux au cours de la seconde guerre mondiale. Révant de transformer Dalat en capitale de l’Indochine, il n’a pas ménagé ses efforts pour promouvoir et bâtir cette station d’altitude.

Le Dinh 1 reste un lieu mythique pour les mariés de Dalat qui viennent se faire photographier devant les villas ou dans les jardins.. Ce Dinh est lié à l’oeuvre de Robert Clément Bourgery. Engagé volontaire dans la marine, il participe à la pacification du Tonkin et aux événements de Chine en 1900. Il décide ensuite de s’installer en Chine. Ingénieur hors pair, il construit des usines électriques, un chantier de constructions navales, des ouvrages d’art … En 1928, il est de passage à Dalat. Séduit par les lieux, il fait construire un vaste domaine de 60 hectares où ses employés de Chine et lui même pourront se reposer et côtoyer des compatriotes. Il démontre aussi l’intérêt d’utiliser les chutes d’eau pour produire une électricité abondante et peu chére. Ce qui aboutira à la mise en service du barrage d’Ankrouet un peu plus tard.. Par la suite, le domaine a été racheté par Bao Dai et a servi également de lieu de travail pour Ngo Dinh Diem..
Aujourd’hui, le domaine est protégé mais sans entretien.


La demeure principale


L’une des dépendances du domaine Bourgery


L’allée principale traversant le domaine


J’avais fait un article sur les baignoires, symbole de la colonisation… en voici une belle, à l’arrière du bâtiment… depuis combien de temps est elle là ?

et terminer à Bangkok… (suite et fin)

Autrefois, au début de la colonisation, « aller à Bangkok » signifiait « mourir » et rejoindre le cimetière qui se trouvait au bout de la rue de Bangkok à Saigon ! Un journaliste avait même compris qu’on emmenait les corps à Bangkok pour faire baisser les statistiques de la mortalité dans la nouvelle colonie. En 1860, on était proche de 25% de mortalité…

Mais aujourd’hui, on va à Bangkok à la demande de son assurance voyage parce que les hôpitaux y sont censés être meilleurs.. Alors je suis parti en jet privé, comme un président, rejoindre le « Bangkok Hospital », le nec plus ultra des hôpitaux, fonctionnant avec 50% d’étrangers dont beaucoup du Moyen Orient. Le tourisme médical est ici un filon en or.

Difficile de faire mieux. Tout est calibré sur mesure pour répondre à votre cas, votre situation. L’infirmière prendra tout son temps pour choisir la bonne veine, les repas sont faits par Sodexo, le moindre petit cachet fait l’objet d’un emballage plastique en pharmacie. Il sera pour vous, rien que pour vous.. Tout est serein, tout est beau, tout est propre… mais le Vietnam me manque quand même !

Merci à l’assurance AVI pour avoir financé mes 10 jours ici et tout ce qui a précédé, ce qui doit bien représenter 30 ans de cotisations !

Finir aux urgences au Vietnam…

Le domaine de la santé est un thème qui m’intéressait depuis quelque temps, mais je ne pensais pas l’aborder d’une façon aussi directe… Conduit aux urgences d’un grand hôpital public de province, cette expérience me permet de vous relater le fonctionnement d’un hôpital….

La difficulté est déjà d’atteindre les urgences. Pas d’argent, pas d’entrée. Il faut donc trouver quelqu’un pour débourser les 200 usd demandés. La santé se paye cash, c’est le principe en vigueur. Il y a probablement des exceptions pour les étrangers, mais ce ne fut pas le cas pour moi, même si j’étais en coma lorsque je suis arrivé. L’explication est simple : certains hospitalisés se sauvaient pas la fenêtre sans payer.. Alors maintenant, on paye avant d’entrer. Renseignements pris, voici l’explication: en cas d’accident, on peut accéder aux urgences… dans le cas contraire, et si je suis accompagné de gens qui me connaissent (c’était le cas), alors il faut payer pour entrer.. Cela dit, on m’a confirmé qu’on mourrait aussi beaucoup aux portes de l’hôpital…

Mon lit est un excellent poste d’observation.

D’abord, les familles vietnamiennes s’occupent de tout : préparation et prise des repas, toutes les tâches de toilette, la location ou l’achat des « indispensables » : sandales, lit d’appoint, matériel pour uriner… Les familles sont toujours présentes, c’est la force de la culture vietnamienne.

Lorsqu’un étranger est hospitalisé, c’est plus délicat à gérer pour le personnel, car c’est à eux de tout faire !

La question pécuniaire est omniprésente. Il faut payer les actes au fur et à mesure, et régler les factures d’hospitalisation quotidiennement, en cash. Les médicaments ordinaires doivent être achetés directement par les familles. On ne fait pas crédit ici : les traitements s’arrêtent si les factures ne sont pas payées. C’est valable pour tout le monde.

Le personnel médical est nombreux, globalement disponible, et a priori compétent. Mais l’organisation pêche : dans ma chambre, un va et vient de médecins en tout genre. Je ne sais pas qui fait quoi, qui est qui. Un point objectif : la prise de notes n’est pas leur fort et les données que je leur donne à plusieurs reprises sont mal consignées dans mon dossier médical. On m’a là encore donné l’explication: il y a beaucoup de médecins en formation. Ils ont le droit de poser des questions mais pas de répondre.. c’est pour cela qu’ils disparaissent sans crier garde !

Anecdote : mes amis vietnamiens doivent laisser leurs chaussures à l’entrée des urgences. A leur sortie, plus de chaussures !

Il n’y a pas vraiment de barrière de langue, beaucoup de médecins vietnamiens maîtrisent bien le français ou l’anglais.

Je n’aurai pas beaucoup de temps pour vivre mon expérience locale. Mon assureur n’a pas confiance et décide de m’envoyer à Bangkok pour la suite…

A Hué aussi, on a des plages…

Peu de touristes savent que Hué est proche de la mer… Des plages superbes, un sable blanc et une mer de rêve..

Jusqu’ici, il y avait les plages animées pour les vietnamiens, et les plages désertes pour les pêcheurs…Il y a maintenant un endroit réunissant toutes les qualités : plage privée magnifique, parasols et chaises longues pour se relaxer, un bar convivial où l’on peut aussi manger, le tout dans un cadre sympa et bon marché…

Merci à Xuan et Michel, couple franco vietnamien, et leur fils Louis, pour nous offrir enfin ce que tout le monde attendait..

Cet oasis de bonheur, appelé tout simplement « The Beach », est à seulement 14km du centre de Hué. Il suffit d’aller à Thuan An vers les plages publiques puis continuer la route vers le sud en suivant le fléchage.. Inutile d’aller à Hoi An ! A Hué aussi, on a nos plages de rêves !

5 juillet 1885 – le « guet apens de Hué »

Les habitants de Hué rendent le culte aujourd’hui (23 mai, calendrier lunaire) à tous ceux qui ont perdu la vie le 5 juillet 1885, dans ce que les Francais ont appelé le « guet apens de Hué ».


Tout au long de la journée, les huéens honorent le souvenir des morts liés à ces événements (et à ceux de 1968)

A cette époque, la pression des Francais se fait de plus en plus forte sur la Cour de Hué pour faire cesser la résistance contre eux dans le nord du Vietnam (Tonkin). La cour de Hué n’est pas assez forte pour résister à ces « diables de barbare »… et les deux régents qui dirigent le pays à la place du jeune roi Ham Nghi cherchent le bon moyen pour réussir. Extermination des chrétiens (supposés être du coté de l’envahisseur) et attaque des troupes françaises à Hué sont les deux facettes du plan finalement adopté.
Le « guet-apens » contre les français a lieu ce fameux 5 juillet, en plein nuit. 1500 soldats du coté français répartis sur 2 positions, 22.000 coté vietnamien. Les boulets pleuvent sur les positions françaises qui, malgré tout, résistent. La supériorité du commandement et de l’armement fera le reste. On peut lire sur les troupes du Roi : « Ces gens, complètement nus pour la plupart, leurs longs et épais cheveux tombant sur les genoux, armés de mauvais fusils et de coupe-coupe, se sont battus avec une sauvagerie héroïque ». Au petit jour, les français contre-attaquent et s’emparent de la citadelle… C’est la panique générale coté vietnamien : le roi s’enfuit avec l’un des régents, la famille royale quitte le palais dans une pénible débandade. La population, elle, a déjà fuit la ville. Quelques heures plus tard, la drapeau français est hissé sur le cavalier (tour du drapeau). Mais c’est la désolation : 1800 cadavres annamites jonchent le sol. Très peu coté français.
Le pire est à venir. Le régent en fuite appelle à la révolte générale contre les français et les catholiques. 40.000 chrétiens mourront peu après à travers tout le pays. A Hué, le Général de Courcy, à qui l’on doit en partie ces événements malheureux, ne contrôle pas ses troupes et la citadelle est pillée. L’art y perdit des merveilles : des diadèmes, des couronnes,des bagues enchâssées de pierres précieuses, furent enlevés, brisés, et vendus par morceaux (d’après Camille Paris). La ville, faite de paillotes, est en feu. Comme les cadavres ne sont pas ramassés, le choléra éclatera peu après et fera 700 victimes coté français (sur 3500 soldats..).


Cérémonie au temple des ames errrantes, sur la rue Mac Thuc Loan dans la veille ville

Cet événement précipitera l’ascendant des français sur la famille royale et transformera progressivement le protectorat initialement prévu en une main-mise pure et simple du royaume d’Annam. Rattraper le roi Ham Nghi en fuite ne fut pas une sinécure : on mettra plus de 3 ans à l’appréhender..Le régent Thuyet, à l’origine du guet apens, finira ses jours en chine, isolé de tous. Le général de Courcy rentrera en France, s’enfermera dans un lourd silence et mourra prématurément de tristesse, dit on.. Quand aux trésors de la cour d’Annam, ils furent perdus à tout jamais…