Fête bouddhiste Vu Lan

Pendant 2 jours, Hué a vécu au rythme de la fête Vu Lan, deuxième fête la plus importante chez les Bouddhistes. D’abord fête des défunts et jour d’aumône pour les pauvres, cette fête du 15 juillet du calendrier lunaire (29 août) s’est transformée en fête des mères.
Même si c’est la rose qui est le symbole de cette fête, je dédie cette fleur de Lotus à toutes les mères..

Etes vous enceinte ?

Tous les touristes qui viennent visiter le Vietnam le savent : les Vietnamiens sont très curieux et posent beaucoup de questions « personnelles ». La question de l’age est éminemment importante, puisqu’elle règle les échanges : le « je » n’existe pas ici et doit être remplacé par le bon vocable qui dépend de l’age et de la relation que vous avez avec le correspondant. Viennent ensuite les questions sur votre famille. Question là encore centrale, car point de bonheur au Vietnam en dehors de la famille. Votre travail, le montant de votre salaire, le nom de l’hôtel sont les autres questions habituelles.

N’allez cependant pas croire que ce traitement est réservé aux touristes. Entre eux également, les questions fusent ! Etre encore célibataire pour une jeune fille à 30 ans peut tourner au calvaire lorsqu’elle rentre dans son village natal et que tout le monde lui demande si elle est mariée !

En fait, pour les Vietnamiens, ces questions ne sont pas indiscrètes. Elles alimentent les relations sociales avec une grande simplicité et sans arrière pensée. Pour qui s’intéresse aux vietnamiens, c’est un moyen facile de connaître un luxe de détails sur la vie des gens (leur salaire par exemple !).

La politesse vietnamienne ne permet pas non plus à quelqu’un «d’envoyer balader» son interlocuteur comme nous pourrions le faire en France. Tout au plus, le vietnamien esquivera la question par une réponse ambiguë ou un «devines !», et toujours avec le sourire.

Un lettré des temps modernes…

Le confucianisme a toujours porté l’éducation au sommet des valeurs, et le Vietnam d’autrefois n’a pas dérogé à cette règle. Les « concours littéraires » permettaient à tous de s’élever dans l’échelle sociale et de devenir les mandarins de la cour de Hué. Il n’y avait pas de limite d’age et ceux qui préparaient ces concours étaient éminemment respectés. En cas de succès, celui-ci rejaillissait sur tous ceux qui avaient aidé un candidat.

Si les concours littéraires n’existent plus depuis 1919, la fascination pour l’étude et l’enseignement est encore très vive dans le Vietnam d’aujourd’hui. Partout sont organisés des cours du soir pour adultes et les enfants passent la plus grande partie de leurs vacances à suivre des cours privés.


Petit cours sur les caractères chinois.. que Công trace sur le sol de sa maison

Mais ma rencontre la plus étonnante dans ce domaine est celle de Công Lê. Fils de paysans, il a lui-même travaillé la terre plusieurs années. A présent, il occupe un modeste poste de jardinier en banlieue de Hué. Tout son temps libre est consacré à écrire des poèmes et à apprendre par lui-même le français, l’anglais, le japonais et les caractères chinois ! A prés de 50 ans, il parle correctement les 2 premières langues. Il se passionne aussi pour la littérature française et lit, à son rythme, les auteurs classiques. Il écrit des poèmes à Umberto Eco qui lui répond, et reçoit les félicitations des éditions Gallimard pour leurs avoir signalé une faute d’orthographe dans une édition du Petit Prince ! Ses correspondants lui envoient des livres en remerciement. Lorsqu’il jardine, il a avec lui des fiches de vocabulaires qu’il apprend inlassablement.. Son emploi ne lui permet pas d’être souvent en contact avec les touristes, ce qu’il déplore. Il a entraîné ses 4 enfants dans cette passion pour l’étude et sa maison, tenue par sa femme dévouée, ressemble à une bibliothèque. Nul doute qu’il aurait fait un excellent candidat aux concours littéraires !

PS: Cong Le est décédé à l’age de 59 ans le 20 Février 2018 des suites d’un accident de la circulation. Toutes nos pensées vont vers sa femme et leurs 5 enfants…

Centre Vietnam: la grotte de Thien Duong

A 200 km environ au nord de Hué, près de la ville de Dong Hoi, se trouvent des grottes très spectaculaires, les grottes de Phong Nha.

Plus loin vers le Laos, on pénètre au coeur de la chaîne annamite, zone difficile d’accès et peuplée simplement de quelques minorités éthniques.


En partant de Donhg Hoi, sur la route des grottes…


Paysages aux alentours du site de Thien Duong

S’il n’y a plus beaucoup de chances d’entrevoir des tigres et des éléphants, les collines abruptes réservent encore bien des surprises…


A l’intérieur de la réserve naturelle

Et la plus grosse surprise fut la découverte d’un immense réseau de grottes, les plus vastes au monde, et dont pour le moment 31 km ont été répertoriés… C’est la grotte du Paradis, Thien Duong en vietnamien.

C’est à un vietnamien, explorateur à ses heures perdues, que l’on doit cette découverte au début des années 2000. Mais il a eu du mal à retrouver le « chemin du paradis » et ce n’est que très récemment que la grotte a pu être localisée puis explorée par des spéléologues britanniques.


L’entrée, vue de l’intérieur de la grotte.

Et depuis fin 2010, le site est ouvert au public. L’aménagement est très bien conçu, avec des véhicules électriques pour accéder au pied de la falaise… avant une ultime montée à pied, 540 marches pour les plus courageux.

L’entrée proprement dite mesure à peine quelques mètres de diamètre, dominée par une immense paroi verticale. De l’extérieur, on sent un souffle frais qui laisse présager une importante cavité. On imagine, en pénétrant à l’intérieur, l’excitation du découvreur de la grotte…

A l’intérieur, les voûtes sont aussi vastes que des cathédrales. Des stalactites et stalagmites forts anciens (la formation de la grotte remonte à plusieurs millions d’années). Le visiteur suit un chemin en bois qui serpente entre les différentes zones sur plus d’un kilomètre. Il y a aucune vie à l’intérieur, ni trace d’eau.


A l’intérieur de la grotte

Pour ceux qui veulent aller plus loin, il est possible d’explorer les 7 kilomètres avec une équipe locale de spéléologues (Il faut compter 2000 kD, soit environ 85 euros pour la journée, équipement inclus).

Le site accueille plusieurs centaines de visiteurs par jour en été, dont une immense majorité de vietnamiens, ce qui est très encourageant pour le développement du tourisme local.


A 20km de là, vers le site de Phong Nha

Objets votifs à Hué

Plus encore que dans le reste du Vietnam, Hué est vraiment l’endroit où l’on brûle le plus d’objets votifs ! Les traditions restent fortes ici, et l’on prend très au sérieux le rituel des cérémonies de culte. Cérémonies bouddhistes 2 fois par mois, culte des ancêtres, offrandes faites aux génies protecteurs.. les raisons de ces rituels sont diverses et nombreuses.


Petits chevaux pour aller plus vite


Les bateaux sont des objets essentiels à Hué pour circuler sur les rivières, canaux ou en mer

Dans tous les cas, il s’agit de fournir à ses ancêtres, aux génies protecteurs, aux âmes errantes de quoi les satisfaire et les apaiser. De cette manière, on chasse les mauvaises influences qui pourraient venir troubler la vie de votre famille ou le succès d’une entreprise.


Offrir de la compagnie pour ses ancêtres…

Ainsi tous les mois, ce sont des tonnes de papier qui partent en fumée… Le feu est le moyen qui permet la transmission des objets aux esprits, accompagné des prières qui vont bien.


Un cheval peut coûter jusqu’à 30 euros…

Ne vous aviser pas d’acheter ces objets pour les offrir à vos amis ! Non ! Cela ne doit servir qu’à honorer la mémoire des défunts et permettent à ceux ci de bénéficier dans l’au delà de tous les objets matériels dont ils pourraient avoir besoin… Ainsi, au delà des nourritures terrestres, on peut offrir des objets qui viennent du passé (chevaux, armures, arc.. ) ou du temps présent (moto, valise…) . On offre aussi de la compagnie pour que les ancêtres soient bien entourés.


Chapeaux Tonkinois…

N’allez pas croire que cela relève du folklore ! Apaiser les esprits pour que toute les actions présentes se passent bien est essentiel. Il y a quelques temps, le démontage d’un parc d’attraction avait entraîné catastrophes sur catastrophes (accidents mortels, incidents en tout genre) … Ce ne fut qu’après de nombreuses séances d’offrandes et de prières rituelles que les travaux ont pu reprendre en toute sérénité.

Ces objets sont fabriqués artisanalement un peu partout en ville et à la périphérie. Cela fait travailler beaucoup de monde.


Cérémonie d’offrandes


Autel impressionnant pour une cérémonie ordinaire devant un hôtel ordinaire… rien ne manque: cigarettes, bétel, bâtons d’encens, objets votifs (éventails, bottes de mandarin, lingots, papier monnaie..), alcool de riz et une abondance de nourriture (dont crabes vivants, brochettes de petits poissons, bière…), fleurs…


Autre cérémonie pour l’inauguration d’une nouvelle activité vietnamo-coréenne

Hué: souvenir du 5 juillet 1885

Le 5 juillet 1885 est un anniversaire de sinistre mémoire pour les Huéens. Pour les francais, c’est la date du « Guet Apens de Hué », lancé par les 2 régents Nguyen Van Tuong et Ton-That Thuyet contre les troupes françaises du Général de Courcy. Attaque surprise, en pleine nuit, des 2 lieux occupés par les francais : la Légation et les batiments militaires du Mang Ca. Pour les Huéns, au-delà de la défaite et de l’humiliation, ce sont des milliers de morts, le pillage et l’incendie d’une grande partie de la citadelle, la destruction de la ville annamite, la fuite des habitants et du premier d’entre eux, le roi Ham Nghi. Les francais, qui n’étaient pas plus de 1400, avaient ainsi réussi à mettre en déroute une armée dix fois plus nombreuse et fortement équipée.

Cette année encore, le 23 mai du calendrier lunaire (11 juillet 2012), toute la population va dresser des autels et se receuillir à la mémoire des victimes. Pays de superstition, il est nécessaire tous les ans d’apaiser les esprits des « âmes errantes », les victimes ayant été laissées souvent sans sépulture.


Cérémonie en mémoire des ancêtres dans la banlieue de Hué

Le nombre de morts coté vietnamien n’est pas connu avec précision. Au moins 2000 morts pendant les combats, et beaucoup d’autres dans les jours qui suivirent, faute de pouvoir donner des soins aux bléssés, la ville ayant été désertée. Du coté francais, 5 officiers et 87 hommes du rangs, des zouaves pour la plupart. Le choléra fit ensuite des ravages dans les effectifs.
Le Régent Thuyet, en fuite avec le roi, demanda aux lettrés de se soulever contre les francais. Cela eu comme effet immédiat le massacre de plus de 40.000 chrétiens à travers tous le pays et la destruction de plus de 9000 « chrétientés ». Les catholiques étant considérés comme étant du coté des Français.

Le Régent Nguyen Van Tuong fut déporté à Tahiti, le Régent Thuyet s’enfuit en Chine où il mourrut en 1913 ; Quand au roi Ham Nghi, il fut entrainé malgré lui dans une fuite de prés de 4 ans avant sa capture et son extradition en Algérie. On reprocha au Général de Courcy son manque de diplomatie à l’égard de la cour d’Annam et les conséquences fâcheuses de ses actes. Homme illustre lors de la campagne au Mexique quelques années avant, il mourrut prématurément, dit on, en raison de ces tristes souvenirs et des regrets du passé.


Le buste du Régent Thuyet (autel des ancêtres de sa famille)