Catégorie «Indochine»

Un incontournable au Vietnam: le café filtre

La café filtre est une institution au Vietnam ! bien des vietnamiens ne jurent que par lui … Surtout ceux d’ailleurs qui aiment passer des heures à refaire le monde avec leur congénères, mâles bien souvent, tandis que leurs femmes sont à la maison pour s’occuper des taches ménagères ou des enfants!!!

Le café filtre n’a pourtant pas beaucoup d’avantages : cela prend du temps, le café passe souvent mal à cause des trous du filtre insuffisamment percés, parfois il se renverse au grand dam du client, et sa contenance est faible… Quand au gout du café obtenu, il est de nos jours largement dépassé par les percolateurs…

Comment le café filtre est il devenu si populaire ? On savait que le café avait été introduit en Indochine par les français, plus précisément par les missionnaires. Ce sont les célébres frères Borel, au Tonkin, qui exploitèrent la première plantation de caféiers.

Mais jusqu’à une période récente, impossible de trouver la moindre trace écrite sur ce fameux café filtre. La révélation est venue d’une photo issue de la collection des Amis du Vieux Hué. Cette photo a été prise en 1928 et la légende précise que le café filtre s’appelait à l’époque « le café colonial ».

Les vietnamiens se sont convertis donc progressivement au café, sans délaisser pour autant le thé. Les français sont partis, le café filtre est resté…


Dans une boutique à Saigon, toutes les tailles y sont !

Le Prince Nguyen Phuc Canh

Une cérémonie toute simple s’est déroulée ce matin (12 aout du calendrier lunaire) à Hué. Le personnage honoré est cependant loin d’être anecdotique dans l’histoire commune de la France et du Vietnam: le Prince Canh est en effet le fils ainé de Nguyen Phuc Anh (roi Gia Long) et il vint à Versailles en 1787 rencontrer Louis XVI. Avec l’entremise de l’Evéque d’Adran qui l’accompagne, il est venu appuyer la demande d’aide de son père qui cherche à reconquérir son royaume face aux Tay Son. Il a alors 6 ans. Malgré bien des vicissitudes ( on est en pleine révolution française…), des officiers français iront aider Gia Long, lui permettant ainsi de rétablir sur le trône la dynastie Nguyen (1802- 1945).

Le Prince Canh aurait pu succéder à son père et donc devenir Roi, mais il mourra en 1801, à l’age de 22 ans, bien avant la mort de Gia Long.


Quelques générations séparent le Prince Canh et les descendants actuels..


L’entrée du temple, dans le quartier Vi Da.

La cotonnière de Nam Dinh

Tous les lycéens du Vietnam savent qu’à Nam Dinh, il y a une très importante usine textile « créée par les Français ». C’est devenu au fil des ans l’une des fiertés nationales, et une image de l’intérieur de l’usine est même reproduite sur les billets de 2.000 dongs.
En visitant Nam Dinh, difficille de ne pas voir cette usine. On a l’impression que la ville s’est construite autour ! En poussant quelques portes, nous avons eu la chance de découvrir un site étonnant, la maison du fondateur de l’usine, magnifiquement restaurée, et transformée depuis peu en musée privé.

Cette immense demeure est située juste à coté de l’usine (mais bien cachée et protégée !). Même les briques auraient été importées de France. Cette maison a échappé aux bombardements. Devant l’escalier monumental, on notera deux canons ayant probablement servi à la prise de la ville en 1883.


Il y a même une cave à vin derrière la maison.. sacrés Français !

Anthyme Dupré (1865-1940), propriétaire de cette maison, a créé l’usine de Nam Dinh en 1900. A cette époque, soit peu de temps après la conquéte du Tonkin, les Annamites consommaient beaucoup de « filés » (du fil) de l’étranger, des Indes anglaises notamment. L’obtention d’une hausse des droits de douane sur ces produits permit le lancement et le développement de cette activité en Indochine.

L’emplacement de Nam Dinh fut judicieusement choisi: population très nombreuse, main d’œuvre abondante et peu exigeante, des matières premières locales peu onéreuses, une tradition préexistante de tissage dans la région, des infrastructures en plein développement (routes, train, circulation fluviale..) mais aussi une proximité avec les mines de charbon de Campha. Les chaudières à vapeur et la production de l’énergie électrique exigent en effet chaque jour près de 40 tonnes de charbon (années 30). L’usine de Nam Dinh posséde sa propre fonderie, son appontement sur le canal, sa flottille de chaloupes et de chalands…


L’usine, à ses débuts

La Société Cotonnière du Tonkin se développe alors à une vitesse prodigieuse. Nam Dinh devient la capitale du textile, avec 3 fitatures de coton, 3 usines de tissages… On y produit du filé, du coton hydrophile, du tissu et même 1 million de couvertures en 1939 ! Avec une autre filature à Haiphong, la société fournit du fil à 120.000 tisserands traditionnels… Les produits tissés de métropole ne sont pas concurrencés, puisque 95% de la consommation locale sont encore importés en 1939. Des unités sont créées au Yunnan (Chine) et à Pnom Penh. Les usines de Nam Dinh fonctionnent 24h / 24.
La Cotonnière à Nam Dinh offre aussi la plus grosse concentration de salariés dans un même établissement en Indochine. Environ 14.000 salariés, dont une quarantaine de Français.

La réussite financière est éblouissante. En 1939, c’est la 4e société la plus profitable de l’Indochine (derrière la Banque de l’Indochine et deux plantations de caoutchouc). Pour un capital social de 5 millions de francs (non coté en Bourse), le bénéfice est de 52 millions en 1939. Les six administrateurs se réservent 7,5 millions pour eux, soit l’équivalent de la paie de 400 ouvriers par administrateur (d’après mes calculs..)

Que dire des conditions de travail ? En Indochine, il n’y a quasiment aucune législation sur le travail avant les années 1930. Auparavant, seul existait le livret de travail (bien pratique pour « pister » les salariés). En 1933, les enfants représentent un quart des effectifs. Le musée met en avant quelques documents représentatifs de cette époque : accident du travail (14 décés en 1938), augmentation des cadences sans contrepartie (crise de 1929), méconduite des contremaîtres francais qui frappent et licencient les ouvriers sans raison sérieuses (1936)… Les conditions de travail semblent s’être améliorées si l’on en croit les documents publiés par les Français au début des années 1950 : « locaux vastes et aérés, approvisionnés en eau potable et thé chaud, pourvus de W.-C. à fosses septiques, équipés de douches, infirmerie, avec assistance médicale gratuite ouverte à tout le personnel ainsi qu’un stade, gymnase, salle de lecture ». Une retraite est servie après vingt-cinq ans de travail…


Dénonciation des agissements d’un contremaître français par des ouvriers en 1936

Un échec, cependant, c’est la production de coton qui n’a jamais décollé localement. Le coton est importé essentiellement de l’Inde puis des USA. Ainsi, pendant la 2eme guerre mondiale, l’usine tourne à 10 % de ses capacités. Elle est bombardée en 1944 par les Américains. L’activité reprend timidement en 1948 et la société change de mains après le départ des Français.


Intérieur de l’usine au début des années 1950

Aujourd’hui, l’usine existe toujours, et emploie encore quelques milliers de salariés. Après 6 mois de formation, les salaires mensuels sont en moyenne de 130 euros.

En savoir plus ? à suivre sur http://belleindochine.free.fr/CotonniereDuTonkin.htm

Sources nombreuses dont Robéquain, J-P Aumiphin, site internet ANAI .. Merci à A Leger pour son aide!

L’Indochine vue par les premiers explorateurs européens..

Il faut remonter au XIVéme siécle pour trouver une description du royaume du Champa (royaume précédant le vietnam actuel). C’est à Odoric de Pordenone que l’on doit cette description. Comme le vénitien Marco Polo, le franciscain fit escale sur les côtes de l’Annam au cours de son voyage en Chine. Le départ d’Odoric est lié au concile de Lyon ouvert en 1245 par le Pape Innocent IV qui aboutit à la création d’une mission en Chine, qui sera tenue par Jean de Monte-Corvino. Odoric partit en 1318 pour le rejoindre. Il passa par la Perse, les Indes, Sumatra, Java, la côte d’Annam et arriva à Canton. Son retour s’effectua par le Tibet et l’Arménie.
Ce manuscrit a été copié à la fin du XIVe siècle pour le duc de Bourgogne Philippe le Hardi. Le livre d’origine est la compilation de récits de voyages en Orient composée en 1351 par le bénédictin Jean Le Long d’Ypres, moine à l’abbaye de Saint Bertin. Cet ouvrage comprends 299 feuillets et il est connu sous l’appellation « Livre des Merveilles » à la Bibliothéque Nationale.

En tête de la planche, on lit : «Le livre Frère Audric », et sous la miniature : «Du royaume de Campe ». En voici la lecture, en français d’aujourd’hui !
« Du royaume du Champa. Près de l’île Natem est un royaume qui a le nom de Champa et [c’est un] très beau pays, car on y trouve toutes [forme de vie en] grande abondance. Le roi qui régnait en ce pays quand j’y fus avait bien 200 enfants, autant de fils que de filles, car il doit avoir épousé plusieurs femmes et un grand [nombre] de concubines.
Ce roi a bien 14000 éléphants privés, qu’il fait nourrir et garder par les gens des villes. En ce pays, on trouve de grandes merveilles, car [toutes les espèces] de poisson qu’on trouve en mer vont en ce pays, et l’on ne voit dans cette mer que des poissons. Et chaque espèce de poisson demeurent 3 jours sur la rive. Puis arrive une autre espèce, et ainsi de suite, jusqu’à ce que tous y soient venus une fois l’an seulement. Et quand on demande aux gens du pays [..] ils disent que les poissons viennent faire révérence au roi de ce pays. »

C’est donc une très belle description du pays qui tranche avec les récits parfois effrayants des autres contrées. Là, on parle « d’habitants à face de chien », d’autres « sans anus » ou encore des scénes de canibalisme entre membres d’une même famille… On l’a échappé belle !

Cambodge: douceur de vivre à Kampot…

Non loin du Bokor, cette petite ville construite par les francais va probablement se transformer rapidement dans les prochaines années… Un peu à la manière de Savannaket, sa lointaine cousine du Laos qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau (même architecture, même mode de transport, même plan urbain)..

Les étrangers sont de plus en plus nombreux à s’installer dans cette bourgade. Il y fait bon vivre, au bord du fleuve, et la ville a conservé jusqu’ici une bonne partie de son architecture coloniale.

Savez vous qu’il y avait ici 13 fumeries d’opium en 1934?

Certaines maisons sont transformées harmonieusement en restaurants voire en hotels de charme…

Même la prison n’a pas changé d’affectation..

Quant au pont en fer, même s’il est à présent doublé par un autre plus solide, il sert toujours..

Le poivre de Kampot, dont la qualité était reconnue sur toutes les tables françaises autrefois, renait tout doucement..

La douceur de vivre de Kampot…

Sur les traces de Marguerite Duras au Cambodge

Les touristes qui passent au kilomètre 184 sur la route de Phnom Penh à Sihanoukville savent-ils que la famille Donnadieu habitait là régulièrement entre 1924 et 1935 ? Cet endroit est le lieu d’inspiration du livre « Des barrages contre le pacifique » publié par Marguerite Duras en 1950. La mère de Marguerite, veuve depuis peu, obtient une concession en bordure de mer. Elle y construit des « barrages » avec des moyens de fortune pour protéger ses terres de l’eau salée.. Mais un jour, la mer finit par gagner la bataille et la famille est ruinée..

Une stèle est apposée en mémoire de Marguerite Duras, le long de la route, sur l’emplacement du bungalow. Les rizières obtenues en concession sont, elles, situées à plusieurs kilomètres de là, proche de la mer.

Mais pourquoi diable la mère de Margerite Duras a –t-elle décidé de se lancer dans la culture du riz ? C’est la question qui me taraude depuis la visite des lieux.

Dans la littérature coloniale de cette époque, on peut lire « les terrains du Cambodge ne sont encore que très faiblement mis en valeur. Sur une superficie de 10 millions d’hectare, il n’y a pas encore 1 million d’hectares mis en culture tant par les indigènes que par les Européens.. ». Et encore « La colonisation européenne au Cambodge est presque exclusivement réservée aux grandes sociétés dotées de moyens financiers d’exploitation puissants et travaillant sur des concessions étendues. La petite concession de moins de 300 hectares est rare. Cela provient de ce que le Cambodge avec son climat chaud et épuisant n’est pas un pays de colonisation pour l’Européen. Il n’est pas possible de voir naître ici le petit colon qui s’installe définitivement comme cela se produit dans d’autres colonies. Les seules cultures faites dans les conditions industrielles par l’Européens sont le riz et le caoutchouc. » (L’indochine Moderne, 1934)

Dans ce coin perdu, peu de colons. Le plus connu est Henry Chavigny de Lachevrotiére, journaliste, homme politique, ardant défenseur de la présence française en Indochine. Mais lui est riche (il possède d’importants hôtels à Saigon) et a obtenu une concession de 1100 hectares, dont à peine 10% sont mis en culture en 1934…

Les rendements eux même sont, toujours à cette époque, 3 fois plus faibles que ceux de la région de Battambang … La région de Réam est excentrée. Il n’y a que 2 bus par semaine pour aller à Phnom Penh et la province ne compte que 71 européens…

N’était il pas plus simple de s’installer à Saigon et d’ouvrir un petit commerce ?

La dureté du verbe utilisé par Marguerite Duras contre les colons qui obtiennent d’importantes concessions est aussi totalement incompréhensible. Elle défend les petits paysans qui sont expulsés de leur terre, mais en même temps, la famille rêve d’obtenir une concession de « qualité » sans bourse délier…

L’échec est donc avant tout lié aux mauvaises décisions prises par Madame Donnadieu. Mais paix en son âme, car sans cela, il n’y aurait sans doute pas eu de succès littéraire !


Image tirée du film de Rithy Panh sorti en 2008

Aujourd’hui, les « barrages » ont été construits, grâce aux aides européennes et la région est l’une des plus fertiles du Cambodge. Ainsi, avec un peu de décalage, le « pari » de Madame Donnadieu a réussi…


Les rizières aujourd’hui.. au fond, le massif de l’Eléphant.. le Bokor n’est pas très loin…