Catégorie «Vivre au Vietnam»

De Nam Dinh à Phat Diem, voyage en terre d’églises (partie 3)

Il est temps de mettre le cap au sud, après la visite de Nam Dinh.

Le delta du fleuve rouge est le berceau du catholicisme au Vietnam. Des jésuites puis des missionnaires, qu’ils soient portugais, français ou espagnols sont arrivés ici dès le 16eme siècle pour évangéliser la population. Alexandre de Rhodes, jésuite français, est aujourd’hui le plus connu d’entre eux au Vietnam : c’est lui qui a publié la première transcription de la langue vietnamienne en caractères romain en 1651. C’est la langue utilisée de nos jours. C’est aussi une terre de martyrs liés aux persécutions qui ont eu lieu jusqu’en 1886. Beaucoup des 117 canonisations faites par Jean Paul 2 en 1988 viennent de cette région.


La facade de l’église Hung Nhuong

Sur notre route, les églises ne tardent pas à apparaître ! A une bonne dizaine de km de la ville, par de petites routes, on rejoint une église perdue dans la campagne. C’est l’église Hung Nhuong à Vinh Thuong. Elle date de 1910, avec 30 m de long, 17 m de large et 14 m de haut. Les deux clochers sont séparés de l’église, comme c’est souvent le cas ici. L’intérieur est en bois, avec des colonnes magnifiques. Cette église est tout à fait représentative du style des églises d’autrefois dans cette région.


Facade latérale de l’église Hung Nhuong


Intérieur de l’église Hung Nhuong

Un peu plus loin, vers le fleuve rouge, on découvre la petite église de Xoi Thuong. Elle a été construite en 1909. Les clochers ont été terminés 10 ans après la construction de l’église. Ils portent chacun une cloche très lourde.
Le sacristain qui nous accueille est un jeune garçon d’une vingtaine d’années. Ses remarques sont assez proches de celles des gens de sa génération. Il n’aime pas l’ancien, il a peur que les églises s’effondrent du fait de leur âge. Il aimerait bien voir cette église démolie et reconstruite en plus moderne.. Les vieilles pierres ont du souci à se faire au Vietnam… Pour l’instant, le curé cherche 120.000 euros pour la réparer.


L’église de Xoi Thuong


Détail sur la facade latérale de l’église Xoi Thuong

Il est temps pour nous de traverser un bras du fleuve rouge en bac.


Sur le fleuve rouge..

Nous arrivons ensuite à la pagode Keo Hanh Thien, qui est la 2eme plus ancienne pagode du Vietnam ; fondée en 1063. Le site est magnifique, et le calme est propice au recueillement. Les reflets dans l’eau du bassin sont magiques. L’architecture est caractéristique du nord Vietnam : des colonnes très massives, des toits retroussés. C’est très différent du style de Hué.


L’entrée de la pagode Keo Hanh Thien

Il se tient ici un festival tous les ans, le 10 Septembre (calendrier lunaire). Une foule considérable converge vers ce lieu pour des processions très colorées.


Dans l’enceinte de la pagode Keo Hanh Thien

L’église de Ngọc Tiên est notre prochaine étape. Cette église fut construite en 1894: 40 m de long, 17 m de large, 15 m de haut. Jusqu’à présent, l’église a été préservée d’une reconstruction moderne….


L’église de Ngoc Tien


Détail de la facade latérale de l’église de Ngoc Tien

Tout au tour de cette église, dans un rayon de quelques kilomètres, il y a plus d’une quinzaine d’églises. Car nous sommes dans le cœur historique du catholicisme au vietnam, symbolisé par la cathédrale de Bui Chu ( Notre-Dame-Reine-du-Rosaire).. Toute cette region était autrefois sous la responsabilité des dominicains espagnols. Une ancienne église, celle de Trung Lao, a été détruite par le feu en 2017.


La cathédrale de Bui Chu

Bui Chu est officiellement devenue une paroisse en 1670. L’église a été inaugurée en 1885, avec une longueur de 78m, 27m de large et 15m de haut. Elle est devenue cathédrale en 1960. Le diocèse de Bui Chu dépend à présent de celui de Hanoi.


Intérieur de la cathédrale


Carrelage à l’intérieur de la cathédrale


Détail de la facade latérale de la cathédrale

Cette église est très connue car intrinsèquement liée à l’histoire de l’église vietnamienne. Tout autour, on y trouve des congrégations religieuses et un séminaire.

On parle beaucoup de cette église depuis quelques mois. En effet, elle devait être démolie en mai 2019 pour cause de vétusté et de risques pour les paroissiens. Devant le tollé provoqué par cette annonce, la destruction a été suspendue. Il n’y a plus d’office dans les lieux, mais elle reste ouverte à la visite. Non loin de la, pourtant, on s’affère à préparer les pièces de charpente de la future église.. Sa destruction n’est donc qu’une question de temps…

De notre coté, on continue notre avancée vers le sud. En longeant le fleuve, on voit de nombreux chantiers de déconstruction de navires. Un petit air de Chittagong au Vietnam !


Chantier de deconstruction de navires le long du fleuve rouge

On arrive ensuite à Hai Hau (Yen Dinh)

De Nam Dinh à Phat Diem, voyage en terre d’églises (partie 2)

Le delta du fleuve rouge est accessible depuis les villes de Nam Dinh ou de Ninh Binh, toutes les deux desservies par le train. Nam Dinh est à 88 km de Hanoi, un peu plus de 1h30 en train.

Ninh Binh est très touristique pour ceux qui se rendent vers la baie d’Halong terrestre. Il est facile d’y louer des motos. Nam Dinh est plus à l’écart des routes touristiques, ce qui fait à la fois son charme et sa difficulté. Les locations de motos n’existent pas, les hôtels sont rares, la nourriture très ordinaire.


Quelques maisons anciennes dans le centre historique de Nam Dinh. Toute la ville est quand meme plus moderne que cette photo!

Nam Dinh fut une ville développée par les français grâce à la Cotonnière du Tonkin, une immense filature créé avant 1900. La ville est encore aujourd’hui le siège d’une multitude d’entreprises textiles. L’entreprise qui a succédé à la Cotonnière a, quand à elle, déménagé il y a quelques années, libérant ainsi des dizaines d’hectares en centre ville. Ceux ci sont en reconversion, essentiellement immobilière.


Les cyclos servent à transporter les marchandises d’un bout à l’autre de la ville.

La ville reste très traditionnelle. On se croirait dans le Vietnam d’avant 1975, mélange de dureté de la vie, de traditions et de respect des valeurs communistes. Les hommes portent encore souvent le casque « Bo Doi », la nourriture est peu variée et typique du Nord Vietnam. Ici, on boit du thé, pas de café. La médecine est plutôt traditionnelle. Le rythme de vie est lent, tout s’arrête à l’heure de la sieste. Il y a beaucoup de retraités. Les tableaux noirs existent encore à l’entrée des ruelles, ces tableaux ou l’on rappelle avec une écriture stylée les devoirs des résidents. De temps en temps, on tombe sur les restes de vieilles maisons de l’époque coloniale, notamment dans la rue Dien Bien.

De la cotonnière du Tonkin, il reste la maison du fondateur, Antonyme Dupré. C’est toujours un musée (voir mon article paru en 2012), ouvert à la demande. Le jardin s’est enrichi d’un café ou vient se délasser la jeunesse dorée de la ville.

De la période coloniale, on peut aussi voir en ville l’ancien séminaire (aujourd’hui l’école primaire Nguyen Van Cu) et l’ancienne école religieuse Saint Thomas d’Aquin (construit en 1924, actuel lycée Nguyen Khuyen).


Détail de la facade de l’ancien séminaire. On notera la présence de sculptures en hauteur, qui représentent toutes des têtes sympathiques

C’est à Nam Dinh que la fameuse soupe Pho aurait été créé, semble t-il conjointement avec les français (le nom viendrait du « pot au feu »). Que reste t-il de cette spécialité ici ? pas grand-chose si on en croit les soupes absorbées localement qui nous ont toutes donné la migraine..

Les transports de marchandises se font encore souvent en cyclo. Mais à notre grand étonnement, nous avons eu la surprise de voir que la plupart d’entre eux sont..électriques ! Comme quoi, le progrès est parfois bien caché et l’on aurait tord de porter des jugements trop hâtifs !.


Commerce du bois et notamment le bois de fer qui vient à présent d’Afrique du sud… On s’en sert notamment pour reconstruire les églises de la région. On notera que le cyclo est à assistance électrique

De Nam Dinh à Phat Diem, voyage en terre d’églises

La région du delta du fleuve rouge, au sud de Hanoi, dégage beaucoup de charme et d’intérêts pour les touristes occidentaux. J’y étais allé en 2012 pour visiter, comme le font les quelques touristes, la superbe église de pierre de Phat Diem. Mais cette année, nous avons décidé d’y rester un peu plus longtemps et d’explorer tous les recoins de cette province. Et nous sommes vraiment tombés sous le charme!


Sortie de messe en semaine dans une veille église de la province

Plusieurs raisons à cela. D’abord la province recèle une multitude d’églises magnifiques dont certaines sont très anciennes. Pour les amateurs de vieilles pierres, c’est un régal ! Les catholiques sont nombreux et très actifs. Il n’est pas rare d’assister à des processions très colorées, notamment en l’honneur de la Sainte Vierge.

C’est aussi une région très agréable à découvrir en moto ou à vélo (mais avec un gps !). Le delta est sillonné d’une multitude de canaux et les parcourir est très amusant. Ici, peu de circulation. Les « actifs » sont partis travailler à Hanoi et seuls restent les retraités et les familles paisibles. Les maisons sont traditionnelles et les canaux sont souvent bordés de fleurs. Le paysage est très bucolique. Les bras du fleuve rouge sont larges et les bacs sont encore aujourd’hui le seul moyen pour les traverser.

La région compte aussi de nombreux édifices remarquables, comme un joli pont couvert, des pagodes, des maisons communales. La petite ville de Hai Hau (Yen Dinh) compte aussi de nombreuses maisons construites du temps de la colonisation. Un témoignage du passé que les français apprécieront…

Visiter cette région est donc un enchantement et nous nous sommes promis d’y retourner pour le 15 aout afin d’assister aux processions de l’assomption.

Partons donc en visite de cette paisible terre d’églises !

Funérailles au Vietnam

Les funérailles au Vietnam sont toujours impressionnantes. J’ai déjà écrit 2 articles sur le sujet sur ce blog, avec tout le détail du cérémonial. Mais je ne résiste pas a l’envie de réitérer, car je suis vraiment admiratif de cette cérémonie. On dit souvent ici « avoir une maison construite par les Français, une femme japonaise, manger chinois et avoir des funérailles vietnamiens ».

Voici donc quelques photos de la conduite au tombeau du grand père d’une des amies de ma femme. Il avait 93 ans. Sa femme en a 92 ans. Une partie de la famille vit aux USA. Ils sont tous revenus pour veiller le corps pendant 5 jours (et nuits..) avant la cérémonie de ce matin, qui a eu lieu dans la banlieue de Hué à 7h30.


Nombreuses bannières offertes par les proches


Egalement en tête de la procession, des fleurs, toujours nombreuses


La procession est accompagnée de musique traditionnelle


Devant le tombeau, le fils ainé qui marche avec un bâton, suivant le rite bouddhiste (normalement il devrait marcher à reculons)


Plus de 50 porteurs pour le cercueil… Il s’agit de le porter toujours parfaitement droit


La procession dans la campagne..


Suivant le niveau de la génération, les enfants portent des tenues de couleurs différentes


Prête bouddhiste officiant devant la tablette du défunt, symbolisant son âme


Arrivée du cercueil sur le lieu de sépulture. Pour éloigner les esprits malfaisants, on jette de faux billets de banque.. et parfois des vrais, pour le plus grand plaisir des enfants


Moins de 30 minutes après, le cercueil est recouvert de sable, permettant à chacun un dernier recueillement

Vidéo de la cérémonie (3 minutes) :

Ils ont coupé notre bougainvillier !

Notre bougainvillier faisait notre fierté ! C’était le plus bel arbre de la ruelle et nos visiteurs ne manquaient de le remarquer.. Pour beaucoup, c’était un point de repère pour trouver notre maison…


Notre bougainvillier avant la coupe sauvage..

Mais c’était sans compter sur la culture locale…au Vietnam, on balaye beaucoup devant sa porte, au sens propre.. Tous les matins et tous les soirs, vous voyez toute la population passer son temps à pousser la poussière, parfois à la collecter… cette douce habitude m’a toujours fait sourire … j’avoue que ni femme ni moi n’avons pris la peine de collecter régulièrement les pétales de notre arbre. Il faut dire que c’est si beau.. c’est comme un tapis qui inonde de couleurs l’asphalte ordinaire de notre rue..

Mais nos voisins ne sont pas aussi poétiques que nous.
Insensibles à la beauté de la nature, fatigués de devoir collecter à notre place ces pétales, ils ont fini par nous « dénoncer » à la mairie. Celle-ci a ordonné à notre propriétaire de couper l’arbre pour en finir avec ces « troubles à l’ordre public ». Sans nous consulter, notre propriétaire a mandaté nos voisins pour couper la partie de l’arbre surplombant la ruelle. Trop content de l’aubaine, ceux-ci – ceux la même qui nous avaient peut être dénoncés- ont pénétré dans notre cour sans nous le dire et ont coupé tout l’arbre… après, ce n’était pour nous que colère et tristesse… mais c’était trop tard.

Ainsi donc, si vous vivez au Vietnam, vous devez vous rappeler que :
– L’ordre est plus important que la beauté des choses,
– Il y a peu de règles, mais que le balayage fait partie des fondamentaux,
– Les locataires sont peu de choses et n’ont pas leur mot à dire…

Depuis, on a acheté un nouvel arbuste et on espère qu’il grandira très vite.. pour faire la nique à nos voisins !

Chi Lang, une rue fascinante

La rue Chi lang de Hué est longue d’environ 2,5 km. Elle démarre du pont à proximité du marché Dong Ba et se termine dans le quartier Phu Hau après le pont Cho Dinh (« marché du palais »). Depuis plus de 130 ans, cette rue est l’artère commerçante de la ville, du fait de la présence de la rivière (transport des marchandises) et de la citadelle non loin. Une rue essentiellement chinoise à l’origine. Mais pas seulement. Car des membres de la famille royale s’y sont aussi installés ainsi que quelques riches familles vietnamiennes.


Transport de glace en cyclo devant le temple du souvenir chinois Chieu Ung

C’est rue est donc un concentré de vestiges d’autrefois. On y trouve des congrégations chinoises (« assembly hall”), une congrégation catholique, des pagodes bouddhistes, des « shops houses », des édifices coloniaux, des maisons traditionnelles en bois, une mosquée indienne, un cinéma… Les chinois, les indiens et les français sont partis, mais de nombreux bâtiments sont restés. C’est donc un décor magnifique qui vibre encore au quotidien grâce à l’existence de nombreux vendeurs de rues, d’écoles, de marchés pittoresques et d’une kyrielle d’artisans qui officient là au quotidien. La rue ne s’est pas trop modernisée par rapport à d’autres quartiers. Bref, un vrai musée vivant !

Cette rue s’appelait autrefois la rue Gia Hoi. Apres 1975, la rue a été renommée Chi Lang. Humour destiné aux chinois qui habitaient là autrefois ? Chi Lang est en effet le nom d’une province du nord Vietnam par laquelle ont été refoulés les chinois à nombreuses reprises. Et notamment lors de la célèbre bataille menée par Le Loi en 1427.

Il faut arpenter cette rue de long en large à pied pour en apprécier toute la diversité. Les nombreux cafés permettent de se reposer et d’apprécier l’ambiance « familiale ».

Vous trouverez quelques photos prises en Septembre 2019 lors de mes pérégrinations. Des instantanés qui sont révélateurs, je l’espère, de cette rue si particulière. Sans hésiter, c’est ma rue préférée à Hué.


Maison ancienne devant laquelle on prépare de bonnes soupes locales..


Enseigne d’autrefois qui rappelle le succès de la Honda Super Cub..


Les vendeurs ambulants sont nombreux dont cette vendeuse de « dau hu », dessert de tofu et gingembre


Écoliers passant devant une maison traditionnelle


Maternelle installée dans un ancien bâtiment datant de l’époque coloniale


L’une des boutiques d’objets votifs. Il s’agit ici de chapeaux « tonkinois » en papier


Une couturière et sa vieille machine à coudre…


Une boutique ou l’on vend du Cha, galettes de poissons réduits en purée et teintée avec de la crevette


Vendeuse de rue vendant du porc cuit à la broche. Délicieux!


Marchande de soupe qui fait le bonheur de ses clients!


Vendeuses de rue à proximité du marche Dinh. Sur le panneau, il est indiqué qu’il est interdit de vendre quoique ce soit là, suite à la volonté des officiels d’assainir les trottoirs… un combat que ne fait que commencer, les vendeurs n’ayant pas d’autres endroits pour aller..


Travail du bambou sous le pont Cho Dinh. Dans la rue Chi Lang, des artisans font du mobilier en bambou avec un remarquable savoir-faire. Le bambou se plie ou se redresse à la chaleur.


Vendeuse au marché Cho Dinh, presque au bout de la rue. Ce marché « du palais », très ancien, a changé de place plusieurs fois mais a gardé le même nom.


Marché Dinh


Gros plan sur un porche des années 70-80


Porche traditionnel qui vient d’être restauré dans le style local. Il accède a un temple ou l’on rend le culte au 37eme fils du roi Ming Manh


Tous les matins, des cyclos arpentent la rue pour conduire des vendeuses de rues sur leurs lieux de prédilections. Derrière, on distingue l’une des portes d’accès à la congrégation chinoise Fujian

Après le pont Cho Dinh, la rue Chi Lang arrive au quartier Phu Hau et on retrouve l’esprit village. Peu de circulation, une population pas toujours riche, mais une ambiance très sympathique. Tous les habitants se connaissent.


La maison communale (dinh) du quartier Phu Hau


Maison traditionnelle avec jardin


Menuisier fier de ses dernières productions. Les fenêtres, pièces de rambarde, meubles sont encore fabriqués traditionnellement


Un cirque s’est installé en ville et tous les matins, durant une semaine, un clown vient en faire la promotion auprès des enfants … et de leurs parents


Messe du matin (5h30) à la congrégation des Sœurs de la Visitation. Cette congrégation, d’origine française, accueille ici plus de 200 religieuses et postulantes. Certaines religieuses parlent un très bon français…

Bonne visite !