Archives du mois avril, 2015

Culte de la déesse mère au temple Hon Chen a Hue

Deux fois par an a lieu un pèlerinage haut en couleur au temple Hon Chen a Hue. Ce temple est situé sur un promontoir le long de la rivière des parfums, à quelques kilomètres de la ville sur la route des tombaux royaux.

Cette année encore, des milliers de vietnamiens ont convergé vers ce temple pendant deux jours, le 2 et 3eme jour du 3eme mois lunaire (20 et 21 avril 2015). Ce culte est particulièrement ancien puisqu’il existait déjà sous les Chams, il y a plus de 500 ans.


Le temple Hon Chen, le long de la rivière des parfums.

Tous les bateaux dragons de Hué sont mobilisés pour cet occasion, à la fois pour transporter les pèlerins et pour les séances de « spiritisme » qui s’y déroulent à bord (voir mes autres articles sur le sujet).


Ferveur et dévotion des participants

Les offrandes y sont extrêmement nombreuses: faux billets, papier, fruits, poissons et oiseaux qu’on relâche pour l’occasion.. Tout n’est pas perdu pour tout le monde, de nombreux enfants viennent récupérer ce qui est consommable.


On y croise aussi des gens appartenant aux minorités ethniques. On les distingue grâce à leur tenue.


Medium (homme déguisé en femme ici) procédant à des offrandes sur le bord de la rivière


Des costumes magnifiques pour l’occasion…

Prochain culte, du 8 au 10 du septième mois lunaire (21 au 23 août 2015)

A la rencontre des Pathen

L’autre but de notre voyage était de rencontrer les Pathen. Il faut dire que leur tenue, rouge, est superbe. La première étape fut donc de les localiser car ils sont à peine 6000 de nos jours. La plupart d’entre eux vivent à proximité de Bac Quang, au sud de Ha Giang. Une recherche dans les vieux livres français et une visite au musée ethnologique de Hanoi nous ont aidé à en savoir plus..


Cuisine d’une habitation Pathen

Les Pathen sont arrivés de la chine il y a 200 ans. Ils vivent sur les hauteurs. Autrefois, on les appelait les « coupeurs de bois » et ils pratiquaient la culture sur brûlis. Ils ne se mariaient qu’entre eux.

Pour les rencontrer, nous sommes allés au bout d’une mauvaise piste de 15km, au fond d’une vallée abritant de nombreuses minorités. Les Pathen étaient tout au bout, avec des maisons de plein pied très modestes. Nous avons rencontrés un vieux monsieur en charge des cérémonies de culte pour sa communauté. Age de 70 ans, il a appris le vietnamien sur le tard, mais ne sait ni l’écrire ni le lire. Mais il est riche d’un illustre trésor : un recueil des pratiques cultuelles des Pathen qu’il a lui-même écrit en transcrivant les paroles de son grand père. Ce livre de mémoire est écrit avec des dessins, des symboles. C’est une écriture picturale qu’il nous aide à déchiffrer. On y parle de dragons, du soleil, de la lune, des rizières.. Le support est un papier à base de paille.


Ma femme en train d’essayer de communiquer en Pathen avec un recueil de vocabulaire trouvé dans un vieux livre..


Le livre de recueils des traditions Pathen

Mais nous n’avons pas vu de Pathen portant leur tenue.. la suite de notre périple nous en donnera l’occasion. La première partie de la route entre Bac Quang et Yen Binh (route QL 279) est en effet riche de familles Pathen. Il y avait la autrefois de nombreux « rays » (riziere sèche). Ceux sont maintenant des rizières inondées et des plantations de thé. Le long de cette route, nous croisons une mère de famille en train de tisser une tenue pour sa fille.

Lorsqu’une jeune fille Pathen se mariait, elle emmenait avec elle 4 tenues, un sac et une couverture. De nos jours, cela dépend du temps que sa mère peut consacrer au tissage des tenues. La dot du marié était de 30 pièces de monnaie, un cochon, 12 bouteilles d’alcool et 4 coqs.

Les femmes allaient autrefois dans les champs avec leur tenue.. mais cela a été abandonné en raison du poids des tenues.. en plein soleil, vous pouvez imaginer l’effort qu’il fallait fournir pour les supporter ! De nos jours, on les revêt que pour les mariages et les fêtes.


Tenue Pathen

Le tissus rouge de la tenue est acheté. En revanche, le tissus pour la coiffe et les broderies sont faites par les familles.
Il faut au moins 10 jours pour faire une coiffe qui est composée de 2 mètres de tissus noir et de 2,5 mètres de tissus rouge brodé. C’est comme un turban, le tissus est enroulé sur lui-même. On déroule le tissus après usage.. Autrefois, le chapeau pouvait être large d’un mètre.

La femme mariée porte une ceinture blanche et noire. Elle sera noire pour les célibataires. La mariée portera aussi, le jour de son mariage, un voile sur le visage.


Tissus Pathen

Chose étonnante, les piastres indochinoises servent toujours pour la décoration des tenues…

Passer le Têt dans une famille Tay…

Cette année, nous avons décidé de partir au nord Vietnam avec l’ambition de passer le Têt dans une famille d’une minorité ethnique..

En avant donc pour une nouvelle aventure ! et notre chemin s’est arrêté à 50km au sud de Ha Giang dans un charmant village. Une famille Tay a eu la gentillesse de nous accueillir dans une belle maison sur pilotis.

Loger chez l’habitant n’est pas très simple au Vietnam. Il faut en effet l’accord du chef du village et de la police. Les formalités sont un peu contraignantes. Mieux vaut parler la langue..

Les Tay sont la deuxième ethnie du Vietnam avec plus de 1,5 millions d’habitants, tous au nord Vietnam. Ils sont originaires de Chine et font partie du groupe de langues « tai Kadai ». Ils sont généralement cultivateurs sur des plaines fertiles, au pied des montagnes. Les croyances ne différent guère de celles des autres vietnamiens : pas ou peu de religions, culte des ancêtres.

La famille où nous avons logé cultive le riz, la canne a sucre, la citronnelle et plantent de nombreuses bananes.. Les chinois achètent assez chers les bananes , 0,30 euros par kilos (6000 vnd le kilo). Dans la campagne, on trouve quelques « alambic » pour obtenir de l’essence de citronnelle qui est vendue autour de 13 euros le litre (300.000 VND) pour l’exportation. Toutes les familles possèdent des animaux de basse cours.

La situation matérielle de la famille était bonne. Tous parlent vietnamien et bénéficient de la couverture sociale pour 25 euros par an (500.000 vnd). Le gouvernement leur envoie régulièrement les journaux invendus de Hanoi..

Nous sommes restés 3 jours, ce qui nous a permis de vivre en parfaite symbiose avec la famille.
La famille est parfaitement intégrée dans le Vietnam d’aujourd hui. Ils parlent tous le vietnamien et ne portent plus leur costume traditionnel. On se marie avec des vietnamiens (les « kinh ») ou d’autres ethnies, cela n‘a plus d’importance.
La maison a été construite en 2010. Seule la salle de bain est encore un peu précaire pour un occidental ! la pièce à vivre est à l’étage. Le toit est en chaume pour une meilleure isolation et l’air circule en permanence. On mange et dort sur un immense plancher. L’autel des ancêtres et le meuble tv forment l’unique mobilier. Le soir, vers 9 ou 10 heures, on monte les moustiquaires et chacun dort dans un coin de la pièce. Les couples étrangers à la famille ne sont pas autorisés à dormir ensemble (on a rencontré cette pratique partout ou nous sommes passés). Le réveil est aux alentours de 5h30- 6 heures.
Les parents agés qui nous accueillent ont 7 enfants. Toute la famille habite à proximité et vont et viennent dans la maison. C’est une véritable ruche ! Dans cette communauté, chacun trouve sa place.. La jeune fille un peu simplette cuit le riz et surveille le petit fils handicapé.


Le cochon est partagé entre les membres de la famille, à parts égales..

La pièce la plus importante est la cuisine. Elle est juste à coté de la maison, pour éviter l’incendie. Les femmes passent beaucoup de temps à cuisiner, surtout en cette période de fête. Il faut au moins une heure pour préparer le petit déjeuner, qui est presque un repas normal. Le foyer est au centre de la pièce, bien que de plus en plus de familles adoptent la cheminée. Le bois vient de la foret, mais il est a présent interdit de couper des arbres. On brûle donc souvent du bambou. Dans cette famille, il n’y a pas de frigo. La quasi totalité de la nourriture est produite sur place. On s’assoit autour du feu sur de petits tabourets en bois. La viande sèche au dessus du foyer. Même la pince de la cheminée est faite en bambou !

La préparation du Têt est une période de forte agitation, comme dans toutes les familles vietnamiennes. On prépare les gâteaux traditionnels à base de riz gluants, on tue le cochon, on prépare les bouteilles d’alcool de riz. On récupère aussi le miel d’un essaim sauvage.


La tête de cochon, un met de choix ! On l’offre d’abord aux ancêtres, comme en témoigne la bougie


Collecte du miel !

Les repas se prennent en famille, sur la natte. Comme toujours au Vietnam (surtout en présence d’invites), les repas sont copieux et délicieux. Lors du Têt, on ne boit pas de bière, seulement de l’alcool de riz.


Préparation des fameux banh Têt et banh chung !


Le feu fonctionne presque en continue en ces jours de Têt..


Préparation des poids verts pour faire le gâteau du têt banh chung


On joue à la toupie…

Pour le Têt, on trinque beaucoup. C’est la tradition et on n’y échappe pas !

Le 1er jour du têt, nous avons eu l’honneur d’être les premiers a pénétrer dans la maison. Ces premiers visiteurs sont très importants car d’eux dépendent le bonheur de la maison pendant un an.. Outre nos plus beaux habits, on nous avait préparé un « shampoing » a base de fleur de pèches, pamplemousse, citronnelle et d’autres senteurs issues de la foret… Comme le veut la tradition, après avoir saluer les maîtres de lieux, nous nous sommes recueillis devant l’autel des ancêtres de la famille.

Têt 2015 au nord vietnam

Le Têt au Vietnam, c’est d’abord les fleurs ! on en trouve partout, du nord au sud du pays, avec les spécificités liées au climat.. si à Hué, on ne trouve que des chrysanthèmes jaunes, les pêchers sont omniprésents à Hanoï et dans le nord. Un spectacle magique !

Pêchers en fleur dans les plantations le long du fleuve rouge… Les vietnamiens achètent ou louent un arbuste pour le Têt ou achètent simplement une branche..


Culture des chrysanthèmes ..

Cette année, le Têt s’est déroulé au même moment que le repiquage du riz..

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