Archives du mois août, 2013

Rencontre avec Xuan Phuong, la mémoire du passé

Xuan Phuong a 83 ans mais voyage encore aux 4 coins de la planète. Elle a eu une enfance dorée mais a finalement choisi le maquis, la révolution. Elle a côtoyé les plus grands héros de la guerre (Ho Chi Minh, Dan Van Viet, Giap..) sans pour autant adhérer au Parti Communiste. Elle a combattu les français mais a reçu récemment la légion d’honneur … Voilà en quelques lignes le portrait d’une vietnamienne hors norme, exceptionnelle à tout égard..


Xuan Phuong devant les photos de sa remise de la légion d’honneur sous la présidence de Nicolas Sarkosy.

C’est dans sa galerie de peinture à Saigon (Lotus Gallery, rue Pasteur ) que je l’ai rencontrée pour la première fois. Dotée d’une prodigieuse mémoire, l’écouter parler de sa vie est passionnant. Elle s’exprime dans un français parfait, ce qui l’a aidé à écrire ses mémoires, encouragée à l’époque par Danielle Mitterrand. 500 pages de manuscrit finalement condensées en 260 pages pour les besoins de l’édition… un véritable trésor pour qui s’intéresse à l’histoire du Vietnam et notamment du Nord Vietnam pendant la guerre.


« Ao Dai, du Couvent des Oiseaux à la jungle du Viet Minh », aujourd’hui épuisé

La guerre contre les français était teintée d’idéalisme et d’abnégation. La suite sera moins rose..

Xuan Phuong raconte notamment les difficultés de la vie au quotidien dans une ville de Hanoi surpeuplée après le départ des Français. Les tickets de rationnement, la vie collective, la surveillance des uns par les autres. Hanoi devient triste, il n’y a plus que du tissus noir pour s’habiller, l’artisanat disparaît au profit d’une production de masse. On envoie les cadres dans les rizières pour aider les paysans. Et puis bientôt c’est la collectivisation et la réforme agraire, avec ses procès expéditifs et ses horreurs..

Pendant la guerre contre les américains et le Sud-Vietnam, les gens du nord ont faim et les bombardements rendent la vie encore plus difficile. Seuls les cadres du Parti bénéficient de largesses. La propagande tourne à plein. Les gens du nord pensent que les vietnamiens du sud souffrent encore plus qu’eux. Les massacres de Hué en 1968 sont soigneusement tenus secret.. Grace à ses compétences médicales, Xuan Phuong s’occupe de la « santé » des invités étrangers du régime nord vietnamien, puis accompagne des cinéastes tourner des documentaires. Elle devient elle-même cinéaste et va filmer la « libération » du Sud en 1975. De ces expériences, de ces rencontres, elle garde en mémoire d’innombrables anecdotes et amitiés.

Elle a choisi de continuer à vivre au Vietnam avec son mari et ses 3 enfants. Sans pour autant abandonner son franc parler sur le Vietnam d’aujourd’hui ! Passionnant !

Obtenir un visa pour la France: le parcours du combattant !

Pas de doute, la lutte contre l’immigration clandestine commence dans les ambassades de France ! S’il faut juste un peu d’argent pour obtenir un visa vietnamien pour un français, il faut à la fois être riche, patient et persévérant pour obtenir le fameux visa Schengen…

Voici les éléments à réunir pour un visa de tourisme: le billet d’avion aller retour, une assurance médicale et rapatriement (environ 35 euros), le livret de famille, les ressources financières (attestation bancaire), le patrimoine éventuel (titre de propriété), tous les éléments concernant l’emploi occupé (contrat de travail, rémunération, attestation de l’employeur autorisant la prise de congés..). Tous les documents doivent être traduits en français ou anglais et les copies certifiées conformes.. S’ajoutent à cela le passeport bien sur, 60 euros pour les frais, une photo et plusieurs pages de formulaires à remplir. Mais ce n’est pas tout: il faut encore l’attestation d’hébergement. S’il s’agit d’une visite d’amis, ceux ci doivent transmettre une lettre d’invitation manuscrite et un certificat d’hébergement fait en mairie (coût 30 euros..), ainsi qu’une attestation de revenus si prise en charge des frais de l’invité..

Une fois tous les documents réunis, un rendez vous est donné par l’ambassade qui se réserve le droit de refuser.. il faut 10 jours pour obtenir le précieux sésame..

A noter que les démarches sont les mêmes pour tous les états « Schengen ». Un avantage tout de même: ce visa vous permet de voyager dans tous l’espace..

A Hué, un bel exemple de « style Khai Dinh »

Khai Dinh fut l’avant dernier roi de la dynastie Nguyen et a régné de 1916 à 1925. Il fut aussi un passionné d’architecture et de modernité. Les touristes qui visitent Hué connaissent surtout son tombeau. C’est lui qui fut aussi à l’origine de deux portes magnifiques autour de la cité impériale, du palais An Dinh le long de la rivière Phu Cam / An Cuu, du palais Kien Trung au sein de la citée interdite (détruit en 1947)… On reconnait facilement son style, du baroque italien appliqué aux motifs traditionnels de Hué, avec matériaux « modernes » tels que le ciment, la céramique, la porcelaine…


Un portail de style unique à Hué

En me promenant dans le quartier de Kim Long, je suis tombé par hasard sur le tombeau d’un haut mandarin, Vo Van Khiem, qui fut d’abord mandarin militaire avant de finir mandarin civil et ministre de la guerre. Né vers 1836, il fut mandarin sous 6 rois différents et s’est éteint en 1924 peu avant Khai Dinh.

Du chemin, on ne distingue d’abord qu’un portail très travaillé qui fait face à une rivière. C’est, à ma connaissance, un exemple unique de style Khai Dinh appliqué à un édifice privé à Hué. Les architectes qui l’ont conçu sont ceux qui ont réalisé les commandes du roi.

L’entrée se fait sur le coté, à travers un jardin riche d’arbres fruitiers et via une haie caractéristique des maisons jardins de Hué. La porte central ne s’ouvrait que pour les grandes occasions; aujourd’hui, seulement lors des cérémonies de cultes annuelles.

A l’intérieur du mausolée, une grande statue en ciment du mandarin, toute en couleur, dans sa tenue de cérémonie. Sur le coté, pn peut reconnaître un fusil, une épée.


Le mandarin en tenue de cérémonie

Au premier étage du mausolée, sa tombe et sa pierre tombale. Tout en haut, un autel des ancêtres pour ses parents.


Le tombeau


Vue du 3eme niveau…

Devant le mausolée, un pavillon, puis un écran.


Le pavillon pour le culte


Une sphère qui sert pour brûler les objets votifs. A ma connaissance, exemplaire unique à Hué.


L’écran traditionnel, en ciment ; les inscriptions sont en « nom », la traduction vietnamienne du chinois.

Les membres de la famille qui « veillent » sur le tombeau.. La plupart des autres membres de la famille sont en France.

Jolie couple ! Le mandarin est le frère de son grand père

Rencontre avec le restaurateur des tenues royales

L’Asie réserve bien des surprises à ceux qui prennent le temps de les chercher ! Ce fut mon cas lorsque je suis parti en quête de l’artisan qui restaure les tenues royales de Hué. Inutile d’en chercher deux au Vietnam, il n’y en a qu’un et il habite dans un village de métiers non loin de Hanoï.

De l’extérieur, rien ne transparaît, pas même le bruit d’un métier à tisser puisque tout est effectué à la main. Dedans, en revanche, c’est un musée qui s’ouvre à nous. Tenues impériales, tenues de princesses, c’est la dynastie Nguyen tout entière qui revit.


L’artisan devant quelques unes des tenues confectionnées ou restaurées par lui

Vu Gioi est agé de 45 ans. il a commencé en 1988 ses premières restaurations, formé par plusieurs générations familiales de brodeurs. Il s’est spécialisé dans la restauration de qualité, et emploie aujourd’hui une équipe de 30 personnes. Son savoir faire est reconnu et le musée Royal des Beaux Arts de Hué lui confie ses plus belles tenues.

Il effectue aussi des copies avec les plus nobles matériaux, allant des meilleures soieries aux fils d’or importés d’Europe. Ses clients sont surtout locaux, mais quelques vietnamiens de l’étranger ont recours aussi à ses services.

Voilà un bel exemple d’artisanat d’art qu’on aimerait voir plus souvent au Vietnam !


Détail de la tenue de la Reine Mère Tu Cung, mère de Bao Dai (1926-1945)


Quel privilège de pouvoir essayer une tenue de Princesse !


A gauche, la tenue de Tu Duc lorsqu’il était encore Prince (né en 1829); à droite, la tenue du roi Dong Khanh (1885-1889) ; Pas moins de 28 mètres de tissus sont nécessaires pour confectionner ce type de tenue


La tenue de Tu Cung dans son intégralité


Broderie d’une tenue commandée par un particulier vietnamien (environ 4000 usd cette tenue)

C’est chouette !

La langue vietnamienne s’est enrichie de nombreux mots au contact du colonisateur. Tous les mots liés aux inventions techniques du XXeme siècle en font partie, comme ô tô, tac xi, tournevit etc… l’orthographe est adaptée à la langue et la prononciation peut différer, mais globalement, on comprend bien que l’origine du mot est française.

Il y a aussi dans la langue vietnamienne une expression dont l’origine ne peut venir que du français : « Tuyet cu meo » qui signifie « c’est chouette ». « Cu meo » est le nom de la chouette, « tuyet » donne l’idée de quelque chose de formidable.. Comment cette expression a -t-elle pu se diffuser dans tout le pays, c’est un mystère.. C’est en tout cas un bel exemple d’échanges réussi entre nos deux pays.


Enseigne d’un bar à Hué

Pèlerinage à la déesse Mère Tien Y A Na

Hasard du calendrier lunaire, les festivités du temple Hon Chen à Hué se sont déroulées au même moment que le pèlerinage des catholiques à La Vang pour l’Assomption… Pour la déesse Mère, c’est par milliers qu’ils ont convergé le long de la rivière des Parfums, au temple Hon Chen d’abord, puis vers le temple Hai Cat, situé non loin… Les pèlerins, venus des 4 coins du Vietnam, sont groupés par lieux de culte sur plus d’une centaine de bateaux richement décorés. Rappelons que Tien Y A Na est une divinité Cham récupérée par les Viets.

Les bateaux ont ainsi transportés les attributs de Thien Y A Na: son brevet Impérial, ses habits, son coussin, son trône.


Plus de 100 bateaux ou vont se dérouler les séances de possession jours et nuits..les bateaux servent aussi de logements.

Sur place, on lui offre des offrandes et des tonnes de papiers votifs.. Plusieurs milliers de personnes assistent à ces cérémonies, et les femmes arborent leur plus belles tuniques. Parfois, il s’agit de la tenue de l’esprit qui vient habituellement visiter la personne. Car nous sommes ici en plein coeur du culte de la Déesse Mère et des pratiques de spiritisme (voir les autres articles sur ce sujet). A bord des bateaux, et pendant 2 jours et 2 nuits, vont se dérouler des séances d’incantation aux esprits en vue d’obtenir des réponses directes ou des bienfaits immédiats…


Séance de transe à bord d’un bateau


Les attributs de la Déesse Mère sont transportées sur des palanquins


Un jolie défilé d’ao dai


Un petit coté Tintin et le Lotus Bleu non ?

Ce pèlerinage se déroule deux fois par an, et notamment le 7/8/9 jour du 7éme mois lunaire. Je n’ai pas assisté à tout, mais le peu que j’ai vu est assurément fascinant et intriguant. Un Vietnam mystérieux qui sort des sentiers battus.

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