Archives du mois octobre, 2021

Vingroup, le plus gros conglomérat privé vietnamien

En cette fin d’année 2021, on parle beaucoup des risques de faillite d’Evergrande en Chine. En lisant un article sur cette société, quel fut mon étonnement de voir les similitudes de ce groupe avec le groupe vietnamien Vingroup. Rassurez vous, similitudes concernant les domaines d’activités, pas sur les risques de faillite !


La magnifique berline Vinfast Lux A2, sortie en 2021 (photo internet)

Evergrande est actif principalement dans l’immobilier mais aussi dans les parcs de loisirs, les véhicules électriques, les médias, l’eau…, un CA de 68 milliards d’euros réalisés uniquement en Chine avec 200.000 employés. Le tout avec une dette de 260 milliards d’euros, 2% du PIB chinois et actuellement un parc de logements vides qui pourrait loger 340 millions de personnes !

Comme son grand frère chinois, Vingroup est aussi largement présent dans l’immobilier, cela représente 70% de ses ventes. Mais aussi dans l’industrie automobile, les parcs à thèmes, les hôtels et, pour des montants plus symboliques, dans la santé et l’éducation. Il y encore peu, c’était aussi des milliers de superettes à l’enseigne Vinmart, des fermes de produits bio et des téléphones portables..

Son CA était de 4,1 milliard d’euros en 2020, soit 1,8% du PIB vietnamien. Comme Evergrande, ses ventes sont entièrement réalisées localement. ,. Un profit de 91 millions d’euros pour une année 2020 marquée par le Covid, c’est honorable. Mais là ou s’arrêtent les comparaisons avec Evergrande, c’est pour la dette. Elle ne dépasse pas 5 milliards d’euros. Rien à voir donc avec son grand frère chinois. Le ratio anglo-saxon « passif sur fond propres » est de 2,1, ce qui n’est pas affolant pour une telle société.

Ce groupe entièrement privé a été créé en 1993 par Pham Nhat Vuong, un vietnamien parti suivre ses études en Ukraine. Le capitalisme vietnamien est assez riche de parcours similaires. Il faut croire que l’enseignement du capitalisme après la chute de l’URSS était de qualité ! Les actionnaires étrangers représentent 6% du capital, pour 28% pour les vietnamiens. Le reste du capital est aux mains des investisseurs du départ, tous vietnamiens.


Landmark, la tour la plus haute d’Asie, 81 étages, située à Saigon, inaugurée en 2018 par le groupe Vingroup (photo internet)

Par rapport aux groupes occidentaux, la taille du groupe semble bien modeste. Pourtant Vingroup est partout ! Surtout dans des activités destinées aux classes aisées. Les 35 hôtels et résorts Vinpearl sont magnifiques. Celui de Hué est une tour impressionnante de 34 étages ouvert en 2018 (voir article dédié).

On croise aussi partout les superettes Vinmart, vendues au groupe Massan en 2020, mais qui conservent leur enseigne pour le moment. En 2 ou 3 années seulement, le groupe avait ouvert plusieurs milliers de magasins partout au Vietnam, tentant de bouleverser les habitudes des vietnamiens. Il reste aujourd hui au groupe 80 centres commerciaux.

Mais l’étonnement fut encore plus grand quand on a découvert que Vingroup se mettait a produire des voitures ! En un temps record (21 mois), à grand renfort de compétences occidentales et de 4 milliards d’investissement, 3 modèles de voitures sont sortis de l’usine ultra moderne de Haiphong en 2019. Le design de ces modèles, issu de Pininfarina, a été choisi par un panel de 66000 vietnamiens. 31500 voitures ont été vendues en 2020. Et ce n’est pas fini.. Car Vinfast arrive en Europe et aux Usa. A partir de 2022, vous pourrez acquérir les versions électriques de ces modèles, avec des batteries à chargement ultrarapide.. Ce parcours est tout simplement incroyable !

Qu’en est-il des profits ? il est toujours difficile d’obtenir des réponses claires dans des comptes consolidés, mais on peut dire que c’est l’immobilier qui génère l’essentiel des profits du groupe. Comme en Chine, la hausse des prix du foncier est forte, ce qui facilite bien les choses… Tant que les prix montent, les spéculateurs, aussi nombreux au Vietnam qu’en Chine, continuent d’acheter rapidement dans l’espoir de revendre avec profit..

Les autres branches sont presque toutes en perte, mais l’année 2020 est un peu spéciale…

Les informations sur les salaires ne manquent d’étonner. Les revenus moyens des 40100 employés du groupe serait de 21,5 millions de VND, soit 800 euros par mois. En hausse de 28% sur l’année précédente ! Bizarre.. Les salaires ne dépassent pas en général 5 millions en province et 10-15 millions dans les grandes villes.. 55% des employés ont moins de 30 ans, et 40% ont un diplôme d’études supérieures. Est ce la présence d’experts étrangers employés à grand frais qui fait flamber les couts ? Quoi qu’il en soit, Vingroup a la réputation de bien payer ses employés mais aussi de tout exiger d’eux. La pression est très forte et on ne compte pas ses heures. On est corvéable 7 jours/ 7. Les employés sont tenus aussi de s’équiper avec les marques du groupe : téléphones portables, scooter voire voiture pour les cadres..

Que pensez de ce groupe ? Pour un esprit occidental comme le mien, je suis un peu perplexe. Car les prix dans les superettes sont très élevés, les parcs à thèmes sont vides, les scooters électriques ne se sont jamais vendus, les centres commerciaux sont peu fréquentés et les projets immobiliers démesurés. Difficile de faire une opinion dans un pays ou les analystes financiers n’existent pas. Mais je reste admiratif sur la vitesse à laquelle le groupe se développe. J’ai hâte de voir si le groupe réussira son ambition de vendre ses voitures en occident. Ce serait la preuve qu’avec de l’argent et du talent, tout est possible.

Covid au Vietnam : la situation s’améliore

A ce jour, 24 octobre, on recense encore plus de 3000 cas par jour au Vietnam, après avoir dépassé plus de 10.000 cas par jour pendant plus d’un mois. L’épidémie a cependant été principalement contenue à Saigon et la province industrielle limitrophe, celle de Binh Duong.


Lutte contre le covid a saigon, le 6 aout dernier (photo vnexpress)

La seule solution qui s’imposait était la vaccination en masse des habitants. Partant de presque 0 au début juillet, la population est à présent vaccinée à 50% pour une première injection et 20% complètement. C’est encore peu, mais le retard se comble petit à petit.

Hue a été épargné à nouveau par cette nouvelle vague de covid. Des restrictions avaient été mises en place, comme l’interdiction de se baigner dans la rivière des parfums, activité populaire depuis quelques mois.. Les monuments historiques aussi, mais de toute façon, il n’y avait aucun touriste vietnamien. La plupart des mesures ont été levées au début de ce mois. Les écoliers sont retournés à l’école, ce qui est de bon augure. Seuls les espaces publics comme les karaokés, les cinémas sont encore complètement fermés. Les déplacements entre les provinces sont en revanche toujours difficiles, voire impossibles.


Un camion spécialement conçu pour la vaccination a été mis au point au Vietnam (photo vnexpress)

Mais c’est dans le sud que la situation a été très difficile. Le confinement stricte a duré plus de 3 mois. L’absence de résultats positifs a forcé les autorités à interdire aux gens de sortir pour faire les courses. Ce sont les militaires qui se sont chargés de cette tache !

L’image que l’on retiendra de cette tragédie est les 1500 enfants de Saigon qui sont devenus orphelins suite aux décès de leurs parents voire des grand parents, tous ayant été contaminés dans leur logement exigu.

Officiellement, le nombre de décès a dépassé 300 par jour pendant 2 mois.

La face visible du Covid au Vietnam fut la fuite de 1,3 millions de travailleurs du sud vers leurs régions natales au début juillet, lorsque l’activité économique s’est arrêtée. Escortés par la police, ces migrants ont traversé le pays en moto pour ensuite être mis en quarantaine dans leur province. Mais devant les risques « d’exporter » le covid dans les régions, les travailleurs vivant dans le sud ont été sommés de rester sur place. Faute d’épargne, ces familles ont vécu un enfer, mangeant parfois que des nouilles instantanées pendant 2 mois. L’état a fini par leur verser un maigre pactole pour survivre.


Migrants repartant chez eux, roulant parfois plus de 2000 km..(photo vnexpress)

Apres avoir été vacciné et suite au relâchement des restrictions début octobre, ce sont à nouveau des centaines de milliers de gens qui ont fui les 2 régions du sud. Les scènes de début juillet ont à nouveau fait la une dans la presse. Les premiers à fuir sont les migrants sans existence légal et que le gouvernement ne recense pas.

Ces migrations inquiètent au plus haut niveau, d’un point de vue économique cette fois ci. Les usines du sud vont commencer à rouvrir, mais doivent faire face à une hémorragie de personnel. Même si ceux qui sont partis vont sans doute revenir, ce ne sera pas avant le Tet, début février. D’ici la, les entreprises de chaussures, d’électronique, du textile, mais aussi du commerce vont souffrir. Les occidentaux ne sont pas sur d’avoir leurs cadeaux « made in vietnam » au pied du sapin cette année ! Le seul point positif est pour les travailleurs : on peut en effet espérer que les offres de travail soient plus attractives pour les faire revenir…


Mur érigé entre 2 quartiers à saigon, l’un étant plus touché que l’autre par le covid ! Le mur a finalement été enlevé assez vite…(photo vnexpress)

Pour le tourisme enfin, rien de nouveau. Les frontières sont toujours fermées. Pour les français vivant au Vietnam, la France a envoyé des vaccins et il est probable que tous ceux qui le voulaient ont eu leur injection. A Hué, les étrangers ont reçu leur 1er injection il y a 3 semaines.

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