Archives du mois août, 2018

Fête du village de An Truyen

Au bord de la lagune, à quelques km de Hué, se déroulait ce matin la procession annuelle organisée dans le village de An Truyen.

C’est l’occasion de voir ou revoir une cérémonie traditionnelle dans la plus pure tradition des festivités locales. Il faut simplement être un peu courageux car la procession démarre au levée du soleil, vers 5h30.

Rappelons que ces festivités, qui ont lieu dans ou à partir de la maison communale, se déroulent le 16 et 17 juillet du calendrier lunaire. Se reporter à mon article paru en 2015 pour en savoir plus.


Le dragon, recouvert de graines et autres haricots, superbe travail!

Culte de la Déesse Mère, édition 2018

Affluence record pour les festivités liées au culte de la Déesse Mère qui se tiennent à Hué, au temple Hon Chen, le 8/9/10 du mois de juillet (calendrier lunaire).

C’est toujours un spectacle très coloré qui étonne nos yeux d’occidentaux. Les « médiums » portent des costumes très sophistiqués et se laissent facilement prendre en photo, pour notre plus grand bonheur. Cela reste pour moi l’événement le plus singulier de l’année. Les participants viennent de tout le Vietnam et des millions y sont dépensés pour s’offrir les services des meilleurs médiums. Sans oublier les offrandes, innombrables.

Pour plus d’explications sur ces cérémonies, se référer à mes articles parus précédemment.

Toutes les catégories de Vietnamiens y assistent, y compris les minorités ethniques.


Tous les « bateaux dragons » de la ville sont réquisitionnés pour l’occasion…


On y croise d’étonnants personnages, qu’on croirait venus d’ailleurs. Il ne faut pas oublier que la déesse vénérée ici est d’origine Cham.. Et des Chams à l’Inde, il n’y a qu’un pas.

Une Croix de Lorraine à Hué !

En furetant dans les bâtiments anciens de l’hôpital, quelle fut ma surprise de découvrir une immense croix de lorraine enchâssée dans le mur d’une ancienne chapelle ! Symbole de la résistance lors de la 2eme guerre mondiale ? sans doute pas.. Ia croix de lorraine fut aussi, on l’a oublié, le symbole de la lutte contre la tuberculose à partir des années 20.

Et c’est effectivement dans l’ancien institut antituberculeux qui se trouve cette croix, dans la rue Ngo Quyen, face à l’hôpital international. En 1925 meurt de tuberculose le plus illustre des annamites, le roi Khai Dinh. Peu de temps après, sous l’impulsion de Mr Rigaux, industriel à Hué et du médecin chef Normet, une association voit le jour, la « Ligue des Amis de l’Annam ». Une loterie est organisée pour financer la construction des bâtiments qui verront le jour en 1928. On lui donne le nom de Pierre Pasquier, à l’époque Résident Supérieur de l’Annam et généreux donateur. Cet institut, équipé de radiologie, accueille à ses débuts 150 malades et, sous la responsabilité du médecin Le Van Ky, des centaines de consultation par jour sont organisées pour les malades qui peuvent être traités chez eux. Pour le faire fonctionner, on sollicite les sœurs de Saint Paul de Chartres. En 1934, 2 nouveaux bâtiments modernes sont construits. L’administration finit par se substituer à l’organisation privée pour assurer le fonctionnement.


La forte humidité, la contagion familiale par l’insuffisance des notions d’hygiène courante, favorisent les maladies pulmonaires.

Du coté des traitements, la vaccination généralisée des enfants au BCG au début des années 20 a un impact direct sur la tuberculose. En revanche, de nombreux adultes en sont atteints, notamment les fonctionnaires travaillant pour les français, ce qui contrarient les autorités. Des congés de longues durées avec maintien d’une partie du traitement sont mis en place dans les années 30. Mais il faudra attendre la diffusion de la pénicilline à la fin des années 40 pour voir la tuberculose fortement régresser.

Aujourd’hui, les bâtiments sont toujours utilisés pour les maladies respiratoires. Un Christ Roi continue de protéger les patients à une dizaine de mètres en hauteur, sur un piédestal. Les sœurs de Saint Paul occupent toujours le bâtiment limitrophe. Un pavillon a été construit entre temps pour soigner les personnes atteintes du HIV. Comme personne ne veut s’en occuper, les religieuses ont une nouvelle fois répondues présentes.

Maisons historiques dans le quartier Phu Cam à Hué

Dans le quartier catholique de Phu Cam, quelques belles maisons anciennes ont survécu à la démolition, notamment dans la rue Ham Nghi.

Située derrière la résidence-hôtel Cocodo, se trouve la très belle maison de la famille de Mgr Van Thuan, qui est né ici en 1928.
Sa mère fait partie de la famille Ngo qui habitait non loin. Son père est le célèbre Ngo Dinh Kha qui fut haut mandarin et fondateur de l’école Quoc Hoc. Elle était la sœur du président du Sud Vietnam Diem.
Son père, Thadeus Nguyen Van Am, est lui aussi issu d’une grande famille catholique. Le père de celui ci fut, entre autres, un entrepreneur de renom à Hué et construisit plusieurs bâtiments comme l’école Jeanne d’Arc ou l’école Pellerin.


L’intérieur de la maison

Le couple se marie en 1924 et aura 9 enfants. Le futur Mgr Van Thuan est l’ainé. En 1954, à l’âge de 26 ans, il est atteint de tuberculose. Il y a peu d’espoir de survie. Cependant, le jour d’une « opération de la dernière chance » les médecins français de l’hôpital Grall de Saigon constatent avec étonnement que la maladie a soudainement disparue. On parle de miracle. Sa vie, pas seulement spirituelle, est très riche et l’on peut lire son histoire sur internet ou dans les ouvrages qu’il a écrits
Aujourd’hui, cette maison est occupée par des séminaristes. Elle possède une petite chapelle privée à l’arrière.

De l’autre coté de la cathédrale, dans la rue Doan Huu Trung, une autre maison d’importance se cache. Il s’agit de l’ancienne demeure du délégué apostolique du Vatican pour l’Indochine. Le délégué apostolique est une sorte d’ambassadeur mais sans les fonctions diplomatiques. Il officiait non seulement en Indochine (Laos et Cambodge inclus) mais aussi au Siam (Thailande). Le délégué, Mgr Dreyer à cette époque, occupa officiellement cette maison en 1929. Le Vatican souhaitait voir son délégué s’installer à Hué, proche du pouvoir annamite plutôt qu’à Hanoi, comme le souhaitaient les français.
Pour les catholiques de Hué, ce fut un grand honneur. Le terrain fut offert par le plus haut mandarin catholique de la cour, Nguyen Huu Bai. Une souscription fut organisée pour financer la construction de la maison et Denis Le Phat An, riche propriétaire foncier du sud Vietnam, y répondit largement.

Pendant l’occupation japonaise puis la guerre, le délégué ne sera pas inquiété puisqu’il a la nationalité du Vatican.

En 1950, le siège apostolique sera transférée à Hanoi puis, en 1959 à Saigon jusqu’en 1975. On remarquera le style italien et le symbole papal sur le fronton de l’entrée. Cette maison est dorénavant occupée par les postulantes des Amantes de la Croix, une congrégation fondée par les Missions Etrangères de Paris et implantée en 1718 à Hué.


Le tombeau de Denis Le Phat An dans l’église de Go Vap, près de Saigon. La Croix de commandeur de l’ordre de Saint-Sylvestre lui a été offert par le Vatican en remerciement de sa générosité lors de la construction de la maison.

Une maison de mandarin

Il y a quelques années, j’avais découvert dans notre quartier une maison traditionnelle de Hué cachée entre plusieurs maisons modernes et la curiosité m’avait incité à entrer dans la propriété.. J’avais rencontré un vieux monsieur qui y vivait seul. Il collectionnait les timbres du monde entier, lisait un peu et occupait son temps avec le jardinage.. Il était catholique, ce qui n’était pas rare dans ce quartier de la cathédrale Phu Cam. Depuis peu, j’ai appris qu’il venait de décéder et j’ai pu rencontrer ses neveux et nièces.

L’abdication du dernier empereur d’Annam, Bao Dai, en 1945 a signé la fin d’un monde pour toutes les vieilles familles de Hué, qu’elles soient royales ou issues du monde mandarinal. L’arrêt du versement des traitements, la modification de l’organisation administrative a bouleversé l’ordre établi. Les plus jeunes ont du faire d’autres métiers, d’autres sont partis à l’étranger. Certains se sont adaptés à la situation, mais pour beaucoup ce fut un drame. La vie s’est arrêtée pour beaucoup d’entre eux.

Je me dis que le propriétaire de cette maison faisait parti sans doute de cette dernière catégorie. Il n’a jamais travaillé et a toujours vécu reclus dans cette maison, à veiller sur l’autel des ancêtres de sa famille. Son grand père, Tran Uynh, était mandarin et travaillait au ministère des finances dans la citadelle de Hué. Il avait reçu de l’empereur Bao Dai un panneau rouge et or célébrant le fait que 4 générations avaient, à l’époque, vécues dans cette maison.


La famille du propriétaire

Tran Thai, le vieux monsieur décédé, aura été le dernier à vivre dans cette maison. Une maison pleine de charme, toute en bois, riche en décorations et en meubles, mais sans confort moderne. La bonne nouvelle, c’est que la famille souhaite restaurer la maison et la garder comme temple familial. Les livres et les timbres seront aussi conservés comme souvenirs de leur oncle. La piété familiale au Vietnam, ce n’est pas un vain mot!

Sur la photo, on voit un papayer avec 3 fruits. Comme j’avais pris un escabeau pour prendre les photos, on l’a utilisé pour aller cueillir les fruits. Ma gourmandise m’a fait oublier un instant la culture locale et j’avais espéré qu’on mangerait les fruits ensemble.. Hélas non, une fois bien lavés, les fruits sont allés directement sur l’autel des ancêtres…


L’autel des ancêtres, catholique


Le panneau offert par le roi Bao Dai


La mandarin Tran Uynh et sa femme


Une gargouille en forme de poisson

Le marché Dong Xuan de Hanoi

C’est toujours un immense plaisir de découvrir une photo de valeur encore jamais vue sur le net ! En trouvant chez un vieux monsieur un livre sur Hanoi, je suis tombé sur une photo du marché Dong Xuan, le grand marché de Hanoi, prise à priori à la fin des années 60. Le livre lui-même a été publié au plus tôt en 1972.

Il y a peu de photos du Nord Vietnam à cette époque et la prise de vue la rend particulièrement intéressante.

Étonnamment, on n’a pas l’impression que le pays soit en guerre. Pas de « bo doi », ces fameux soldats d’Ho Chi Minh. On ne voit pas non plus de slogans, ni de drapeaux. Encore plus surprenant, au fond, on distingue un combi Volkswagen.. Des voitures russes, des camions mais pas de cyclo…

➤