Archives du mois décembre, 2017

La vie dans la jungle en 1926

1 heure et 7 minutes de pur bonheur ! c’est un vrai cadeau de Noël que de découvrir ce film documentaire réalisé en 1926. Produit par la Paramount, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper (futurs réalisateurs du film King Kong de 1933), ce film est un extraordinaire voyage au cœur de la jungle indochinoise. Tourné principalement à la frontière entre le Siam et le Laos, on y découvre la vie d’une famille au milieu des animaux sauvages qui pullulaient à l’époque: tigres, ours, panthères, singes, crocodiles, serpents et surtout éléphants. Il aura fallu 18 mois de tournage pour finaliser les prises de vues, dont les secrets sont bien gardés.


Le titre « Chang » signifie éléphants en Thai.

Grace au talent des réalisateurs, on se retrouve au cœur de la traque de ces bêtes féroces avec des images jamais égalées. La dernière partie du film, consacrée à la capture d’éléphants, est hallucinante… des centaines d’éléphants traqués par de « petits hommes » dont le génie et l’expérience parviendront à capturer puis à dresser. On ne peut s’empêcher de penser qu’en moins d’un siècle tout cela a disparu.. Une raison de plus pour découvrir ce magnifique témoignage du passé.


La capture des elephants


La famille héroïque du film


Le fils, si mignon et si courageux!

Le film est projeté régulièrement à Luang Prabang, notamment à l’hôtel Victoria.
Pour visionner le film: https://ok.ru/video/2788393486917

Les musées du chemin de fer du Yunnan

La ligne de chemin de fer du Yunnan et ses infrastructures sont mises en valeur par la Chine à des fins touristiques. Après la visite de la délégation chinoise en France pour découvrir les ouvrages d’arts de Paul Bodin (voir article du 4 décembre 2016), c’est au tour de la délégation française d’aller au Yunnan. Jean Pierre Hua, membre de l’équipe, nous fait visiter le musée de Kumming (ex Yunnanfou) consacré à cette épopée.


la porte du musée de Kumming

« C’est en 2006, que les autorités chinoises ont classé toute l’ancienne ligne ferroviaire construite par la France en tant que «site historiques et culturels majeurs protégés au niveau national».
Les gares et tous les anciens bâtiments encore debout, sont donc préservés et entretenus. Ils font l’objet de visites par la population chinoise. Des écoliers, des étudiants et aussi par les mariés qui s’en servent comme décors pour leur photos. Décors aussi, pour la réalisation de films en tout genre, comme par exemple, lors de notre passage, pour un long métrage sur la guerre.

Il existe au moins deux musées dans le Yunnan qui exposent des souvenirs de l’épopée de la construction de cette voie ferrée.

Le premier musée dédié exclusivement au chemin de fer se trouve dans le centre de la ville de Kunming. Inauguré en 2014, sa façade est la copie de l’ancienne gare de la ville.


Point central autrefois, l’ancienne gare est littéralement écrasé par des grands immeubles qui se trouvent juste derrière.

De l’extérieur, son apparence modeste cache en fait, un vaste ensemble muséographique aux présentations modernes et complètes. La conception du musée répond à une mise en scène particulièrement soignée. En effet, tout est fait pour immerger le visiteur dans le passé mais aussi sur le théâtre du chemin de fer.

Ce musée est divisé en deux zones reliées par une passerelle. Cette passerelle est une imitation du pont sur arbalétriers. Elle permet aussi de se prendre en photo, comme si on était sur le site du pont à Wantang.

Cette « passerelle/pont », domine un vaste hall de gare où sont exposé différentes locomotives et wagons qui ont roulés dans la province.


La fameuse Micheline, en service a partir de 1935 (voir note 1)


Train à vapeur

Dans la première partie du musée, sont exposés des documents, objets, photos en lien avec la construction de la ligne.


Photos des européens participant à la construction du chemin de fer, tous armés!

L’exposition se poursuit avec une salle d’exposition temporaire. Au moment de notre visite, elle était consacrée à l’oeuvre photographique de Georges Auguste Marbotte, le photographe officiel pendant la construction du chemin de fer »

Notes complémentaires:

(1) on pouvait lire en 1938, dans la Revue des Ambassadeurs:

« Les longues et dures rampes, la sinuosité de la voie interdisant les vitesses élevées, il n’est pas possible d’effectuer par train, en une seule journée, le trajet de 460 km, de Lao-Kay à Yunnanfou. Il fallait donc,[jusqu’en 1935], deux jours pour effectuer ce parcours, et une troisième journée était nécessaire pour se rendre de Hanoï à Lao-Kay.

Depuis janvier 1935, une, et maintenant deux michelines assurent un service hebdomadaire entre Lao-Kay et Yunnanfou, la ligne étant parcourue en une seule journée. La correspondance d’un train de nuit a mis ainsi Yunnanfou à 22 heures de Hanoï. Ce service, commode, rapide et confortable, a rencontré un grand succès, surtout depuis que la mise en service d’une seconde micheline plus spacieuse que la première, comportant 1re et 2e classes, a permis de faire appel à une clientèle plus étendue. »


La Micheline (site www.michelin.com) sur le pont construit par Paul Bodin

« Les facilités de transport mises à la disposition des voyageurs ont contribué à développer le mouvement touristique au Yunnan […] Ainsi, par son climat tempéré et vivifiant dû à l’altitude (1.950 m.), par le pittoresque de ses monuments, de ses rues et de ses environs, par ses commodités d’accès et de séjour, Yunnanfou pourra devenir rapidement une villégiature très appréciée qui attirera de plus en plus les touristes, et tout particulièrement les familles européennes. »


Le rue de la gare, à Yunnanfou, dans les annees 20… (source MQB)


La ville à la meme époque.. (source MQB). Elle comptait 50.000 habitants.. contre 6 millions actuellement !

Sur la route Mandarine…

La route la plus mythique de l’Indochine est la route Mandarine. Ainsi appelée car elle permettait aux mandarins, les haut fonctionnaires de l’Empire d’Annam, de rallier la capitale, Hué, en venant du nord et du sud du pays. Construite sous l’empereur Gia Long, elle fut longtemps qu’un petit sentier accessible à pied et à cheval. Les « courriers », ces fonctionnaires chargés d’acheminer les dépêches royales dans tout le royaume, l’empruntaient à cheval d’un relais (« tram ») à l’autre.


Le passage en bac, typique de la route Mandarine (collection personnelle)

Elle partait de Ca Mau, la pointe sud du Vietnam actuel, vers Langson, à la frontière de la Chine, distant de plus de 2300 km. Cette route était loin d’une sinécure : il fallait traverser de nombreuses rivières en bac ou franchir des obstacles naturels, comme le col des nuages (entre Tourane et Hué) par des escaliers abruptes. Les mandarins circulaient en chaise à porteur ou à cheval.

Vers 1910, après le chemin de fer, les français commencèrent par aménager une route plus carrossable pour l’automobile. On commença à voir fleurir d’innombrables ouvrages d’art, sous l’impulsion de l’ingénieur en chef Pouyanne.

Pour tous les coloniaux, les seuls à vraiment pouvoir voyager, la route Mandarine fut une formidable voie d’accès pour découvrir le pays. Des plates rizières du delta du Mékong aux pitons calcaires du Haut Tonkin en passant par le cap Varella (la pointe la plus septentrionale de la côte, au nord de Nha Trang) et le col des nuages.. Partout, on traverse des villages à l’accueil chaleureux de la population et respectueux des mandarins locaux. Des « bungalows », les premiers hôtels gérés par le gouvernement, parsèment l’itinéraire pour assurer le gite et le couvert des voyageurs. Il n’est pas rare de croiser le tigre.

La route Mandarine entre Saigon et Phan Thiet, passage de rivières.. (source collection du musée du Quai Branly)

Pour retrouver l’ambiance de cette route, il faut lire le livre « La route mandarine » écrit par Roland Dorgelès en 1925. C’est l’une des meilleures descriptions de l’Indochine de cette époque.

L’ancienne route Mandarine a laissé place à la Nationale 1, mais son tracé n’a presque pas changé. Le km 0 est toujours près de Lang Son.

Sur la route mandarine vers Tuy Hoa (nord de Nha Trang). Photo 1896 par A Salles, gallica

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